Archives de catégorie : Littérature

Entre ciel et terre – Jón Kalman Stefánsson

Nouvelle lecture d’un roman conseillé par Béatrice, une amie de ma sœur. C’est aussi le premier ouvrage d’une trilogie. Hélas, je n’ai pas vraiment accroché.

La narration au style particulier nous emmène vite dans l’atmosphère du récit, dans cette vie rude des pêcheurs islandais. Et on se laisse emporter par l’histoire, sans savoir où celle-ci va nous emporter, comme la barque qui les emmène vers le large alors que la tempête menace.

Un gamin va perdre son ami qui aimait tant la poésie, au point d’en oublier de mettre sa vareuse en prenant la mer, chose peu crédible soit dit entre nous… Par ces latitudes glaciales, une telle erreur se paie cash.

Dès lors, le gamin va retourner au village et l’histoire s’essouffle, le style perd de sa force… Le gamin va être recueilli, l’occasion de décrire brièvement la vie au village, monotone, dans ce pays qui n’a pas de grandes villes… Une vie certes moins dure que celle des pêcheurs, mais guère plus réjouissante, avec l’alcool comme ultime recours. La fin de l’histoire arrive vite, et c’est tant mieux.

Bref, je n’ai pas été conquis par ce premier roman de l’auteur : malgré un bon début, l’histoire et le style ne tiennent par leurs promesses.

Jón Kalman Stefánsson, né en 1963, est un écrivain et poète islandais. Sa trilogie romanesque (ce roman donc , suivi de “La Tristesse des anges” et “Le Cœur de l’homme”) lui ont apporté reconnaissance et succès.

Ti-Puss – Ella Maillart

Premier livre d’Ella Maillart d’où je ressort déçu… Pourtant j’aime l’auteur et ses récits de voyage, j’adore l’Inde où j’ai fait mon premier grand voyage, et je n’ai rien contre les chats…

Mais là, j’ai trouvé un mélange des genres plutôt raté : le récit est centré sur sa chatte Ti-Puss et sa relation à elle, tout en suivant les préceptes de maîtres de méditation et de sagesse indiens qui prônent le détachement de soi et des choses matérielles de ce monde.

Or c’est un peu à l’inverse auquel nous assistons : elle croit voir en Ti-Puss l’expression de la sagesse qu’elle recherche désespérément en Inde. J’y vois plutôt un attachement et un amour plutôt égoïste, loin de “l’Amour” débarrassé du “Moi” individuel comme lui enseignent les sages… Et comme tout un chacun avec son animal domestique, elle lui attribue des qualités humaines : la route vers le détachement est encore longue !

De plus, le style est plutôt heurté, arrivant rarement à donner un tableau de son environnement, et c’est vraiment dommage, on est tout de même en Inde, où le dépaysement est omniprésent ! Les seuls passages fluides concernent Ti-Puss, et encore…

Dans son désir d’apprendre, elle vit avec les indiens, à l’écart des autres blancs (qui ne se mélangent pas), mais va tout de même régulièrement retrouver des amis européens manifestement fortunés, partant même faire une chasse au tigre ! Tout cela me paraît dès lors très confus.

Bref, vous l’aurez compris, très déçu par ce récit. C’est l’éternelle histoire du voyageur-écrivain ou de l’écrivain-voyageur. Ici, le voyageur écrit sans vraiment voyager, et donc échoue.

Autres livres d’Ella Maillart sur ce blog :

Ella Maillart (1903-1997), de nationalité suisse, est une voyageuse, écrivain et photographe. J’ai désormais lu ses principaux récits de voyage. Le meilleur est sans conteste “Oasis interdites”, suivi par “La voie cruelle”. “Croisières et caravanes” est un résumé de sa vie, et peut être une porte d’entrée à son œuvre.

Pour qui sonne le glas – Ernest Hemingway

C’est après avoir regardé un documentaire sur la guerre d’Espagne, La tragédie des brigades internationales sur Arte, que j’ai eu envie de lire ce livre. J’avais aussi noté “Aventures d’un jeune homme” de John Dos Pasos, mais de ce que je lis à son sujet, c’est un peu daté.

