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La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette – Stieg Larsson

millenium 2 … ou Millenium 2, le deuxième tome de la série de Stieg Larsson. Cette fois, vous êtes accroché dès la lecture de l’inquiétant prologue, et le suspens très bien mené, le rythme soutenu vous font dévorer les pages. L’histoire débute chronologiquement à la suite de la précédente, et cette fois Lisbeth est le personnage central. Son passé va ressurgir, et l’on va connaître toute son histoire.

Mais Lisbeth a changé depuis le tome 1. Elle est devenue riche (grâce au détournement de fonds durant le tome 1), et coule des jours tranquilles aux Bahamas au début de l’histoire. Elle a profité des possibilités de la chirurgie esthétique pour de faire poser des prothèses mammaires, et retirer les tatouages trop voyants. Elle se sociabilise terriblement ! Ça la rend moins sympathique je trouve. On y apprend également qu’elle a une soeur jumelle.

L’intrigue est malgré tout assez classique : triple meurtre, police secrère suédoise SAPO, méchant insensible à la douleur, quasiment invincible, mais qui sera tout de même vaincu par un ancien champion de boxe opportunément apparu dans l’histoire… Tout cela sur un fond de trafic de prostituées exportées des pays de l’Est. Le sort des femmes restant le lien récurrent des différentes histoires, mais avec moins de force cette fois-ci.

Je vais passer à d’autres bouquins avant d’attaquer le dernier tome. Laisser Lisbeth et Mickael se reposer un peu, ils en ont bien besoin. La soeur jumelle va-t-elle faire son apparition ?

Les hommes qui n’aimaient pas les femmes – Stieg Larsson

stieglarsson.jpg Ça y est, j’ai lu le premier des trois romans de Stieg Larsson ! C’est Dominique qui va être content, depuis le temps qu’il nous conseille cette série Millenium… Il avait même fait un article sur ce blog, c’est dire son enthousiasme… Une très bonne critique sur France-Culture avait achevé de me convaincre… à moins que ce ne soit l’inverse !

Toujours est-il que j’ai déjà attaqué Millenium 2… J’ai trouvé le début de celui-ci un peu lent, et il faut attendre la moitié du roman pour que l’enquête commence. Entre temps, on a appris à connaître les deux personnages principaux, leur vie, leur passé. Mickael Blomkvist, journaliste d’investigation, la quarantaine, plaisant aux femmes, et Lisbeth Salander, jeune femme de vingt-cinq ans, hacker de haut niveau et totalement asociale.

Ils travailleront ensemble sur un meurtre dans une grande famille suédoise survenu 37 ans auparavant. Entre temps, Mickael se sera fait virer de son boulot (mais c’est une tactique pour une autre affaire), Lisbeth s’affranchira de son tuteur légal, et l’enquête les emmènera beaucoup plus loin qu’ils ne l’auraient pensé. Le fil conducteur semble être le sort des femmes battues, violées ou tuées.

Un bon polar, sans aucun doute. Stieg Larson, né en 1954, a écrit des essais sur l’économie et couvert des reportages sur la guerre en Afrique. Il était le rédacteur en chef d’Expo, revue suédoise observatoire des manifestations ordinaires du fascisme. Il est décédé brutalement (crise cardiaque) peu de temps après avoir livré ses trois romans à l’éditeur, en 2004.

Bon, Dominique, j’ai deux remarques pour toi :

Ton Super-Blomkvist, quand il commence l’enquête… à sa place, je confisque tous les albums photos de la famille, et l’enquête est bouclée en deux jours !

Et tu n’auras pas omis de remarquer que Mickael et Lisbeth sont tous les deux équipés de Mac. Et que le méchant Wennerström utilise Microsoft Internet Explorer et Windows… Alors qu’attends tu pour abandonner Windows ? je t’installe Ubuntu quand tu veux !

Les autres – Alice Ferney

lesautres.jpg Alice Ferney, de son vrai nom Cécile Gavriloff, est une écrivaine française née le 21 novembre 1961. Elle est mariée, mère de 2 enfants, et professeur à l’université d’Orléans.

