Archives de catégorie : Littérature

Les serpents sont-ils nécessaires ? – Brian de Palma & Susan Lehman

Cadeau de mon libraire de Puteaux avant que je ne quitte définitivement cette ville. C’est d’ailleurs la “Sélection Rivages des libraires2019”.

C’est une petite histoire sans prétention, assez plaisante à lire, avec ses petits paragraphes de quelques lignes qui succèdent les uns aux autres. Peut-être une ébauche de scénario de film qui n’a pas abouti ?

On peut toutefois s’interroger sur les motivations qui ont mené à ce roman. Quant à obtenir le prix des libraires… c’est à désespérer de ces derniers ! 😕

Toujours est-il que l’on sourit facilement aux leçons de vie que prennent les différents personnages, dont les aventures, à défaut d’être originales, sont contées avec légèreté dans un style simple.

Bref, un petit roman sans grande ambition, mais pas forcément désagréable à lire, sur la plage par exemple.

Brian De Palma est un réalisateur de cinéma que l’on ne présente plus. Susan Lehman est sa compagne et a une formation de juriste. Ceci est leur premier roman policier.

Perfidia – James Ellroy

Ça faisait longtemps que je n’avais pas lu d’Ellroy : j’étais assez fan à une époque, et j’avais pratiquement tout lu de lui, en commençant par le Dalhia noir (premier tome du fameux “Quatuor de Los Angeles”). J’avais été particulièrement impressionné par son American Tabloïd, retraçant les années précédent l’assassinat de JFK.

J’étais même assez crédule pour croire qu’Ellroy décrivait une réalité fût-elle romancée ! Mais plus tard, j’appris qu’il avait largement inventé des faits quand cela l’arrangeait, et qu’il s’agissait donc d’une totale fiction. Cela m’avait un peu déçu de la part de l’écrivain.

Pour ce premier tome d’une nouvelle série intitulée “Second Quatuor de Los Angeles”, je n’ai pas vraiment accroché. J’étais même assez soulagé d’arriver au bout des 900 pages : j’ai trouvé le roman assez glauque, et l’intrigue finalement très décevante.

L’histoire est condensée sur 3 semaines et se passe à Los Angeles, au moment où les japonnais attaquent Pearl Harbor. C’est le début de l’entrée en guerre des États-Unis, et l’occasion d’une traque aux japonnais habitants de L.A. Cette dernière a bien existé d’ailleurs, les japonnais émigrés aux USA (les “Nisei”) étant alors internés dans des camps.

Ellroy utilise ce fait historique pour élaborer une histoire où l’on retrouve ses thèmes de prédilection, et certains de ses personnages, à commencer par Dudley Smith, personnage assez haïssable, flic pourri parmi les pourris. On est d’ailleurs vite noyé au départ par le nombre de personnages.

Il n’y a d’ailleurs pas un personnage que l’on peut qualifier de normal dans ce roman, à commencer par les flics. Alcool, drogues (benzédrine, opium), meurtres, violence extrême, magouilles, ambition démesurée, eugénisme, puritains cathos, philosophie WASP, j’en passe et des meilleures, comme un antisémitisme latent plusieurs fois évoqué.

Tout cela rend la lecture assez usante, d’autant que l’intrigue très dense chronologiquement (tout se passe en trois semaines) se révèle finalement assez éparpillée et peu intéressante.

Pas certain que la suite de ce quatuor vaille la peine de s’y pencher. Ellroy tourne en rond avec ses obsessions.

James Ellroy est né en 1948 en Calfornie, est un auteur de romans noirs et de “romans policiers historiques”.

L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage – Haruki Murakami

Roman conseillé par Olivier, un ex-collègue et ami de lecture. J’ai déjà lu du Haruki Murakami, j’aime plutôt bien (Kafka sur le rivage) même si je trouve parfois que c’est vraiment trop long (1Q84).

J’ai été vite pris par l’histoire de Tsukuru, toute empreinte de sensibilité et de recherche à la fois de sa place et de sens à sa vie. Comme souvent avec Murakami, on oscille entre la réalité et les rêves, ou plutôt les rêves ont un vrai rapport avec la réalité.

Tsukuru formait avec 4 autres collégiens un groupe d’amis extrêmement soudés, en parfait équilibre et complémentarité. Tous ont un nom en relation avec une couleur, sauf Tsukuru, qui se perçoit comme incolore, et se dévalorise inconsciemment par rapport au groupe. Il doit alors quitter Nagoya et poursuivre ses études à Tokyo. Peu de temps après, Tsukuru est rejeté du groupe sans aucune explication.

