Archives de catégorie : Littérature

Le Maître de Ballantrae – Stevenson

Le Maître de Ballantrae - Stevenson C’est en regardant un téléfilm que j’ai aperçu ce livre ! Un type arrivait dans une ferme occupée par des militants anti-système pour s’y planquer, et une jeune femme lui prêtait ce livre… J’imaginais une sorte de livre culte, par l’auteur de “L’île au trésor” et de “L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde”.

Pour finalement tomber sur un bon roman, très typé par le genre de littérature de l’époque (1889) : un style très classique, un peu ampoulé qui de nos jours semble un peu suranné. Même si le fond de l’histoire est assez sombre, cela reste une littérature pour adolescent je trouve. Autre remarque, la préface d’Alain Jumeau dévoile l’essentiel de l’intrigue, il vaut mieux la passer et la lire après le roman…

L’essentiel de la narration est assurée par le fidèle intendant Mackellar, parfois très énervant par son mode d’expression, ses manières et ses réserves ; elle est aussi parfois confiée à un autre personnage “par souci d’authenticité”… Ce jeu narratif de l’auteur (encensé par certains) ne m’a pas du tout convaincu. Sinon, l’histoire repose sur l’antagonisme entre deux frères : James, l’aîné, le Maître de Ballantrae, aventurier sans scrupules, mais charmeur et très habile ; et Henri, le cadet, sérieux, honnête, mais mal-aimé…

L’Histoire (une guerre civile) amène James a cédér son titre et ses biens à son frère cadet pour partir combattre du côté des insurgés. Il a hélas choisi le mauvais camp, et s’il survit, il doit s’exiler. Mais il n’aura de cesse de revenir harceler son frère jusqu’à l’issue finale. L’opposition de caractères des deux frères (et leur évolution) est intéressante ; même Mackellar finit par se laisser séduire un tant soit peu par l’éloquence et un côté chevaleresque de James… Quant à Henri, il va développer une haine farouche contre son frère, jusqu’à en perdre la raison semble-t-il. La fin est un peu décevante, voire bâclée.

Robert Louis Stevenson (1850-1894) est un écrivain écossais et un grand voyageur. Il est reconnu comme auteur de romans d’aventures ou de récits fantastiques pour adolescents, mais aussi pour son talent de narrateur, tant pour les moyens utilisés que pour sa maîtrise. Il est aussi l’auteur de Voyage avec un âne dans les Cévennes (1879) : aujourd’hui cette randonnée de 230 km est connue sous le nom de « chemin de Stevenson » et référencée comme sentier de grande randonnée GR70. À mettre dans le sac à dos avant de partir !

Légende d’un dormeur éveillé – Gaëlle Nohant

C’était le cadeau d’amis pour mon anniversaire, et un très bon choix que cette biographie romancée de Robert Desnos, poète français né en 1900, mort en1945. Et en plus de faire la connaissance de ce personnage plus qu’attachant, c’est l’occasion de décrire une époque, et la vie nocturne des “Montparnos” menant une vie assez dissolue, où l’heure était à la liberté, à la fête et à l’amour… avant de rencontrer à nouveau la guerre.

C’est d’abord très bien écrit, l’auteur prend le temps de construire de belles phrases, alors à nous lecteurs de prendre le temps de les savourer. De plus, un bout de poème est parfois inséré entre deux paragraphes, toujours à bon escient, ce qui nous fait découvrir la belle poésie de Robert Desnos.

J’aurais bien aimé une préface qui nous explique le processus de création, la part romancée, même si quelques lignes de l’auteur en fin d’ouvrage nous éclaire un peu :

Il fallait demeurer sur le fil ténu de la fiction tout en demeurant la plus fidèle possible à la vérité de l’histoire et des vies de tous les protagonistes. Inventer entre les clous, remplir les blancs, rejoindre la vérité par le biais de la fiction, ou en tout cas une vérité possible. Ce Robert Desnos est le mien, il ne saurait se substituer au vrai ni en épuiser la richesse, mais je veux croire qu’il lui ressemble.

Voilà donc un petit résumé de la vie de Robert Desnos, comme je l’ai appris de ce roman, et surtout de l’époque qu’il aura traversé.

