Archives de catégorie : Littérature

La tristesse du samouraï – Victor del Arbol

C’est plus le titre que de bonnes critiques qui m’a attiré vers ce roman noir espagnol, entre polar et thriller, dans une Espagne encore marquée par le franquisme.

L’auteur nous emmène vite dans son intrigue, mêlant époque contemporaine et les années de la seconde guerre mondiale, quand l’Espagne est en pleine dictature militaire sous Franco. Les liens entre les différents protagonistes vont peu à peu se dévoiler, révélant des destins croisés et emmêlés…

Quand Maria, avocate, fait condamner en 1977 un policier pour tortures, elle ne se doute pas qu’en 1941, une femme a été froidement abattue pour avoir tenté de fuir son mari violent, Guillermo Mola, chef de la Phalange de la région. Et qu’en agissant ainsi, elle est elle-même manipulée… pour essayer de faire enfin accuser l’immonde Publio, l’homme de confiance de Guillermo, qui a toujours su rester dans l’ombre et tire encore les ficelles de nos jours, préparant la tentative de coup d’État de 1981 (bien réelle).

Les nostalgiques du franquisme ont la vie dure, et la vengeance est un plat qui se mange froid ! C’est bien écrit, l’intrigue est prenante et les pièces du puzzle se mettent petit à petit en place, c’est le principal intérêt de l’histoire. Et c’est bien un roman noir, pas de happy end !

Victor del Arbol, né en 1968 à Barcelone, est un auteur de roman policier. Auparavant, il a travaillé comme fonctionnaire dans le corps de la police catalane. C’est ce roman, paru en 2011, traduit en une douzaine de langues, best-seller en France, qui lui a apporté la notoriété et le prix du polar européen 2012.

Magellan – Stefan Sweig

On a tous appris à l’école que Magellan était le premier homme à avoir fait le tour du monde ! Mais le récit précis et détaillé qu’en fait Stefan Sweig vaut la peine d’être lu. L’auteur a lu toutes les archives et s’attache être précis et à préciser les sources (ou leur absence) quand il le faut.

Magellan, fort d’une solide expérience de marin et de soldat acquise lors de précédents voyages en Orient et au Maroc, doté d’un caractère effacé et taciturne, mais aussi très obstiné et ambitieux, sollicite auprès du roi Manoel du Portugal un poste qu’il estime avoir largement mérité. Devant le refus (et le mépris) affiché par son souverain, il va se tourner vers le royaume d’Espagne, et obtenir du futur Charles Quint les moyens de financer une expédition vers l’Ouest. Cinq bateaux vont être préparés. Le pari est risqué, mais le profit peut être énorme !

Car à cette époque, les épices sont la source d’une extrême richesse. La route connue passe par le contournement de l’Afrique, et est contrôlée par les portugais. En effet, à la suite du premier voyage de Christophe Colomb, le pape a divisé le monde entre une zone réservée à l’Espagne, et l’autre au Portugal : c’est le traité de Tordesillas. La ligne de partage se situe à l’Ouest des îles du Cap Vert (incluant un petit bout du Brésil, ce qui explique pourquoi l’on y parle portugais alors que tout le reste de l’Amérique latine parle espagnol).

L’idée de Magellan est simple : il est persuadé de pouvoir contourner le continent américain comme cela a été fait par les portugais avec le Cap de Bonne-Espérance en Afrique. Ce faisant, il espère atteindre les îles aux épices (les Moluques), espérant les rendre de fait espagnoles : l’incertitude de la distance à parcourir pour faire le tour du monde rendant incertaine la position du méridien à l’opposé à la ligne de partage du traité de Tordesillas…

Le passage (le détroit de Magellan, un étroit goulet avant d’atteindre l’extrémité du continent (le Cap Horn ) est hélas beaucoup plus au Sud que le Cap de Bonne-Espérance, et les certitudes de Magellan s’effondrent. Les vivres commencent sérieusement à manquer, la mutinerie des capitaines espagnols contre ce portugais mutique qui dirige tout d’une main de fer, la longue traversée du Pacifique, tout cela rend ce voyage passionnant, et c’est un miracle qu’ils arrivent à trois bateaux (l’un a fait naufrage, l’autre a déserté et fait demi-tour) aux îles aux épices . La preuve que Magellan était un grand navigateur…

