Des monts Célestes aux sables Rouges – Ella Maillard

Avec un récit d’Ella Maillart, on n’est jamais déçu, rien de mieux pour se mettre en mode “voyage”, ce que je ne vais pas tarder à faire, mais j’y reviendrai dans un futur article !

C’est donc un véritable journal de voyage qu’Ella nous livre ici : en 1932, elle part crapahuter (c’est bien le terme) au Kirghizistan et en Ouzbékistan. Elle parvient à s’incruster dans une expédition d’alpinistes amateurs vers les monts Célestes (Kirghizistan), aidés par la “Société de tourisme prolétarien”, seul moyen pour elle d’obtenir un permis, les étrangers n’étant pas bien vus dans ces zones frontalières… Par la suite, elle continuera seule son voyage vers l’Ouzbékistan.

Par petites touches, elle nous offre une description d’une époque et d’un monde aujourd’hui révolu : dépaysement garanti ! Le style littéraire n’est pas toujours présent, mais la force des situations, des rencontres humaines et l’honnêteté de la narration le remplacent avantageusement.

Les brigands bassmatchis, omniprésents (et invisibles) que tout le monde craint dans la région… La récente occupation des soviétiques, qui amènent leur système communiste et la planification imposée (monoculture du coton) qui bouleverse les équilibres alimentaires ; la pauvreté des kazaks, dans un environnement rude où se nourrir est le problème quotidien.

On se pose la question : l’occupation soviétique est-elle une étape nécessaire vers la modernisation, ou plutôt la fin d’un monde et l’écrasement de cultures millénaires. Toujours est-il que le “plan de cinq ans en quatre ans” (sic !) laisse les populations affamées le temps de cette transition. A-t-il seulement réussi ?

Outre ses rencontres avec la population locale, Elle croisera entre autres un déporté trotzkyste, un anarchiste, des noirs américains qui sont là comme experts de la culture du coton, des marins ouzbèques, etc… Et même des allemands mennonites arrivés là par les aléas de l’histoire et parce qu’ils ont fait serment de ne jamais toucher une arme… Leur mode de vie conservé intact dans ce pays d’une autre époque lui fait dire :

Il a fallu que je vienne jusqu’au milieu du Turkestan pour comprendre la force de la propreté, et la discipline d’une croyance…

Il faut faire attention aux vols, tout objet a de la valeur, et plus encore s’il est rare, comme le couteau à six lames d’Ella (qu’elle récupérera de justesse), ou sa paire de chaussures (qu’elle se fera voler avant sa dernière étape à dos de chameau), ou encore sa pipe, prêtée, et soi-disant perdue… Mais c’est aussi de magnifiques rencontres, où les gens donnent le peu qu’ils ont :

Vrai, il n’y a que les pauvres pour avoir le cœur pareillement large envers une passante.

Le livre se termine par ces derniers mots :

Voici enfin les hauts peupliers de la ville. Il n’y a plus d’imprévu possible, le vrai voyage est terminé.

Mais un peu avant, elle a ces mots magnifiques:

Jamais matin de ma vie ne m’a semblé plus beau. J’aimerais trouver un cri qui dise tout ce que je sens.
Partir, c’est revivre. Tout recommence, je ne sais pas ce que je vais traverser. Le soleil se lève, rouge comme il s’est couché hier. L’air étincelle de givre en suspension et j’avance dans une réalité plus belle qu’une féerie.
Pourtant, hier, comme ce fut dur d’ouvrir la porte du Lastotchka, de tourner le dos à cette cabine chaude ! J’ai bien hésité une heure avant de faire le geste athlétique de charger mon lourd sac sur l’épaule.

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Voici quelques extraits supplémentaires pour vous donner envie… ou pas (lire l’extrait sur les puces !) 😀

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La tendre indifférence du monde – Adilkhan Yerzhanov

Avec un aussi joli titre, difficile de résister à l’envie d’aller voir ce film. On y apprend d’ailleurs que “La Tendre indifférence du monde” est une citation empruntée à Albert Camus (dans l’Étranger).

