Archives de catégorie : Littérature

Au doigt et à l’oreille – Ross Thomas

Un polar de la série noire, sans doute noté lors de la lecture des chroniques de Jean-Patrick Manchette. Le roman est de 1981, ça date un peu, pourtant le thème est un classique toujours pas démodé : la C.I.A. et ses agents douteux voir corrompus…

C’est pourtant un terroriste nommé Félix qui se fait assassiner au début de l’histoire. Mais les Lybiens le prennent très mal, car c’était un ami du colonel Mourabet, successeur de Khadafi, mort d’une crise cardiaque provoquée par un accès de rage ! 😆

Les Lybiens sont persuadés que ce sont les américains qui sont derrière ce qu’ils pensent encore être un simple enlèvement, et organisent les représailles en enlevant le frère du président : le deal est clair. Il va s’en suivre une course poursuite, entre la C.I.A., un agent « spécial » agissant au nom du président, et les véritables auteurs de la mort du fameux Félix.

Même si la lecture est plaisante, je n’ai pas trouvé là un grand polar. Le style est lapidaire, concentré sur l’action, les scènes s’enchaînent sans répit et l’on s’achemine vers un dénouement tout de même aussi peu crédible que sans surprise.

Bon, ce roman n’a pas été traduit par Manchette mais par G.A. Louedec. Jean-Patrick Manchette ne traduira (plus tard) que trois des romans de Ross Thomas :

  • Out On The Rim (1987) sous le titre La Quatrième Durango (1991).
  • The fourth Durango (1989) sous le titre Crépuscule chez Mac (1993).
  • Voodoo, Ltd (1992) sous le titre Voodoo, Ltd (1999).

Si l’on en croit Wikipedia (voir ci-dessous) , cela peut valoir le coup de se pencher sur ces derniers romans.

Ross Thomas (1926-1995), est un auteur américain de romans policiers, qui publie aussi sous le nom de Oliver Bleek. Spécialiste du thriller politique à ses débuts, son style s’affirme sur le tard. Ses personnages se font alors grinçants, ses intrigues se concentrent sur l’arnaque, ce qui emporte notamment l’adhésion de Jean-Patrick Manchette, qui traduira en français plusieurs de ses dernières œuvres.

Les abeilles grises – Andreï Kourkov

L’auteur était passé sur « C à vous », et je me suis dit que ça pouvait valoir le coup de lire son dernier roman, afin d’avoir un point de vue de l’intérieur sur l’occupation russe dans le Donbas, le roman ayant été écrit avant la guerre actuelle.

La lecture s’est révélée agréable, et l’on s’attache vite aux pérégrinations de Sergueï Sergueïtch et de ses abeilles.

Sergueï vit dans un village abandonné, et pleine « zone grise », coincé entre l’armée ukrainienne et les séparatistes pro-russes. Ils ne sont plus que deux dans le village, Sergueï et Pachka, son ami-ennemi d’enfance, bien obligés de composer tous les deux malgré leurs points de vue différents sur le conflit.

Puis au printemps, Sergueï va prendre la route avec ses ruches pour les emmener dans un endroit plus calme, où ses abeilles pourront produire leur miel en toute sécurité. Il va se rendre d’abord en Ukraine, puis en Crimée, l’occasion pour lui de faire des rencontres bonnes et mauvaises, et pour le lecteur de se faire une idée de ce que peut être la vie là-bas, même si Sergueï vit un peu dans son monde, au centre duquel sont les abeilles (vive l’apithérapie !) et dont il compare l’organisation à celle des humains.

Si le début de l’histoire est un peu lent, on s’attache vite au personnage et à son amour des abeilles. En Crimée, l’expérience de l’autorité russe est sans appel, et le titre du roman « les abeilles grises » aura son explication finale.

Andreï Kourkov, né en 1961, est un écrivain ukrainien de langue russe. Il vit entre Kiev et Londres.