Les autres part d’une idée simple : lors d’une soirée d’anniversaire, le frère offre un jeu de société : Personnages et Caractères est un jeu de psychologie – … – il est préférable que les joueurs se connaissent un peu, ou croient se connaître, ce qui revient sans doute au même. Le jeu leur fournira l’occasion de tester la profondeur et la justesse de leur familiarité. Sur la boite est écrit en gros : Personnes susceptibles s’abstenir. On est prévenu, et on se doute de ce qui peut se passer avec ce genre de jeu de la vérité.

Par ailleurs, l’auteur a choisi de découper le livre en trois parties : Choses pensées (ce que les personnages pensent), Choses dites (ce qu’ils disent), et Choses rapportées (la vision de l’auteur). Cette mise en forme apporte un éclairage différent aux évènements de cette soirée, mais bon… elle génère aussi des redites, et me parait plus un exercice formel d’auteur qu’autre chose. Sinon c’est plutôt bien écrit, et assez agréable à lire.

Alors bien sûr durant cette partie des choses sont dites, certaines blessent, des secrets sont révélés (ou non)… Fallait-il jouer à ce jeu ? et d’une manière plus générale faut-il (peut-on) toujours dire la vérité ? que l’on soit amis, frères ou encore parents, se connait-on vraiment ? ne cache-t-on pas tous une blessure, un secret que l’on garde jalousement au fond de soi ? Le passé est si prompt à ressurgir…

J’ai eu un peu de mal à accrocher à cette histoire d’une famille bourgeoise, avec ses problèmes, et à toutes ces évidences pensées, dites ou rapportées. Tout est frappé au coin du bon sens, et provoque quelques réflexions sur la vie et les relations humaines, mais rien de très nouveau finalement. J’étais plutôt rassuré de lire dans l’avant-dernier chapitre (p519) : « Voilà qu’ils découvraient que la vie n’est pas un long ruban rose ». Tout ça pour ça ?

Sur Wikipédia, on lit « Alice Ferney » : Alice, pour Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, et Ferney du nom de la résidence de Voltaire qu’elle admire beaucoup et qui est né le même jour qu’elle ». Elle devrait signer Cécile Gavriloff, ce serait plus simple.

Simon Leys – Le bonheur des petis poissons

Simon Leys La lecture de la rubrique Lettres ou pas Lettres du Canard de cette semaine parlait d’un livre de Simon Leys intitulé « Le bonheur des petis poissons ».

Vivant en Australie, Simon Leys, de son vrai nom Pierre Ryckmans (belge), est un écrivain, essayiste, et sinologue réputé. Il a précédemment écrit Les habits neufs du président Mao, chronique de la révolution culturelle Maoïste. Il y critique dès la première heure la dérive meurtrière de la révolution (raison de son pseudonyme d’ailleurs). Peu connu, il a rencontré un succès médiatique en 1983, lors de l’émission Apostrophes de Bernard Pivot.

Extrait de Wikipedia qui raconte l’anecdote :

Bernard Pivot avait également invité Maria-Antonietta Macciocchi, auteur du livre De la Chine.
Après avoir laissé cette dernière parler avec lyrisme de l’homme nouveau qui apparaissait en Chine, Simon Leys – qui avait vécu en Chine précisément pendant la période en question – répondit en fournissant plusieurs données factuelles suggérant qu’elle n’avait pas vérifié ses sources avant d’écrire son livre.« Il est normal que les imbéciles profèrent des imbécilités comme les pommiers produisent des pommes, mais moi qui ai vu chaque jour depuis ma fenêtre le fleuve Jaune charrier des cadavres, je ne peux accepter cette présentation idyllique par madame de la Révolution culturelle. » D’après une interview de Bernard Pivot, ce fut le seul cas où à la suite d’un passage à Apostrophes les prévisions de vente d’un livre furent révisées à la baisse.

