Archives de catégorie : Littérature

Le Voyage gelé – Philip K. Dick

En jetant un œil aux rayons de la librairie, je suis tombé sur ce petit recueil de nouvelles de Philip K. Dick, mon auteur préféré de S.F.

En le feuilletant, j’ai eu l’impression que je ne les avais peut-être pas déjà toutes lues, alors je l’ai emporté. Un achat compulsif, puisque j’ai lu les deux gros tomes de nouvelles de l’auteur ! (après vérification, elles font bien toutes parties des nouvelles que j’ai lu ici et ). 🙄

Mais bon, c’était tout de même plaisant de lire ce petit recueil qui regroupe des nouvelles écrites entre 1953 et 1981, ce qui couvre un spectre assez large de son œuvre. Elles sont assez inégales entre elles, mais c’est parfait pour quelqu’un qui veut découvrir les nouvelles de cet auteur. On y retrouve certaines des obsessions de l’auteur, comme dans « Une proie rêvée » avec l’apparition d’un visage dans le ciel…

Et dans le petit texte qui sert de préface, Dick parle de sa première nouvelle, intitulée « Reug », une de mes préférées. C’est à propos d’un chien et de la façon dont il voit les éboueurs venir voler la précieuse nourriture que la famille emmagasine précieusement tous les jours dans une grande boite avec couvercle…

Sinon j’ai bien aimé « Le retour des explorateurs », « Que faire de Ragland Park », « Un numéro inédit » (celle-là je m’en souvenais) et « l’Autremental ». Et bien sûr celle qui donne son titre au recueil : le passager d’un astronef voit son système d’hibernation tomber en panne. Il va donc devoir rester conscient, seul avec lui-même pendant la durée du voyage, soit 10 ans ! Heureusement, l’ordinateur de bord est là, et, pour lui éviter de devenir un légume, va lui procurer des stimuli sensoriels en lui injectant ses meilleurs souvenirs… Mais tout ne va pas se passer comme prévu.

Philip K. Dick (1928-1982) est un auteur américain de romans, principalement de science-fiction. Plusieursde ses romans ont été porté à l’écran, comme Blade Runner, Minority Report, Total Recall… Moins connu, A Scanner Darkly (l’adaptation de Substance Mort) est vraiment excellent dans le genre « délire schizo » familier à Dick. Ses nouvelles complètes, qui étaient épuisées, ont été rééditées par Gallimard dans la collection Quarto, en deux gros volumes à déguster.

Effondrement – Jared Diamond

Après De l’inégalité des sociétés du même auteur que j’avais beaucoup apprécié, j’ai voulu lire un autre essai de cet auteur passionnant.

Si le premier parlait de l’origine des sociétés (et pourquoi certaines avaient pris le dessus), celui-ci parle de la fin desdites sociétés (et des raisons de leur effondrement). Un sujet d’actualité en cette période de COP26, même si le livre date de 2005.

Jared Diamond va donc ausculter certaines sociétés disparues, comme celle de l’île de Pâques, ou les Mayas d’Amérique centrale, ou encore les colonies vikings du Groenland, puis s’intéresser ensuite à des sociétés qui ont su redresser la barre à temps (Nouvelle-Guinée, Japon), et enfin à des sociétés contemporaines en difficulté (le Montana, Haïti, Rwanda, Australie, Chine) ; tout cela à travers cinq facteurs qu’il a identifié. Puis dans une seconde partie, il tirera de tout cela des leçons pratiques, en s’efforçant de finir sur une note optimiste, mais qui est moins convaincante allez savoir pourquoi ! 🙄

L’auteur nous fait profiter de ses multiples compétences (histoire, géographie, biologie, géonomie) pour nous parler de ces civilisations, et c’est passionnant tout en restant facile à lire. S’il y a sans doute moins de pertinence dans la seconde partie, ce livre a tout de même le mérite de réveiller notre conscience écologique, c’est en tout cas l’effet qu’il a eu sur moi, et je ne regarderai plus une zone déforestée du même œil dorénavant !