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Plateforme – Michel Houellebecq

Plateforme - Michel Houellebecq Je continue la lecture des romans de Michel Houellebecq, même si j’ai été déçu par son dernier livre, Soumission. Plateforme date de 2001, et paraît après Les particules élémentaires, le roman qui l’a fait connaître du grand public.

Et celui-ci démarre bien, j’ai aimé toute la première partie, lorsque Michel part en voyage organisé en Asie avec le club Nouvelles-Frontières. Le personnage principal va même y rencontrer de la femme de sa vie, et même s’il faut attendre le retour à Paris pour qu’ils se trouvent enfin, l’impossible arrive : Michel rencontre le bonheur avec une femme !

Une fois la surprise passée, et quelques pages tournées, la suite de l’histoire dérape assez rapidement (sinon, ce ne serait plus du Houellebecq !) : la deuxième partie, axée sur le montage d’un système de tourisme sexuel, est carrément décevante. Beaucoup de poncifs sont énoncés comme des lois universelles (les hommes aiment coucher avec des asiatiques, et les femmes préfèrent les noirs…) sur lesquels l’auteur bâtit son raisonnement qui se veut de type sociologique, avec du recul et une hauteur de vue. Or on reste quand même au ras des pâquerettes, et proche des réflexions du beauf’ moyen.

Autant dans Les particules élémentaires, j’avais trouvé le côté sociologique très intéressant, et même fulgurant parfois, autant ici, c’est assez décevant, voir nul ! Les musulmans se font (déjà) taper dessus, et (à posteriori) le choix de la Thaïlande comme lieu d’attentat est plutôt mal choisi. À noter également des scènes de sexe, aux descriptions assez détaillées, ce que je n’avais pas observé dans ses deux premiers romans.

J’ai donc été plutôt déçu dans l’ensemble par ce roman : comme toujours, Houellebecq porte une vision très nihiliste du monde (pourquoi pas ?), mais qui me paraît un peu complaisante à la longue. Voilà l’un des derniers paragraphes, quand Michel a tout plaqué pour aller finir sa vie à Pattaya :

Jusqu’au bout je resterai un enfant de l’Europe, du souci et de la honte ; je n’ai aucun message d’espérance à délivrer. Pour l’Occident je n’éprouve pas de haine, tout au plus un immense mépris. Je sais seulement que, tous autant que nous sommes, nous puons l’égoïsme, le masochisme et la mort. Nous avons créé un système dans lequel il est devenu simplement impossible de vivre ; et, de plus, nous continuons à l’exporter.
Le soir tombe, les guirlandes multicolores s’allument aux devantures des beer bars. Les seniors allemands s’installent, posent une main épaisse sur la cuisse de leur jeune compagne. Plus que tout autre peuple ils connaissent le souci et la honte, ils éprouvent le besoin de chairs tendres, d’une peau douce et indéfiniment rafraîchissante. Plus que tout autre peuple, ils connaissent le désir de leur propre anéantissement. Il est rare qu’on rencontre chez eux cette vulgarité pragmatique et satisfaite des touristes anglo-saxons, cette manière de comparer sans cesse les prestations et les prix. Il est rare également qu’ils fassent de la gymnastique, qu’ils entretiennent leur propre corps. En général ils mangent trop, boivent trop de bière, font de la mauvaise graisse ; la plupart mourront sous peu. Ils sont souvent amicaux, aiment à plaisanter, à offrir des tournées, à raconter des histoires ; leur compagnie pourtant est apaisante et triste.
La mort, maintenant, je l’ai comprise ; je ne crois pas qu’elle me fera beaucoup de mal. J’ai connu la haine, le mépris, la décrépitude et différentes choses ; j’ai même connu de brefs moments d’amour. Rien ne survivra de moi, et je ne mérite pas que rien me survive ; j’aurai été un individu médiocre, sous tous ses aspects.

Autres romans du même auteur sur ce blog :

Michel Houellebecq (né Michel Thomas à La Réunion en 1956), est l’un des auteurs contemporains de la langue française les plus connus et traduits dans le monde. Révélé par « Extension du domaine de la lutte » (1994) et surtout « Les particules élémentaires » (1998). Élevé d’abord par ses grands-parents maternels en Algérie, il est confié à six ans à sa grand-mère paternelle Henriette, communiste, dont il adoptera le nom de jeune fille comme patronyme.