L’histoire est simple, et les héros attachants : Saltanat est une belle jeune fille, qui a fait des études de médecine, mais dont les parents ont de grosses dettes. Kuandyk lui n’a pas d’éducation, est amoureux de la belle, mais la respecte avant tout, et reste à sa place. Tous deux aiment la littérature française…

Après un chantage de sa mère, Saltanat se rend à la ville pour y rencontrer un oncle, et va vite s’apercevoir qu’il s’agit bien de la monnayer à un homme riche qui pourra rembourser les dettes des parents. Kuandyk l’accompagne pour veiller sur elle, et va chercher un petit boulot sur place.

Tous les deux, attachants et aériens, vont être confrontés à la brutalité et la bêtise du monde, et vont réagir… Le grotesque de certaines situations apporte un peu de légèreté heureusement.

Le rythme est assez lent, avec beaucoup de plans fixes manifestement très construits. Des tableaux du douanier Rousseau ponctuent chaque scène… Ainsi qu’une fleur aux pétales blanches, qui ouvre d’ailleurs la première scène du film, où quelques gouttes de sang la ternissent, prémonition du destin final…

Un très beau film, bien construit, qui réussit à apporter une note poétique tout en dénonçant un monde de brutes.

Dans la forêt – Jean Hegland

C’est en entendant le libraire conseiller ce bouquin à une cliente que je me suis laissé tenter. Il disait que les retours étaient bons, bonne histoire, etc…

Je n’irais pas jusqu’à le recommander vivement, mais c’est vrai que l’histoire est prenante ; même si elle manque un peu d’action, on reste accroché et curieux de voir comment tout cela va se terminer. La fin ne déçoit pas d’ailleurs, ce qui est déjà une bonne chose…

Le roman est tenu comme un journal, celui de Neil, sœur d’Eva : toutes deux très liées, vivant seules dans une maison isolée dans la forêt. Très vite, on comprend qu’une catastrophe a eu lieu, que les parents ne sont plus là, et qu’elles doivent se débrouiller en ne comptant que sur elles-mêmes. Plus d’électricité, plus d’essence : la “civilisation” s’est manifestement effondrée.

La première partie va nous raconter un peu la vie d’avant, les parents, la ville la plus proche, les passions des uns et des autres… Il y a de beaux passages marqués par l’émotion, le souvenir de jours meilleurs… Et quelques longueurs aussi, car il ne se passe pas grand chose au présent. Puis cela change heureusement, Eli arrive (le petit ami de Neil)… Les choses vont commencer à bouger.

J’ai tout de même trouvé certaines situations peu crédibles, comme le type qui surgit, commet son forfait, et disparaît sans profiter de son avantage (je n’en dis pas plus), ou encore le fait qu’elles attendent le dernier moment pour penser à trouver de nouvelles ressources alimentaires : ce n’est pourtant pas le temps qui leur manque !

Mais dans l’ensemble, on est pris, la situation dès lors évolue sans cesse, et la fin donne à réfléchir : après une suite d’adaptations, il faudra tout plaquer pour recommencer à zéro, dans la forêt… Un roman sur l’après catastrophe finalement assez bien foutu, bien qu’un peu utopique me semble-t-il.

Jean Hegland, née en novembre 1956 à Pullman dans l’État de Washington, est une écrivaine américaine. “Dans la forêt” est son premier roman (1996). Il a été porté à l’écran en 2015 par Patricia Rozema sous le titre “Into the Forest”. La traduction française du roman date de 2017.

Les idées des autres – Simon Leys

En commençant ce livre, j’étais assez confiant puisque, étant fan de Simon Leys, un recueil de citations sélectionnées de sa main ne pouvait logiquement que me plaire…

Ce ne fût malheureusement pas vraiment le cas, je trouvé cette sélection assez inégale d’une part, et pour une autre part très empreintes de religiosité. Je sais que Simon Leys était très croyant, ce n’est donc qu’une demi surprise !

Certaines sont très  “intellectuelles”, mais manquent au fond de vérité, la recherche du bon mot ayant pris le pas sur l’idée. Heureusement d’autres sont percutantes et éclairent un sujet d’une lumière nouvelle. Il y a aussi celles qui ne me parlent pas du tout… Un bon paquet sont donc aux connotations religieuses marquées (Simone Weil, et surtout Léon Bloy qui est le plus cité, et catholique traditionaliste). Finalement, je préfère les citation chinoises, elles sont souvent plus poétiques !

