Archives de catégorie : Littérature

Vernon Subutex 3 – Virgine Despentes

Presque deux ans après, voilà donc le tome 3 de Vernon Subutex (format poche), dont j’avais apprécié les deux premiers opus. Pour ce troisième et dernier, la déception fut aussi grande que l’attente était longue.

On retrouve donc toute la bande… avec heureusement un petit rappel des personnages en guise de préface, bien utile après tout ce temps. La lecture est toujours aussi facile, le style est fluide, et tout le monde en prend plein la gueule…

Pourquoi pas, mais cette critique sans appel d’une société individualiste (où l’on ne peut s’en sortir qu’en écrasant les autres), est souvent un peu trop facile, presque démago, quand elle n’est pas caricaturale (juifs, arabes, émigrés, tous dans le même sac), et finit très vite par lasser.

Ici, tous les personnages étant des marginaux, plus ou moins exclus de ladite société, c’est plus simple de tout rejeter en bloc, sans grand discernement : un peu de mesure et de réflexion de la part de l’auteur n’aurait pas fait de mal.

Par exemple, quand Aïcha écoute France Culture pour comprendre les attentats parisiens, on a droit à une critique des intellos qui ne comprennent rien au problème et cherchent dans le Coran les traces de violence induite… Circulez il n’y a rien à voir, rien à apprendre, et encore moins à comprendre.

Un minimum d’idée de scénario aurait également été apprécié, car concernant l’histoire proprement dite, il ne se passe pratiquement rien, c’est l’ennui le plus total : Vernon quitte le groupe (sur un motif bidon), Céleste enlevée, et quoi d’autre ? Une histoire d’héritage va fissurer ce groupe tellement soudé, et si éloigné des valeurs de cette société : ça ne tient absolument pas la route !

Et après le Bataclan, vient Nuit Debout… Une autre occasion de déblatérer sur la société (le monologue d’Olga est du grand n’importe quoi), encore plus caricatural si possible. Puis Vernon revient, Céleste est sauvée… le groupe se reforme pour une nouvelle convergence, qui sera la dernière ! Mais je vous laisse découvrir pourquoi.

On a vraiment l’impression d’un troisième tome inutile, bâclé, ce qui explique peut-être le temps mit à l’écrire. Son épilogue, dans un futur lointain post-nucléaire, envoyé en quelques pages, emporte la palme.

Virginie Despentes, née en 1969 à Nancy, est est une écrivaine et réalisatrice française. Elle a connu le succès avec ses deux premiers romans, Baise-moi 1993) et Les chiennes savantes (1995).

Le rêve du Celte

le reve du celte C’est en discutant avec mes sœurs que j’ai entendu parlé de ce livre. Elles me parlaient d’un livre dénonçant le colonialisme au Congo que j’étais censé connaître, et je ne voyais que Le cœur des ténèbres de Conrad… Mais dans le même roman le personnage était censé partir en Amazonie ! Ce n’était donc pas Conrad… Elles ont fini par retrouver le titre, et je me suis empressé de lire ce livre.

C’est donc l’histoire (une biographie romancée en fait) de Roger Casement, à la fois diplomate britannique et nationaliste révolutionnaire irlandais. En tant que diplomate, il a dénoncé les horreurs du colonialisme au Congo, puis en Amazonie, forçant l’empire britannique à réagir. Plus tard, ses racines irlandaises vont lui faire prendre fait et cause pour les indépendantistes, jusqu’à rejoindre les plus extrémistes d’entre eux, adeptes d’une révolution passant forcément par les armes et même la création de martyres.

Quand le récit commence, Roger Casement est en prison, et l’on va revenir peu à peu sur sa vie et ce qu’il l’a amené là, condamné à mort pour trahison à attendre une éventuelle grâce… La chronologie en peu difficile à suivre au début, car l’auteur fait référence à plusieurs époques différentes par petites touches (l’Afrique, l’Amérique du Sud, l’Allemagne), par contre c’est très bien écrit.