On voit le genre du bonhomme… Revenons au Bonheur des petits poissons… Il s’agit donc de réflexions sur la vie, la culture, sur le monde qu’il décortique sans pareil.

Le titre du livre vient de l’histoire appelée Le savoir depuis le haut du pont :

Zhuang Zi et le logicien Hui Zi se promenaient sur le pont de la rivière Hao. Zhuang Zi observa :  » Voyez les petits poissons qui frétillent, agiles et libres ; comme ils sont heureux !  » Hui Zi objecta :  » Vous n’êtes pas un poisson ; d’où tenez-vous que les poissons sont heureux ? – Vous n’êtes pas moi, comment pouvez-vous savoir ce que je sais du bonheur des poissons ? – Je vous accorde que je ne suis pas vous et, dès lors, ne puis savoir ce que vous savez. Mais comme vous n’êtes pas un poisson, vous ne pouvez savoir si les poissons sont heureux. – Reprenons les choses par le commencement, rétorqua Zhuang Zi, quand vous m’avez demandé « d’où tenez-vous que les poissons sont heureux » la forme même de votre question impliquait que vous saviez que je le sais. Mais maintenant, si vous voulez savoir d’où je le sais – eh bien, je le sais du haut du pont.

Puis quelques réflexions notées dans l’article du Canard :

Simon Jeys adore parler littérature: « Nul écrivain ne dispose d’une puissance verbale qui pourrait rivaliser avec l’imagination de ses lecteurs ; aussi tout son art est-il de jouer sur ce clavier-là ». Pour lui, lire des romans est la seule manière de survivre : « En d’autres mots : les gens qui ne lisent pas de romans ni de poëmes risquent de se fracasser contre la muraille des faits ou d’être écrabouillés sous le poids des réalités ».

A propos du tabac : « Le tabac est pour l’homme un poison des plus dangereux ». Cette vertueuse mise en garde est devenue assez banale me direz-vous. Ce qui l’est moins – et qui devrait donner à réfléchir -, c’est l’identité de celui qui la formulait : Adolf Hitler. » Ça calme ! Il cite aussi Samuel Johnson qui écrivait « A mesure que l’usage du tabac diminue, l’insanité augmente », et se moque de la photo de Sartre à la cigarette censurée. Ainsi ce « fumer tue » sur les paquets, selon Leys, apporte un plus aux adeptes de la nicotine : « D’un certain point de vue, les fumeurs bénéficient d’une sorte de supériorité spirituelle sur les non-fumeurs : ils ont une conscience plus aigüe de notre commune mortalité ».

Enfin, à propos du travail, il cite La Bruyère « Il ne manque cependant à l’oisiveté du sage qu’un meilleur nom, et que méditer, parler, lire et être tranquille s’appelât travailler ». Et n’est-ce pas « la délétère influence américaine » qui prône ce fameux « travailler plus » ? Nietzche vient au secours de Lyes : « Leur furieux besoin de travailler -qui est un vice typique du Nouveau Monde- est en train de barbariser par contagion la vieille europe, et engendre ici une extraordianire stérilité spirituelle. Déjà nous devenons honteux de notre loisir, une longue méditation nous cause presque du remords… « Faites n’importe quoi, mais ne restez pas à ne rien faire » : ce principe est la corde avec laquelle toutes les formes supérieures de culture et de goût vont se faire étouffer ».

Une pensée non conformiste, c’est toujours plaisant de nos jours.

Les cerfs-volants de Kaboul – Khaled Hosseini

cerfs-volants-de-kaboul.jpg Khaled Hosseini est né à Kaboul, en Afghanistan, en 1965. Fils de diplomate, lui et sa famille obtiennent l’asile politique aux Etats-Unis en 1980, suite à l’invasion de l’Afghanistan par l’Union Soviétque.

Médecin, vivant en Californie, il connait un énorme succès avec son premier roman The kite runner, en français, Les cerfs-volants de Kaboul.