Et c’est aussi ce que l’on peut remarquer avec celui-ci : écrit en 1940, le style est vraiment différent de ce que l’on pourrait écrire aujourd’hui sur un tel sujet. Mais la magie opère, on se laisse tout de même prendre par le récit, malgré une première partie un peu lente.

Les dialogues entre les personnages sont particulièrement directs, est-ce parce que les personnages sont rustres ? ou est-ce l’éventualité d’une mort prochaine qui apporte cette urgence et ce besoin de vérité ? Cette proximité et les questionnements qu’elle soulève sont captivants.

Les personnages prennent corps peu à peu, entre Roberto l’américain venu se battre par idéal et ces paysans espagnols qui se battent pour une République qu’ils connaissent à peine. Roberto est envoyé par l’armée républicaine pour faire sauter un pont, et a besoin de leur aide, mais l’opération est rendue dangereuse car elle doit se faire absolument le matin, ce qui rend la fuite périlleuse.

Le coup de foudre entre Roberto et Maria la jeune et belle espagnole opère dans cette urgence que le danger implique. Les hommes boivent beaucoup de vin et s’expliquent durement… Mais l’on s’ennuie tout de même un peu dans cette première moitié de roman.

Les choses sérieuses commencent lorsqu’une patrouille passe près de leur camp. Les réflexions sur la mort, sur l’acte de tuer d’autres hommes, et peut-être d’aimer le faire, travaillent Roberto… Un autre camp de partisans est attaqué, et massacré sans qu’ils n’interviennent car l’objectif stratégique c’est le pont. On est alors pris par le récit et l’action, jusqu’à ce que le glas sonne…

D’ailleurs, le titre vient d’un texte de John Donne présenté en exergue du roman, dont voici la fin :

La mort de tout homme me diminue, parce que je suis solidaire du Genre Humain. Ainsi donc, n’envoie jamais demander : pour qui sonne la glas ; il sonne pour toi.

J’en ai profité pour regarder le film qui en a été tiré, et qui date lui de 1943, réalisé par Sam Wood. Il est assez fidèle au roman, mais très prude sur la relation entre Roberto et Maria… C’en est d’ailleurs assez amusant quand on compare les scènes décrites ou plus souvent manquantes à ce sujet ! Toujours est-il que le film n’a pas le charme du roman, ni sa profondeur.

Ernest Hemingway (1899-1961) est un écrivain, journaliste, et correspondant de guerre américain. Il participa à la guerre d’Espagne comme journaliste aux côtés des républicains, et écrira ce roman par la suite. Si l’on en croit la page wikipedia, il se fâchera avec son grand John Dos Pasos lors de la mort suspecte de l’écrivain José Robles Pazos attribuée aux Staliniens. Son analyse de la guerre d’Espagne, sa compromission locale avec la propagande stalinienne et l’absence d’aide d’Hemingway face à la disparition de son ami, insupportent Dos Passos.

Nymphéas noirs – Michel Bussi

Livre prêté par un ami comme un super bouquin, il avait fait le tour d’amis communs, tout le monde avait adoré, dénouement incroyable, etc… Déjà c’est un polar, je commence à douter de la grandeur de la chose, mais sait-on jamais ?

Et ça commence mal, je ne suis pas vraiment fan du style, de la façon dont la vieille parle à la première personne puis s’adresse directement au lecteur : “Vous serez d’accord…”, “Je ne sais pas si vous êtes comme moi…”, etc… Bof bof !

Ensuite, les deux personnages de flics, Laurenç et Silvio qui ne sont pas très crédibles, un peu caricaturaux ; leurs rapports (les blagues de Laurenç, le premier degré de Silvio) un peu convenu. On continue avec Laurenç qui tombe immédiatement amoureux de l’institutrice, qui cherche manifestement à le charmer, et ça marche, toute piste menant à elle sera dorénavant systématiquement écartée… Et quand le mari jaloux menace Laurenç, devinez ce qui arrive : le valeureux policier clôt l’enquête !! Ben voyons…

Le dénouement est à la hauteur de ce qui précède, l’auteur s’étant permis de changer les noms des personnages pour monter son intrigue ! Alors forcément quand l’explication arrive, les mystères fondent comme neige au soleil… Non seulement cela, mais “la vieille” Jacqueline a projeté ses souvenirs sur les scènes qu’elle voyait, mélangeant présent et passé ! C’est facile de balader le lecteur avec de tels procédés…

Bref, pas du tout convaincu, ni par le style, ni part l’histoire. Polar français moyen, et puis ça se passe en Normandie, comme tous les romans de cet auteur, et comme je suis breton, ça ne pouvait pas coller ! 😉

Michel Bussi, né en 1965, est un écrivain français, également professeur de géographie. Il serait le deuxième écrivain français en terme de livres vendus, selon un classement GFK-Le Figaro de janvier 2019. !

