Archives de catégorie : Littérature

La découverte du ciel – Harry Mulish

Je continue de piocher dans le carton que m’a laissé ma frangine, et je prends ce (gros) “poche” : 1140 pages tout de même.

On est vite accroché par cette histoire d’amitié entre deux jeunes gens prometteurs. Mais on se demande bien où l’auteur veut nous emmener, et les prologues de chaque partie ne sont pas là pour nous rassurer. Et sans grande surprise, la fin sera décevante… Mais revoyons cela un peu plus en détail.

Tout commence donc par un prologue mystico-religieux : un dialogue entre ce qui doit être deux anges, parlant d’une sorte de destinée mise en place, afin de préparer un plan mystérieux, à base de rencontres pré-destinées et de procréation à l’ADN maîtrisé. Autant dire qu’à cet instant, je crains le pire pour les mille et quelques pages restantes !

Puis l’histoire proprement dite démarre, et nous assistons à la rencontre de deux jeunes gens brillants : Onno, fils de très bonne famille, linguiste renommé, tenant du génie, et désordonné dans sa vie matérielle ; et Max, astrologue doué, à la généalogie compliquée (voir plus bas celle de l’auteur), à la culture très vaste, particulièrement en musique, et coureur de jupons invétéré. Leur amitié sera immédiate et indéfectible.

Puis survient Ada, une jeune violoncelliste qui bousculera cette belle amitié. Les personnages sont fins et intelligents, avec du caractère, et les répliques fusent… Jusque là, tout va bien.

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Petits suicides entre amis – Arto Paasilinna

Livre pris dans le carton que m’a laissé ma frangine, et cette fois petite déception : si l’histoire est plaisante et dite sur un ton décalé (vu le sujet), on sent bien que l’auteur s’est amusé à écrire cette petite histoire qui contient tout de même quelques longueurs, et à l’issue rapidement prévisible.

Tout naît de la rencontre de deux personnages qui ont la malencontreuse idée de se suicider le même jour dans la même grange… Cet acte prévu dans la plus stricte intimité est de fait devenu impossible, et les deux hommes vont finalement se mettre en quête d’autres individus ayant pris la même décision qu’eux. Un groupe va finalement se former, un autocar sera trouvé, et la quête du meilleur endroit pour arriver à leurs fins tous ensemble leur fera traverser la Finlande, puis une partie de l’Europe.

Le roman commence ainsi :

Les plus redoutables ennemis des Finlandais sont la mélancolie, la tristesse, l’apathie. Une insondable lassitude plane sur ce malheureux peuple et le courbe depuis des milliers d’années sous son joug forçant son âme à la noirceur et à la gravité. Le poids du pessimisme est tel que beaucoup voient dans la mort le seul remède à leur angoisse. Le spleen est un adversaire plus impitoyable que l’Union Soviétique.
Mais les Finlandais sont une nation de guerriers. Ils ne capitulent pas. Ils se rebellent, encore et toujours, contre la tyrannie.

Le ton est donné, et l’on sourira à maintes reprises au long de cette fable tout de même sympathique. Mais sans plus.

Arto Paasilina (1942-2018) est un écrivain, journaliste et poète finlandais. Né dans un camion, en plein exode face aux forces soviétiques, il commence à travailler dès l’âge de treize ans, exerçant divers métiers. Il explique lui-même :

J’étais un garçon des forêts, travaillant la terre, le bois, la pêche, la chasse, toute cette culture que l’on retrouve dans mes livres. J’ai été flotteur de bois sur les rivières du nord, une sorte d’aristocratie de ces sans-domicile fixe, je suis passé d’un travail physique à journaliste, je suis allé de la forêt à la ville. Journaliste, j’ai écrit des milliers d’articles sérieux, c’est un bon entraînement pour écrire des choses plus intéressantes.

Son roman le plus célèbre est Le lièvre de Vatanen, que j’ai lu il y a bien longtemps. J’avais beaucoup aimé, c’est d’ailleurs l’histoire d’un homme qui fait le chemin inverse, quittant femme et boulot pour la nature.

La mort en Arabie – Thorkild Hansen

Je continue de taper dans le carton de bouquins que m’a laissé ma frangine… Bonne pioche avec cette histoire vraie, au XVIIIème siècle, d’une expédition en “Arabie Heureuse” (actuel Yemen) organisé par le roi du Danemark.