Fenua – Patrick Deville

Fenua signifie « territoire » en Tahitien. L’occasion d’en apprendre un peu plus sur la Polynésie où ma frangine navigue depuis bientôt deux ans (le bateau a une sorte de visa de 3 ans, après il faut quitter le territoire !).

Patrick Deville va donc nous raconter à sa manière l’histoire de la Polynésie depuis l’arrivée des occidentaux (deux cents ans, ce n’est pas si vieux) : Bougainville et Cook les découvreurs, l’île de Pâques et la Bounty, Melville et Moby Dick, Pierre Loti et son frère médecin, Gauguin le peintre, Jack London, j’en passe et des meilleurs, ils sont nombreux à être passés par là , pour le meilleur et pour le pire ! Elsa Triolet, russe d’origine, future résistante française, ou encore Alain Gerbault, marin solitaire au destin peu commun, qui aura le tort de choisir le camp de Pétain.

Et toujours avec la même méthode : Patrick Deville s’installe sur place (à Papeete), avec plein de bouquins sur le sujet, et raconte donc l’histoire de ceux qui sont passés par cet endroit, pas toujours de façon chronologique (ce sont plus les lieux qui guident le récit), passant allègrement du présent au passé, dans son style parfois un peu particulier et aux tournures de phrases alambiquées. On est parfois plus dans l’évocation presque onirique tant il saute d’un personnage ou d’un lieu à l’autre dans une (très) longue phrase… obligeant parfois à une deuxième lecture (on aime ou on déteste !), mais on apprend plein de choses quand même.

Habituellement, sa présence sur place permet de mettre en relief le présent et le passé, mais cette fois cela n’apporte pas grand chose, il traite en fait de l’actualité en fin d’ouvrage : entre indépendantistes et autonomistes, après l’hégémonie de Gaston Flosse, et les millions versés par l’État français en échange des essais nucléaires…. le présent n’est pas évident à gérer pour les locaux !

J’ai tout de même noté quelques romans à lire :

  • Les Civilisés de Claude Farrère : pas vraiment en rapport avec le lieu, mais une sévère critique des coloniaux dépravés à Saïgon, prix Goncourt en 1905.
  • Touriste de bananes de Georges Simenon : un auteur à ne pas réduire aux « Maigret », grand écrivain si j’en crois ce que j’ai pu lire à son propos.
  • La tête coupable de Romain Gary, auteur que l’on ne présente plus.

Autres articles sur Patrick Deville sur le blog :

Patrick Deville est un écrivain français né en décembre 1957. Il suit des études de littérature comparée et de philosophie à Nantes, puis voyage pas mal apparemment. En 2011, le magazine Lire élit Kampuchéa meilleur roman de l’année. En 2012, il reçoit pour Peste & Choléra le prix Femina, le prix du roman fnac, et le prix des Prix littéraires.

Alabama 1963 – Ludovic Manchette, Christian Niemiec

Je ne sais plus trop comment je suis arrivé à lire ce bouquin : c’est sans doute le patronyme « Manchette » qui m’a fait de l’œil, mais hélas aucun rapport avec Jean-Patrick ! 🙁 Ajouter à cela quelques bonnes critiques, et voilà !

Hélas, ce roman est d’une nullité incroyable. Aucun style pour commencer, des chapitres d’une page ou deux, beaucoup de dialogues convenus et sans intérêt, des personnages caricaturaux, une histoire bâclée, tout est réuni (et réussi) pour un véritable navet. Pas la peine de se mettre à quatre mains pour écrire un truc pareil !

C’est donc un polar, avec un détective privé. Mais ce dernier est ivre tous les soirs, et décuite dans la journée, tout juste capable de marcher quelques pas sans trébucher, mais pas de conduire son véhicule, et encore moins une enquête, ce qui est tout de même gênant ! On s’en remettra donc à une voyante pour identifier le coupable, à la fin du bouquin ; c’est pratique, en quelques pages, l’affaire est bouclée.