Elles sont toutes données dans leur langue originale (y compris les idéogrammes chinois), et ensuite traduites en français par les soins de l’auteur. Je reste tout de même un peu déçu donc de ce bric-à-brac de citations collées les unes aux autres, certes classées par sujet, et dans une édition de qualité. Peut-être n’étais-je pas réceptif à certaines citations, il faut aussi un état d’esprit en phase avec le sujet traité, ou avec ce mode d’expression “concentré”.

En voici tout de même quelques unes pour votre plaisir :

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S’mi Tout Rennes Court 2018

Non, je n’ai pas fait le semi-marathon de Tout Rennes Court 2018 ! Mais Patrice l’a fait, et j’en ai profité pour aller l’encourager sur le nouveau parcours, qui, restant dans le centre, permet au supporter de retrouver facilement le valeureux coureur en prenant une rue transversale. Et comme en plus il y deux tours…

Et puis j’ai aussi pu voir Gaston en fin de parcours, que je n’avais plus vu depuis longtemps !

Ça a donc été l’occasion de faire un petit montage vidéo, grâce à Shotcut, une application multi-plateforme (et gratuite) vraiment sympa. Un tutoriel plus loin (insertion de texte, ralenti, accélération, transitions), voilà ce que ça donne :

Pour être complet, voilà leur classement :

Prénom Nom Ville Position Cat. Pos. Cat. Temps parcouru
Patrice Vallée Chateaugiron 2881 VH2 443 02:09:30
Laurent Benetti Betton 2955 VH2 449 02:11:11

La Sainte-Victoire

Accéder à l'album Fin septembre, je suis descendu dans le sud pour profiter des derniers beaux jours de l’été (et je n’ai pas été déçu sur ce point !). J’ai notamment passé une semaine à Trets, chez ma sœur Martine, avec beaucoup d’activités extérieures, entre randonnées et VTT.

Nous avons commencé par aller voir une expo sur Nicolas de Staël à Aix, puis sommes allé nous balader sur les traces de Cézanne au Bibémus. Avec en plus une sortie VTT dans la Réserve Naturelle, c’est bien la Sainte-Victoire qui est le fil rouge de cette belle semaine ! En voilà quelques photos (cliquer sur l’image pour accéder à l’album).

Le misanthrope – Molière

J’ai voulu lire cette pièce de Molière car parfois je me demande si je ne suis pas moi-même misanthrope ! Sur ce point particulier, cette lecture ne m’a pas vraiment éclairé, Alceste (le misanthrope) étant plus proche de la caricature que d’autre chose, extrémiste dans ses idées et sans aucune volonté de s’améliorer ni de comprendre le point de vue des autres. Je n’en suis pas encore là ! 😉

Parmi les autres personnages de la pièce, il y a Philinte (l’ami bon et raisonné), Célimène (aimée par Alceste, à la critique particulièrement fine et pertinente), Arsinoé (fausse amie de Célimène, médisante), et enfin Alcaste et Clitandre, deux marquis adeptes de la flatterie telle qu’elle est pratiquée à la Cour.

Alceste reproche à Célimène d’être trop accueillante, de se plaire à des jeux verbaux, il souhaite un amour exclusif, et en devient belliqueux. Célimène choisira de ne pas suivre Alceste dans sa retraite, elle est jeune et préfère la vie… On ne peut que lui donner raison.

J’ai trouvé que l’histoire en elle-même était de peu d’intérêt. La pièce rencontrera peu de succès à sa sortie, le public la trouvant trop sérieuse. Pour Jean-Jacques Rousseau, elle est au contraire l’emblème d’un théâtre qui a sacrifié la morale au comique, au point de jouer “le ridicule de la vertu” : un tel jugement me paraît très moraliste.