Hélas, alors que le plus dur est fait, Magellan va trouver bêtement la mort lors d’un combat inutile contre une tribu rebelle : il sous-estime leurs forces, ou surestime les siennes, et n’engage que 60 hommes alors qu’il pouvait en disposer de beaucoup plus, sans compter l’aide des guerriers du souverain local avec qui il est allié.

Un seul bateau reviendra à Séville, avec seulement dix-huit hommes à bord. Magellan ne recevra aucun honneur posthume, dénigré à la fois par les espagnols et par les portugais. Aucune de ses dernières volontés (il avait rédigé son testament avant de partir) ne sera exécutée. Il faudra attendre le XXe siècle pour qu’il soit réhabilité.

Stefan Sweig ( 1881-1942) est un écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien. Il quitte son pays natal en 1934, en raison de la montée du nazisme pour se réfugier à Londres, puis au Brésil où il se suicidera. Il est l’auteur de plusieurs biographies : Joseph Fouché, Marie-Antoinette, Marie Stuart… et Magellan. Dans son livre testament, Le Monde d’hier. Souvenirs d’un Européen, Zweig se fait chroniqueur de cet « âge d’or » de l’Europe et analyse ce qu’il considère comme l’échec d’une civilisation.

Bitterroot – James Lee Burt

Polar conseillé par « La petite librairie », décrit comme « un roman noir au grand air », je me suis dit pourquoi pas ? D’autant que j’ai déjà lu du James Lee Burke avec son flic favori Dave Robicheaux qui enquête dans la Louisiane profonde…

Ici c’est un autre de ses personnages auquel l’auteur nous convie, c’est Billy Bob Holland, ex-Texas Ranger devenu avocat, qui passe quelques jour dans le Montana, chez son ami Voss dit « le Doc », vétéran du Vietnam peu loquace, et prompt à régler ses comptes.

Polar assez pesant, où la violence est latente sur fond de profits tirés mine d’or détruisant la nature, de ségrégationnistes, d’une bande de bikers, et même de mafieux… sans oublier quelques agents fédéraux omniprésents. Alors certes la nature grandiose du Montana est présente et nombreux paraphes la décrivant parsèment le récit pour lui rendre hommage, mais bon, ça m’a semblé un peu trop détaché de l’intrigue elle-même, comme si c’était une tâche que s’était assigné l’auteur.

Intrigue à laquelle je n’ai pas plus accroché, Billy Bob étant loin d’être sympathique (il est hanté par le meurtre involontaire d’un ami, et son comportement avec les femmes laisse beaucoup à désirer), tout comme son ami le Doc qui traverse l’histoire en décrochant à peine quelques mots.

Bref on s’ennuie pas mal et il ne se passe pas grand chose entre les éclats de violence qui font progresser une intrigue plutôt brouillonne.

James Lee Burke, né en 1936, est un auteur de romans policiers américain. Dave Robicheaux reste son personnage le plus connu, et si vous n’avez pas vu le film « Dans la brume électrique » (à défaut d’avoir lu le bouquin) je vous le recommande chaudement !

Le Mage du Kremlin – Giuliano da Empoli

Ce roman a failli être prix Goncourt… Il était finaliste de ce scrutin très indécis. Personnellement, le sujet abordé ici me paraît plus intéressant que celui du lauréat, « Vivre vite », une remise en question d’un destin tragique à coup de « Et si… ».

Le Mage du Kremlin retrace l’histoire d’un homme de l’ombre participant à la prise de pouvoir de Vladimir Poutine. C’est un roman, mais inspiré de personnages et de faits réels.