Livre culte aux Etats-Unix, 33ème édition en Italie… Sur son blog, il parle de son deuxième livre, Mille soleils splendides (2007) ainsi :

Mon premier roman était dominé par les hommes, et je savais en le terminant que j’allais encore écrire sur l’Afghanistan, mais cette fois à propos des femmes. La lutte des femmes est tellement poignante, tragique, elle mérite une histoire, et en tant qu’Afghan et écrivain, je savais que je ne pourrais pas résister à écrire sur ce sujet.

L’histoire des cerfs-volants de Kaboul commence dans un Afghanistan paisible où il fait bon vivre. Deux enfants sont inséparables, Amir, de l’ethnie des Pachtouns, père respectable et riche, et Hassan qui est un Hazara, au service des Pachtouns. Un peu comme les castes indiennes.
Puis ce monde idylique va chavirer, la vie va les sérarer, et nous voilà embarqués dans une histoire admirablement racontée, remontant le temps jusqu’à nos jours : l’Afghanistan sera occupé par les soviétiques, puis viendront les Talibans, accueillis en libérateurs (mais la joie sera de courte durée).
Un jour, Amir, exilé aux Etats-Unis, reçoit un appel du Pakistan : un vieil ami de son père lui demande de venir le voir, il existe un moyen de te racheter lui dit-il… Amir reviendra en Afghanistan pour une rémission difficile, hanté par cet hiver 1975 où il brisa son amitié avec Hassan.

Très bon bouquin et superbe histoire. L’Afghanistan y tient un rôle important, l’auteur aime son pays, sait retranscrire le pays et la culture dont il parle. Il montre ce qu’il est devenu, mais aussi ce qu’il était avant, vu à travers les yeux d’un enfant. Un paradis !

Chamelle – Marc Durin-Valois

chamelle.jpg Un véritable petit bijou, ce livre. Petit par la taille, mais l’histoire qu’il raconte vous accroche vite. Quelque part dans le tiers monde (peu importe, en fait) les habitants d’un village doivent migrer, car la sécheresse est là. Mais où aller ? d’un côté le désert, de l’autre la guerre, au sud tout est déjà sec. Ces gens n’ont rien, leur seule richesse consiste en quelques animaux… La famille que l’on va suivre a une chamelle et quelques chèvres. Ils partiront avec une autre famille vers l’Est, vers le désert.

C’est une plongée dans un monde dur, cruel, où chacun cherche avant tout à sauver sa peau. Les rencontres avec les militaires sont terribles. La nature n’est pas en reste et ne pardonne rien non plus. Une histoire implacable, mais belle.

Dans leur errance, ils croisent à un moment un véhicule humanitaire. Eux cherchent à localiser le gros de la troupe de réfugiés. La famille est seule, perdue dans le désert. Extrait :

Le visage de la femme blanche frémit. Mais c’est une compassion trop ambitieuse qui nous traverse et part bien au-delà de nous, vers une montagne sombre dont nous ne sommes que la part infime. Et, par effet de boucle, l’ampleur de la tâche la ramène indéfiniment à elle, comme si la montagne ne lui renvoyait au fond que son propre reflet marqué de la même compassion figée et impuissante.

Renseignements pris, ils leur laissent quelques bouteilles d’eau, et reprennent leur recherche, abandonnant la famille sans plus de manières.

Elle passe devant nous, affairée, penchée sur une carte, sans nous accorder un regard, sans prêter attention à nos mines concentrées, nos appels sans mots ni sons. Elle se projette déjà là-bas, quelque part dans les sables, auprès d’une très grande foule de nécessiteux. Elle n’est pas venue pour sauver des existences, mais quelque chose d’infiniment plus noble et d’abstrait, la vie. Pour cela, deux vaut mieux qu’un, cent que dix, mille que cent. La loi des chiffres fait que Mouna, moi et les enfants ne sommes qu’un échantillon de misère. Une raclure de la vie.
Nous sommes seuls à nouveau.
Le silence, le soleil. La fournaise.

