Archives de catégorie : Littérature

La forêt sombre – Cixin Liu

Deuxième tome donc, après Le problème à trois corps, qui s’était révélé plutôt pas mal. Les suites étant ce qu’elles sont, il n’est pas toujours facile de rester au niveau du premier opus…

Ce sera le cas ici, je me suis plutôt ennuyé à lire ce gros pavé (700 pages), et pas seulement à cause des longueurs.

On sait donc que les Trisolariens vont arriver dans 450 ans, et que leurs intentions ne sont pas amicales. Mais la réponse imaginée par la Terre, l’histoire des “Colmateurs”, dans laquelle nous entraîne l’auteur est d’une pauvreté navrante, c’est le moins que l’on puisse dire. Et voilà déjà la moitié du bouquin de passée.

La suite est à peine mieux, il y a pas mal d’incohérences, de facilités prises avec l’échelle du temps, etc… Par exemple la minuscule sonde envoyée par les trisolariens, capable de vraiment beaucoup de choses (tout ?), véritable couteau suisse à l’échelle des planètes : on est dans un postulat du genre “comme on ne connaît rien à leur technologie, tout est possible, et on peut écrire à peu près n’importe quoi”.

Pour résumer, le scénario est vraiment faible, la narration ennuyeuse avec beaucoup de personnages et de situations inutiles ; quant à l’aspect “hard SF”, censé garantir une certaine rigueur scientifique, c’est plutôt à une imagination débridée que nous avons affaire, sur une base pseudo-scientifique tout de même.

J’ai abandonné le troisième tome après 200 pages : ça partait encore dans tous les sens, sur fond d’explications scientifiques, comme si l’auteur en faisait l’inventaire et construisait l’histoire autour au fur et à mesure, sans y accorder vraiment d’importance. Il était grand temps d’arrêter.

À part le tome 1, avec cette civilisation extra-terrestre et l’idée du jeu vidéo pour la découvrir, je trouve le reste vraiment faible, que ce soit le scénario ou la narration. Après tout, si l’auteur est si populaire en Chine, ça doit forcément être “grand public” ! 😉

Cixin Liu, né en 1963 à Yangquan, est l’écrivain de Science-Fiction le plus populaire en République populaire (donc) de Chine.

Le problème à trois corps – Cixin Liu

Je ne sais plus où j’ai entendu parler de ce roman (une trilogie en fait) de SF partant d’un vrai problème de physique, en l’occurrence “le problème à N corps“.

On appelle cela de la hard science-fiction, à savoir que les technologies, les sociétés et leurs évolutions décrites dans le roman sont supposées crédibles en l’état actuel de nos connaissances.

Dans le cas présent, les interactions entre deux astres sont connues et prévisibles (mouvement képlérien). Mais ajoutez un troisième astre, et la situation devient imprévisible.

C’est ce qui arrive sur une planète lointaine, où le mouvement chaotique de trois soleils rend la survie impossible. Les Trisolariens doivent trouver une autre planète…

Sur terre, en Chine, en pleine Révolution Culturelle, une jeune scientifique est dûment rééduquée après que son père ait été éliminé par les Gardes Rouges. Ye Wenjie est bien consciente que l’être humain court à sa perte, et qu’il est indigne de la planète Terre…

Je n’en dirai pas plus, histoire de ne pas faire comme l’éditeur qui sur le quatrième de couverture dévoile toute l’intrigue. Bravo ! 😡

J’ai globalement apprécié cette histoire, même si le récit se disperse un peu, oscillant entre littérature grand public avec des situations sans grand intérêt et des personnages auxquels on a du mal à s’attacher, et puis tout de même un fond d’intrigue assez passionnant. L’idée du jeu vidéo qui reproduit la situation sur la planète est vraiment géniale…

J’ai de suite enchaîné sur le tome 2… À suivre….

Cixin Liu, né en 1963 à Yangquan, est l’écrivain de Science-Fiction le plus populaire en République populaire (donc) de Chine. Il a obtenu le prix Hugo en 2015 pour cet ouvrage.

L’anomalie – Hervé Letellier

C’est plutôt rare que je lise le prix Goncourt de l’année avant la fin de celle-ci… Comme quoi tout arrive, et aussi qu’il est inutile de se précipiter, car ce n’a pas été un grand moment de lecture ! 😉

J’en avais entendu le ‘pitch’ à la radio : le même avion atterri deux fois à New-York, avec les mêmes passagers, à quelques mois d’intervalle… Un scénario digne d’un roman de science-fiction ; cela avait achevé de me décider.