Honnêtement, je n’ai pas appris grand chose de l’arrivée au pouvoir de Poutine : homme de Elstine, directeur du FSB (ex-KGB), il joue les modestes en n’acceptant qu’à reculons le poste de président du gouvernement de la Russie. Mais une fois en poste, il va très vite tout verrouiller et s’attribuer les pleins pouvoirs.

Vadim Baranov est le « mage » (inspiré de Vladislav Sourkov, éminence grise de Vladimir Poutine) qui va rencontrer un lettré français venu à Moscou faire des recherches sur Zamiatine, l’auteur de « Nous » (article ici), célèbre dystopie pré-Stalinienne qui a probablement inspiré George Orwell et son 1984. Vadim, personnage cultivé, ayant travaillé d’abord à la télévision russe, va lui raconter comment il a participé à l’avènement de Poutine et aidé à asseoir son pouvoir.

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Au loin – Hernán Díaz

Je suis tombé sur ce bouquin par hasard, et en lisant le résumé, cela m’a paru original, avec cette histoire de géant suédois perdu dans le grand Far West et faisant la route en sens inverse de la Californie vers New-York.

Et l’impression a été confirmée, on se demande bien ce qui se passe dans cette histoire pour le moins atypique. L’auteur a pris le parti de décrire le monde à travers les yeux de son héros, et comme ledit héros sait à peine où il se trouve, ne parle pas la langue du pays, et qu’au fil de ses aventures il est amené à fuir les hommes… On se retrouve vite dans une sorte de no man’s land où il s’agit simplement de survivre.

Håkan, fils de paysans suédois, totalement inculte, doit émigrer aux États-Unis avec son frère aîné, direction New-York. Mais il se perdent sur le port de Portsmouth, et Håkan embarque sur le mauvais bateau, à destination de la Californie ! À la fois naïf et totalement perdu, ne parlant pas un mot d’anglais, il est tour à tour pris en charge, utilisé, ou fait prisonnier sans comprendre grand chose à ce qui se passe. Et le lecteur à peine plus !

Sa rencontre avec Lorimer, humaniste scientifique lui est salutaire, il apprend des rudiments d’anglais, des connaissances anatomiques et chirurgicales, et acquiert les moyens (un âne et une mule) de vraiment démarrer sa longue route vers l’Est et New-York. C’est quand il va croiser les colons sur la piste que tout va à nouveau basculer : Håkan, véritable force de la nature et doux comme un agneau, va devoir défendre sa peau et tuer pour survivre. Il devient malgré lui un homme recherché pour meurtre : dès lors, approcher des villes devient dangereux, et la quête vers New-York impossible. Débute alors une longue errance, en mode survie, jusqu’à une dernière rencontre qu’il l’emmènera en Alaska. Une fois là, Håkan prendra une nouvelle décision…

L’histoire a donc le mérite d’être originale, mais on reste tout de même largement sur sa faim. Finalement on ne sait rien des contrées traversées : je m’attendais à ce qu’il croise des tribus indiennes, mais les plaines sont mystérieusement désertes. La solitude d’Håkan finit par peser sur le lecteur : son mode de (sur)vie n’offre que peu d’intérêt et est assez répétitif, constituant l’essentiel d’un récit où les rares événements extérieurs auxquels il est confronté manquent singulièrement de contexte et de crédibilité.

Hernán Díaz, né en 1973, a été finaliste du prix Pulitzer de la fiction pour ce premier roman. Il explique :

Est-ce que la question de la nationalité importe encore quand on arrive nulle part ? J’ai été un étranger toute ma vie. Je suis né en Argentine, que j’ai quittée à deux ans pour la Suède, suivi d’un bref retour en Argentine, avant de partir pour Londres, puis New York où je vis depuis vingt ans. C’est une question qui me tient à cœur.

Ici et maintenant – Jim Thompson

Jim Thompson est l’un de mes écrivains de polar préférés, et profitant d’un creux dans ma liste de lecture, j’ai repris celui-ci sur son étagère, en ayant gardé un bon souvenir lors de sa première lecture. J’en parle dans cet article.