Route d’Oxiane – Robert Byron

Route d'Oxiane - Robert Byron La PBP (Petite Bibliothèque Payot) a changé ses belles couvertures granulées pour un simple carton glacé, et c’est bien dommage ! Heureusement, l’essentiel est le contenu, et pour ce récit de voyage, je n’ai pas été déçu.

Oxiane fait référence à une ancienne région le long de la frontière au nord de l’Afghanistan, également appelée Bactriane. Dans ce récit, l’auteur nous raconte essentiellement son voyage en Iran, puis en Afghanistan. Nous sommes en 1933, les conditions de voyage sont parfois difficiles, que ce soit l’hébergement, l’état des routes (s’il y en a), les conditions climatiques (en hiver, on ne passe pas partout), la situation politique, ou tout simplement la dangerosité de la région (bandits).

Cela m’a assez vite rappelé L’usage du monde de Nicolas Bouvier, garantie de qualité pour un tel récit de voyage. Ici, l’auteur s’intéresse principalement aux origines de l’architecture islamique, et j’avais peur que cela ne prenne trop de place dans le récit. Mais non, il y a bien quelques pages parfois “dédiées” au sujet, mais pour le reste, c’est vraiment l’aventure au quotidien.

En Iran, où il est dangereux de parler du Shah en public, il décide alors de l’appeler Marjoribanks tout le long du roman, au cas où ses notes seraient lues. Il s’agit en fait de Reza Chah, qui modernise son pays à grands pas, très dur avec les religieux, ce qui ne le rend pas forcément très populaire. On sait ce qui arriva à son fils qui lui succéda…

Il y a aussi des passages à propos de l’histoire des dynasties qui se sont succédées dans cette région du monde, comme celle de Goharchad, au XVe siècle, la femme de l’empereur de l’empire Timuride, qui marqua son époque par son amour des arts et son destin. Ainsi le voyage se fait dans le temps mais aussi dans l’espace, passant par exemple à Balkh, la mère de toutes les cités, et détruite par Gengis Khan, puis par les bolchevicks.

Un très bon livre de voyage donc, un livre culte selon le quatrième de couverture… Voilà quelques extraits pour vous faire une idée.

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Tous les hommes du Roi – Robert Penn Warren

Tous les hommes du Roi - Robert Penn WarrenTroisième livre publié dans cette très belle collection (après Et quelques fois j’ai comme un grande idée de Ken Kesey puis Personne ne gagne de Jack Black) ; je l’ai acheté en toute confiance : hormis la beauté de l’objet, cette collection s’attache à publier (ou republier) des chefs-d’œuvres de la littérature américaine.

Le titre original de ce roman est All the King’s men, initialement traduit par Les fous du Roi en français dans les précédentes éditions, aujourd’hui épuisées. On passe donc à une traduction littérale…

C’est l’histoire de Willie Stark, un politicien populiste, fils de fermier, corrompu certes mais qui réalise des choses pour le peuple : construction de routes, d’écoles, d’hôpitaux. Un personnage qui a le don de galvaniser les foules par ses discours, et qui ne s’embarrasse pas de scrupules pour arriver à ses fins, utilisant finalement les mêmes moyens que ses adversaires, et peu respectueux de la justice.

Nous sommes dans les années trente, dans un état du sud des États-Unis. Le narrateur, Jack  Burden, est l’homme de confiance de Willie Stark, alias le Boss, qui est devenu gouverneur de l’État. Il n’en pense pas moins sur les agissements de son patron, mais se contente d’observer comment les choses se passent dans les coulisses du pouvoir. Son regard est lucide, blasé, désabusé.