Bien que la lecture soit agréable, je n’y ai rien trouvé de bien remarquable, pas plus dans le style que dans le récit, auquel je n’ai finalement pas du tout accroché. Cela ne fait que confirmer mes doutes sur ces prix littéraires : si c’est le meilleur roman de l’année, alors il y a de quoi s’inquiéter ! Par contre Gallimard a de quoi se réjouir…

Le premier tiers consiste en une galerie de portraits rapidement tracés, où les personnages ont en commun d’avoir pris ce vol Paris-NY. Le problème est que ces personnages manquent de profondeur, et l’on s’ennuie déjà en passant de l’un à l’autre.

La partie centrale est l’analyse du problème, par les scientifiques, le FBI, etc… Là, l’auteur hésite à basculer dans la farce, entre les procédures de sécurité établies par de jeunes scientifiques dignes de potaches, le niveau des réactions du président des États-Unis (manifestement, l’auteur avait tablé sur une réélection de Trump) : l’histoire perd en intérêt, et je commence à me demander si tout cela ne va pas se terminer par une jolie pirouette !

La troisième partie s’applique à traiter les différentes réactions de chaque personnage désormais dédoublé. Il y en pour tous les goûts, à chacun de faire son marché. On peine à reconnaître les individus de la première partie. Je ne vais pas spoiler la fin… Disons que c’est du niveau d’une nouvelle de SF.

C’est finalement l’auteur qui parle le mieux de son livre, puisque parmi les personnages, il y a un écrivain qui a écrit un livre intitulé “L’anomalie”… En général, ce genre d’introspection ou de mise en abîme ne me plaît pas trop, je trouve que cela reflète un manque d’imagination de l’auteur, ou un quant-à-soi bien parisien. Bref, voilà ce qu’il écrit :

Victor vient de poser le dernier mot au court livre qui raconte l’avion, l’anomalie, la divergence. Comme titre il a pensé à Si par une nuit d’hiver deux cent quarante-trois voyageurs – et Anne a secoué la tête –, puis il a voulu en faire l’incipit – et Anne a soupiré. Ce sera finalement un titre bref, un seul mot. Hélas, L’Anomalie était déjà pris. Il ne tente pas d’expliquer. Il témoigne, avec simplicité. Il n’a retenu que onze personnages, et devine qu’hélas, onze, c’est déjà beaucoup trop. Son éditrice l’a supplié, Victor, pitié, c’est trop compliqué, tu vas perdre tes lecteurs, simplifie, élague, va à l’essentiel. Mais Victor n’en fait qu’à sa tête. Il a attaqué le roman avec un pastiche à la Mickey Spillane, à propos de ce personnage dont nul ne sait grand-chose. Non, non, pas assez littéraire pour un premier chapitre, lui a reproché Clémence, quand cesseras-tu de jouer ? Mais Victor est plus joueur que jamais.

Allez à l’essentiel… oui, encore faudrait-il qu’il y en ait un ! Bref, décevant pour un prix Goncourt.

Hervé Letellier, né en 1957, est un auteur français de romans, nouvelles, poésies, théâtre. Il semble assez prolifique.

Bangkok 8 – John Burdett

Je ne sais plus où j’ai entendu parler de ce polar qui comme son nom l’indique se passe à Bangkok… Mais cela m’a donné envie de le lire !

Bonne pioche, car même si l’auteur est britannique, il semble bien connaître son sujet, et nous embarque dans un thriller où l’inspecteur Sonchaï Jitpleecheep est un arhat, un saint bouddhiste, qui résout ses enquêtes avec l’aide de la méditation….

Les dérives de son pays (corruption, prostitution) nous sont présentées sous un angle inattendu, loin des poncifs des occidentaux : nos valeurs étant différentes, c’est finalement somme toute logique. Mais bon, que ce soit les bienfaits sociétaux de la corruption ou l’émancipation féminine grâce à la prostitution, c’est bien sûr à prendre avec le recul nécessaire que procure le bouddhisme… 😉

C’est tout de même intéressant à lire, et l’intrigue policière est très prenante, avec une entame magistrale parfaitement réussie. Le personnage de Sonchaï, intègre puisque arhat, nous fait partager le résultat parfois surprenant de ses méditations tout en menant l’enquête avec clairvoyance.