L’homosexualité de Casement, si elle est assez vite annoncée, n’est pas beaucoup évoquée au long du récit, l’auteur reste assez discret sur le sujet. Sur sa page Wikipedia, pourtant, il est fait mention dès le début de ses “Black Diaries”, les journaux intimes qui feront scandale où Casement décrit en détail ses activités homosexuelles. Selon Llorca, il est probable que ces journaux intimes étaient en partie fantasmés, et qu’en plus le gouvernement britannique qui en publia des extraits au moment du procès, ait en fait publié des faux pour ne laisser aucune chance d’être gracié à Roger Casement.

Reprenons un peu toute cette vie dans l’ordre, car elle ne manque tout de même pas d’intérêt.

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Le voleur de temps – Tony Hillerman

Après La fille de Femme-Araignée, écrit par Anne Hillerman (sa fille), j’ai eu envie de relire “Le voleur de temps”, auquel Anne fait référence comme le roman l’ayant inspirée pour son premier récit. Ce dernier étant en fait une suite à l’histoire du papa, j’aurais été plus avisé de le relire avant, mais bon…

Retrouver les deux personnages Joe Leaphorn et Jim Chee est toujours un plaisir. Dans ce roman, ils vont enquêter chacun de leur côté sur deux faits à priori indépendants l’un de l’autre : Joe sur la disparition d’une archéologue, Jim sur le vol d’un véhicule.

Joe est à deux semaines de prendre sa retraite, mais n’a pas l’air très pressé de passer à l’acte… Quant à Jim, il se demande si la belle Janet Pete, avocate de son métier, ne pourrait pas devenir plus qu’une amie…

Le cœur de l’histoire repose sur une ancienne civilisation, les Anasazis, qui ont précédé les Navajos et mystérieusement disparus à l’époque de notre Moyen-Âge. Ils ont laissé de très belles poteries qui attirent les convoitises, et l’intérêt des archéologues.

Et comme si Joe et Jim tiraient sur chaque bout d’une même ficelle, ils vont finir par se retrouver et recouper leurs informations. Jim gagnera l’estime de Joe Leaphorn (ce qui n’est pas rien !), en plus de lui sauver la vie.

Tony Hillerman (1925-2008) est un écrivain auteur de nombreux romans policiers, dont les deux protagonistes (Joe Leaphorn et Jim Chee) sont membres de la police tribale Navajo. J’ai lu je pense toutes leurs aventures à une époque, l’aspect policier dans un contexte de tribu navajo avec leur culture et leurs lois apporte un plus indéniable, et les deux personnages sont très attachants.
Tony Hillerman a été adapté une fois au cinéma, dans un film appelé “Le vent sombre” (le titre du roman), mais TH renia le film ! Il est de plus introuvable… dommage !

SIVA – Philip K. Dick

Ça faisait un moment que l’idée me trottait dans la tête : relire “La Trilogie divine” de Philip K. Dick. J’ai lu SIVA il y a très longtemps, mais je n’en avais pas gardé un excellent souvenir, trouvant cela ennuyeux et difficile à lire avec toutes ces références à des textes anciens mêlés à un délire métaphysique.

Bien des années plus tard donc, j’ai repris le livre sur la bibliothèque, avec les pages bien jaunies par le temps ; je connais mieux la vie de Philip K. Dick, son histoire, sa vision (ou sa folie), sa tentative d’Exégèse (parue récemment en français d’ailleurs) pour expliquer ce qui lui est arrivé (en gros sa rencontre avec Dieu), “La Trilogie divine” étant la même chose, mais sous forme romancée… Peut-être allais-je mieux l’apprécier ?

Passées les premières pages assez drôles, avec la mort de Gloria, on part vite dans ce délire métaphysique difficile à suivre… Pour compliquer le tout, le narrateur, Philip K. Dick et Horselover Fat (ces deux derniers étant des personnages de l’histoire) sont une seule et même personne !

Bref, Horselover Fat a pu diagnostiquer une maladie grave de son fils après avoir reçu un faisceau de lumière rose, qui lui a également communiqué des informations concernant l’avenir de l’humanité. Il faut noter que cet événement est réellement arrivé à PKD et a permis de sauver son fils. Cela reste d’ailleurs très mystérieux, et si on peut douter de tout le reste, il semble bien qu’il a réellement sauvé la vie de son fils de cette manière.