Cette histoire n’est pas sans rappeler Le procès des étoiles de Florence Trystram, que j’avais beaucoup aimé : dans ces deux romans, on retrouve des scientifiques de l’époque des Lumières embarqués dans une expédition aux confins du monde connu, dans des conditions incroyables qui font d’eux de véritables aventuriers. Rien que pour cela, c’est fascinant !

Mais d’où vient ce terme d’Arabie heureuse ? L’expression viendrait d’Alexandre le Grand, que les romains ont ensuite généralisée, attribuant à la partie sud de l’Arabie un côté verdoyant et fertile. Historiquement, c’est la civilisation minéenne (cinq cents ans avant Alexandre) qui y atteignait son apogée grâce au commerce entre l’Orient et la Méditerranée. Quand la navigation sur la mer d’Arabie fût maîtrisée, le déclin commença.

Or l’auteur nous apprend qu’il s’agit en fait d’une erreur de traduction : Yémen signifie “la main droite” ou “le côté droit”. L’Arabe étant tourné vers l’Est pour désigner les points cardinaux, c’est de cette façon que “Yémen”, qui signifiait “droite” à l’origine, a fini par désigner le “sud”… La main droite étant assimilée aux choses positives, le mot “droite” ou “Yémen” en est venu à signifier heureux, qui porte bonheur. Et de l’Arabie du Sud on arrive ainsi à l’Arabie heureuse…

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À marche forcée – Slavomir Rawicz

Avec ce livre j’attaque un carton que m’a laissé ma sœur Dominique partie faire le tour du monde en bateau ! Elle a préparé une petite sélection de titres susceptibles de me plaire, et je lui garde son carton jusqu’à son retour…

Une très bonne idée, la sélection a l’air pas mal, et mon budget bouquin va s’en trouver allégé d’autant, ce qui n’est pas plus mal !

Celui-là, je pense l’avoir lu, mais il y a très longtemps… En tout cas je connaissais l’histoire. Par contre, j’étais persuadé que c’était une histoire vraie, mais la page Wikipédia de l’auteur nous apprend le contraire : Rawicz se serait inspiré du récit d’un de ses compatriotes, Glinski, et encore là non plus rien n’est certain.

Le journaliste de Radio BBC, Hugh Levinson, qui a examiné The Long Walk (le titre original) sous toutes les coutures, déclare en 2010 :

Se peut-il que Glinski soit le véritable héros de l’histoire et que Rawicz lui ait piqué son histoire ? C’est possible, mais nous n’avons trouvé aucun élément permettant de corroborer le récit haut en couleurs de l’évasion et du périple de Glinski.

Cela remet beaucoup de choses en question quand on le lit : roman ou histoire vraie ?… Mais la lecture n’en reste pas moins agréable, même si le style n’a rien d’exceptionnel, et que finalement l’essentiel du récit se résume à marcher, marcher et encore marcher.

Restant à l’écart des habitations pendant ces 6 000 kms, en constante sous-alimentation, traversant le désert de Gobie, les efforts fournis paraissent en effet sidérants. La résistance humaine est réellement incroyable quand poussée dans ses retranchements, avec des hommes jeunes pour la porter (encore que “Mr Smith” soit plus âgé).

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J’ai épousé un communiste – Philip Roth

J’ai commencé ce livre commencé avant de partir en voyage, et il me restait une cinquantaine de pages pour le finir à mon retour. Cela n’a pas posé de problème, je me suis remis dans le contexte de l’histoire immédiatement, il y a en fait peu de personnages…

Mais entre-temps, j’avais lu “Mémoires d’un rouge” de Howard Fast, et si vous voulez vraiment vous renseigner sur ce qu’a été le maccarthysme, c’est celui-ci qu’il faut lire, et de loin !

Ce roman de Philip Roth est néanmoins très agréable à lire, sous la forme de deux personnes parlant d’une troisième, et racontant toute l’histoire, y compris la leur… Et Roth sait raconter des histoires, y mettre du sens tout en gardant une lecture facile, remplie d’anecdotes, avec de nombreux aller/retour entre le passé et le présent.

Nathan retrouve Murray, son ancien prof de littérature, et ils vont parler de Ira, le frère de Murray, qui se révèle avoir été un communiste : parti de rien, ayant fait des boulots durs, puis la guerre, où il rencontre son mentor communiste. Puis il travaille à la radio, change de milieu, épouse Eve, une actrice belle et connue, s’installe dans une belle maison… En léger décalage avec ses idées !