Un bon polar donc, original et dépaysant, qui est en fait le premier d’une série de plusieurs aventures de l’inspecteur Jitpleecheep. Je devrais donc y revenir bientôt…

John Patrick Burdett, né en 1951 à Londres, est un romancier britannique, auteur de romans policiers. C’est un ancien avocat, qui a travaillé douze ans à Hong Kong. Il est notamment l’auteur du best-seller Bangkok 8 et de ses suites, Bangkok Tattoo, Bangkok Haunts, The Godfather Of Kathmandu et The Bangkok Asset.

Comme un empire dans un empire – Alice Zeniter

J’avais beaucoup aimé L’Art de perdre du même auteur, alors quand ma sœur m’a recommandé la lecture de celui-ci, j’ai suivi son conseil. Et je n’ai pas vraiment accroché, ni à l’histoire, ni au style.

L’histoire me paraît être un prétexte à l’auteur pour donner son avis sur la société, et manque cruellement d’intérêt. Que ce soit les errements d’Antoine, assistant parlementaire d’un député socialiste en mal de vivre, ou ceux de “L”, pseudo hackeuse à l’esprit perturbé.

Ma frangine parlait d’une histoire très ancrée dans la réalité sociale d’aujourd’hui… Franchement, je ne suis pas convaincu : si la crise des Gilets Jaunes est effectivement évoquée, c’est pour mieux la balayer comme une chose du passé. Quant aux “zadistes” ou assimilés, vivant en marge de la société, c’est pour montrer qu’on peut vivre comme ça quelques semaines, mais pas plus.

Concernant le monde des hackers, on a droit à un bréviaire documenté sur Anonymous, Assange, Wikileaks, etc… Beau travail de documentation, balancé au lecteur pour le meilleur et pour le pire. Le passage suivant m’a tout de même fait sourire :

L aurait pu, en revanche, lui parler de l’être formidable qu’était Elias au-dedans, la brièveté élégante de ses lignes de code, des motifs récurrents qu’elle pouvait repérer dans ses commandes DOS.

Je souhaite bien du courage aux hackers qui utilisent le DOS, ça ne va pas être facile pour eux ! 😛

En fait, il n’y a pas vraiment d’histoire, et c’est là tout le problème. Il faut attendre le dernier tiers du roman pour qu’il se passe enfin quelque chose, et le style de l’auteur que j’avais tant aimé dans l’Art de perdre (au service d’un vrai sujet), m’a paru ici ennuyeux, lénifiant. Oubliant que pour écrire un roman, il faut avoir une histoire à raconter.

Le titre est d’ailleurs un peu à cette image, un peu pompeux en regard du contenu. C’est un extrait de Spinoza, Éthique, III :

En vérité, on dirait qu’ils conçoivent l’homme dans la Nature comme un empire dans un empire.

Un roman qui sera vite oublié en ce qui me concerne…

Alice Zeniter, née en 1986, est une romancière, traductrice, scénariste, dramaturge et metteuse en scène de théâtre française. Elle a obtenu le Prix Goncourt des lycéens 2017 avec l’Art de perdre.

Les amazones – Jim Fergus

Troisième et dernier volet de cette trilogie… J’avais moins aimé le second, que dire du troisième ? Tout est permis dans cette suite, y compris faire revivre les personnages morts précédemment, ce qui permet de faire se rencontrer les personnages des deux premiers tomes, et de raconter encore la même histoire.

Autant dire que l’on va s’ennuyer ferme, avec ces nouveaux journaux entrecroisés de May et Molly. Déjà qu’il ne se passe pas grand chose… Heureusement le surnaturel est là, et permet à peu près tout ce que l’on veut, sans rien devoir expliquer : retour des disparus, passage dans un monde parallèle, retour dans le monde réel…

Dommage, avec les deux personnages contemporains, arrière-x-x-petits-enfants des premiers personnages qui apparaissent, il y avait sans doute mieux à faire. Molly Standing Bear, avec son don de “changeuse de forme”, mystérieuse sur ses activités de recherche des femmes indiennes portées disparues dont personne ne s’occupe et surtout pas la justice américaine (les statistiques sont effrayantes : 5712 femmes disparues en 2016, et seulement 116 enregistrées par le DOJ), avec l’aide de Jon Dodd, journaliste de son état, aurait pu donner un roman totalement nouveau, contemporain, sur le sort de ces femmes indigènes de nos jours (meurtres, trafic, viols).