Voilà donc un petit résumé de ce premier tome, accrochez vos ceintures, c’est bien déjanté !

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La femme sur l’escalier – Bernhard Schlink

J’aime bien cet auteur, alors quand j’ai vu ce poche sur la table du libraire, je l’ai pris tout de suite.

C’est l’histoire d’un jeune homme qui tombe amoureux d’une femme peinte sur un tableau ; il la rencontre dans le cadre de son travail, et l’aide à échapper à deux hommes qui se la disputent (le mari et le peintre)… Il croit qu’elle va le rejoindre, qu’une histoire d’amour va commencer, mais elle disparaît avec le tableau.

Il reprend alors sa vie plutôt rangée et poursuit sa carrière d’avocat. Des années plus tard, devenu veuf, sa carrière réussie derrière lui, il tombe un jour sur ce tableau, exposé dans un musée à Sidney ; après quelques recherches, il retrouve la femme qui vit seule, isolée du monde… L’histoire prend alors une autre tournure… Le femme est malade, et l’heure est venue de faire le point sur leurs vies respectives, et la vie en général.

L’histoire est bien racontée, avec toutefois des petits chapitres très courts, trop courts parfois, la même scène continuant de l’un à l’autre… comme si l’auteur s’était imposé cette règle, on se demande bien pourquoi !

La femme se dévoile difficilement, elle a passé des années en RDA où tout était terne et basique, mais sans ce continuel appel à la consommation de notre société. Pourquoi se cache-t-elle des autorités australiennes dans ce trou perdu ? À force de parler au chevet d’Irène, de lui raconter ce qu’auraient pu être leurs vies ensemble, d’essayer de connaître son passé pour mieux la comprendre, il s’interroge aussi sur lui-même et sa vie, son mariage, ses enfants… Elle le titille aussi car ils sont fondamentalement différents, lui très sérieux et dans le système, elle rebelle à ce genre de vie établie, et maintenant à l’écart du monde. Puis la fin arrive, l’homme va retourner au monde, mais plus rien en sera comme avant…

Ce roman, sans atteindre le niveau du Liseur, ou du Week-end, reste tout de même agréable à lire.

Autres articles sur Bernard Schlink :

Bernhard Schlink est né en 1944 en Allemagne. Il a été professeur de droit, puis juge. Il a commencé par écrire des romans policiers, puis le succès est venu avec Le Liseur, pour lequel il a reçu plusieurs prix.

Un paria des îles – Joseph Conrad

Retour à Joseph Conrad, une valeur sûre en ce qui me concerne : je ne suis jamais déçu par ses histoires. Les descriptions, que ce soit de la nature ou du caractère des personnages, sont vraiment remarquables.

Celui-ci est le deuxième roman de Conrad, il fait suite à La folie Almayer dans l’ordre de rédaction, mais on y retrouve Almayer quelques années plus tôt, juste avant sa chute. Et Conrad maîtrise déjà son art de la narration, tout a l’air maîtrisé, les personnages ont des profils psychologiques forts, et sont parfaitement décrits.

Le personnage principal est Willems, l’homme de confiance de Hudig et Cie, une grosse société de commerce des îles. Willems aime le pouvoir, et à montrer qu’il en a… Mais il va faillir, son appétit va le pousser à faire une chose qui va lui coûter sa place. Son mentor, le capitaine Lingard (déjà rencontré dans la folie Almeyer) va alors le récupérer, et l’emmener se cacher le long d’un fleuve dont seul Lingard connaît l’accès, et où Almeyer est son représentant pour le commerce dont il tire sa fortune.

Les deux hommes ne vont pas s’entendre, et vont chacun précipiter leur chute…

Voilà quelques extraits dont le style m’a particulièrement plu, pour vous donner une idée de l’écriture de Joseph Conrad :

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Abraham et fils – Martin Winckler

Cadeau d’un ami… L’auteur est connu, j’avais il y a longtemps tenté de lire “La maladie de Sachs” pour m’arrêter assez vite.