Et c’est cette dernière qui va tout déclencher en écrivant un livre intitulé “J’ai épousé un communiste”, lorsque leur mariage partira à veau l’eau définitivement. L’accusation de communisme est ainsi donnée en pâture au peuple américain, sur fond d’antisémitisme (car sous un communiste il y a souvent un juif). On apprendra finalement qu’Eve s’est fait manipulée pour faire élire un républicain au Sénat.

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Nouvelles complètes – Joseph Conrad

Je viens d’achever ce recueil des nouvelles de Joseph Conrad : 1500 pages, 1,3 kg, ce qui ne rend pas la lecture facile (assis à une table, ou allongé avec le livre posé sur le ventre ?)… Quant à le transporter avec soi, mieux vaut oublier… Mais bon, c’est de loin la meilleure option pour lire toutes ses nouvelles, et je n’ai pas été déçu du contenu.

Sur les premières nouvelles, on sent que le style n’est pas encore établi… mais très vite on retrouve le Conrad que l’on connaît, l’ambiance de ses histoires, ses personnages et sa façon de les décrire. Un plaisir jamais démenti.

On trouve dans ce recueil “Cœur de ténèbres“, que j’avais déjà lu et qui est plus proche du roman que de la nouvelle (tiré de son expérience en Afrique, et qui inspira Apocalypse Now, rien que ça !). Ceci dit, c’est une habitude de Joseph Conrad que de commencer à écrire une nouvelle, puis de la voir se transformer en roman. Cela arrivera plusieurs fois !

Dans la préface, Jacques Darras nous explique : Conrad n’est jamais revenu du Congo. […] Après son expérience africaine, Conrad s’est forgé une opinion sur le colonialisme qui ne variera plus. […] Polonais ayant souffert dans sa chair et dans son âme de la règle tsariste, il ne croit plus à la libération par les révolutions nationales. Son pessimisme est radical. Il touche à la nature humaine même :

L’homme est un animal méchant. Sa méchanceté doit être organisée. Le crime est une condition nécessaire de l’existence organisée. La société est essentiellement criminelle — ou elle n’existerait pas. C’est l’égoïsme qui sauve tout — absolument tout — tout ce que nous abhorrons, tout ce que nous aimons. Et tout se tient. Voilà pourquoi je respecte les extrêmes anarchistes. “Je souhaite l’extermination générale””. Très bien. C’est juste, et ce qui est plus, c’est clair. (Lettre de Joseph Conrad à Cunninghame Graham du 8 février 1899).

Voilà un constat pour le moins sombre ! Cela explique les deux romans sur l’anarchisme (“L’agent secret” et “Sous les yeux de l’occident”) ; pourtant le portrait qu’il en dresse est pour le moins sévère, et sans concession.

Mais revenons à l’écrivain, car on en apprend aussi sur lui, sa façon d’écrire, son style, et plus encore. À la fin de l’article, vous trouverez la liste complète des recueils/nouvelles de cet ouvrage, ainsi que la filmographie des nouvelles de Conrad.

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Des monts Célestes aux sables Rouges – Ella Maillard

Avec un récit d’Ella Maillart, on n’est jamais déçu, rien de mieux pour se mettre en mode “voyage”, ce que je ne vais pas tarder à faire, mais j’y reviendrai dans un futur article !

C’est donc un véritable journal de voyage qu’Ella nous livre ici : en 1932, elle part crapahuter (c’est bien le terme) au Kirghizistan et en Ouzbékistan. Elle parvient à s’incruster dans une expédition d’alpinistes amateurs vers les monts Célestes (Kirghizistan), aidés par la “Société de tourisme prolétarien”, seul moyen pour elle d’obtenir un permis, les étrangers n’étant pas bien vus dans ces zones frontalières… Par la suite, elle continuera seule son voyage vers l’Ouzbékistan.

Par petites touches, elle nous offre une description d’une époque et d’un monde aujourd’hui révolu : dépaysement garanti ! Le style littéraire n’est pas toujours présent, mais la force des situations, des rencontres humaines et l’honnêteté de la narration le remplacent avantageusement.

Les brigands bassmatchis, omniprésents (et invisibles) que tout le monde craint dans la région… La récente occupation des soviétiques, qui amènent leur système communiste et la planification imposée (monoculture du coton) qui bouleverse les équilibres alimentaires ; la pauvreté des kazaks, dans un environnement rude où se nourrir est le problème quotidien.