Car Jack se cherche : après des études d’histoire, il est devenu journaliste. Puis sa rencontre avec Willie Stark l’a amené à plaquer un boulot où il s’ennuyait ferme pour le suivre dans son ascension politique. Mais un jour, le Boss lui demande d’enquêter sur un juge local que Jack a bien connu dans son enfance, un ami de sa mère. Car le Boss a besoin de trouver un moyen de pression sur ce juge pour la campagne électorale qui se profile. Quand Jack lui rétorque qu’il n’y aura probablement rien à trouver, Stark répond (ce qui pour lui signifie que toute personne est corrompu) :

L’homme est conçu dans le péché et élevé dans la corruption, il ne fait que passer de la puanteur des couches à la pestilence du linceul.

Les éléments se mettent peu à peu en place pour que le drame éclate, qui n’épargnera personne… Jack va pouvoir régler ses comptes avec son passé, et envisager de construire une nouvelle vie. Car finalement, c’est l’histoire de Jack qui s’impose à la fin !

Pas de doute, c’est un grand roman, remarquablement écrit. Bien que l’intrigue soit relativement lente, on est accroché par la qualité de l’écriture, les descriptions des personnages, la narration des événements parfaitement agencés. L’auteur maîtrise son art, cela se sent : la construction est magistrale, et quand le drame éclate, il est bien difficile de lâcher le bouquin !

La postface de Michel Mohrt nous explique que le personnage du Boss est inspiré par un homme politique qui a vraiment existé, Huey Long :

Ce roman s’inspire du célèbre Huey Long, gouverneur de l’État de Louisiane. Orateur populaire adoré des foules, il avait instauré une sorte de dictature qui se maintenait par la démagogie, la corruption et le chantage. Huey Long s’était fait le “défenseur” des petits, et il est incontestable que son passage au pouvoir a té marqué par des réalisations sociales importantes : hôpitaux, écoles, etc. Pour atteindre ses objectifs, tous les moyens étaient bons. Robert Penn Warren, qui a enseigné à l’Université de Bâton-Rouge, du temps où Huey Long régnait sur la Louisiane, a pu suivre de près sa carrière. Il a emprunté à sa vie plusieurs épisodes. De là à soutenir que le romancier avait été un partisan du gouverneur, et donc un odiex fasciste, il n’y avait qu’un pas. Certains l’ont allègrement franchi. Or, Robert Penn Warren n’a jamais côtoyé Huey Long de sa vie, il n’a même jamais partagé ses idées, et s’il est vrai que la personnalité de Willie Stark lui a été suggérée par celle du dictateur, elle reste cependant une création originale. Le lecteur français qui n’a jamais entendu parler de Long n’en est pas moins saisi par la figure de Stark.

Robert Penn Warren (1905-1989) est un écrivain américain. Il a reçu le Prix Pulitzer pour ce roman en 1947, puis le Prix Pulitzer de la poésie en 1957 et 1979 : il est ainsi le seul homme de lettres à avoir été récompensé dans ces deux catégories.
Le roman a été porté deux fois à l’écran : Les Fous du roi, 1949, réalisé par Robert Rossen, récompensé de 2 Oscars et de 4 Golden Globes. Puis en 2006 par Steven Zaillian, avec Sean Penn. Il a également été adapté à la télévision par Sidney Lumet en 1958 !

Fin de parcours – William R. Burnett

Fin de parcours - William R. BurnettJ’ai découvert cet auteur avec Terreur Apache, un bon roman sur le grand Ouest, véritable western sans concession. Mais en lisant sa fiche Wikipedia, on apprend qu’il est surtout connu pour ses romans noirs, puis comme scénariste, participant à de nombreux films.

J’ai d’abord cherché à poursuivre sa trilogie démarrée avec Terreur Apache, mais le second ouvrage, Lune pale (Pale Moon) n’est plus disponible… Le troisième, Mi Amigo, est lui dispo, mais pas en poche. 🙁

En attendant, j’ai donc commandé ce polar, et je ne l’ai pas regretté ! Je confirme, W. R. Burnett est un grand auteur…

Nous allons donc suivre Jim le Caïd, et sa splendeur irrésistible. Le type intelligent, au charme fou, capable d’arnaquer qui il veut avec son simple sourire et sa classe naturelle ! Mais Jim, au début du roman, a des états d’âme : il se sent au bout de son histoire, et a des idées noires. On pense bien sûr au titre du roman.