J’ai donc été dans un premier temps agréablement surpris par cette histoire attachante, dans les années 60, de ce père médecin (forcément !) qui débarque dans une petite ville de province avec son jeune fils Franz, qui vient de sortir d’un coma et a perdu la mémoire de sa vie passée. Cela fera partie du mystère entretenu par le narrateur avant de nous en livrer les clefs.

Un narrateur aux multiples visages, puisque c’est parfois Franz qui prend sa place ; sinon, l’auteur reprend ses droits en nous avertissant dès le début qu’il connaît plein d’histoires, qu’il aurait pu en raconter une autre… Il interviendra parfois ainsi, sortant du récit sans ce que soit très pertinent à mon goût. “Les histoires, c’est la spécialité de la maison” est d’ailleurs la dernière phrase de ce roman.

Malheureusement, on s’ennuie assez vite dans celle-ci, pleine de beaux sentiments : le père bon médecin aux principes humanistes, le gentil fils plein de curiosité dans son monde en partie imaginaire, à la lisière de celui des adultes… Raconter des histoires c’est bien, avoir quelque chose à raconter c’est autre chose.

Les chapitres s’enchaînent à un rythme soutenu, ils ne font jamais plus de trois ou quatre pages, coupant parfois une action en son milieu. Chacun est affublé d’un titre assez convenu. À de demander si ce roman ne s’adresse pas aux adolescents…

Les journées se suivent et se ressemblent, le docteur Farkas et Claire son assistante se rapprochent, Franz et Luciane grandissent, les anecdotes se succèdent… Le sujet de la mort de la mère et du comas de Franz ne sont toujours pas abordées par le père qui s’y refuse. On apprend tout de même qu’il s’agit d’un attentat en Algérie…

Franz doit porter des lunettes, Franz va à la piscine, Franz est un grand lecteur de BDs et de romans d’aventures… Ah, le docteur Farkas lit le Canard enchaîné chaque semaine, preuve ultime que c’est un homme bien ! 😉 On finit donc par s’ennuyer un peu, il faut attendre le dernier tiers du livre pour qu’une histoire de résistants et d’une famille juive cachée dans la maison commence et apporte un deuxième souffle à cette histoire qui en avait bien besoin.

On passe alors du récit des adultes impliquées à l’époque dans l’histoire et cherchant à rétablir la vérité, à celle de l’enfant lisant le journal de la famille juive qu’il a trouvé caché dans le grenier. Pas mal, mais au final une énigme finalement assez banale, facilement résolue par le Sherlock Holmes local, père & fils réunis…

Franz est tout de même touchant avec ses interrogations d’enfant sur la vie, sur la mémoire… La mémoire qui est finalement le sujet de ce roman.

Martin Winckler, né en 1955 à Alger, de son vrai nom Marc Zaffran, est un médecin français connu sous ce pseudonyme comme écrivain. Il devient célèbre avec “La maladie de Sachs” (1998) qui reçoit le prix du livre Inter. À lire sa page Wikipedia, on se rend compte que ce roman est en partie autobiographique, le petit Franz étant le petit Marc. L’auteur nous promet d’ailleurs une suite…

Une ville sans loi – Jim Thompson

Une ville sans loi - Jim Thompson Je suis plutôt fan de Jim Thompson, j’ai lu pas mal de ses romans policiers, mais ils ne sont pas sur ce blog, cela se passait “avant” ! Voir plus bas… Celui-ci vient d’être réédité par Rivages/Noir dans une nouvelle traduction (et sous un nouveau titre) : Wild Town a été initialement publié sous le titre Éliminatoires.

Dans ce roman, McKenna, que tout le monde appelle Bugs, arrive dans une ville champignon qui était encore une bourgade il y a peu, avant que l’on y trouve du pétrole… Et l’adjoint du shérif lui propose vite un boulot d’agent de sécurité dans le seul hôtel de la ville ! Trop beau pour être vrai, se dit Bugs qui sent vite que l’on veut se servir de lui, et que cela risque fort de se terminer là d’où il vient, et n’a aucune envie de retourner : en prison !