Les cinq facteurs identifiés par Jared Diamond et potentiellement à l’œuvre dans l’effondrement d’une société sont : des dommages environnementaux, un changement climatique, des voisins hostiles, des rapports de dépendance avec des partenaires commerciaux, et enfin les réponses apportées par les sociétés à ces problèmes.

Il prend toutefois bien garde à ne pas parler de déterminisme environnemental. Il ne connaît d’ailleurs aucun cas où seuls les dommages écologiques seraient responsables d’un effondrement. Mais parmi les cinq facteurs cités précédemment, seul le dernier est toujours significatif quelque soit l’effondrement étudié. À méditer !

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Mars la rouge – Kim Stanley Robinson

C’est sur France Culture que j’ai entendu parler de cet auteur, il était reçu lors de l’émission de La méthode scientifique pour un grand entretien. Ce roman est le premier de « La trilogie de Mars » : suivent « Mars la verte » puis « Mars la bleue ». Je me suis dit que cela pouvait être intéressant à lire.

Hélas, ce ne fût pas le cas, et peu d’aspects de ce premier tome trouvent grâce à mes yeux, que j’ai trouvé ennuyeux et sans intérêt.

Ennuyeux pour ses longues descriptions des multitudes de sites martiens traversés : cratères, canyons, mesa, et arroyos se succèdent sans relâche, au fil des pérégrinations des personnages qui prennent plaisir à sillonner la planète de long en large, grâce à des routes construites miraculeusement en un temps record. Lassant !

Car la conquête de la planète Mars, plutôt hostile à la vie humaine à priori, est ici une simple formalité : en effet, la science et la technologie parent à toutes les difficultés : ah les robots que l’on programme en 2 minutes et qui vont tout construire tout seul sans que l’on ne s’occupe plus de rien, c’est bien pratique !

Et cela laisse le temps aux cent premiers humains (la plupart peu sympathiques par ailleurs) de s’écharper, de comploter les uns contre les autres que ce soit pour prendre le pouvoir, par jalousie, ou à propos du « terraforming » qui consiste à transformer radicalement la planète pour la rendre habitable par l’homme, grâce à la science et la technologie qui permet à peu près tout, y compris les idées les plus saugrenues comme de capturer un astéroïde de glace autour de Saturne pour le ramener autour de Mars…

Bref, en une trentaine d’années à peine (ah oui on a aussi trouvé le moyen de repousser le vieillissement des personnages, trop bien 😎 ), la planète est devenue un immense chantier envahi par des milliers d’humains venus piller ses ressources. Heureusement, [spoiler] les luttes de pouvoir finiront par tout détruire dans une révolution apocalyptique finale. Les quelques survivants serviront sans doute de base au tome suivant pour un nouveau départ.[/spoiler]. Ce sera sans moi ! 😐

L’auteur a déclaré : « La science-fiction est le réalisme de notre temps. C’est la meilleure façon de décrire le monde dans lequel nous vivons.” Même si je ne suis pas d’accord avec ce postulat, à la lecture de ce premier opus, je ne peux hélas que confirmer : KSR a transporté sur Mars des problèmes d’humains luttant pour le pouvoir, s’entre-déchirant entre eux, et Mars n’est finalement qu’un prétexte. Sans intérêt donc, c’est pour moi de la mauvaise SF.

Kim Stanley Robinson, né en 1952, est un auteur de science-fiction américain. Sa trilogie sur Mars et la terraformation de celle-ci est son œuvre la plus connue. J’ai lu qu’il avait soutenu une thèse sur les romans de Philip K. Dick en 1982… Dommage qu’il ne s’en soit pas inspiré pour ses propres romans ! 😉

Sauvage par nature – Sarah Marquis

C’est ma sœur Martine qui m’a parlé de Sarah Marquis : elle lisait « Instincts », un autre livre où Sarah traverse une partie sauvage de l’Australie en mode survie, pendant 3 mois. Du coup, ça m’a intéressé, pour le voyage et l’aventure bien sûr, mais aussi pour le côté vécu, qui apporte toujours un plus à la lecture.