Le chemin des âmes – Joseph Boyden

Livre recommandé par Béatrice, une amie de ma sœur, grande lectrice apparemment, et qui au fil notre randonnée dans le Finistère m’a donné quelques conseils de lecture. Celui-ci est donc le premier…

Histoire à deux voix, celle de Xavier Bird, un indien Cree qui revient de la guerre 14-18 dans un sale état, et celle de sa tante Niska qui vient le chercher à la gare, pour repartir en canoë vers leurs terres.

Le récit est assez prenant, entre Xavier qui raconte la sale guerre avec son ami Elijah, et Niska qui raconte son enfance, vivant dans les bois et refusant la société des blancs, puis élevant Xavier, qui devient un excellent chasseur.

Je suis tout de même resté sur ma faim avec ce roman, agréable à lire, bien écrit, avec une histoire prenante, mais qui déçoit par une certaine monotonie du récit des combats (guerre de tranchées). J’ai attendu longtemps le dénouement, et quand celui-ci est enfin arrivé, il m’a déçu.

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Une Désolation – Yasmina Reza

Deuxième auteur identifié par Luc Ferry comme “de grands écrivains français”, après Emmanuel Carrère et son roman D’autres vies que la mienne. Cette fois c’est donc Yasmina Reza et le roman “Une désolation”.

Et donc confirmation que je n’ai pas les mêmes goûts (ni les mêmes opinions) que Luc Ferry. Je ne suis ennuyé ferme à la lecture de ce roman, heureusement assez court.

Il s’agit du monologue de Samuel, un vieil homme, à son fils parti sans doute sur une plage lointaine à se laisser vivre et profiter du temps qui passe, bref à vouloir “être heureux”. Ce qui rend fou Samuel, pour qui la vie est un combat, où il faut prendre tout ce que l’on peut, encore et encore, même au seuil de sa vie.

Au début, il faut se faire au rythme de la narration, appréhender les personnages qui apparaissent petit à petit : la mère, la sœur, les amis. Le type est aigri, certes, mais au moins il dit ce qu’il pense, sans fioritures, sans souci du politiquement correct, sur la vie, les gens, les femmes et l’amour, vieillir, etc… Il n’en reste pas moins de plus en plus désagréable au fil du récit, laissant peu de place pour un apitoiement ou une quelconque nostalgie pour ce type aigri, méprisant, prédateur sans remords.

Il aime Bach, qui lui aurait sauvé la vie de l’ennui. Grand bien lui fasse ! Ce livre n’aura pas eu le même effet sur moi…

Yasmina Reza, née en 1959 à Paris, est une écrivaine française. J’ai vu le film “Carnage”, adapté d’une de ses pièces de théâtre : j’ai bien aimé ce huis clos, où chaque personnage a un côté auquel on adhère, et un autre avec lequel on est en complet désaccord.

D’autres vies que la mienne – Emmanuel Carrère

C’est Luc Ferry, à la radio qui citait cet auteur comme un des grands écrivains français, et ce roman en particulier. Ayant déjà lu des trucs bien d’Emmanuel Carrère (notammentJe suis vivant et vous êtes tous morts, une belle biographie de Philip K. Dick), je me suis lancé dans celui-ci.

Bon, je savais ne pas avoir les mêmes idées politiques que Mr Ferry, je sais maintenant qu’il en est de même en littérature ! 😉

Histoire vraie comme le prétend l’auteur ? c’est bien possible, d’autant que le tsunami de la première partie n’a pas vraiment de rapport avec l’histoire des juges qui suit : ceci explique sans doute cela.