Entre Hanlon le propriétaire de l’hôtel et Joyce sa jeune et jolie femme, Lou Ford le shérif adjoint qui comprend tout plus vite que tout le monde, la belle Amy qui est si gentille, Rosie la belle femme de chambre… le jeu va être serré ! Bugs est bien décidé à ne pas se laisser faire, même s’il a tendance à agir par instinct, et à le regretter par la suite…

Ce n’est sans doute pas le meilleur Thompson, mais l’intrigue est prenante, les personnages consistants et l’ambiance parfaitement rendue ; et il faudra attendre le dénouement pour tout comprendre.

Revenons à mes lectures de cet auteur :  j’ai pris la photo de droite dans ma bibliothèque : ce sont tous les romans de Jim Thompson que j’ai lu, soit une vingtaine !

Je me souviens particulièrement de “Ici et maintenant” (son premier roman), véritable peinture sociale, en partie autobiographique, qui décrit les galères d’un apprenti écrivain obligé d’aller trimer à l’usine pour gagner la croûte de la famille… Dans la même veine, et toujours autobiographique, même si j’en ai moins de souvenirs, il y a “À deux pas du ciel“. Rien à voir avec des romans policiers, mais du vécu, et le tableau d’une époque et d’un monde qui m’avait marqué.

Et en voyant cette liste, les deux “Écrits perdus de Jim Thompson” (1929-1967 et 1968-1977) me donnent aussi envie de les relire.

Jim Thompson (1906-1977) est un écrivain américain de roman noir, un nouvelliste et un scénariste de cinéma. Côté français, le film “Coup de torchon” de Bertrand Tavernier a été adapté d’un de ses romans, “1265 âmes” ; “Série noire” d’Alain Corneau avec Patrick Deweare est adapté de “A hell of a woman” (“Une femme d’enfer“). Outre-atlantique, on peut aussi citer “Les Arnaqueurs” ou “The killer inside me” (“Le démon dans ma peau“) comme autres adaptations connues.

Les empires coloniaux européens 1815-1919 – Henri Wesseling

Les empires coloniaux européens 1815-1919 - Henri Wesseling Le colonialisme est une période de l’histoire que je voulais mieux connaître, surtout après avoir lu Voyage au Congo d’André Gide. Le livre est resté pas mal de mois sur l’étagère avant que je m’y plonge, j’avais peur que cela soit un peu trop fastifieux…

Finalement, ce n’est pas ça le problème : sa lecture est assez facile et tout est très expliqué clairement. Mais voilà, c’est l’ouvrage d’un historien, et comme tel, son approche est assez spécifique, et ne satisfait pas un lecteur qui souhaite simplement qu’on lui raconte l’histoire de ces empires coloniaux.

Ici, les événements sont découpés en périodes temporelles, et l’auteur s’arrête fréquemment au milieu de l’histoire de la colonisation d’un pays car la période temporelle du chapitre est achevée, ce qui est un peu frustrant ! Il est aussi capable de faire référence à des événements par leur nom sans en dire plus, vous êtes à priori censé les connaître. 🙁

Même remarque sur la période traitée dans ce livre, et annoncée dans le titre : 1815-1919 : comme l’auteur le dit lui-même dans la conclusion : “on pourrait même soutenir que le colonialisme plein et entier n’a commencé qu’à partir de cette date“. Disons alors que ce livre ne parle que de la mise en place des empires coloniaux européens. CQFD. 😉

Ensuite, il y a de nombreuses pages consacrées aux détails sur qui occupe quoi et avec quel type de gouvernance, de qui dépend le gouverneur, etc… (toujours le travail de l’historien). Ce n’est pas forcément le plus intéressant… Enfin, il est parfois difficile de se faire une idée claire, tant les points de vue présentés sont flous et/ou contradictoires : par exemple le Portugal, pour la période 1870-1914 : économique ou pas économique, émigration ou pas, en une page, tout est dit et son contraire, selon les études qui y ont été consacrées.