Mais j’ai préféré commencé par un autre récit, antérieur à Instincts, où Sarah se lance dans la traversée du continent asiatique partant de la Mongolie pour terminer en Australie ! Cette fois, elle n’est pas en mode survie, elle pousse une « charrette » contenant nourriture, tente, etc… Des points de ravitaillement sont prévus au long du périple, qui va durer près de 3 ans !

Avec un tel programme, je me suis dit que j’allais me régaler à lire ce récit. Mais ce ne sera pas vraiment le cas, beaucoup de choses sont assez décevantes, et on reste largement sur sa faim une fois la lecture terminée.

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Une confession – John WainWright

Je ne me souviens plus pourquoi j’avais noté ce bouquin à lire, mais c’était une bonne info.

J’ai donc démarré ce roman sans rien en savoir, ni sans lire le quatrième de couverture. Et c’est manifestement la bonne méthode, parce que l’auteur vous embarque dans une histoire dont vous demandez bien où elle va vous mener…

Et tout est justement dans la façon dont l’histoire est racontée, et les faits petits à petits révélés. L’histoire démarre avec John Duxbury, 50 ans, homme tout à fait respectable, qui écrit son journal intime dont la lecture est destinée à son fils Harry, parce qu’il veut lui transmettre toute la vérité sur sa vie avec Maude, la mère de Harry. Jusque là, rien de suspect, c’est l’impact du temps qui passe sur un couple, l’amour des premières années qui s’efface, c’est même assez pertinent.

Puis lors d’un week-end au bord de la mer, justement destiné à renouer les liens du couple, tout va basculer, y compris nos certitudes de lecteur. Je n’en dis pas plus, c’est tout l’intérêt de ce roman et de sa construction. La fin sera inéluctable, avec l’arrivée de l’inspecteur Harker, un homme d’expérience et dévoué à son métier, et qui se soucie peu de sa hiérarchie dès lors qu’il s’agit de vérité. Mais la vérité intéresse-t-elle quelqu’un finalement ?

Un vrai plaisir de lecture, avec une fin à la Sherlock Holmes !

John Wainwright (1921-1995) est un auteur britannique de roman policier. Auteur prolifique (83 ouvrages), son policier type est d’âge moyen, très scrupuleux, comme l’est l’inspecteur Harker dans ce roman : on parle dans ce cas de romans de procédure policière. Le film « Garde à vue » de Claude Miller est adapté de Brainwash (« À table ! » pour l’édition française), l’un de ses romans, dont Simenon dira le plus grand bien.

Flash – Charles Duchaussois

Nouvelle relecture d’un roman que j’avais lu dans ma jeunesse. Le livre dans ma bibliothèque étant bien jauni, j’en ai racheté un exemplaire récent, avec cette magnifique couverture.

J’avais gardé de ce roman le souvenir d’un type qui part sur « la route des Indes », et qui manque de finir dans les neiges de l’Himalaya, drogué jusqu’à l’os.

En fait, « la route » occupe bien peu de place dans ce récit, et c’est surtout la longue descente aux enfers qui est racontée, avec une certaine subjectivité par l’auteur, malgré ses efforts de tout vouloir raconter. Certes, l’auteur a l’air d’avoir un forte personnalité, mais il a aussi une haute opinion de lui-même, ce qui au fil du récit apparaît comme nettement exagéré !