Mais une dernière opportunité va surgir, une belle femme millionnaire, célibataire… Le gibier parfait pour Jim le caïd ! Même si l’affaire est apportée par Doc, un type malsain, camé, vicieux, et incontrôlable. Jim accepte, mais rien ne va se passer comme prévu : Jim va finir par tomber amoureux de Gladys, sans le comprendre vraiment, car c’est un sentiment qu’il ne connaît pas ; pour compliquer le tout, Gladys est un genre de femme qu’il ne connaît pas non plus…

Je vous laisse découvrir la suite, le livre se dévore sans effort, le style est impeccable, on est pris par l’histoire et les personnages, curieux de voir comment tout cela va finir..

Une petite remarque notée au passage m’a bien fait rire, quand il est dit à propos d’un avocat par l’un des personnages : “Mais il ne serait pas capable d’organiser une course truquée au Mexique !”… 😆

William Riley Burnett (1899-1982) est un écrivain de roman noir et un scénariste américain. De plus, pas mal de films ont été adaptés de ses œuvres. Un auteur à creuser, sans aucun doute. Je vais sûrement lire d’autres polars de lui, il y a en a quelques uns d’encore disponibles.

Immunité et autres mirages futurs – Philip K. Dick

Immunité et autres mirages futurs - Philip K. Dick C’est par la série TV intitulée “Philip K. Dick’s Electronic Dreams” que j’ai voulu acheter ce bouquin de nouvelles. Le premier épisode de la série était en effet basé sur une nouvelle intitulée “Under the Hood” ; après quelques recherches, je retrouvais cette nouvelle parue sous le titre “Immunité” en français… Jusque là, tout va bien.

Mais après avoir scrupuleusement vérifié que cette nouvelle ne figurait pas dans mes deux tomes (pourtant imposants) de chez Denoël (Nouvelles, Tome 1 / 1947-1953 et Nouvelles, tome 2 / 1953-1981), je commandais donc ce petit recueil de 11 nouvelles.

Tout cela pour m’apercevoir plus tard qu’il existait bien dans le Tome 1 sus-cité, mais sous le nom “Chasse aux capuchons” ! 😡 Au passage, merci au site Le-ParaDick, qui bien que datant un peu, propose une liste complète des parutions (maintenu jusqu’en jusqu’en 2006).

Pour revenir à la nouvelle “Under the Hood”, la série TV a trouvé le moyen de modifier complètement l’histoire, pour mettre au premier plan une idylle entre le flic et la télépathe qui travaille pour la police… Quelque chose qui n’existe pas du tout dans la nouvelle ! Le reste de l’histoire est également totalement changé, seul reste le capuchon qui permet d’échapper aux T.P., les mutants télépathes.

Bref, pour les films comme pour les séries, nous ne sommes pas gâtés avec les adaptations de Philip K. Dick (Blade Runner étant l’exception qui confirme la règle) ! Par contre, pour ce recueil de nouvelles publiées entre 1952 et 1954 (donc à ses débuts), on retrouve tout de suite l’univers de P. K. Dick, et le plaisir de le lire. Il a le don de vous embringuer dans ses histoires… Comme on dit : souvent imité, jamais égalé !!

Autres articles sur des romans de Philip K. Dick :

Autres livres sur Philip K. Dick :

Philip K. Dick (1928-1982) est un auteur américain de romans, de nouvelles, et d’essais de science-fiction. Il a reçu le prix Hugo pour « Le maître du Haut Château » et le prix John Wood Campbell Memorial pour « Coulez mes larmes, dit le policier ». L’Exégèse de Philip K. Dick est parue récemment en deux tomes (2x800p) : “Il s’agit de notes manuscrites, d’entrées de journal, de lettres et de travaux préparatoires, constituant une part essentielle de l’œuvre de Philip K. Dick qui, durant les huit dernières années de son existence, a cherché à donner du sens ses expériences visionnaires de mars-avril 1974“. Il faudrait que je jette un œil en librairie pour voir si c’est lisible… J’ai peur que ce soit un peu trop “barré”, et là il faut vraiment s’accrocher pour pouvoir le suivre !

Sous les yeux de l’Occident – Joseph Conrad

Sous les yeux de l'Occident - Joseph ConradRetour à Conrad… grâce à la collection GF (Garnier-Flammarion) pour ce roman-ci. Cette collection, entre le poche et les éditions universitaires, propose des grands classiques, précédés d’une introduction qui contextualise le texte.