On se pose la question : l’occupation soviétique est-elle une étape nécessaire vers la modernisation, ou plutôt la fin d’un monde et l’écrasement de cultures millénaires. Toujours est-il que le “plan de cinq ans en quatre ans” (sic !) laisse les populations affamées le temps de cette transition. A-t-il seulement réussi ?

Outre ses rencontres avec la population locale, elle croisera entre autres un déporté trotzkyste, un anarchiste, des noirs américains qui sont là comme experts de la culture du coton, des marins ouzbèques, etc… Et même des allemands mennonites arrivés là par les aléas de l’histoire et parce qu’ils ont fait serment de ne jamais toucher une arme… Leur mode de vie conservé intact dans ce pays d’une autre époque lui fait dire :

Il a fallu que je vienne jusqu’au milieu du Turkestan pour comprendre la force de la propreté, et la discipline d’une croyance…

Il faut faire attention aux vols, tout objet a de la valeur, et plus encore s’il est rare, comme le couteau à six lames d’Ella (qu’elle récupérera de justesse), ou sa paire de chaussures (qu’elle se fera voler avant sa dernière étape à dos de chameau), ou encore sa pipe, prêtée, et soi-disant perdue… Mais c’est aussi de magnifiques rencontres, où les gens donnent le peu qu’ils ont :

Vrai, il n’y a que les pauvres pour avoir le cœur pareillement large envers une passante.

Le livre se termine par ces derniers mots :

Voici enfin les hauts peupliers de la ville. Il n’y a plus d’imprévu possible, le vrai voyage est terminé.

Mais un peu avant, elle a ces mots magnifiques :

Jamais matin de ma vie ne m’a semblé plus beau. J’aimerais trouver un cri qui dise tout ce que je sens.
Partir, c’est revivre. Tout recommence, je ne sais pas ce que je vais traverser. Le soleil se lève, rouge comme il s’est couché hier. L’air étincelle de givre en suspension et j’avance dans une réalité plus belle qu’une féerie.
Pourtant, hier, comme ce fut dur d’ouvrir la porte du Lastotchka, de tourner le dos à cette cabine chaude ! J’ai bien hésité une heure avant de faire le geste athlétique de charger mon lourd sac sur l’épaule.

Autres livres d’Ella Maillart sur ce blog :

Voici quelques extraits supplémentaires pour vous donner envie… ou pas (lire l’extrait sur les puces !) 😀

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Dans la forêt – Jean Hegland

C’est en entendant le libraire conseiller ce bouquin à une cliente que je me suis laissé tenter. Il disait que les retours étaient bons, bonne histoire, etc…

Je n’irais pas jusqu’à le recommander vivement, mais c’est vrai que l’histoire est prenante ; même si elle manque un peu d’action, on reste accroché et curieux de voir comment tout cela va se terminer. La fin ne déçoit pas d’ailleurs, ce qui est déjà une bonne chose…

Le roman est tenu comme un journal, celui de Neil, sœur d’Eva : toutes deux très liées, vivant seules dans une maison isolée dans la forêt. Très vite, on comprend qu’une catastrophe a eu lieu, que les parents ne sont plus là, et qu’elles doivent se débrouiller en ne comptant que sur elles-mêmes. Plus d’électricité, plus d’essence : la “civilisation” s’est manifestement effondrée.

La première partie va nous raconter un peu la vie d’avant, les parents, la ville la plus proche, les passions des uns et des autres… Il y a de beaux passages marqués par l’émotion, le souvenir de jours meilleurs… Et quelques longueurs aussi, car il ne se passe pas grand chose au présent. Puis cela change heureusement, Eli arrive (le petit ami de Neil)… Les choses vont commencer à bouger.

J’ai tout de même trouvé certaines situations peu crédibles, comme le type qui surgit, commet son forfait, et disparaît sans profiter de son avantage (je n’en dis pas plus), ou encore le fait qu’elles attendent le dernier moment pour penser à trouver de nouvelles ressources alimentaires : ce n’est pourtant pas le temps qui leur manque !

Mais dans l’ensemble, on est pris, la situation dès lors évolue sans cesse, et la fin donne à réfléchir : après une suite d’adaptations, il faudra tout plaquer pour recommencer à zéro, dans la forêt… Un roman sur l’après catastrophe finalement assez bien foutu, bien qu’un peu utopique me semble-t-il.