Ce livre a obtenu plusieurs prix en 2003. Il les mérite sans aucun doute. Le texte est très beau, les mots simples, on partage leur réalité quotidienne avec émotion, et l’on apprend à relativiser nos problèmes comparés aux leurs.

Marc Durin-Valois, né en 1959, est journaliste et écrivain. Il a passé son enfance en Ouganda. Chamelle a été adapté au cinéma par Marion Hansel sous le titre Si le vent soulève les sables.

Vingt-Quatre Heures d’une femme sensible – Constance de Salm

constancedesalm.png L’idée de petit roman écrit en 1824 est décrite ainsi par Constance de Salm : « en faisant éprouver, dans le court espace de vingt-quatre heures, à une femme vive et sensible, tout ce que l’amour peut inspirer d’ivresse, de trouble, de jalousie surtout« . Mais elle ajoute également : « mon intention n’a pas été seulement de faire un tableau complet de cette multitude de vives sensations, qui sont, en quelque sorte, le secret des femmes, mais aussi de montrer jusqu’à quel point elles peuvent les égarer, et leur donner par là une utile et grande leçon« .

C’est donc par une série de lettres, écrites dans un français très classique, que vous allez suivre les états d’âme d’une femme amoureuse, mais en proie au doute. C’est très bien fait, l’histoire est plaisante, et l’épilogue inattendu. Il n’est pas très épais, et se lit rapidement.

Mais c’est dans la postface de Claude Schopp que l’on découvre la vie de cette Constance, princesse de Salm au destin et à l’histoire étonnante. On parle beaucoup de Simone de Beauvoir ces temps-ci, mais Constance a aussi lutté pour les droits des femmes, et plus précisément leur accès à la culture, à la suite de la Révolution française.

Constance de Théis est née à Nantes (quoique d’une famille Picarde) en 1767. D’une intelligence précoce, elle parle plusieurs langues à quinze ans, pratique les mathématiques et manifeste une vocation poétique. Elle accueille la Révolution avec enthousiasme :

Qu’ils étaient beaux les sentiments d’alors ! / Que l’on se trouvait grand / Que l’on se sentait libre, / Quand, d’une nation partageant les transports, / On croyait sans effort / Entre tous les pouvoirs établir l’équilibre / Et par de nouveaux droits effacer d’anciens torts ! / Que l’on se trouvait grand : quand on pouvait se dire : / « Nul ici-bas n’est plus haut que moi : / Je ne reconnais d’autre empire / Que celui de l’honneur, la raison, et la loi ».

Mais son origine aristoratique la rend suspecte et elle devra se cacher durant la Terreur. Rendue célèbre par une tragédie lyrique, Sapho, elle est la première femme admise au Lycée des arts. Ce lycée se composait de savants, d’académiciens, d’écrivains, d’artistes…
En 1795, elle leur lit Epître aux femmes, qui devint le porte-étendard de la révolte des femmes en matière artitisque. A cette époque, elle s’appelle Constance Pipelet, mariée (en 1789) par sa famille à un chirurgien. Mari volage et jaloux, ils divorcent en 1799, grâce à une loi apportée par la révolution : « le mariage est dissoluble dans le divorce » !

Elle se marie à nouveau et devient Comtesse de Salm, puis princesse (le roi de Prusse ayant fait prince Joseph de Salm, son mari). Le couple sera heureux plus de quarante ans. Elle sera de toutes les sociétés savantes de l’époque, et tiendra un salon littéraire, recevant des écrivains comme Alexandre Dumas ou Stendhal.

Elle meurt en 1845. Poétesse et dramaturge, c’est son seul roman, tout le reste est en vers. On la surnommait la Muse de la Raison.

Kafka sur le rivage – Haruki Murakami

kafkasurlerivage.png Ce roman était bien en évidence sur les tables de la FNAC de Rennes. Après avoir lu quelques paragraphes, je le prenais.

Beau et étrange roman qui vous emmènera dans l’univers de ce jeune garçon de quinze ans qui s’enfuit de chez lui pour échapper à une malédiction paternelle. Le rêve et la réalité se confondent, et de chapitre en chapitre, on alterne entre deux histoires, ou plutôt deux visions (naturelle/surnaturelle) de la même histoire.