Cette exclusion va fortement perturber le développement de sa personnalité, et il faudra la rencontre avec Sara pour qu’il retourne vers son passé chercher les raisons de cette exclusion.

J’ai lu cette histoire avec plaisir et intérêt, j’étais juste un peu déçu de la fin, où j’aurais bien aimer assister à la rencontre avec Sara après le retour de Tsukuru ! Le personnage de Sara reste d’ailleurs un peu mystérieux, alors qu’il est plein de sagacité et d’intérêt : on en reste un peu sur sa faim.

Haruki Murakami est né à Kyoto en 1949. Après des études de théâtre et de cinéma, il ouvre un club de jazz à Tokyo avant de se consacrer à l’écriture. Pour échapper au conformisme de la société japonaise, il s’expatrie en Grèce et en Italie, puis aux États-Unis. En 1995, après le séisme de Kobe et l’attentat de la secte Aum, il rentre au Japon.

Cartel – Don Winslow

Suite de La Griffe du Chien, où l’on retrouve Art Keller quelques années plus tard, retiré dans un monastère à s’occuper des abeilles. Adan Barrera est sous les verrous dans une prison californienne. Tout va bien.

La première chose qui frappe en ouvrant ce roman, c’est la longue liste de journalistes (peut-être 200, plus…) à qui ce livre est dédié, tous assassinés ou “disparus” pendant la période couverte, soit de 2004 à 2012.

Adan Barrera va réussir à se faire transférer dans une prison mexicaine, d’où il ne tardera pas à s’échapper. Keller va devoir reprendre du service auprès de la DEA, car sa tête est mise à prix par Barrera.

Démarre alors une lutte sanglante entre les différents cartels pour prendre le pouvoir ou simplement garder son territoire. L’hégémonie de Barrera est largement contestée avec le temps passé derrière les barreaux, et la lutte sera féroce. Les Zetas particulièrement, une sorte de force para-militaire, sont particulièrement cruels et font régner la terreur, n’épargnant personne, et encore moins les civils.

Quant à la police, aux fédéraux, à l’armée, jusqu’au gouvernement mexicain, tout le monde est plus ou moins corrompu, les sommes d’argent dont disposent les narcos trafiquants étant tellement importantes. Même les américains devront à un moment passer une alliance avec le moindre mal pour éviter le pire.

Et c’est encore une longue série de meurtres, d’assassinats, de tortures, de décapitations à laquelle nous allons assister. C’est encore plus violent que le premier opus je crois. La lutte entre les cartels est d’une violence extrême. On a tout de même droit à un répit dans le roman quand l’auteur s’attache à décrire la vie de journalistes à Juarez, un des lieux frontaliers où les cartels s’affrontent pour se l’approprier.

C’est un roman, comme le précise l’auteur, mais il s’est beaucoup documenté pour l’écrire. Si c’est proche de la réalité, c’est carrément terrifiant, et cela en dit long sur notre monde. Il est même fait mention à un moment de l’aide financière apportée par les narcos en 2008 au système bancaire pour éviter qu’il ne s’écroule…

Don Winslow, né en 1953, est un écrivain américain spécialisé dans le roman policier. Auparavant, il a été comédien, metteur en scène, détective privé et guide de safari ! L’un de ses romans, Savages a été adapté à l’écran par Oliver Stone, je l’ai vu, je n’ai pas trop aimé : personnages caricaturaux, violence gratuite, histoire peu crédible… Soit du petit Oliver Stone, soit du petit Don Winslow, soit les deux ! !

La griffe du chien – Don Winslow

C’est à la radio que j’ai entendu parler de cet auteur, à l’occasion de la sortie du dernier opus (“La Frontière”) de sa trilogie policière sur le trafic de drogue et sa filière aux implications tentaculaires aux U.S.A.

Les deux premiers tomes de cette trilogie étant disponibles en format poche (et même vendus ensemble dans un petit coffret), j’en ai fait l’acquisition et je viens donc de finir le premier.

Le style n’est pas très littéraire, on est dans le descriptif concret, par contre l’histoire est prenante, comme tout bon polar. Elle débute en 1975 et se termine en 1999, et décrit la lutte d’un agent de la DEA, Art Keller, face aux Barrera, deux frères et leur oncle mexicains qui contrôlent le trafic de drogue entre le Mexique et les États-Unis.

