Zomia ou l’art de ne pas être gourverné – James C. Scott

Ce livre m’avait été recommandé il y a pas mal de temps par mon libraire de Puteaux ! J’avais noté le titre dans un coin, et suis retombé dessus par hasard, alors qu’il vient d’être publié en format poche. C’était le moment de l’acheter et de lire.

Il s’agit donc d’un essai, sur un sujet très intéressant qui bouscule pas mal d’idées reçues. Il y a toutefois beaucoup de redites, ce qui rend la lecture de l’ouvrage un peu fastidieuse (626 pages). Mais l’essentiel du message est passionnant, même s’il est assez vite compris.

En plus, la zone géographique concernée est l’Asie du Sud-Est, où j’étais encore il y a peu… Ma vision des ethnies locales (particulièrement en Birmanie) est désormais très différente de ce qu’elle était !

Alors de quoi s’agit-il ? Ces fameuses ethnies sont souvent perçues et présentées comme nos ancêtres, vivant dans les montagnes, n’ayant pas encore rejoint la société civilisatrice… L’auteur nous propose une toute autre explication, celle de peuples ayant fui les vallées vers des zones refuges, hors d’atteinte d’un État trop autoritaire et contraignant : travail forcé, impôts, conscription, religion, etc…

Il n’y a là aucune séquence évolutionniste, et les tribus ne sont pas “antérieures” aux États. Elles représentent plutôt une formation sociale qui se définit par sa relation à l’État : “Si les dirigeants du Moyen-Orient ont dû affronter un “problème tribal”, […] on peut dire que les tribus ont fait face à un éternel “problème de l’État”.”

Cette contre-histoire est en elle-même passionnante, et on y apprend plein de choses, comme par exemple que la muraille de Chine (et une autre pour les Miao, au sud de la Chine) ont autant servi à se protéger des barbares venant de l’extérieur que pour empêcher la population de partir…

Voilà un peu plus d’explications sur la Zomia (qui vient de Zo “reculé” et Mi “peuple”), ainsi que quelques extraits…

Continuer la lecture Zomia ou l’art de ne pas être gourverné – James C. Scott

Power – Michaël Mention

J’ai acheté ce livre sur la table du libraire quand j’ai vu qu’il racontait l’histoire des Black Panthers. C’était l’occasion d’en savoir plus sur ce mouvement, et ce roman a parfaitement répondu à mes attentes, brisant pas mal d’idées reçues.

C’est donc l’histoire du BPPFSD (Black Panther Party For Self Defense), depuis sa création jusqu’à son éclatement et ses dérives largement orchestrées par le FBI (programme COINTELPRO).

Le rythme de l’écriture est assez haletant, comme ce que vivent les personnages que nous allons suivre ; les scènes violentes arrivent sans prévenir, comme dans la rue. C’est très prenant, pour peu qu’en plus on s’intéresse à cette époque où l’Amérique bascule (années 60-70).

Nous allons suivre trois personnages, chapitre après chapitre : une jeune militante du BPP, un flic blanc et un infiltré par le FBI. Tous vont plus ou moins finir par être détruits, chacun à leur manière. Les destins croisés de Charlène, Neil et Tyrone vont vous accrocher, c’est certain !

Cerise sur le gâteau, il y a des références fréquentes à des morceaux de musique de l’époque, que l’auteur a eu la bonne idée de lister en fin d’ouvrage : l’occasion de se faire une “Playlist” (32 morceaux), et d’une belle découverte en ce qui me concerne avec ce morceau :

May Blitz (Album May Blitz) – Smoking the Day Away

Voilà quelques notes prises lors de la lecture de ce roman, qui peut sans aucun doute être pris comme une belle retranscription de l’époque, tout en restant un roman et donc une fiction.

Continuer la lecture Power – Michaël Mention

Thunderbird 68 et la synchro CardDAV/CalDAV

Avec la mise à jour d’Ubuntu 19.10, je me suis rendu compte que la synchronisation de mes contacts et de mes agendas ne fonctionnait plus…

Il m’a d’ailleurs fallu presque 3 semaines pour m’en rendre compte, et oublier un rendez-vous… Comme quoi mon agenda n’est pas surchargé, et c’est très bien comme ça ! 😎

J’utilisais l’extension SoGo Connector, mais celle-ci ne fonctionne plus avec la version 68 de Thunderbird livrée avec la dernière version d’Ubuntu.