Il s’agit du premier roman de l’auteur, et ce n’est pas un polar, mais plutôt une chronique semi-autobiographique de sa vie dans les années 40. Le titre « zen » cache un quotidien d’une tristesse absolue, Jimmie se démène pour tenter de boucler les fins de mois, sans grand succès, vivant dans une petite maison avec sa femme, ses trois enfants, sa vieille mère et sa sœur.

Il travaille comme magasinier dans une usine d’aviation (c’est le début de la guerre) et nous fait partager ses relations avec ses collègues et ses chefs, allant jusqu’à nous expliquer comment sont gérés les stocks de pièces détachées, en quoi le système n’est pas fiable, et comment il décide de l’améliorer. Mais aussi sa peur de voir son passé communiste ressurgir, qui le ferait renvoyer immédiatement. On ne peut pas dire que ce soit passionnant, mais cela dresse le décor et l’ambiance.

Car les maigres dollars qu’il gagne sont absolument nécessaires à maintenir un semblant d’équilibre au foyer, où les tensions s’accumulent… Jimmie a connu une période plus faste en écrivant quelques nouvelles, puis a perdu le fil, l’alcool n’aidant pas à résoudre son mal de vivre dans cette société qu’il ne comprend pas. Comme sa mère, qui ne comprend pas pourquoi il n’écrit pas à nouveau (comme s’il pouvait écrire sur commande)…

Tout cela donne un roman très sombre, chargé d’un poids et d’une tristesse qui accable tout le monde sans espoir d’en sortir. Il se passe peu de choses en fait, si ce n’est le quotidien d’une famille pauvre. Il faudra attendre les dernières pages et même les toutes dernières lignes pour savoir comment cet épisode de sa vie se termine.

Jim Thompson (1906-1977) est un écrivain de romans noirs américain. Il est aussi scénariste de cinéma. Côté français, le film « Coup de torchon » de Bertrand Tavernier a été adapté d’un de ses romans, « 1265 âmes » (excellent !); « Série noire » d’Alain Corneau avec Patrick Deweare est adapté de « A hell of a woman » (« Une femme d’enfer »  ). Outre-atlantique, on peut aussi citer « Les Arnaqueurs » et « The killer inside me » (« Le démon dans ma peau » ) comme autres adaptations connues.

La conquête des îles de la terre ferme – Alexis Jenni

Livre conseillé par ma sœur Martine, et ce fut un excellent conseil (ce n’est pas toujours le cas, nos goûts diffèrent souvent !).

Il faut dire que l’histoire des conquistadors espagnols est un sujet que j’ai en tête depuis longtemps, notamment après avoir lu Jared Diamond (dans De l’inégalité parmi les sociétés) racontant la bataille de Cajamarca et comment Pizarro avait vaincu l’armée de l’empereur Atahualpa avec une centaine d’hommes.

Ici, il s’agit du récit (romancé certes, mais tous les faits sont vrais) de la conquête de l’empire aztèque par Hermàn Cortés. Là aussi, avec 500 hommes dont certains n’étaient que des artisans, il va renverser l’empire aztèque. C’est le récit incroyable de cette épopée que va nous raconter l’un de ces hommes, Juan de la Luna, que Cortés a placé à ses côtés comme secrétaire et gratte-papier. Au crépuscule de sa vie, il revient sur cette incroyable aventure, avec un souffle certain qui emporte le lecteur (moi en tout cas). Cette conquête reste fascinante malgré son côté sanglant. Beaucoup y trouveront la mort, et les rescapés seront à jamais marqués par la violence de l’aventure.

J’avais un à priori très négatif sur Cortés, ce récit le nuance un peu. Il était manifestement un très habile politique, un meneur d’hommes et un fin tacticien. Ensuite, l’écart culturel entre ces deux mondes, jusqu’à la façon de faire la guerre, était tellement gigantesque que cela ne pouvait que mal tourner. Si les espagnols, attirés par l’or, veulent conquérir et convertir les indiens, ces derniers avec leurs sacrifices sanglants quotidiens ne semblent pas représenter un modèle de civilisation non plus !