Il ne faut pas se le cacher, c’est essentiellement une longue série de meurtres et d’assassinats en tous genres à laquelle nous allons assister, où le pauvre Art aura bien du mal à rester intègre. Car les intérêts des uns et des autres s’emmêlent irrémédiablement : la lutte anti-communiste menée par la CIA en Amérique centrale et du Sud passe au-dessus de tout, et cette dernière n’hésite pas à passer des accords avec les trafiquants de drogues si cela peut les aider à atteindre leurs objectifs. Ainsi les budgets voté par le Congrès américain permettent in fine d’approvisionner en drogue les États-Unis…

Les mêmes trafiquants n’hésiteront pas plus tard à fournir des armes aux producteurs de drogues d’Amérique du Sud en échange de leur production ! Ajoutez à cela une corruption de tous côtés et à tous les étages (particulièrement au Mexique) facilitée par les gigantesques sommes d’argent générées par le trafic de drogue.

Un bon polar donc, j’attaque le second tome dans la foulée, puisque j’ai acheté le coffret ! 😉

Don Winslow, né en 1953, est un écrivain américain spécialisé dans le roman policier. Auparavant, il a été comédien, metteur en scène, détective privé et guide de safari ! L’un de ses romans, Savages a été adapté à l’écran par Oliver Stone.

La Horde du Contrevent – Alain Damasio

C’est sur France Culture que j’ai entendu parler de cet auteur, où l’on mentionnait qu’il écrivait peu (un livre tous les 10 ans), et de la SF française.

Ces deux arguments n’étant pas pour me déplaire, j’ai regardé un peu ce qu’il avait écrit, et j’ai commencé par celui-ci (dans une très belle édition de Folio), donné comme un énorme succès d’édition et ayant remporté le grand prix de l’imaginaire 2006.

C’est d’ailleurs la première remarque que je ferais : il s’agit bien d’imaginaire, beaucoup plus que de SF. Et côté imaginaire, c’est superbe, on entre dès les premières pages dans un monde inconnu, et il n’y a plus qu’à se laisser emporter par le récit. Tout ça est parfaitement réussi, même s’il faut un peu de temps pour appréhender ce monde créé de toutes pièces, le vocabulaire avec lequel l’auteur s’est bien amusé, etc…

La 34e Horde, un groupe de 23 individus, formé depuis l’enfance, a pour mission de filer plein Est, luttant contre des vents terribles, pour trouver justement l’origine des vents. Les Hordes précédentes ont échouées, les périls sont nombreux dans un monde peuplé de créatures étranges, ou d’humains tout aussi dangereux.

Je reste au final tout de même un peu sur ma faim, malgré le plaisir pris à lire ces aventures. Ce genre de littérature n’est pas vraiment ma tasse de thé, même si je dois reconnaître que dans le genre, c’est superbe, et la part laissée à l’imagination est belle. Le monde créé est très original, mais finalement les aventures que croisent la Horde sont assez classiques (un adversaire ou un obstacle incroyablement fort que l’on finit par battre typiquement), et la fin m’a personnellement laissé justement sur… ma faim.

Alain Damasio, né en 1969 à Lyon, est un écrivain de science-fiction et typoète français. Son domaine de prédilection est l’anticipation politique. Il marie ce genre à des éléments de science-fiction ou de fantasy et décrit des dystopies politiques. La Horde du contrevent est son roman le plus connu, mais je n’ai pas vu d’anticipation politique ici, juste une énorme occasion de faire fonctionner son imaginaire !

Tatoo – Earl Thompson

Suite de l’excellent Un jardin de sable, on retrouve Jack à 14 ans, revenu à Wichita (Kanzas), chez ses grands-parents, vivotant dans la misère et la pauvreté la plus totale. Économiquement, l’après-guerre n’est guère plus réjouissant que l’après-Grande Dépression !

Il est toujours aussi peu adapté à la société : il a d’une part une addiction au sexe qu’il ne contrôle pas, et ne voit les femmes qu’à travers ce prisme (les scènes décrites de ses expériences sont toujours très crues) ; d’autre part, il ne comprend pas que le peu de potes qu’il fréquente soient toujours dans la frime, à jouer les machos, et que s’il ne fait pas pareil, il passe pour un homo. Il est finalement très solitaire, et n’a pratiquement pas de vie sociale.

Il a toujours accroché au cœur cette angoisse qui l’étreint dès qu’il lui arrive quelque chose de positif, lui disant qu’il va forcément être démasqué et devra retourner à sa misère et son exclusion sociale. Au point de provoquer l’échec lui-même parfois.

Il réussit bientôt à s’engager dans la Navy en trafiquant son acte de naissance, son seul espoir de sortir de l’impasse dans laquelle il se trouve et de se trouver un avenir, loin de cette ville qu’il connaît si bien.