C’est quand même un petit truand à la base, vivant de ses méfaits (vols et arnaques) pour lui assurer ses revenus, et sur lesquels il reste très discret (à part l’arnaque d’Istambul où il récolte une grosse somme et dont il est assez fier). Avec cet argent, il s’entoure d’une petite cour de routards fauchés dont il paie tous les frais, drogues comprises, ce qui certainement lui apporte la reconnaissance dont il semble avoir besoin.

Le Katmandou qu’il décrit semble être celui d’une autre époque (on est en 1969), celle où seule une petite communauté d’occidentaux était venue troubler la vie locale, et où la drogue circulait librement… À la fin du récit, l’auteur raconte d’ailleurs le début de la fin de cette époque, où la police népalaise commence à expulser à tour de bras ces « touristes » d’un genre particulier, devenus ingérables et indésirables. J’y étais en 1984, et tout avait déjà beaucoup changé, fort heureusement !

Un peu déçu donc par cette relecture, même si le récit a le mérite d’être une histoire vraie, ce qui apporte toujours un intérêt supplémentaire à mes yeux.

Charles Duchaussois (1940-1991) est un écrivain français, selon Wikipédia. Flash est son seul roman, autobiographique, et il l’a dicté sur un magnétophone avant de l’envoyer aux maisons d’éditions. Peut-on vraiment parler d’écrivain dans ce cas ?

Sa fin de vie semble avoir été plutôt misérable : drogue, meurtre et prison : Wikipédia utilise d’ailleurs un bel euphémisme à ce propos : « une tragédie intervient et Charles est emprisonné pour l’homicide du frère de Christiane » (sa femme). Il meurt d’un cancer des poumons.

Romans noirs – Jean-Patrick Manchette

C’est sur France Culture que j’ai entendu parler de cet auteur français de polars (voir les liens en fin d’article). J.P. Manchette y était présenté comme celui qui importa en France le style des romans noirs américains (fan de Dashiell Hammett), style qu’il baptisera lui-même de « néo-polar ».

J’ai lu avec grand plaisir ces « Romans noirs », bien français, des années 70-80, et pas mal politisés : que ce soit l’extrême-droite ou l’ultra-gauche, l’anti-système est présent. C’est lié à l’époque certainement, mais aussi aux convictions de l’auteur (voir plus bas).

Par ailleurs, Manchette ne perd pas son temps en descriptions oiseuses, on est tout de suite dans l’action, et elle ne s’arrêtera qu’à la fin de l’histoire. La lecture en est rendue assez haletante, on ne s’ennuie pas, et on tourne les pages avec délectation.

C’est ce que l’on appelle l’écriture « behaviouriste » ou comportementaliste chère au romancier américain Dashiell Hammett. Dans ce style d’écriture, seuls les comportements, les actes et les faits sont décrits mais presque jamais les sentiments et les états d’âme. Il appartient au lecteur, à partir des fragments visibles du puzzle, de tirer la vision d’ensemble et d’entendre, par-delà les mots, ce qui n’a pas été dit (Wikipedia).

Voyons un peu le contenu de ce recueil, les adaptations cinéma qui ont été faites de ses romans (avec plus ou moins de succès), son auto-biographie, et enfin un petit mot sur la SF puisque qu’il a participé à une collection de romans de SF qui m’a rappelé mes premières lectures !

Je croyais avoir lu l’intégrale de J.P. Manchette avec ce recueil, mais en discutant avec la libraire, il manque apparemment « L’homme au boulet rouge », écrit en collaboration avec B.J. Sussman, juste après « Laissez bronzer les cadavres ! ». C’est l’unique western écrit par J.P. Manchette… hélas épuisé ! 🙁 La libraire m’a proposé de me le prêter si elle le retrouve dans sa bibliothèque ! 🙂
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La barrière Santaroga – Franck Herbert

Relecture d’un roman dont j’avais gardé un bon souvenir dans ma jeunesse ! Plongé dans un gros volume Quarto, il me fallait un poche à emmener à la plage ! 😎

Après la saga de Dune qui m’avait fasciné (le film tant attendu de Villeneuve sort demain d’ailleurs !), j’avais à l’époque exploré un peu ce que l’auteur avait pu écrire d’autre.