Sans doute le filon était-il trop beau, on ne change pas une histoire qui marche : quand même 400 000 exemplaires vendus en France pour “Mille femmes blanches” (et 1 million dans le monde) !!

Jim Fergus, né en 1950, est un écrivain américain, né de mère française. “Mille femmes blanches” est son premier roman, avec lequel il rencontra le succès.

La vengeance des mères – Jim Fergus

Ce roman est la suite de Mille femmes blanches, que j’avais bien aimé, donc pourquoi ne pas continuer l’histoire ? Hélas, ce fût une déception, car cette “suite” n’est qu’une répétition du premier opus. Écrit seize ans après, ça ressemble fort à un objet commercial, destiné à surfer sur le succès qu’avait rencontré le premier tome.

Car on reprend la même histoire : un nouveau contingent de femmes blanches (alors que le projet avait pourtant été arrêté dans le tome 1), nouveau personnage principal féminin (Molly remplace May), nouvelle tribu (le chef Hawk remplace le chef Little Wolf), même rôle du méchant (qui perd à chaque fois, ouf !), anecdotes similaires, etc…

Bref, on s’ennuie ferme, car la découverte du monde indien n’est plus là, même si l’accent est semble-t-il plus mis sur la condition des femmes, particulièrement maltraitées dans le monde des blancs.

À noter que la femme sur la couverture s’appelle Pretty Nose, chef de guerre ayant combattu à la bataille de Little Bighorn. Elle était arapaho, et a fini sa vie dans une réserve, à l’âge d’au moins 102 ans !

Jim Fergus, né en 1950, est un écrivain américain, né de mère française. “Mille femmes blanches” est son premier roman, avec lequel il rencontra le succès.

Mille femmes blanches – Jim Fergus

Je ne m’étais jamais décidé à acheter ce livre, qui se retrouve régulièrement sur la table des libraires depuis une vingtaine d’années. Peut-être le fait que ce soit un roman et pas une histoire vraie…

C’est en voyant sur la table du libraire le tome 3 “Les Amazones” que je me suis finalement décidé à lire cette (désormais) trilogie…

J’avoue avoir passé un bon moment avec ce premier tome. La lecture est aisée et agréable, et même si c’est de la littérature “grand public”, l’histoire de ces femmes échangées contre des chevaux, et partant vivre avec les indiens cheyennes est intéressante et bien traitée.

La description du mode de vie des Cheyennes est bien décrite, une civilisation qui valait bien la notre (plus respectueuse de la nature, c’est certain !), sans pour autant l’idéaliser. À la fin de ce premier tome, l’expédition des jeunes guerriers chez leurs ennemis les Shoshones n’a rien à envier en terme de cruauté à l’attaque du camp par la cavalerie US…

L’impossibilité de voir cohabiter ce peuple avec l’invasion sans fin des blancs, qu’ils soient fermiers, chercheurs d’or, ou aventuriers est également bien décrite : tous réclament la protection de l’armée, et le seul choix laissé aux indiens est de rejoindre une réserve où ils devront se sédentariser et dépérir. Tout cela au mépris des traités précédemment signés, il va de soi : seul le “Grand Père Blanc” de Washington décide finalement de ce qui vaut la peine d’être respecté.

Je vais de suite attaquer le tome 2, intitulé “La vengeance des mères”…

Jim Fergus, né en 1950, est un écrivain américain, né de mère française. “Mille femmes blanches” est son premier roman, avec lequel il rencontra le succès.

La force des choses T2 – Simone de Beauvoir

Dès le début de ce tome 2, Simone de Beauvoir reprend goût à la vie après son petit coup de blues à la fin du tome 1, quand elle voit sa jeunesse lui échapper. La vie étant ce qu’elle est, elle rencontre Claude Lanzmann avec qui elle va retrouver ce qu’elle croyait avoir perdu pour toujours.

Elle obtient en 1954 le prix Goncourt pour Les Mandarins, ce qui la rassure d’une part (son écriture lui a pris 4 ans), et lui apporte un certain confort matériel, elle qui vivait plutôt sur les deniers de Sartre jusqu’à présent (mais sans remord, puisqu’ils partagent tout).