Le titre « Les îles de la terre ferme » vient de la situation de la capitale de l’empire : à l’arrivée des Espagnols en 1519, Tenochtitlán (Mexico) compte près de 100 000 habitants, et l’île sur laquelle se trouve la ville est reliée aux rives du lac par plusieurs chaussées surélevées qui convergent vers le centre cérémoniel, près du temple principal et de la résidence de l’empereur Moctezuma.

Pour mieux visualiser la situation, voilà une carte et une illustration de ce que pouvait être cette cité :

C’est assez fascinant, et on peut imaginer la surprise des conquistadors quand après des semaines de marche à travers la jungle, après avoir franchi des montagnes, ils ont aperçu cette ville… (les lacs ont été asséchés depuis, et la ville s’est bien entendu étendue).

Voilà ce que dit Cortés à Juan de la Luna qu’il appelle Innocent : :

J’ai vu tout ça. Nous l’avons fait, et on l’oubliera si je ne le raconte pas, personne ne le croira quand il le lira, mais nous l’avons fait. Traverser la mer inconnue, vaincre des armées, détruire nos navires, entrer dans cette ville, nous emparer du grand Montezuma, faire périr ses capitaines pendant qu’il est aux fers, et survivre. Ces grands faits incroyables, nous en sommes les acteurs, mais Dieu seul les préparait sur notre route. Car quels hommes oseraient imaginer tout ça ? Et quels hommes oseraient l’accomplir ? Nous, Innocent, nous. Dieu si tu veux, mais Il ne m’a rien dit, j’ai tout osé seul, et nous tous l’avons fait.

Super bouquin, j’ai vraiment aimé le récit, très prenant, avec le style bien particulier d’Innocent qui nous plonge dans l’époque, mais aussi sa franchise et sa lucidité.

Alexis Jenni, né en 1963 à Lyon, est un écrivain français (et professeur de SVT), qui a reçu le prix Goncourt en 2011 pour « l’Art français de la Guerre », son premier roman, (apparemment, les avis ont été mitigés sur ce prix). « La Conquête des îles de la Terre Ferme » est écrit en 2017, et a reçu le prix du roman historique en 2018 à Blois.

Impact – Olivier Norek

Auteur recommandé par ma frangine, au titre qu’il est un ancien flic et que ses romans traitent bien de la réalité, avec le personnage du Capitaine Coste. Avant de me lancer dans la série « Coste », je décide tout de même de tester l’auteur avec son dernier ouvrage, j’ai nommé Impact (2020).

Dès le début, c’est une impression de « déjà lu » qui l’a emporté : un capitaine d’industrie pris en otage, un duo homme flic/femme psychologue peu crédible, des personnages plus caricaturaux les uns que les autres… et de tout petits chapitres, il ne s’agirait tout de même pas de faire de la littérature ! Quant au scénario, le mieux est de ne rien en dire, surtout la fin en forme de happy-end, il fallait oser…

Entre les deux c’est l’ennui qui domine avec ces énumérations un chapitre sur deux des méfaits écologiques que subit la planète, tout cela dûment documenté en fin d’ouvrage pour faire sérieux… Je n’avais déjà pas aimé Le zoo de Mengele, là c’est pareil, à la sauce française. L’écologie sert de prétexte à une intrigue bidon, et on se dit que cela va suffire.

Dommage, il y avait certainement mieux à faire, mais c’est manifestement écrit à toute vitesse, juste un produit de consommation qui va bien se vendre sur les étals des libraires, ou plutôt en grande surface, sa meilleure place.

Olivier Norek, né en 1975 à Toulouse, est un écrivain et scénariste farnçais, capitaine à la police judiciaire, en disponibilité depuis son premier succès littéraire (on ne sait jamais). Peut-être que sa « Trilogie 93 » vaut le détour, à voir.