Personnellement, j’aurai préféré que cette introduction soit une postface, puisqu’elle raconte toute la trame de l’histoire, qui va trahir qui, etc… Ou bien qu’elle se contente de nous livrer des informations sur l’auteur et le moment de sa vie où il écrivit l’œuvre en question.

Ce roman fait partie des romans de Conrad sans aucun lien avec la mer, et rappelle par son contexte L’Agent secret, écrit quelques années plus tôt. Cette fois, c’est aux révolutionnaires russes que nous avons à faire ; et le regard de Conrad sur la Russie et son peuple, son régime autocrate et ses révolutionnaires n’est pas tendre !

Ainsi, à propos de Nathalie, le personnage le plus innocent du roman, et de sa mère, Conrad écrit :

Pourtant je voyais s’épaissir autour de la jeune fille, comme l’obscurité de la nuit qui tombe, l’ombre immense de la vie russe, qui allait l’engloutir bientôt. Je m’enquis de Mme Haldin, cette autre victime de l’ombre mortelle.

Le personnage central s’appelle Razumov, un étudiant doué et solitaire. Il va se retrouver impliqué dans un attentat à son corps défendant, et sera confronté à un choix cornélien, qui l’amènera à Genève dans le milieu révolutionnaire. Comme dans Nostromo, Conrad fait preuve d’une maîtrise dans l’art de la narration, passant une fois à Genève à un narrateur extérieur à l’histoire, professeur anglais détenteur du journal de Razumov, et jouant avec le fil chronologique de l’histoire.

Razumov rassemble tous les traits du russe, et Conrad ne lui fait pas de cadeau : perturbé, travaillé constamment par ses pensées, traître, aux grands idéaux mais finalement très égoïste, intelligent mais renfermé, inadapté à la vie sociale, méprisant vis-à-vis de l’occident… J’oubliais : imbu de lui-même, persuadé de sa supériorité intellectuelle.

C’est encore à Nathalie que Conrad laisse une note d’optimisme poindre pour l’humanité, et ce ne sera pas par le biais d’une révolution :

Je dois vous avouer que je ne renoncerai jamais à attendre le jour où toute discorde s’apaisera. Songez seulement à l’aube d’un pareil jour ! C’en est fini de la tempête, des coups et des haines ; tout est paisible ; le soleil nouveau se lève, et unis enfin, les hommes las prennent conscience de la fin de leurs luttes et connaissent la tristesse de leur victoire ! Tant d’être sont péri pour le triomphe d’une idée, tant de croyances les ont laissés en route. Ils se sentent seuls sur la terre, et se serrent les uns contre les autres. Oui, il y aura bien des heures amères ! Mais l’angoisse finira par être submergée au fond des cœurs sous les flots d’amour.

Autre articles sur Joseph Conrad sur ce blog :

Joseph Conrad (1857-1924), d’origine polonaise, est considéré comme l’un des plus importants écrivains anglais du XXe siècle. Il sera marin pendant vingt ans, puis se consacrera totalement à son œuvre littéraire. Un nouveau volume vient de paraître à La Pléiade, intitulé Au cœur des ténèbres et autres écrits, avec une belle couverture colorée : un beau cadeau pour les fans en cette période de Noël !

Le dernier des Mohicans – James Fenimor Cooper

Le dernier des mohicans

Un magnifique bandeau rouge ajoutait : “Le premier romancier américain”, puis “Nouvelle traduction”… Je me suis laissé tenté par ce livre que j’ai du lire quand j’étais très jeune…

Les deux préfaces de l’auteur nous donnent le contexte historique du roman, de manière tout à fait sérieuse et précise (les territoires, les tribus indiennes), et je m’attendais à partir dans un récit quasi historique. Passé les premières pages, j’ai vite été surpris par le ton général, l’auteur se permettant parfois de prendre un recul pour le moins inattendu dans la narration.

Ajoutons à cela une capacité des personnages à longuement discuter du pourquoi et du comment dans un style parfois très ampoulé, et tout cela en pleine scène d’action ; l’on se retrouve très vite dans une sorte de récit théâtral où l’on a vraiment du mal à trouver ses marques.