D’autant que l’auteur est friand de ce genre de mélange ; cette fois il va même jusqu’à mentionner les notes de relecture d’Étienne (un personnage) sur le manuscrit du livre… C’est pousser le bouchon un peu loin ! Il y a également plusieurs références à Jean-Claude Romand, dont EC a écrit l’histoire (L’adversaire) dont on ne comprend pas bien l’utilité.

J’ai eu du mal à rentrer dans cette histoire, avec ce mode de narration où l’auteur se met en scène, revient dans le récit, ressort pour faire une référence à Romand, etc… On passe du Tsunami aux problèmes des magistrats puis au cancer : “tout est vrai” dit-il… Oui, peut-être, mais ça manque terriblement de lien.

La fin de Juliette est assez morbide, même si on comprend bien que l’auteur ait choisi justement de raconter cela. D’autant qu’à tous ces malheurs (jusqu’à la nounou qui a perdu son mari) il affiche son bonheur en contre-point, bien conscient de la chance qu’il a… On frôle l’indécence (à moins qu’elle ne soit dépassée depuis longtemps).

Un très mauvais Carrère à mon avis : raconter les malheurs des autres parce qu’on les a croisés dans notre vie où heureusement tout va bien… D’autres vies que la sienne, c’est certain ! Bientôt un livre sur le manque d’inspiration ?

Emmanuel Carrère est né en 1957 à Paris. Diplômé de l’institut d’études politiques, d’abord journaliste, puis écrivain, scénariste et réalisateur.

L’histoire des juges, la plus intéressante (le combat contre le cancer et le surendettement) a été portée à l’écran dans “Toutes nos envies”, mais malgré un bon début on sombre vite dans le pathos, avec pas mal de modifications par rapport au roman, comme le fait de cacher et refuser la maladie alors que c’est tout le contraire dans le roman. Mauvaise adaptation d’un mauvais roman donc.


Message des hommes vrais au monde mutant – Marlo Morgan

Recommandé par Didier, un ami… qui m’avait raconté le début si surprenant : une américaine qui se retrouve à tout abandonner dans l’instant, papiers, argent, vêtements (y compris les chaussures !) pour suivre une tribu aborigène qui s’enfonce dans le désert, et va peu à peu l’initier à leurs croyances et mode de vie.

Histoire surprenante, tellement surprenante qu’elle est probablement inventée de toute pièce (voir en fin d’article pour plus de détails). Heureusement, je ne l’ai appris qu’après la lecture, ce qui a évité de me la gâcher…

On peut toutefois lire dans la préface que ce livre “est présenté comme un roman de façon à protéger la petite tribu d’Aborigènes de complications légales“. Je me demande si ce n’est pas plutôt l’auteur que cette mention protège ! 🙂

En le lisant, je trouvais tout de même le style peu attrayant, avec un ton un peu “conte pour les enfants”, rempli de bonnes vieilles vérités mêlées à un peu d’exotisme et de fantastique. La notion du temps est aussi très mal rendue pour une telle expérience, forcément profondément marquante. Ce livre devrait être un gros pavé, avec un récit détaillé de ce qu’elle a du endurer jour après jour. Mais ce ne sont finalement que quelques anecdotes collées les unes aux autres, où l’auteur fait des comparaisons avec notre société souvent un peu faciles.

Et puis il y a ce côté “nous formons un tout avec la nature/le monde, si nous le respectons il nous respectera aussi, et pourvoira à nos besoins”, un discours quasi religieux et enfantin qui rend l’ensemble peu crédible.

Indépendamment de tout cela, ce récit a le mérite de passer un message écologique à notre civilisation. La façon païenne dont les Aborigènes envisagent leur rapport au monde est infiniment plus respectueuse que la notre : les hommes font partie du monde, et forment un tout ; la disparition d’une espèce animale, c’est donc une partie de nous qui disparaît, et n’est pas sans conséquences.

Est pointé du doigt également le comportement des blancs vis-à-vis des Aborigènes d’Australie, comparable au sort réservé aux Indiens d’Amérique : négation de leur culture, appropriation des lieux de cultes, enlèvement des enfants pour leur inculquer nos valeurs, etc…

Difficile de s’étendre plus sur le sujet, puisque les Aborigènes contestent ce qu’elle raconte sur leur culture et s’en trouvent offensés.