Je lui ai vite trouvé un remplaçant, mais j’ai passé beaucoup de temps pour le faire fonctionner, étant d’abord parti sur une mauvaise piste..

Continuer la lecture Thunderbird 68 et la synchro CardDAV/CalDAV

Lune Comanche – Larry McMurtry

Autant le dire tout de suite : c’est un bon cru ! Après la découverte de l’excellent Lonesome Dove, j’avais été très déçu par La marche du mort. J’avais donc des doutes en attaquant ce gros volume (790p).

Mais ils furent vite dissipés, et on retrouve nos deux rangers au début de leur carrière, pour des aventures prenantes. Le roman se situe chronologiquement entre leurs débuts dans La marche du mort, et bien avant Lonesome Dove.

Les personnages sont toujours aussi marqués : les deux chefs indiens d’abord, avec le voleur de chevaux Kicking Wolf, et le redoutable guerrier Buffalo Hump sans oublier son fils le très méchant Blue Duck . Il y a aussi le capitaine des Texas Rangers, Inish Scull, un héros qui s’ennuie tellement qu’il va jeter entre les mains d’Amuhado, le “Black Vaquero”, véritable incarnation du mal, mexicain aux origines probablement Maya, aux tortures très raffinées…

Bref on ne s’ennuie pas, même si on se demande toujours quelle est la part de vérité historique concernant l’époque, ou la culture Comanche… Tout pourrait être complètement inventé ! Mais il faut bien dire que l’on dévore les pages, sauf peut-être au début de la troisième partie, après la guerre de Sécession, qui met du temps à démarrer.

Si vous avez aimé Lonesome Dove, vous aimerez certainement Lune Comanche.

Larry McMurtry, né en 1936, est un  un romancier, essayiste et scénariste américain. Lonesome Dove a remporté le Prix Pulitzer de la Fiction en 1986. Il a également écrit avec Diana Ossana le scénario du film Le Secret de Brokeback Mountain.

DAVx : Erreur de serveur HTTP – expected 207

Suite à la dernière mise à jour de DAVx (version 2.6-ose) sur mon smartphone tournant fièrement LineageOS 16, j’ai commencé à avoir des messages d’erreurs récurrents lors de la synchronisation de mes contacts :

Notification d’erreur de DAVx

Comme le message l’indique, c’est manifestement un problème côté serveur, qui renvoie un mauvais code HTTP (200 au lieu de 207).

J’utilise un serveur Baikal pour synchroniser mes contacts et calendriers, je suis donc allé voir de ce côté. Sur cette page, la version 0.6.0 est disponible. J’ai donc récupéré le ZIP sans plus de recherche, puis suivi la procédure de mise à jour décrite ici :

C’est très simple, un peu comme WordPress (en plus, je me suis abstenu de sauvegardé ma base de données !) : il suffit de remplacer tous les fichiers et répertoires à l’exception dossier Specific qui contient vos fichiers de configuration.

Ensuite, il suffit de se rendre sur la page d’administration, quelque chose comme http://dav.example.org/baikal/html/admin/, et de lancer la mise à jour :

Et voilà, quelques secondes plus tard, mon serveur est passé en version 0.6.0, et le message d’erreur côté smartphone a disparu !

C’est parfois bien l’informatique, quand on règle un problème rapidement sans trop se prendre la tête ! 😎

Entre ciel et terre – Jón Kalman Stefánsson

Nouvelle lecture d’un roman conseillé par Béatrice, une amie de ma sœur. C’est aussi le premier ouvrage d’une trilogie. Hélas, je n’ai pas vraiment accroché.

La narration au style particulier nous emmène vite dans l’atmosphère du récit, dans cette vie rude des pêcheurs islandais. Et on se laisse emporter par l’histoire, sans savoir où celle-ci va nous emporter, comme la barque qui les emmène vers le large alors que la tempête menace.