L’habileté de l’auteur à manier les mots, à vous emmener dans cet univers en fait un roman très prenant. Sur fond d’apprentissage de la vie, d’une certaine forme de sagesse pour comprendre et vivre dans ce monde, d’accomplissement et de découverte de soi, voilà probablement un roman initiatique pour toute une génération. Superbe !

Kafka est accueilli par Oshima, un bibliothéquaire. Grâce à son immense culture, celui-ci pourra répondre à toutes les questions que l’adolescent se pose, jouant le rôle d’un sage et d’un ami. Ainsi lui explique-t-il :

Ce que l’on nomme l’univers du surnaturel n’est autre que les ténèbres de notre propre esprit. Bien avant que Freud ou Jung fassent au XIXè siècle la lumière sur le fonctionnement de l’inconscient, les gens avaient déjà instinctivement établi une corrélation entre l’inconscient et le surnaturel, ces deux mondes obscurs. Ce n’était pas une métaphore. D’ailleurs, si on remonte encore plus loin, ce n’était même pas une corrélation. Jusqu’à ce qu’Edison découvre la lumière électrique, la majeure partie de la planète était plongée dans un noir d’encre. Aucune frontière ne séparait l’obscurité physique, extérieure, de l’obscurité intérieure de l’âme. … Il était sans doute impossible aux gens de l’époque de penser en terme différents ces deux mondes de ténèbres. Aujourd’hui, il en va autrement. Les ténèbres extérieures se sont dissipées, mais les ténèbres intérieures demeurent. Ce que nous appelons ego ou conscience est la partie émergée de l’iceberg : la partie la plus importante reste plongée dans les ténèbres et c’est là que gît la source des contradictions et des confusions profondes qui nous tourmentent.

Haruki Murakami est né à Kyoto en 1949. Après des études de théâtre et de cinéma, il ouvre un club de jazz à Tokyo avant de se consacrer à l’écriture. Pour échapper au conformisme de la société japonaise, il s’expatrie en Grèce et en Italie, puis aux Etats-Unis. En 1995, après le séisme de Kobe et l’attentat de la secte Aum, il rentre au Japon.

Zoli – Colum McCann

zoli.png Cette fois, c’est en lisant une critique dans le Canard enchaîné que j’ai eu envie de lire ce livre. La critique était excellente, et j’avais gardé ce titre en tête. Je n’ai pas été déçu.

C’est l’histoire passionnante d’une femme tzigane (les Roms) qui va parcourir le siècle et l’Europe, à travers les bouleversements de l’histoire. Son enfance d’abord, élevée par son grand-père (le reste de la famille a été assassiné par des fascistes tchéchoslovaques en 1930).

J’étais douée pour me rappeler les mots, et les phrases entières, alors on me faisait veiller tard pour que j’écoute bien.

Dans cette culture orale, son grand-père s’arrangera pour qu’elle apprenne à lire et écrire. Avec d’autres, ils essayent de vivre en nomades comme ils l’ont toujours fait, et d’échapper aux persécutions. Le nazisme passe. Puis viennent les communistes qui leur ouvrent les bras dans un premier temps. Se tournant vers l’écriture et la poësie, elle écrit les histoires anciennes de son peuple qu’elle connait si bien, les chante. Un poëte communiste le remarque et veut en faire une icône du parti.
Mais l’Histoire n’attend pas. Les communistes veulent maintenant les sédentariser, un traducteur veut publier ses textes… chose interdite chez les Roms. Zoli sera bannie de son peuple, et devra fuire seule à travers l’europe, fière et libre malgré les persécutions et une immense solitude.

Colum McCann nous emmène dans une réflexion sur ce peuple méconnu, sa culture, et sa difficulté à pouvoir vivre comme ils le souhaitent, à se sentir étranger partout. Et bien sûr à réfléchir sur notre propre difficulté à accepter la différence. L’épopée de cette femme forte et indomptée est magnifiquement narrée.