Le racisme ambiant (à priori un sujet intéressant), est traité ici de façon caricaturale, jusqu’à saturation… C’est apparemment la grande révélation du livre : dans les années 60, en Alabama, le racisme et la ségrégation existaient ! 💡

Si j’en crois la page Biographie des auteurs du site de leur maison d’édition « Editis – cherche midi » :

Ludovic Manchette et Christian Niemiec ont remporté une dizaine de prix littéraires pour leur premier roman.

On recherche toujours les prix en question, une récompense est offerte à celui qui pourra fournir des informations à ce sujet ! 😆

Jean Jaurès – Gilles Candar, Vincent Duclert

C’est par ma sœur Dominique que j’en suis arrivé à lire cette biographie de Jean Jaurès. Elle était curieuse de mieux connaître la vie de ce grand personnage de l’histoire, et comme j’étais de mon côté plongé dans cette période d’avant-guerre (U.S.A., Les raisins de la colère) je me suis dit que ça tombait bien de voir cette fois le côté français de ce début de XXe siècle.

Et cette biographie commence par les derniers jours de Jaurès, occupé à se battre jusqu’au bout pour la paix et contre la guerre qui arrive. Il est assassiné le 31 juillet 1914, et la première guerre mondiale est déclarée le lendemain !

La faute au gouvernement français qui n’a pas essayé de convaincre la Russie, et aux allemands qui n’ont pas voulu raisonner l’Empire austro-hongrois malgré les concessions faites par la Serbie (guerre des Balkans). Bref les Empires étaient à l’œuvre, et les alliances prisonnières d’une diplomatie secrète. Exactement ce que dénonçait et craignait Jaurès.

Fait incroyable, son assassin Raoul Villain sera emprisonné pendant toute la durée de la guerre, puis jugé en 1919 dans un contexte de ferveur nationaliste. Non seulement il sera acquitté mais en plus honoré d’être un bon patriote par le président de la Cour ! On mesure là l’idéalisme de Jaurès ! 😕

Écrit par des historiens, cette biographie (plutôt pro-Jaurès me semble-t-il) est très détaillée et un peu fastidieuse à lire, j’ai du m’accrocher pour arriver au bout ! Particulièrement toute la partie purement politique, sa vie de député… Les parties plus intéressantes sont, en dehors de son assassinat, celle sur l’affaire Dreyfus bien sûr, mais aussi celle concernant « L’Armée nouvelle », qui nous offre une synthèse de sa pensée sociale et économique.

À son actif, on peut lister sa défense constante de la République (encore jeune et fragile), ses combats pour la laïcité, la Séparation de l’Église et de l’État (1905), l’école publique, la justice sociale, la retraite ouvrière, le droit de grève des fonctionnaires, l’impôt sur le revenu (1914), et la lutte pour l’abolition de la peine de mort.

Il était aussi profondément anti-capitaliste, pour le collectivisme et contre la propriété industrielle, prônant la nationalisation des grandes entreprises. Lors de l’affaire Dreyfus, il mettra un peu de temps à se ranger du côté des « dreyfusards »… Il n’a par ailleurs jamais exercé de responsabilités gouvernementales.

Mais reprenons la biographie depuis le début :

Continuer la lecture… Jean Jaurès – Gilles Candar, Vincent Duclert

Anéantir – Michel Houellebecq

J’ai vu par hasard ce livre dans les nouveautés de la médiathèque, je l’ai réservé, et comme il était encore à l’étape « protection & couverture », je dois être le premier à l’avoir obtenu quand il a été prêt. 😎

Dès le premier paragraphe, les mots « célibataire » et « mort » sont prononcés, c’est donc bien du Houellebecq ! Le mot sexe ne tardera pas, rassurez-vous !

Trêve de plaisanterie, que vaut ce dernier opus de notre écrivain-provocateur en chef ? Franchement, je n’ai pas été enthousiasmé, Houellebecq semble pourtant un peu apaisé, et plus préoccupé par la mort que par le sexe. Une nouvelle obsession, on vieillit tous, n’est-ce pas ?