Et puis tout à coup, une scène d’une violence extrême vous frappe comme un uppercut : celle du guerrier indien avec le bébé ! Plus tard, ce sera le grand guignol, quand les indiens se font berner avec le déguisement en ours, ou encore avec la tête de castor…  Là, on tombe carrément dans le conte pour enfants tellement c’est peu crédible !

Seul le fond historique est vrai, et pas inintéressant pour autant : la guerre que se livre anglais et français, chacun allié avec des tribus d’indiens différentes ; les européens respectant un code d’honneur comme à l’époque, ce que les indiens bien sûr ne font pas ! Les personnages centraux sont très attachants, les deux Mohicans étant particulièrement calmes et intelligents , et l’éclaireur, alias Œil-de-Faucon, plutôt adroit au tir qui rappelle constamment que son “sang est blanc”, pour bien se différencier des indiens : c’est un chasseur blanc, américain, qui a choisi de vivre loin de la civilisation, au milieu de la nature.

À l’opposé, les Hurons et leur chef “Renard Agile” sont dépeints comme cruels et belliqueux, aux croyances primitives, crédules et faciles à berner… Loin du niveau de la civilisation, ce ne sontque de vulgaires sauvages !

Globalement très déçu donc par ce roman, qui n’a sans doute pas très bien vieilli. Du coup, j’ai revu le film avec Daniel Day-Lewis, dont j’avais gardé un bon souvenir : l’histoire a été considérablement simplifiée (cette fois avec raison), mais il n’en reste finalement pas grand chose d’intéressant. Seule reste la musique ! 😉

James Fenimor Cooper (1789-1851) est un écrivain américain. Une partie de son œuvre est consacrée des amérindiens d’Amérique du Nord. On retrouve le personnage d’Œíl-de-Faucon dans cinq romans, dont Le Dernier des Mohicans, La Prairie et Le Tueur de daims.

Les mémoires de Maigret – Simenon

Les mémoires de Maigret - SimenonC’est à la radio que j’ai entendu parler de ce Maigret, “le meilleur” disait l’interlocuteur… Je l’ai donc commandé.

Et la lecture fut un plaisir, avec une mise en abîme où Maigret, le personnage créé par Simenon l’auteur, nous parle de ses débuts et de sa rencontre avec… Simenon, jeune auteur ambitieux qui, voulant mieux connaître le milieu policier, obtient par ses relations de passer quelque temps avec Maigret ; quelque temps plus tard, Maigret se retrouve à son corps défendant le personnage principal de ses romans ! Ces “mémoires” sont donc écrites pour rétablir la vérité !!

Nous allons donc en apprendre sur les origines de Maigret : l’importance de la figure de son père, qui explique pourquoi pourquoi il commence par deux années de médecine avant de bifurquer vers la police. Puis suivre les différents postes qu’il occupe avant de devenir commissaire, ainsi que les milieux interlopes croisés en ces occasions… Sans oublier sa rencontre avec celle qui deviendra sa femme, et qui le connaît mieux que quiconque.

Tout cela explique comment s’est construit l’homme et le commissaire, sa connaissance des milieux, sa compréhension des humains, son absence d’indignation ; ou encore son respect des “truands” (vous faîtes votre métier), tout cela amenant à une certaine vision de la société, où il peut presque prévoir ce qui va se passer (ou ce qui c’est passé) pour tel ou tel sorte d’individu.

Pas d’énigme criminelle à résoudre donc dans ce petit roman, mais la découverte du vrai Maigret, et pas le personnage imaginaire créé par Simenon ! 😉

Georges Simenon (1903-1989) est un écrivain belge francophone. Ses romans policiers éclipsent le reste de son œuvre très riche (193 romans et presque autant de nouvelles). Il est considéré par certins hommes de lettres (comme André Gide) comme “un romancier de génie”. Simon Leys, qui ne l’appréciait guère disait de lui (voir cet article) : “Simenon fournit un exemple extrême de contraste entre la grandeur de l’œuvre et la petitesse de l’auteur. Céline est un autre exemple.”.