Venons-en tout de même aux choses difficiles à croire dans ce récit :

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Adieu Gary Cooper – Romain Gary

Romain Gary fait partie des auteurs que j’apprécie, et découvert il y a longtemps avec “Les racines du ciel”, qu’il faudrait que je relise. Alors après Chien blanc que j’ai beaucoup aimé, j’ai lu celui-ci, dont j’avais entendu parler sur reddit.

Autant le dire tout de suite, ce fut une déception. Je n’ai jamais vraiment accroché à cette histoire, certes pleine de dérision sur le monde moderne, mais un peu trop loufoque à mon goût. Quant au style… n’est pas Céline qui veut !

Alors de quoi s’agit-il ? Une bande de fanas de skis se morfond dans un chalet à 2500 m d’altitude : c’est l’été, la croûte terrestre commence à apparaître par endroits, on ne peut plus vraiment skier.

Le narrateur nous présente les individus présents, tous un peu perchés (et le narrateur aussi d’ailleurs). Le style est un peu inattendu, avec des phrases peu construites, un peu comme du langage parlé, avec beaucoup de bêtises de dites, et tout de même quelques vérités essentielles (ouf !).

C’est donc l’été, il faut subvenir à ses besoins, alors Lenny va descendre “au niveau de la merde”, à Genève, où on lui a promis un boulot. C’est la fin du premier chapitre long de quelques 70 pages (le seul dans ce cas) qui m’aura bien ennuyé dans l’ensemble.

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Indignation – Philip Roth

Retour à Philip Roth, une valeur sûre, avec ce petit poche que j’ai lu avec plaisir : on y sourit d’abord, puis la lecture devient plus interrogative quand on comprend que tout cela va finir en drame.

Nous sommes en 1951. C’est l’histoire de Marcus, un jeune étudiant qui choisit une université un peu éloignée du domicile familial car son père est un vrai “père juif”, au-delà de la rationalité, alors que le fils est l’étudiant modèle, travailleur, sérieux, obstiné, etc…

Il étudie dur pour réussir sa vie, faire honneur à ses parents ; il est obsédé par la possibilité d’un échec, et particulièrement de se retrouver envoyé à la guerre de Corée, sort réservé aux jeunes qui perdent le statut d’étudiant.

L’université de Winesburg qu’il a choisi se révèle être d’obédience baptiste, avec un office religieux hebdomadaire obligatoire pour les étudiants, ce qui horripile Markus qui est profondément athée, disciple du libre penseur Bertrand Russell, et prêt à le revendiquer. Quand Marcus doit supporter un sermon (qu’il soit religieux, ou celui du doyen de l’université quand les ennuis commencent), il chante intérieurement à tue-tête les paroles de l’hymne national chinois (où le mot “indignation” résonne particulièrement en lui !) : 😀

Debout, vous qui refusez d’être mis sous le joug !
De notre chair, de notre sang,
Nous bâtirons une nouvelle Grande Muraille !
Le peuple chinois connaît son plus grand danger.
L’indignation emplit le cœur de nos compatriotes.
Debout ! Debout ! Debout !
Tous les cœurs à l’unisson,
Bravons le feu de l’ennemi,
Marchons !
Bravons le feu de l’ennemi,
Marchons ! Marchons ! Marchons !

Pour la même raison, il ne rejoint aucune des fraternités de l’université, et ne se lie vraiment avec personne ; il déménage même plusieurs fois car ses colocataires l’empêchent de s’organiser comme il le souhaite. Marcus rencontre alors Olivia, une jeune fille qui a déjà fait une tentative de suicide. Sa première conquête à l’université… Tout semble aller pour le mieux.

Puis tout va basculer, petit à petit, jusqu’au destin inéluctable qui attend Marcus. Car c’est le portrait d’une époque encore très corsetée, et où la jeunesse étouffe. Une nuit de folie où les valeurs morales de l’université vont être mises à mal va provoquer un durcissement du règlement, qui sera fatal à Marcus.

Autre article sur Philip Roth sur ce blog :

Philip Roth (1933-2018), est un grand écrivain américain, petit-fils d’immigrés juifs originaire de Galicie. Souvent cité pour le prix Nobel de littérature, il ne l’a jamais pas reçu, ce que certains considèrent comme une anomalie.