Malgré de bons passages, où l’on est emporté par le récit et l’écriture toujours fluide, c’est l’histoire qui pêche, qui manque singulièrement de lien : mais de quoi l’auteur nous parle-t-il vraiment ? quel est le sujet ? plutôt qu' »Anéantir », « Dispersion » aurait été un bon titre.

Car cela commence comme un roman d’espionnage, avec un groupe terroriste très mystérieux (et qui le restera), utilisant des techniques informatiques jamais vues (et l’on n’en saura pas plus), publiant des textes à l’alphabet inconnu (il l’est toujours), provoquant des attentats extrêmement sophistiqués (ou alors de simples incendies), etc… Cette histoire occupe une bonne partie du roman, pour finalement disparaître.

Ensuite je n’ai pas compris pourquoi un groupe d’extrême-droite anti-euthanasie va libérer le père de Paul ? L’auteur semble mélanger allègrement euthanasie et maltraitance hospitalière, et toute cette partie semble surgie de nulle part, peut-être l’envie de dire du bien de l’extrême-droite et soigner son côté provoc ? Et s’il évoque (brièvement) le problème des EHPAD, c’est loin d’être développé comme il le faudrait.

La mini-intrigue politique en toile de fond n’a pas grand intérêt, même si l’on peut facilement imaginer qui est le président et qui est le ministre des finances (indice : il s’appelle Bruno) : mais encore une fois, cela n’a aucun intérêt. Reste le choix final de Paul, que l’on comprend assez facilement.

Le problème de la fin de vie serait donc le thème du roman, la possibilité de l’euthanasie étant rejetée sans plus d’explications, mais le choix de refuser de vivre à tout prix étant lui validé. Débrouillez-vous avec ça !

Une fois le livre refermé, je me disais que Houellebecq a peut-être déjà dit ce qu’il avait à dire. Désormais il se répète, et est moins percutant dans ses analyses sociologiques (on est loin des particules élémentaires !). Il y a tout de même de bonnes pages : toute l’histoire familiale de Paul, malgré ses quelques incohérences, est agréable à lire, et aurait suffit à faire un excellent roman.

Autres romans du même auteur sur ce blog :

Michel Houellebecq, (né Michel Thomas à La Réunion en 1956), est l’un des auteurs contemporains de la langue française les plus connus et traduits dans le monde. Révélé par « Extension du domaine de la lutte » (1994) et surtout « Les particules élémentaires » (1998). Élevé d’abord par ses grands-parents maternels en Algérie, il est confié à six ans à sa grand-mère paternelle Henriette, communiste, dont il adoptera le nom de jeune fille comme patronyme.

Nouvelles Tome 2 : 1964-1979 – Frank Herbert

Après le Tome 1, il était logique de passer au tome 2 de cette belle édition de l’intégrale des nouvelles de Frank Herbert. Bon, je ne vous dirai pas que j’ai été enthousiasmé par ces nouvelles, l’auteur ayant dans sa carrière privilégié les romans, mais bon…

La première nouvelle « La délicatesse du saboteur » annonce un peu la couleur : un contexte compliqué dans un monde radicalement différent, où deux Terriens et un extra-terrestre s’expliquent devant un tribunal sur un sujet assez abscons. La nouvelle se terminant par une pirouette, on vient de passer 40 pages à essayer de comprendre de quoi il retourne… pour rien.

« Le Comité du tout », c’est un peu pareil, on est encore au tribunal où le prévenu déclare avoir inventé une arme aussi surpuissante que facile à fabriquer, et qu’elle est désormais à la portée de tous puisqu’il en a publié les plans. Cette arme est donc censée sauver le monde de tout pouvoir trop autoritaire, et donc de ce tribunal ! Mouais…

Je trouve que l’auteur a parfois une approche assez scientifique, développant des concepts complexes qui ne se prêtent pas toujours bien au format court des nouvelles. Sinon comme le veut l’époque, beaucoup portent sur la colonisation par l’homme de nouvelles planètes, et des problèmes en découlant : comment y subsister (« Semences »), le rapport à une autre intelligence (« Chants d’une flûte sensible », une de mes préférées). J’ai aussi bien aimé « Les esclaves du vert » qui a pour sujet l’écologie et le respect de toutes les formes du vivant, toutes nécessaires à l’équilibre de la planète.