Un gamin va perdre son ami qui aimait tant la poésie, au point d’en oublier de mettre sa vareuse en prenant la mer, chose peu crédible soit dit entre nous… Par ces latitudes glaciales, une telle erreur se paie cash.

Dès lors, le gamin va retourner au village et l’histoire s’essouffle, le style perd de sa force… Le gamin va être recueilli, l’occasion de décrire brièvement la vie au village, monotone, dans ce pays qui n’a pas de grandes villes… Une vie certes moins dure que celle des pêcheurs, mais guère plus réjouissante, avec l’alcool comme ultime recours. La fin de l’histoire arrive vite, et c’est tant mieux.

Bref, je n’ai pas été conquis par ce premier roman de l’auteur : malgré un bon début, l’histoire et le style ne tiennent par leurs promesses.

Jón Kalman Stefánsson, né en 1963, est un écrivain et poète islandais. Sa trilogie romanesque (ce roman donc , suivi de “La Tristesse des anges” et “Le Cœur de l’homme”) lui ont apporté reconnaissance et succès.

Mise à jour Ubuntu 19.10

Ubuntu 19.10 “Eoan Ermine”

L’autre jour, j’ai fait la mise à jour vers la dernière version d’Ubuntu, soit la 19.10, code name “Eoan Ermine”.

Depuis le passage en 18.04 (voir cet article), j’étais repassé en mode “mise à jour tous les 6 mois”, après être sagement resté en version LTS pendant 2 ans : en effet, le passage au bureau Gnome était un changement important, et chaque nouvelle version apporte une meilleure intégration de celui-ci.

Et franchement, je ne suis pas déçu, je suis assez “fan” de ce bureau, beau et efficace à l’utilisation. J’utilise le thème Adwaita (c’est sobre, couleur gris clair comme sur un Mac), avec le nouveau thème d’icônes “Yaru” qui s’affine lui aussi petit à petit. L’ensemble me plaît bien :

Thème Adwaita et Yaru pour les icônes, curseurs et sons.

Côté fond d’écran, j’utilise une photo que j’avais prise au Maroc, puis je l’ai “floutée” avec Gimp pour l’utiliser sur l’écran de verrouillage (grâce à Gnome Tweaks) :

Image prise du côté de Sidi Ifni, au sud d’Agadir… À droite, l’écran de verrouillage !

Mais revenons à la mise à jour de la 19.04 vers la 19.10. Il y a eu quelques petits détails à corriger, et un bug avec le son déjà identifié ; bref rien de méchant, mais en voici la liste.

Continuer la lecture Mise à jour Ubuntu 19.10

Sorry we missed you – Ken Loach

Un Ken Loach, ça ne se loupe pas, surtout quand il décide de parler du problème de l'”Uberisation ” de la société, et du sort réservé aux travailleurs qui tentent cette voie.

Franchement j’ai bien aimé, c’est un bon Ken Loach, qui ne s’apitoie pas sur le sort de cette famille, mais se contente de décrire leur quotidien. Et il est assez terrible, avec Ricky sans emploi, et Abby sa femme qui s’occupe de personnes âgées à domicile, mal payée et exploitée par une société sans état d’âme (qui parle de “clients” aussi dramatique que la situation d’abandon puisse être pour ces personnes).

Dès le début, on sent le piège se refermer : Ricky demande à sa femme Abby de vendre leur seul bien, à savoir la voiture qui sert à Abby pour faire sa tournée (elle ira en transports en commun à la place !), pour acheter une fourgonnette qui va lui permettre de faire le chauffeur-livreur à son compte, travaillant pour une compagnie qui va l’exploiter de belle manière… Le rêve d’accession à la propriété va enfin pouvoir se réaliser !

Mais très vite la situation va devenir intenable : au moindre souci, Ricky va subir l’exploitation sans scrupules de la compagnie, devenant corvéable à merci, sans aucune protection, et sous la menace permanente d’être “dégagé”.

Et des problèmes familiaux, Ricky va en avoir avec son fils adolescent… J’ai trouvé la scène où les parents s’expliquent dans la chambre alors que Ricky a failli en venir aux mains avec son fils très forte. Abby lui explique que ce qu’il faut, en ce moment, c’est surtout garder le contact avec leur fils, et Ricky le prend comme un reproche personnel, alors Abby réexplique tranquillement. Elle est d’une patience admirable, d’un dévouement et d’une empathie exceptionnelle. C’est sans conteste le plus beau personnage du film.