Dans ce deuxième tome, la guerre d’Algérie, qu’elle qualifie de “drame personnel”, est omniprésente. C’est donc aussi un excellent rappel des événements qui se sont passés durant cette période (1952-1962), et dont la France ne sort pas grandie. Elle y exprime d’ailleurs la honte qu’elle a ressenti pour son pays et ses concitoyens.

Ce n’est pas de mon plein gré, ce n’est pas de gaieté de cœur que j’ai laissé la guerre d’Algérie envahir ma pensée, mon sommeil, mes humeurs. Le conseil de Camus – défendre, malgré tout, son propre bonheur – personne n’était plus enclin que moi à le suivre. Il y avait eu l’Indochine, Madagascar, le Cap Bon, Casablanca : je m’étais toujours rétablie dans la sérénité. Après la capture de Ben Bella et le coup de Suez, elle s’effondra : le gouvernement allait s’entêter dans cette guerre. L’Algérie obtiendrait son indépendance : mais dans longtemps. À ce moment où je n’entrevoyais plus la fin, la vérité de la pacification acheva de se dévoiler. Des appelés parlèrent ; des renseignements affluèrent : conversations, lettres adressées à moi, à des amis, reportages étrangers, rapports plus ou moins secrets que de petits groupes diffusaient. On ne savait pas tout, mais beaucoup, mais trop. Ma propre situation dans mon pays, dans mon monde, dans mes rapports à moi-même s’en trouva bouleversée.

Cela va l’amener à s’impliquer beaucoup plus politiquement, on la découvre d’ailleurs très à gauche, et clairement contre les bourgeois et leur bien-pensance. Mais “après l’après-guerre”, ce sont pourtant bien eux qui ont gagné, avec l’atlantisme.

Coïncidence, je lisais ce récit alors qu’à la TV débutaient les hommages au général de Gaulle (pour le 50ème anniversaire de sa mort) : le contraste était grand avec les amères critiques de Simone de Beauvoir à son égard. Car si de Gaulle revient au pouvoir en 1958 et accorde l’indépendance à l’Algérie en 1962, entre ces deux dates, il laissera faire bien des choses et il y aura beaucoup de morts, que ce soit en Algérie ou en France, par l’armée, l’O.A.S. ou la police.

Le livre ne se limite pas pour autant à la guerre d’Algérie, il y a aussi ses récits de voyages qui sont toujours aussi intéressants, à Cuba d’abord où Castro vient de prendre le pouvoir, mais aussi au Brésil, dont elle nous fait un long récit passionnant.

Elle termine ce livre par un dernier voyage en U.R.S.S. (alors sous Khrouchtchev), dont elle dresse un portrait sans doute un peu trop optimiste sur l’avenir du communisme, à l’époque en pleine déstanilisation. Comme quoi on peut être philosophe sans être visionnaire pour autant !

Revoyons un peu tout cela, avec quelques extraits :

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La force des choses T1 – Simone de Beauvoir

Retour à Simone de Beauvoir, et au récit de ses souvenirs, après Mémoire d’un jeune fille rangée, puis La force de l’âge. Nous sommes en 1945, c’est l’après-guerre dans un Paris libéré, avec l’envie de vivre mais aussi encore beaucoup de privations.

Ce premier tome s’achève en 1952. Entre temps, elle aura publié Le deuxième sexe, qui fera d’elle une figure de proue du féminisme, et commencé la rédaction de son roman Les Mandarins (qui lui prendra quatre ans, et pour lequel elle recevra le prix Goncourt).

Au-delà du récit de cette période riche en événements, j’ai trouvé ses récits de voyage sont particulièrement agréables à lire, elle sait en quelques phrases bien senties décrire un pays, une ville, ou un simple journée.

Une autre partie consiste en la fréquentation du milieu intellectuel parisien, pas forcément la plus intéressante, d’autant que Simone de Beauvoir ne prend pas la peine de vous présenter ses interlocuteurs, tant pis pour vous si vous ne les connaissez pas (parfois, ce ne sera même qu’un initiale qui sera utilisée). J’ai tout de même retenu cette remarque qu’elle fait quand elle se rend à un cocktail à la demande de Sartre :

Sourire aussi cordialement à des adversaires qu’à ses amis, c’est ramener les engagements à des opinions, et tous les intellectuels, droite ou gauche, à leur commune condition bourgeoise. C’est elle qu’on m’imposait ici comme ma vérité et c’est pourquoi j’eus cette cuisante impression de défaite.

Voyons voir un peu tout cela…

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