Bref, comparé à Philip K. Dick et à ses 120 nouvelles toutes meilleures les unes que les autres, on est assez loin du compte avec ces quarante nouvelles de Frank Herbert (et encore certaines ne font qu’une page !). Mais elles sont tout de même agréable à lire pour la plupart, reflétant bien cette époque bénie de la S.-F.

Frank Herbert (1920-1985) est un écrivain américain de science-fiction, principalement connu pour Dune.

Les raisins de la colère – John Steinbeck

Après avoir lu U.S.A. de Dos Passos, et sur les conseils de ma sœur Domi, j’ai enchaîné sur ce roman (prix Pulitzer) de John Steinbeck (prix Nobel de littérature).

Nous sommes à l’époque de la Grande Dépression (1929-1939), et nous allons suivre la famille Joad, simples métayers, obligés de quitter l’Oklahoma et la terre qu’ils ont travaillé depuis des générations.

Si l’histoire est forte et très prenante (on se demande bien comment tout cela va finir), l’écriture a pas mal vieilli et m’a semblé un peu naïve, comme le sont ces fermiers qui ne comprennent pas ce monde en plein bouleversement, et dont ils sont brutalement exclus.

Les chapitres alternent entre le récit de ce qui arrive à la famille Joad, et d’autres décrivant plus globalement le contexte dans lequel elle évolue. Le ton de ces derniers est parfois celui d’un prêche, comme si le narrateur énonçait des vérités immanentes :

Craignez le temps où les bombes ne tomberont plus et où les avions existeront encore… car chaque bombe est la preuve que l’esprit n’est pas mort. Et craignez le temps où les grèves s’arrêteront cependant que les grands propriétaires vivront… car chaque petite grève réprimée est la preuve qu’un pas est en train de se faire. Et ceci encore vous pouvez le savoir… craignez le temps où l’Humanité refusera de souffrir, de mourir pour une idée, car cette seule qualité est le fondement de l’homme même, et cette qualité seule est l’homme, distinct dans tout l’univers.

Sur ce sujet, je préfère m’en tenir à Georges Brassens :

Mourir pour des idées, l’idée est excellente […] Mourons pour les idées d’accord, mais de mort lente !

Apparemment, Steinbeck était très religieux, ceci explique cela. Mais bon, dans l’ensemble, ces chapitres sont plutôt utiles pour bien comprendre l’époque et ses enjeux…

La famille Joad est donc obligée de quitter sa ferme, à cause de la sécheresse et des tracteurs devenus plus rentables. Ils prennent comme tant d’autres la route 66 direction la Californie où des tracts publicitaires leur promettent le plein emploi. La mythique route 66 sera ici celle de l’exode vers une terre promise qui ne tiendra pas ses promesses. Là-bas, ils seront des « Ockies », comme des milliers d’autres, à errer sur les routes, méprisés et chassés par les locaux, et exploités par les grands propriétaires terriens et le système capitaliste.

Cette famille est la grande réussite de l’histoire, ils sont une douzaine, des grand parents aux enfants petits et grands, et chaque personnage a sa propre personnalité, son rôle dans l’histoire, même si le drame est omniprésent. On s’attache forcément à tout ce qui leur arrive, et à leur lutte incessante pour s’en sortir tout en gardant la tête haute. « Man », la mère, en est le socle immuable, et Tom, le fils prodigue qui sort de prison, l’adulte qui doit assumer malgré son envie de révolte.

La scène finale est d’une force incroyable… Je ne vous en dis pas plus.

Je me suis empressé de regarder le film (1940) une fois le livre fini, et ce fut une déception malgré le jeune Henri Fonda. Le film se concentre uniquement sur Man et Tom, le reste de la famille est réduit au simple rang de figurants, et l’ordre chronologique modifié pour arriver à une fin plus proche d’un « happy end », même si l’objectif est impossible à atteindre.