C’est toujours aussi addictif comme lecture, le style est fluide, et le milieu décrit d’une pauvreté terrible. Il en ressort que lorsqu’on est issu des classes sociales défavorisées, né du mauvais côté de la vie, il est très difficile de s’en sortir. Et même quand Jack se retrouvera à l’université à son retour de la Navy, il fera l’amère expérience que là aussi, le savoir semble réservé à un milieu dont il ne fait pas partie, dont il ne possède pas les codes. La solidarité qui existait encore à l’époque de la Grande Dépression a disparu, remplacée par une envie égoïste de s’enrichir, quelqu’en soit le prix.

Petit extrait, au moment où sa mère vient de mourir :

Docteurs, infirmières, bonnes sœurs, famille, ils étaient tous réunis là, en cet instant, à la mort d’une brave femme qui, en raison des circonstances, de l’ignorance et d’une vulnérabilité de surface, avait dû faire commerce de son corps. Elle lui avait donné tout ce qu’elle avait pu. Et en donnant ce qu’elle-même jugeait si dérisoire, peut-être préservait-elle quelque chose de profondément intime. Il fallait qu’elle sache quelque chose, pour mourir ainsi dans une solitude aussi calculée.
Il l’aimait beaucoup, il l’admirait aussi.

Earl Thompson (1931-1978) est un écrivain américain. Le jardin de sable et ce roman sont largement autobiographiques. Il en publiera un troisième (Caldo Largo) puis meurt d’une rupture d’anévrisme à l’apogée de son succès. Un quatrième roman sera publié après sa mort, intitulé “The Devil to Pay”, qui vient clore la trilogie autobiographique entamée avec ses deux premiers romans. Malheureusement il n’est pas encore traduit en français semble-t-il.

L’art de perdre – Alice Zeniter

Roman recommandé par Martine et Béatrice lors de la randonnée dans le Finistère Nord l’été dernier.

Je n’ai pas été déçu et ne peux que le recommander à mon tour ! C’est bien écrit, et aussi très bien raconté ; dès le début on est accroché par cette histoire sur trois générations, et l’intérêt ne baisse pas jusqu’aux dernières pages, avec même de l’émotion quand Naïma et les membres de sa famille tracent dans l’air leur arbre généalogique : j’ai trouvé cette scène très belle et intense.

Ali le grand-père doit quitter l’Algérie par crainte de représailles de la part du FLN, et connaîtra le sort réservé aux harkis, perdant toute sa fierté et incapable d’adopter la culture ou la langue française. Son fils Hamid rejettera ce passé jusqu’à s’enfoncer dans un mutisme forcené dès que l’Algérie est mentionnée. Ce sera Naïma sa fille qui fera la première le chemin du retour pour en revenir apaisée, mais sans avoir obtenu de réponses pour autant.

Une telle histoire pourrait facilement être ennuyeuse ou partisane, mais l’auteur garde de la hauteur sur la narration des événements qui secouent cette famille. La grande histoire et la petite se mêlent de façon très harmonieuse, et tout cela rend le bouquin captivant.

J’ai bien aimé que les première lignes racontent l’origine de la colonisation française de l’Algérie : le coup d’éventail (ou de chasse-mouches) que le Dey d’Alger donna au consul de France : petite cause, grande conséquences ! J’avais déjà lu cette histoire et j’en parlais dans l’article fait suite à la lecture de Les empires coloniaux européens 1815-1919 d’Henri Wesseling. Voilà le passage en question :

La colonisation de l’Algérie commence pour une sombre histoire de fierté nationale : la France a une dette envers l’Algérie depuis la Révolution française ; à cette époque, l’Algérie avait fournit du blé aux armées françaises. En 1827, la France tardant à rembourser, le dey d’Alger convoque le consul de France ; l’entretien fut si animé que le dey, perdant patience, frappa le consul sur le nez avec une tapette. Cette offense servira d’excuse pour envoyer une expédition militaire quelques années plus tard, en 1830. La vraie raison est politique : le roi Charles X et sa Restauration sont impopulaires, et l’expédition est un moyen de rétablir le prestige de la France, de rappeler la grande époque des victoires napoléoniennes. Il n’y a à ce moment aucun dessein d’expansion coloniale. Charles X fut tout de même renversé quelques mois plus tard. Son successeur Louis-Philippe hésitait à conserver l’Algérie. Les militaires (pour la gloire) et les négociants marseillais (pour l’argent) étaient pour. L’Angleterre ayant fait savoir qu’elle n’y voyait pas d’inconvénients, Louis-Philippe décidé d’y rester.