Ken Loach, né en 1936, est un réalisateur britannique. Son œuvre est engagée et dénonce souvent les abus de la société capitaliste et le sort qu’elle réserve aux travailleurs.

Ti-Puss – Ella Maillart

Premier livre d’Ella Maillart d’où je ressort déçu… Pourtant j’aime l’auteur et ses récits de voyage, j’adore l’Inde où j’ai fait mon premier grand voyage, et je n’ai rien contre les chats…

Mais là, j’ai trouvé un mélange des genres plutôt raté : le récit est centré sur sa chatte Ti-Puss et sa relation à elle, tout en suivant les préceptes de maîtres de méditation et de sagesse indiens qui prônent le détachement de soi et des choses matérielles de ce monde.

Or c’est un peu à l’inverse auquel nous assistons : elle croit voir en Ti-Puss l’expression de la sagesse qu’elle recherche désespérément en Inde. J’y vois plutôt un attachement et un amour plutôt égoïste, loin de “l’Amour” débarrassé du “Moi” individuel comme lui enseignent les sages… Et comme tout un chacun avec son animal domestique, elle lui attribue des qualités humaines : la route vers le détachement est encore longue !

De plus, le style est plutôt heurté, arrivant rarement à donner un tableau de son environnement, et c’est vraiment dommage, on est tout de même en Inde, où le dépaysement est omniprésent ! Les seuls passages fluides concernent Ti-Puss, et encore…

Dans son désir d’apprendre, elle vit avec les indiens, à l’écart des autres blancs (qui ne se mélangent pas), mais va tout de même régulièrement retrouver des amis européens manifestement fortunés, partant même faire une chasse au tigre ! Tout cela me paraît dès lors très confus.

Bref, vous l’aurez compris, très déçu par ce récit. C’est l’éternelle histoire du voyageur-écrivain ou de l’écrivain-voyageur. Ici, le voyageur écrit sans vraiment voyager, et donc échoue.

Autres livres d’Ella Maillart sur ce blog :

Ella Maillart (1903-1997), de nationalité suisse, est une voyageuse, écrivain et photographe. J’ai désormais lu ses principaux récits de voyage. Le meilleur est sans conteste “Oasis interdites”, suivi par “La voie cruelle”. “Croisières et caravanes” est un résumé de sa vie, et peut être une porte d’entrée à son œuvre.

Sœurs d’armes – Caroline Fourest

J’aime bien Caroline Fourest, très bonne journaliste, débatteuse redoutable, et défendant des causes justes (femmes, minorités, laïcité), et luttant contre les intégrismes religieux. Je suis son blog wordpress de temps en temps, pas toujours très actif, mais toujours intéressant.

J’avais donc prévu d’aller voir ce film dès sa sortie. Pour cela, il m’a fallu aller au CGR La Mézière de Cap Malo, à 10 kms de Rennes, aucun cinéma en centre-ville ne le proposant.

J’en suis ressorti un peu déçu, ce n’est certainement pas un grand film, malgré un sujet passionnant : on ne s’improvise sans doute pas réalisatrice, et le début du film manque de fluidité, on a du mal à entrer dans l’histoire ; les scènes semblent collées les unes aux autres sans véritable enchaînement. D’autres scènes sont manifestement faites pour créer de l’émotion, avec la musique qui va bien… Les scènes de guerre ne sont pas très bien rendues non plus.

Il y avait donc certainement mieux à faire. Pourtant, l’histoire de ces femmes d’horizons différents, de religion différentes, qui se battent ensemble contre l’État Islamique et sa barbarie mérite d’être contée. Sur le même sujet, j’ai tout de même préféré Les filles du soleil de Eva Husson.

À noter que le film sort au moment où les américains abandonnent les Kurdes face à l’armée turque. Triste monde !

Caroline Fourest, née en 1975, est une journaliste, essayiste et donc réalisatrice française

Lectures, Ubuntu, Smartphone, Cinéma, entre autres…