J’ai lu deux autres romans de Steinbeck, plus drôles et même comiques :

John Steinbeck (1902-1968) est un écrivain américain, prix Nobel de littérature en 1962, faisant partie des « géants des lettres américaines ». « Les raisins de la colère » est considéré comme son chef d’œuvre.

U.S.A. – John Dos Passos

« Je tiens Dos Passos pour le plus grand écrivain de notre temps ». Signé : Jean-Paul Sartre, à propos de « 1919 », le second volet de cette trilogie appelée U.S.A.

J’avais déjà entendu parler en bien de cet auteur, mais aussi de la difficulté à lire certains de ses ouvrages. Après m’être renseigné, je me suis lancé dans la lecture de cette trilogie retraçant le début du vingtième siècle aux États-Unis à travers le destin de personnages appelés à se croiser ou pas.

La première chose que j’ai envie de dire, c’est l’extraordinaire fluidité du texte : j’ai été littéralement absorbé par la vie de ces personnages, que l’on voit se dérouler sous nos yeux. Je relevais parfois la tête, encore saisi par le récit, me rendant compte tout à coup du morceau de vie qui vient d’être raconté… Dos Passos adopte un style « behavioriste », à savoir qu’il raconte les faits sans porter de jugement ni s’attarder sur la psychologie de ses personnages : c’est au lecteur de se construire sa propre idée. D’où l’espèce de vertige qui nous envahit quand on prend soudainement conscience du pan de vie qui vient de s’écouler.

Chaque chapitre porte le nom d’un personnage, puis on passe à un autre, pour revenir au précédent (ou pas). Dos Passos intercale entre eux des sections un peu particulières, appelées « Actualités » et « L’Œil-caméra ». Le premier type est composée d’extraits de coupures de presse, publicités, chansons populaires, et se lit à peu près facilement, donnant même un peu de cadre historique au récit. Le second est très particulier, composé des morceaux de phrases collés les uns aux autres (qui sont autobiographiques nous apprend la préface), et je les ai lues je l’avoue en diagonale. De courtes biograpĥies de personnages marquants de l’époque sont aussi insérées de-ci de-là, souvent caustiques, toujours pertinentes.

Hormis cette particularité, j’ai dévoré les 1200 pages de ces trois romans :

Continuer la lecture… U.S.A. – John Dos Passos

Nouvelles Tome 1 : 1952 – 1962 – Frank Herbert

J’ai craqué quand j’ai vu cette très belle édition de nouvelles de Frank Herbert chez le libraire. Il y a même un marque-page d’inclus, à l’image de la couverture ! La classe…

Dans le même genre, j’avais beaucoup aimé les recueils de Philip K. Dick, on est à peu près à la même époque, et puis c’est Frank Herbert quand même !

L’ensemble est assez plaisant à lire, même si l’on reste très loin d’une œuvre comme Dune (publié en 1965) : ce sont les débuts de l’écrivain auquel on assiste.

J’ai bien aimé sa première nouvelle « Vous cherchez quelque chose », où un hypnotiseur se révèle un peu trop curieux… Puis les thèmes chers à Frank Herbert se révèlent petit à petit : la conscience humaine, l’esprit, la psychologie, la civilisation, la religion… Et comme on est dans les années 50, la guerre froide et l’armement atomique.

Une série de quatre nouvelles mettent en scène le même personnage, Lewis Orne, qui par ses prémonitions va s’élever jusqu’à devenir peut-être un Dieu sinon un prophète apte à guider les peuples. Ces quatre nouvelles formeront le roman « Et l’homme créa un Dieu ».

D’autres nouvelles sont sur le ton de la légèreté, comme B.E.U.A.R.K., révélant un Frank Herbert auquel on est peu habitué.

Reste à commander le tome 2 !

Frank Herbert (1920-1985) est un écrivain américain de science-fiction, principalement connu pour Dune. Privilégiant les longs romans, il n’a écrit qu’un quarantaine de nouvelles. Comparé à Philip K. Dick, c’est effectivement très peu !