Alice Zeniter, née en 1986, est une romancière, traductrice, scénariste, dramaturge et metteuse en scène de théâtre française. Elle a obtenu le Prix Goncourt des lycéens 2017 avec ce roman, le dernier qu’elle a publié. Cerise sur le gâteau, elle vit actuellement en Bretagne, dans les Côtes d’Armor ! 😉

La couverture du livre est un extrait du “Tigre dans une tempête tropicale” du douanier Rousseau. J’aime bien la tête du tigre, qui n’a pas l’air d’apprécier du tout ladite tempête ! L’autre titre de ce tableau est “Surpris !”.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee

Livre recommandé par Olivier, un ancien collègue de boulot avec qui je suis resté en contact principalement pour notre amour commun de la littérature. Il vient parfois sur ce blog voir ce que j’ai lu ! 😉

Et très bon conseil que cette lecture, une histoire très touchante principalement par la façon dont elle est racontée : c’est par la voix de Scout, une petite fille de 9 ans, que la vie de cette petite ville d’Alabama, dans les années 1935, au sortir de la grand dépression, nous est contée.

Et cette description de la vie a quelque chose d’extrêmement frais, de naturel, quand Scout essaie de comprendre le monde qui l’entoure, celui de son frère Jem un peu plus âgé, et surtout celui des adultes.

On est vite accroché par sa personnalité, son récit et sa vision du monde, c’est même assez surprenant. Puis l’histoire va se développer : Atticus, le père de Scout, avocat de son métier, va défendre Tom, un noir accusé à tort de viol. Et dans cet Alabama là, il n’a guère de chance de s’en sortir.

Harper Lee (1926-2016) est une romancière américaine qui a reçu le prix Pulitzer en 1961 pour ce premier (et presque unique) roman. Auparavant, elle avait aidé Truman Capote dans ses recherches pour l’écriture de “De sang froid“. Même si ce n’est pas une autobiographie, l’histoire est largement inspirée de l’enfance de Harper Lee, fille d’avocat dans une petite ville d’Alabama. Une adaptation sera portée à l’écran en 1962, réalisée par Robert Mulligan, avec Gregory Peck.

Bizarrement, Harper Lee ne publiera plus rien d’autre, sauf un an avant sa mort, où un inédit est retrouvé, écrit dans les années 50, et reprenant les personnages de ce premier roman, mais vingt ans plus tard. Il semble que cet inédit ne soit pas aussi bon que “To kill a mockingbird”.

Au fait, l’oiseau moqueur, ou le “mockingbird”, c’est le rossignol qui enchante les humains par la variété de son chant ! Le tuer serait donc vraiment une chose horrible.

L’homme aux lèvres de saphir – Hervé Le Corre

Toujours un roman recommandé par Thomas le libraire de Puteaux, un roman policier cette fois : c’est l’histoire d’une sorte de Jack l’éventreur parisien. Nous sommes en 1870, peu de temps avant la Commune (qui est évoquée dans les dernières pages d’ailleurs).

L’écriture est soignée, dans un beau style au vocabulaire précis, parfois roturier selon le contexte. Les conditions de vie du peuple parisien sont décrites sans prendre de gants, et l’on peut parler de misère humaine. Les hommes exploités, travaillant dur pour gagner une misère, les femmes se prostituant pour survivre, une police de l’Empire corrompue et violente : le tableau dressé est sombre, très sombre, comme le récit. Pas étonnant que le peuple se révolte !

L’histoire met en scène un personnage ayant vraiment existé, Isidore Ducasse, plus connu sous le pseudonyme de Comte de Lautréamont. jeune poète mort à 24 ans. Son premier écrit “Les chants de Maldoror“, un ouvrage poétique en prose, est à la base de l’histoire : Maldoror est un personnage fictionnel mystérieux et maléfique, et dans le roman un ami d’Isidore se l’approprie et s’applique à réitérer ses meurtres aussi abominables soient-ils.

À noter en lisant la page wikipedia que de nombreux artistes font référence à ces chants de Maldoror, comme Julien Clerc, Hubert-Félix Thiéphaine, ou encore Gainsbourg…

Si la chronologie du récit s’emmêle un peu dans la dernière partie, où le temps s’étire et se contracte sans logique, c’est un bon roman policier, qui se lit bien même si c’est tout de même très noir. Et n’attendez pas de “happy end” à la fin !

Hervé Le Corre, né en 1955 à Bordeaux, est un auteur de romans policiers. Ce roman a reçu le prix Mystère de la critique en 2005.