Colum McCann est Irlandais, né en 1965 à Dublin, et vit à New-York. Il a écrit quatre romans, repris chez 10/18.

Les voix de l’asphalte – Philip K. Dick

Les voix de l'asphalte L’autre jour, en passant chez Virgin, je vois ce bouquin sur une table. « Tiens, je ne le connais pas celui-là… ». Et sur la page arrière (la quatrième de couverture), je lis : « Dans ce roman inédit jusqu’à ce jour, et miraculeusement retrouvé, Philip K. Dick, plus visionaire que jamais, nous livre la radioscopie d’une amérique urbaine suffocante à travers le portrait mental d’un jeune homme au bord de la crise« . Evidemment, je le prend.

Ce n’est pas un roman de science-fiction, comme en a beaucoup écrit Dick. Plutôt un roman noir, d’abord par les pensées du jeune homme en question, Stuart Hadley, mais aussi par la vision de la société américaine décrite.

Stuart Hadley se pose des questions, ne trouve pas de sens à sa vie. Il est marié, a un bon boulot, il va être papa… tout pourrait aller pour le mieux. Et pourtant il ressent un malaise profond. Nous sommes à la fin des années cinquante, le maccarthysme vient de passer, c’est le début de la guerre froide. Stuart ne se retrouve pas dans les valeurs que la société prône : argent, travail, consommation, famille.

Il va alors s’égarer une première fois auprès de la société des Gardiens de Jésus, et de son leader dont il entend une conférence. Les Gardiens de Jésus annoncent que la fin du monde est proche : Stuart se dit que cela explique pourquoi la situation actuelle est si catastrophique : les choses commencent à se dérégler !
Puis il y rencontrera un femme, cultivée, mystérieuse. Elle publie une luxueuse revue crypto-fasciste .

Je vous laisse lire et découvrir ce qui se passera ensuite… et ce qu’il adviendra de Stuart. En préface, il y a un mot de Philip K. Dick, écrit en 1982, qui éclaire l’histoire :

J’habite un petit appartement du barrio mexicain et j’utilise une machine à écrire mécanique Olympia que j’ai achetée en 1964, le canapé de mon séjour est cassé, les chats l’ont saccagé, comme ma chaise. Tout le monde me dit que je devrais habiter les beaux quartiers d’Orange (ici, c’est le comté d’Orange) et que je devrais posséder une Mercedes-Benz. Je n’ai qu’un seul costume à moi ; Dieu sait comment je vais me débrouiller pour la première de Blade Runner. En gros, tout ce que je fais de mon argent – hormis les dépenses de base, l’alimentation, le strict nécessaire – , c’est aider des organisations humanitaires comme le American Friends Service Comittee. Ce que je veux dire, c’est que tout le monde me fait culpabiliser et me met mal à l’aise parce que je ne veux pas d’une maison à étage, et que je ne veux pas d’un nouveau traitement de texte. J’avais une petite amie qui roulait en Porsche Turbo, mais ça m’a fichu la trouille, et elle m’a fichu la trouille. J’ai à côté de moi une boite en carton dont je me sers pour ranger le matériel de ma machine à écrire – j’en étais vraiment venu au point où je me disais qu’il y avait un truc qui clochait en moi, à force de ne pas vouloir acquérir les attributs prouvant au monde mon status social, mon succès. Pourtant, ça fait trente ans que je suis un authentique écrivain et… je me suis rendu compte que je n’avais pas besoin de ça, que je n’ai rien à prouver à personne, et surtout pas à moi-même. Ecrire des romans et des histoires, c’est dur, comme travail, mais ce qui compte, c’est le travail proprement dit – pas seulement le travail produit, mais aussi l’acte de travailler ; la besogne en elle-même. Le fait que je tape sur du papier bon marché acheté au Market Basket Supermarket ne joue ni en ma faveur ni en ma défaveur dans le grand tableau des résutlats, là-haut, au ciel, autrement dit, dans mon propre coeur.