Jean Hegland, née en novembre 1956 à Pullman dans l’État de Washington, est une écrivaine américaine. “Dans la forêt” est son premier roman (1996). Il a été porté à l’écran en 2015 par Patricia Rozema sous le titre “Into the Forest”. La traduction française du roman date de 2017.

Les idées des autres – Simon Leys

En commençant ce livre, j’étais assez confiant puisque, étant fan de Simon Leys, un recueil de citations sélectionnées de sa main ne pouvait logiquement que me plaire…

Ce ne fût malheureusement pas vraiment le cas, je trouvé cette sélection assez inégale d’une part, et pour une autre part très empreintes de religiosité. Je sais que Simon Leys était très croyant, ce n’est donc qu’une demi surprise !

Certaines sont très  “intellectuelles”, mais manquent au fond de vérité, la recherche du bon mot ayant pris le pas sur l’idée. Heureusement d’autres sont percutantes et éclairent un sujet d’une lumière nouvelle. Il y a aussi celles qui ne me parlent pas du tout… Un bon paquet sont donc aux connotations religieuses marquées (Simone Weil, et surtout Léon Bloy qui est le plus cité, et catholique traditionaliste). Finalement, je préfère les citation chinoises, elles sont souvent plus poétiques !

Elles sont toutes données dans leur langue originale (y compris les idéogrammes chinois), et ensuite traduites en français par les soins de l’auteur. Je reste tout de même un peu déçu donc de ce bric-à-brac de citations collées les unes aux autres, certes classées par sujet, et dans une édition de qualité. Peut-être n’étais-je pas réceptif à certaines citations, il faut aussi un état d’esprit en phase avec le sujet traité, ou avec ce mode d’expression “concentré”.

En voici tout de même quelques unes pour votre plaisir :

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Le misanthrope – Molière

J’ai voulu lire cette pièce de Molière car parfois je me demande si je ne suis pas moi-même misanthrope ! Sur ce point particulier, cette lecture ne m’a pas vraiment éclairé, Alceste (le misanthrope) étant plus proche de la caricature que d’autre chose, extrémiste dans ses idées et sans aucune volonté de s’améliorer ni de comprendre le point de vue des autres. Je n’en suis pas encore là ! 😉

Parmi les autres personnages de la pièce, il y a Philinte (l’ami bon et raisonné), Célimène (aimée par Alceste, à la critique particulièrement fine et pertinente), Arsinoé (fausse amie de Célimène, médisante), et enfin Alcaste et Clitandre, deux marquis adeptes de la flatterie telle qu’elle est pratiquée à la Cour.

Alceste reproche à Célimène d’être trop accueillante, de se plaire à des jeux verbaux, il souhaite un amour exclusif, et en devient belliqueux. Célimène choisira de ne pas suivre Alceste dans sa retraite, elle est jeune et préfère la vie… On ne peut que lui donner raison.

J’ai trouvé que l’histoire en elle-même était de peu d’intérêt. La pièce rencontrera peu de succès à sa sortie, le public la trouvant trop sérieuse. Pour Jean-Jacques Rousseau, elle est au contraire l’emblème d’un théâtre qui a sacrifié la morale au comique, au point de jouer “le ridicule de la vertu” : un tel jugement me paraît très moraliste.

Pour le reste, c’est loin d’être déplaisant à lire, le parler en vers a des charmes indéniables, et le contexte de l’époque, bien expliqué dans la préface de Jacques Chupeau, apporte de l’intérêt au sujet. Quelques vers méritent d’être retenus…

Cette préface nous parle donc du rôle à avoir quand on se tient en société à l’époque (“portrait du siècle”) : être bon et patient avec les autres (comme Philinte), et ne pas vouloir imposer la vertu aux autres, en oubliant au passage de se regarder d’un œil critique (comme le fait Alceste). Car si l’on veut vivre avec les hommes, en bonne société, il faut se comporter ainsi.

Difficile d’aller contre ce principe : c’est l’Art de vivre entre les hommes, comme il se pratiquait à l’époque, et qui se transpose finalement très facilement à la notre. Mais peut-être sommes-nous allé trop loin avec le “politiquement correct” anglo-saxon qui poussé à l’extrême mine la communication. Le sujet est donc toujours d’actualité !

Mais revenons tout de même à la pièce et à quelques passages :

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