Le liseur – Bernhard Schlink

leliseur.jpg Bernhard Schlink est né en 1944 et vit à Berlin. Professeur de droit, il commença sa carrière littéraire par des romans policiers, avec un personnage principal appelé Selbs, qui vient de “selblst” : “soi-même”. En 1995, il publie Le liseur, roman partiellement biographique. Le roman connaîtra un succès mondial.
C’est l’histoire d’un adolescent de quinze ans qui fait par hasard la connaissance d’une femme de trente-cinq ans, dont il devient l’amant. Quand il la rejoint chez elle, un rite s’installe : il lui fait la lecture à haute voix de romans qu’il choisit. Puis un jour, la femme disparait.
Bien des années plus tard, alors étudiant en droit, il suit un procès et la reconnait parmi les accusée. Il ne l’a jamais oubliée, et il va peu à peu comprendre son secret.

Remarquablement écrit, c’est une réflexion profonde sur la vie. Voilà trois extraits pour vous faire une idée :

Je pense, j’arrive à une conclusion, je traduis cette conclusion en décision, et je m’aperçois que l’acte est une chose à part, qui peut être conforme à la décision, mais pas nécessairement. Plus d’une fois, au cours de ma vie, j’ai fait ce que j’avais pas décidé, et ce que j’avais décidé, je ne l’ai pas fait. C’est un je-ne-sais-quoi qui agit; qui part rejoindre une femme que je ne veux plus voir; qui fait à un supérieur la remarque qui va me coûter ma carrière; qui continue à fumer quand j’ai décidé d’arrêter, et qui cesse de fumer quand j’ai admis que je suis et resterai fumeur. Je ne veux pas dire que pensée et décision sont sans influence sur les actes. Mais les actes n’exécutent pas simplement ce qui a été préalablement pensé et décidé. Ils ont leur source propre et ce sont les miens de façon toute aussi autonome que ma pensée est ma pensée.

Mais quelle énergie il y avait en moi ! Quelle confiance d’être un jour beau et intelligent, supérieur et admiré ! Quelle espérance, mise dans mes rencontres avec des personnes et des situations nouvelles !
Est-ce cela qui me rend triste ? Ce zèle et cette foi qui m’habitaient alors et arrachaient à la vie une promesse qui ne put jamais être tenue ? Quelquefois, je vois le même zèle et la même foi dans les visages d’enfants et d’adolescents, et je les vois avec la même tristesse que je me revois moi-même à l’époque. Cette tristesse est-elle la tristesse tout court ? Est-ce elle qui nous accable lorsque de beaux souvenirs se détériorent, parce que le bonheur dont on se souvient ne tenait pas seulement à la situation, mais à une promesse qui n’a pas été tenue ?

J’ai longtemps cru qu’il existait un progrès dans l’histoire du droit, une évolution en dépit de petits reculs et de terribles régressions, vers plus de beauté et de vérité, plus de rationalité et d’humanité. Depuis que cette croyance s’est révélée chimérique, j’aime à me représenter autrement le cours de l’histoire du droit : l’image avec laquelle je joue est celle d’un cours certes orienté vers un but, mais le but où il parvient, après toutes sortes de convulsions, de confusions et d’aberrations, n’est autre que son point de départ, d’où il lui faudra repartir à peine arrivé.

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