La Zone du Dehors – Alain Damasio

Quand j’avais acheté La Horde du Contrevent il y a 2 ans, j’avais également fait l’acquisition de celui-ci, puisque ces deux ouvrages sont les deux best-sellers de l’auteur. Chronologiquement, « La Zone du Dehors » est d’ailleurs son premier roman.

N’ayant pas été complètement séduit par « La Horde… » à l’époque, j’avais laissé « La Zone… » de côté sur l’étagère. Il faut dire aussi qu’ayant lu ou écouté certains interviews d’Alain Damasio, je ne partageais pas vraiment ses vues clairement « anti-système », et que cela ne m’encourageait pas à le (re)lire.

Profitant d’un creux dans ma liste de lecture, je m’y suis enfin plongé. Alors, que dire ? L’histoire n’est qu’un vaste prétexte à promouvoir l’anarchie si chère à l’auteur. Et il le dit clairement dans la première postface (au moins cela a conforté mon impression lors de la lecture) :

Ce livre a été écrit dans un but, unique : comprendre, en Occident, à la fin du vingtième, pourquoi et comment se révolter. Contre qui ? ajouteront certains en guise de prolongement, mais déjà ça glisse, ça devient incertain et flaqué, car la question, que pose ces nouveaux pouvoirs auxquels chacun de nous est aujourd’hui confronté, dans son corps, aux tripes même, sans le vouloir, sans s’en dépêtrer, d’où qu’il se tienne, hautain même, indifférent ou narquois, cette question est devenue : contre quoi ?

« Se révolter contre qui, contre quoi » … Moi je veux bien, mais ce que j’aimerais surtout savoir, c’est « Pour quoi ? ». Là-dessus, c’est toujours la même rengaine. Je ne dois plus avoir l’âge requis pour ce genre d’utopie anar, où l’on se contente de critiquer le pouvoir en place pour réclamer à cor et à cri la liberté, afin que l’homme (nouveau) puisse enfin révéler au grand jour ses talents créatifs, fraternels, et développer un monde parfait. L’aspiration à une société sans contrôle, une sorte d’ode au Far-West, où malheureusement c’était souvent la loi du plus fort qui régnait me semble-t-il.

Et donc on a vraiment l’impression que l’histoire n’est qu’un prétexte, et que les longs discours de Capt et de ses amis de la Volte sont bien le cœur du roman. On cite allègrement Nietzsche, Deleuze, Foucault voir Camus, ça fait toujours bien… L’auteur s’amuse aussi avec les mots (cela fait partie de son écriture), en en créant de nouveaux, parfois avec bonheur, mais pas toujours ; il s’offre aussi quelques morceaux de bravoure, comme le moment où Capt est plongé dans le Cube : c’est pour moi illisible, j’ai zappé ces pages. L’ensemble manque singulièrement d’action, et on s’ennuie pas mal à tourner les pages.

La société décrite, sur un satellite de Saturne, surpeuplée et aux dimensions restreintes, est forcément très organisée, technologique, et surveillée. Les membres de la Volte veulent casser ce contrôle au nom d’une liberté qu’ils se gardent bien de développer. Si le scénario de la première partie tient à peu près la route (je dis bien « à peu près »), après l’attaque de l’émetteur TV, on est plutôt dans l’improbable pourvu que l’on puisse encore et toujours dérouler le message : la révolution est nécessaire et justifie la violence.

Donc un gros BOF ! À noter qu’écrit en 2000, c’est la guerre en Ukraine qui, ayant déclenché un conflit mondial destructeur, a obligé les terriens à émigrer sur d’autres planètes… Bien vu !

Alain Damasio, né en 1969 à Lyon, est un écrivain de science-fiction et typoète français. Son domaine de prédilection est l’anticipation politique. Il marie ce genre à des éléments de science-fiction ou de fantasy et décrit des dystopies politiques. Il alerte sur les dérives de la technologie servant au contrôle des individus.

La fête au bouc – Mario Varga Llosa

C’est François Busnel, à la « P’tite Librairie », qui présentait ce bouquin l’autre jour. Et comme j’avais déjà pu apprécier Mario Vargas Llosa avec Le rêve du Celte, je n’ai pas hésité.