Pour le reste, c’est loin d’être déplaisant à lire, le parler en vers a des charmes indéniables, et le contexte de l’époque, bien expliqué dans la préface de Jacques Chupeau, apporte de l’intérêt au sujet. Quelques vers méritent d’être retenus…

Cette préface nous parle donc du rôle à avoir quand on se tient en société à l’époque (“portrait du siècle”) : être bon et patient avec les autres (comme Philinte), et ne pas vouloir imposer la vertu aux autres, en oubliant au passage de se regarder d’un œil critique (comme le fait Alceste). Car si l’on veut vivre avec les hommes, en bonne société, il faut se comporter ainsi.

Difficile d’aller contre ce principe : c’est l’Art de vivre entre les hommes, comme il se pratiquait à l’époque, et qui se transpose finalement très facilement à la notre. Mais peut-être sommes-nous allé trop loin avec le “politiquement correct” anglo-saxon qui poussé à l’extrême mine la communication. Le sujet est donc toujours d’actualité !

Mais revenons tout de même à la pièce et à quelques passages :

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Burning – Lee Chang-Dong

J’ai d’abord entendu parler de ce film coréen par le Canard enchaîné, qui en donnait une bonne critique. Puis sur France Culture, le journaliste regrettait amèrement qu’il n’ait pas eu la palme d’or (comme le fait Télérama sur l’affiche), et fustigeait le jury par la même occasion. Enfin, ce film est tiré d’une nouvelle de Murakami. Tout cela m’a donné envie d’aller le voir.

Avec un début plutôt lent (le film dure 2h30), on met un peu de temps à rentrer dans l’histoire, ou plutôt l’histoire met un peu de temps à démarrer : Jongsu, un jeune coursier taciturne, mutique, retrouve une ancienne voisine de son enfance, Haemi. Celle-ci le séduit, puis part en Afrique pendant que Jongsu s’occupe de son chat. À son retour, Haemi est accompagnée d’un jeune coréen, Ben, riche et oisif. Le trio va apprendre à se connaître, puis Haemi va disparaître.

Tout ceci a pris 90 minutes, mais j’ai trouvé tout de même de l’intérêt a observer les rapports entre coréens, et la culture coréenne par la même occasion. On est loin de l’occident, et ce temps était peut-être nécessaire. À partir de là, Jongsu va essayer de retrouver Haemi, et les propos ambigus de Ben vont finir par lui devenir suspects.

Pour conclure, c’est un bon film sur la Corée moderne, avec de bons acteurs, une intrigue digne de Murakami (rien n’est certain), des images et une musique qui créent une belle ambiance : on passe tout de même un bon moment. De là à crier à la palme d’or…

La transmigration de Timothy Archer – Philip K. Dick

Troisième et dernier tome, et donc après SIVA et L’invasion divine, de cette trilogie divine que j’ai décidé de relire. Au final, je reste sur l’impression que j’avais eu lors de ma première lecture, il y a bien longtemps : ces trois romans n’ont rien à voir avec toute l’œuvre précédente de Philip K. Dick, et offrent à mon avis très peu d’intérêt, à moins d’être versé dans les délires mystico-religieux.

Ça commence pourtant bien avec une vraie histoire, racontée par Angel, mariée avec Jeff, le fils de Timothy Archer, ce dernier étant évêque, rien que ça. Ce qui ne l’empêche pas d’être l’amant de Kirsten, une copine d’Angel. Le roman commence le jour de la mort de John Lennon, événement qui marque que le monde va mal…

Angel nous raconte d’abord la rencontre entre Timothy et Kirsten, puis tout ce qui en suivit. Elle n’est pas croyante et garde une distance critique avec tout ce qui arrive, ce qui n’est pas sans me déplaire ! C’est une ex-étudiante de Berkeley, diplômée, intellectuelle, mais assez paumée dans sa vie, fumant de l’herbe. Si elle garde une distance avec le délire religieux de son entourage, elle a finalement son propre délire aussi, plus intellectuel…

Toujours est-il que des manuscrits de la mer morte ont été trouvés, écrits par les Zadokites, une très ancienne secte juive. Tim participe à leur étude, et il apparaît que tout ce qu’a dit Jésus existait déjà 200 ans auparavant, ce qui remet bien sûr largement en cause le statut de “fils de Dieu” qu’on lui a attribué. De là à penser que Jésus n’était qu’un charlatan…

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Lectures, Ubuntu, Smartphone, Cinéma, entre autres…