Bon, un livre de poche, ça ne vieillit pas forcément bien : 40+ ans après, les pages étaient toutes jaunies, mais la reliure avait tenu le coup, donc ça allait de ce côté.

L’histoire tient toujours la route, avec cette vallée qui vit en autarcie et refuse ce qui vient du monde extérieur, ce qui embête bien certains investisseurs… Le Dr Gilbert Dasein, psychologue, est envoyé à son tour pour essayer de comprendre ce qui se passe, après que deux précédents émissaires aient tous les deux subis de malencontreux accidents (mortels bien sûr) ! L’occasion pour lui de revoir Jenny, une étudiante dont il était tombé amoureux avant qu’elle ne retourne dans sa vallée…

La première chose que remarque Dasein, c’est ce « Jaspé » omniprésent dans la nourriture, et qui semble éveiller l’esprit… Le comportement des habitants de la vallée est par ailleurs assez troublant, comme si une sorte d’inconscient collectif était à l’œuvre. Puis des accidents « fortuits » commencent à lui arriver…

Le roman ne livrera pas toutes ses réponses aux questions soulevées par Dasein. Et la plupart des réponses du médecin local sont même plutôt fumeuses… On pense au LSD bien sûr, auquel Jenny s’est d’ailleurs montrée résistante (!) lors d’un test lorsqu’elle était étudiante avec Gilbert (le roman a été écrit en 1967).

L’intrigue est tout de même prenante, car Dasein est clairement en danger, même si tout le monde se montre amical avec lui puisqu’il est l’ami de Jenny… Mais l’on reste un peu sur sa faim au terme du roman… une faim de Jaspé ! 😉

Finalement une bonne relecture !

Franck Herbert (1920-1986) est un écrivain américain auteur de romans de science-fiction. Dune en étant bien sûr le plus célèbre (6 romans pour la saga complète), avec l’écologie au cœur de l’histoire (en 1965). Il a aussi suivi une formation de psychanalyste, qui transparaît de ce roman.

Une aristocrate en Asie – Vita Sackville-West

Si je n’ai pas du tout apprécié les œuvres de Virginia Woolf, la lecture de sa biographie m’aura tout de même permis de noter ce livre, et je ne le regrette pas.

C’est le récit d’un voyage qu’entreprend Vita Sackville-West et son mari, diplomate à Téhéran, en 1926, sur une piste ancienne traversant le pays Bakhtyar. Vita est à la recherche d’iris pourpres pour en ramener dans son jardin en Angleterre ! Ce n’est heureusement qu’un prétexte au voyage, du moins peut-on l’espérer.

Car si Vita est une vraie aristocrate, elle ne manque ni d’humour ni de recul par rapport à ce qu’elle est ou à ce qu’elle voit, et son récit est très plaisant à lire : c’est un vrai journal de voyage, avec un beau dépaysement en prime, vu le lieu et l’époque.

Elle démarre ce petit récit sans trop savoir où cela va la mener, et le termine par une réflexion sur la vie nomade, sur notre fameuse civilisation, notre esprit toujours occupé… Voilà le début du dernier chapitre :

Je m’en aperçois maintenant : alors que j’ai commencé ce livre sans grand espoir d’en faire autre chose qu’un simple compte rendu, il a, presque de lui-même, adopté une certaine logique pour se répartir en deux blocs principaux, ordonnés par la force du contraste. Deux communautés différentes ont traversé la scène, l’une caractérisée par l’épuisement, l’ignorance et la pauvreté, et l’autre par l’énergie, la culture scientifique et la prospérité, mais toutes deux également soumises à leurs propres modes de pensée. J’aimerais croire que mon impartialité est telle que le lecteur ne peut deviner où vont mes sympathies. Et je souhaiterais conclure par une troisième image, qui ne représente ni une forme d’existence anachronique ni une civilisation moderne. Les tribus de bergers sont passées, survivantes d’un monde révolu, les marteaux ont retenti autour des vestiges du temple de Feu. À présent il est temps de voir ce qu’il advient des empires présomptueux, comme l’Empire britannique, et, sur une note si prophétique, d’en finir.