On peut tout de même résumer tout cela :

  • Ce sont bien les intérêts économiques des nations qui ont primé partout, même si la forme a été différente d’un pays à l’autre. On peut y ajouter les militaires et les missionnaires comme prosélytes, chacun pour leurs raisons faciles à deviner.
  • Quant à dire (comme on l’entend souvent) que cela a tout de même permis à ces pays de se développer (routes, voies ferrées, ports, etc…), c’est loin d’être une évidence : tout cela a bel et bien été fait avec l’argent de ces pays, avec les travailleurs (forcés ou non ) de ces pays, etc…
  • L’esclavage a produit des effets durables, longtemps après son abolition. Des formes d’exploitation très violentes sont apparues. Les guerres coloniales ont été conduites sans scrupules, parfois apparentées à un génocide.
  • Enfin les sociétés coloniales sont en règle générale caractérisées par l’apartheid et la ségrégation.

J’ai pris quelques notes tout au long de cette lecture, en voilà le résumé.

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La carte perdue de John Selden – Timothy Brook

La carte perdue de John Selden - Timothy Brook Comme j’avais bien aimé Le chapeau de Wermeer, je me suis lancé dans ce nouvel opus de Timothy Brook. Cette fois, c’est une carte de la Chine du XVème siècle (ou plutôt de la mer de Chine) qui sert de prétexte pour remonter le temps.

Autant le dire tout de suite, “la carte” n’est pas aussi passionnante que “le chapeau”. D’abord parce qu’il y a beaucoup de conjectures avancées par l’auteur (le mystère de l’auteur de la carte reste entier), et parce que l’on sent que l’auteur a voulu réitérer un peu la même histoire, sans y parvenir pour autant : l’ensemble est un peu laborieux et parfois ennuyeux.

On peut aussi déplorer dans cette édition poche la taille des illustrations, et notamment des cartes. Elles sont beaucoup trop petites, en noir et blanc, et les nombreuses références à certains détails sont impossible à constater. Il en résulte une certaine frustration.

On y apprend tout de même des choses très intéressantes, je ne regrette pas cette lecture, loin de là. Nous sommes toujours à l’époque où le monde s’ouvre (XVIIème siècle essentiellement), et où les vieilles croyances sont remises en question : qu’on l’accepte ou pas, le monde suit sa marche en avant. En occident s’affrontent la théorie de la mer fermée ou ouverte, le droit au commerce équitable ou à la prise de contrôle du territoire (opposition entre les juristes Selden l’anglais et de Groot le hollandais), et l’orientalisme est déjà présent.

En orient, les routes maritimes sont très nombreuses et les connaître offre un avantage certain. À cette époque, on utilisait pour naviguer des portulans, qui donnaient les indications nécessaires aux marins pour aller d’un port à un autre, comme suivre tel cap pendant tant de temps, etc… En mer de Chine, il fallait souvent faire appel à des pilotes chinois, gardiens jaloux de leurs connaissances maritimes.

La fameuse carte a ceci d’exceptionnel que la mer en est le véritable cœur : ce sont les routes maritimes justement qui ont servi de point de départ aux tracés, les côtes n’étant dessinées que par la suite. C’est la seule dans ce cas à cette époque, l’auteur en est inconnu, malgré toutes les analyses de Timothy Brook (elle a probablement été réalisée par un chinois ayant vu des cartes européennes). Car la représentation sur une carte plane de la courbure de la planète est un énorme problème pour les marins (résolu plus tard par Gérard Mercator). En partant des routes maritimes et du cap suivi par les marins, cette carte parvient à un résultat d’une précision stupéfiante bien avant que Mercator ne trouve la solution : la projection de Mercator.

Je terminerai par ce vieil adage chinois : Le ciel est rond et la terre carrée : les premières cartes de la Chine la représentaient comme un carré, car c’est ainsi que les chinois eux-mêmes décrivaient leur royaume… Si l’adage est évidemment faux, je trouve l’image assez belle.

Timothy Brook, né en 1951 à Toronto, est un historien et sinologue canadien. Il est considéré comme un grand spécialiste de l’histoire mondiale, “connectée”.