Là encore, l’auteur nous raconte une histoire vraie, celle de la République dominicaine, et de la fin du dictateur Rafael Trujillo, qui régna près de 30 ans sur l’île.

Trujillo, dont j’avais déjà entendu parlé dans le livre Effondrement de Jared Diamond : de manière surprenante, il reconnaissait que la déforestation avait pu être stoppée dans deux cas, au Japon et à Saint-Domingue, et que dans les deux cas il s’agissait de dictatures… Concernant Trujillo, il parlait d’une gestion « en père de famille » : en lisant ce livre, on comprend mieux de quoi il retourne.

Le récit commence avec Urania, jeune avocate new-yorkaise revenue pour la première fois à Saint-Domingue depuis qu’elle avait du quitter le pays à l’adolescence. Pour quelle raison revient-elle devant son père mourant, qui avait été l’un des proches du dictateur avant d’être mis à l’index, et quelle était la raison de cet expatriation ? Il faudra attendre la fin du livre pour le savoir

« Il va venir… » : Cette phrase sera répétée de nombreuses fois par les quatre hommes qui attendent au bord de la route que passe le véhicule de Trujillo, le Chef, le Généralissime, le Bienfaiteur, le Père de la Nouvelle Patrie, mais aussi le Bouc, comme il est surnommé, car il aime se prouver sa virilité avec de jeunes filles vierges qu’on lui fournit. C’est le second fil conducteur de l’histoire… jusqu’à l’attentat, qui survient à la moitié du livre.

Avec ces deux axes, l’auteur va d’abord dérouler petit à petit l’histoire de cette dictature, à travers les personnages qui l’ont traversé, qu’ils soient victimes innocentes ou acteurs dévoués, prêts à tout pour lui plaire, et surtout ne pas lui déplaire. Car Trujillo a développé un véritable culte à sa personne, et dirige le pays d’une main de fer, maintenant tout son entourage dans une peur perpétuelle de la disgrâce ; le profit personnel ne l’intéresse pas (mais sa famille possède les principales entreprises, la fameuse « gestion en père de famille !). C’est au départ un militaire formé par les Marines des États-Unis, anticommuniste et conservateur, ce qui lui donnera les clefs du pouvoir. Il chassera les immigrés haïtiens du pays (et en massacrera des milliers au passage), relancera l’économie, avec l’appui des américains, de l’Église, de l’armée et des classes aisées. Tout cela est parfaitement raconté, l’emprise qu’il exerce est alors totale.

Les difficultés commenceront lorsqu’il tentera d’assassiner le président du Venezuela, Rómulo Betancourt. Les États-Unis le lâchent alors, la situation économique se détériore, et même l’Église commence à prendre ses distances…

Après l’attentat, tout ne passera pas comme prévu, c’est la seconde partie du livre. La prise de contrôle de l’armée échoue, et la répression (terrible) s’engage. Ils seront peu des complotistes à survivre à celle-ci. Certains choisiront de mourir les armes à la main, la plupart seront capturés, torturés puis tués. Deux d’entre eux pourront se cacher pendant les 6 mois que dureront les derniers soubresauts du régime… D’assassins, ils deviendront justiciers (et les meilleurs amis du monde) ; ils recevront les honneurs du président Balaguer, placé à ce poste par Trujillo dans un rôle de fantoche, mais qui saura très habilement conserver le poste. Passionnant !

Mario Vargas Llossa, né en 1936, est un écrivain péruvien. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 2010. Engagé politiquement, il a évolué du communisme (soutenant la révolution cubaine avant d’être déçu) au libéralisme. Il s’est présenté aux élections péruvienne en 1990, mais a été battu. Il a été très ami avec Gabriel Garcia Marquez, mais leur amitié s’est brisée un soir, à la sortie d’un cinéma, Llossa donnant un coup de poing en plein visage de Marquez !! Le sujet de la dispute restera secret.