Un vrai récit de voyage donc, avec beaucoup de sincérité. J’ai beaucoup aimé, dommage qu’elle n’en ait pas écrit d’autres.

À noter sur le quatrième de couverture, on mentionne que « le truculent périple du couple sera émaillé de scènes de ménage, Harold ne perdant pas une occasion d’accabler de reproches cette épouse qui l’a emmené se perdre au milieu des nomades« . On pourrait imaginer une sorte de vaudeville, mais c’est totalement erroné, j’ai noté 1 scène où un désaccord entre eux est évoqué, et c’est tout ; le mari est d’ailleurs largement absent du récit, ce n’est pas le sujet du livre. Très étonnant, l’éditeur ferait bien de relire l’ouvrage ! 😡

Vita Sackville-West (192-1962) est une poétesse, romancière, essayiste, biographe, traductrice et jardinière britannique ! Virgina Woolf en tomba amoureuse et leur liaison fut passionnée et compliquée, Vita gardant sa liberté. VW s’en inspira pour écrire Orlando, son roman le plus célèbre (et que j’ai trouvé sans intérêt).

Série Bangkok 2, 3, 4, 5 et 6 – John Burdett

J’avais bien aimé le premier opus de cette série, Bangkok 8, je me suis donc replongé en ce début d’été dans l’univers de Sonchaï, ce policier bouddhiste et donc incorruptible de Bangkok.

Hélas, comparés au premier opus, à l’intrigue classique et captivante, ces cinq romans policiers sont globalement très décevants ! 🙁

On retrouve l’atmosphère des quartiers chauds de Bangkok en toile de fond, avec toujours ces réflexions sur le fossé culturel avec le monde occidental, et particulièrement la prostitution qu’il justifie allègrement comme moyen d’émancipation pour une jeune femme Thaïe : on pourrait en discuter longuement ! 😯

Les personnages récurrents autour de Sonchaï se précisent dans cette deuxième aventure, et c’est plutôt sympa pour une série : le colonel Vikorn, son chef aussi corrompu qu’omniscient (un peu trop d’ailleurs), et Kimberley l’agent du FBI qui lui donne un coup de main de temps en temps (pratique pour obtenir des infos rapidement) ; apparaissent Chanya la compagne de Sonchaï (une ancienne prostituée), et Lek son assistant (un homme habité par un esprit féminin, et s’interroge sur une éventuelle opération pour devenir un « Katoye », une femme transgenre).

Au cours du récit, l’auteur s’adresse parfois au lecteur en l’appelant « farang » (ce qui signifie « étranger blanc » en Thaïlande), avec une tendance à nous caricaturer et nous faire apparaître nous les occidentaux comme des matérialistes violents assoiffé d’argent et de sexe, sans aucune intelligence et incapables de comprendre la culture Thaï… Cela manque tout de même un peu de nuance, et si l’effet est assez sympa au début, il finit par lasser… Et finalement, c’est la vision de l’auteur de la culture asiatique qui devient caricaturale !

Car je dois dire que la lecture de ces cinq épisodes m’a globalement déçu, entre l’effet répétitif sur le monde la prostitution à Bangkok, l’absence de suivi sur les pistes amorcées, et le niveau des intrigues qui deviennent de plus en plus laborieuses, pour finir en apothéose avec le thème du transhumanisme où l’auteur semble se perdre totalement, incapable de finir l’histoire.

Et comme je suis tout de même allé au bout des cinq romans, revoyons les un par un : le thème abordé, et ce que j’en ai pensé.

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