Sociologie critique – Karl Marx

Karl Marx - Sociologie critique En voyant ce bouquin sur la table du libraire, je me suis dit qu’il était peut-être intéressant de lire Marx, en ces temps où la capitalisme semble rencontrer quelques problèmes “conceptuels”.

Il s’agit de textes de Karl Marx (1818-1883) : lettres, extraits de ses ouvrages, rassemblés par Maximilien Rubel, qui fut l’éditeur des Oeuvres de Marx dans la Pléiade.
De plus, c’est dans la collection Petite bibliothèque Payot, couverture souple en carton, très agréable en main, la perfection en livre de poche !

Bon, il faut pas mal se concentrer pour la lecture, c’est assez dense, et j’ai souvent dû relire plusieurs fois un paragraphe pour essayer de le comprendre. Et d’autres fois, je suis passé directement au suivant ! Mais du point de vue des idées, c’est remarquable, à chacun ensuite d’y réfléchir et d’en tirer ses propres conclusions. Mon bouquin est maintenant rempli de traits sur la marge pour repérer un texte qui m’a frappé !

Marx est indéniablement un grand personnage, très cultivé comme d’autres de ce siècle. Philosophie, histoire, théoricien.. Il va même jusqu’à apprendre le russe (il parle déjà plusieurs langues européennes) dans le simple but de mieux comprendre les idées d’auteurs russes. On imagine le personnage.

Tout ce que je sais, c’est que moi, je ne suis pas marxiste.
KARL MARX

C’est avec cette citation que démarre la première partie de l’ouvrage (la plus facile à lire), plus autobiographique, et composée principalement de lettres de Marx, souvent à Engels, mais aussi de deux documents intimes adressés à sa femme.
La première chose à retenir est donc de ne pas confondre l’homme et ses écrits avec ce que d’autres ont fait dans l’histoire sous le couvert d’un “marxisme” dont il ne se reconnaît pas lui-même. C’est le sens de la citation mise en exergue.

Et comme attendu, concernant la crise actuelle, ces textes écrits au XIXe siècle sont tout à fait pertinents.

Préface

J’abandonne la préface de Louis Jannover après quelques pages (cinquante-quatre au total), contenant trop de références culturelles à mon goût (ou ma capacité), mais je lis l’introduction de Maximilien Rubel (soixante pages), et surprise ! il mentionne Max Stirner, dont Michel Onfray avait parlé cet été lors de son université populaire de Caen, diffusée sur France Culture comme chaque année. Le hasard fait parfois bien les choses, j’avais l’air plus cultivé tout d’un coup. Un petit mot sur lui au passage :

Philosophe contemporain de Hegel et de Marx, Stirner est un nihiliste et l’auteur d’un curieux “L’unique est sa propriété”, sorte de défi à tous les philosophes et à toutes les croyances. Une philosophie dure, où il n’y a de dominants que si des dominés acceptent de l’être… ni de pauvres s’ils n’acceptaient d’être pauvres. Une pensée centrée sur soi, mais qui peut se révéler salutaire parfois…

Marx était-il bourgeois ?

Un ami me disait “Marx, tu parles, il a vécu comme un bourgeois !”. Sa femme est certes issue de la noblesse prussienne, et le père de Marx est avocat, mais ils ont tous deux rompus avec leur milieu social, et il semble bien qu’ils aient vécu des périodes difficiles (au moins pendant les périodes d’exil, qui furent nombreuses). C’est en tout cas ce qu’il ressort de quelques extraits de lettres adressées à Engels, à qui, la mort dans l’âme, il doit demander de l’aide :

Le grand froid qui vient de nous surprendre et le manque absolu de charbon dans notre logement m’obligent – bien que ce soit pour moi la chose la plus pénible qui existe au monde – de t’ennuyer une fois de plus.

Il vit difficilement de ses écrits de journaliste et d’écrivain :

Je m’efforce de grossir ce volume, car ces idiots d’allemands mesurent la valeur des livres d’après leur cubage.

Bref, il est sans doute plus avisé de lire ce qu’il a écrit que d’écouter ce que l’on en dit, et ainsi se construire sa propre opinion.

Les crises du capitalisme

Et puisque l’on est en pleine crise économique mondiale, il était intéressant de voir ce que Marx nous raconte à ce sujet. Ce qu’il en dit est parfaitement d’actualité, preuve de son talent d’analyste ou de théoricien.

La possibilité de la crise est donnée parce que l’argent fonctionne comme moyen de circulation et à cause de la séparation de l’achat et de la vente.

On pense aux mouvements boursiers, où l’on peut acheter des actions et ne les payer que plus tard.

Il conviendrait sans doute d’analyser les causes du développement de l’argent comme moyen de paiement dans la mesure où il est lié à celui du crédit et du surcrédit.

Tiens, le crédit, responsable de la crise, ça ne vous dit rien ?
Et puisque que l’achat et la vente sont séparés, la crise se développe en tant que crise monétaire. Il nous parle déjà de la mondialisation, amenant des cycles successifs aboutissants toujours à une crise. D’ailleurs, selon lui, la période de ceux-ci tend à se raccourcir graduellement… ça promet ! Le mode de production du capitalisme n’arrange rien :

La limite de la production, c’est le profit des capitalistes et nullement le besoin des producteurs

La dette publique

La dette publique, en d’autres termes l’aliénation de l’État, qu’il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marqyue de son empreinte l’ère capitaliste. […] Le crédit public, voilà le credo du capital. […] Mais à part la classe des rentiers oisifs ainsi créée, à part la fortune improvisée des financiers intermédiaires entre le gouvernement et la nation – de même que celle des marchands, manufacturiers particuliers, auxquels une bonne partie de tout emprunt rend le service d’un capital tombé du ciel -, la dette publique a donné le branle aux sociétés par actions, au commerce de toute sorte de papiers négociables, aux opérations aléatoires, à l’agiotage, en somme, aux jeux de bourse et à la bancocratie moderne.

Terriblement d’actualité, non ? Avec tous ces milliards débloqués pour soutenir les banques… c’est la manne idéale pour un capitaliste !

La baisse des salaires

Deux citations à propos des salaires. La première de Ricardo, un économiste anglais auteur de la théorie de la valeur (avec qui Marx n’est pas forcément en accord, mais dont il cite certaines analyses) :

Diminuez les frais de la fabrication des chapeaux et leur prix finira par tomber à leur nouveau prix naturel, quoique la demande puisse doubler, tripler ou quadrupler. Diminuez les frais d’entretien des hommes, en diminuant le prix naturel de la nourriture et des vêtement qui soutiennent la vie, et vous verrez les salaires finir par baisser quoique la demande de bras ait pu s’accroître considérablement [Ricardo].

Le prix des frais d’existence et de reproduction constitue le salaire. Le salaire ainsi déterminé s’appelle le minimum du salaire. […] il y a des ouvriers, des millions d’ouvriers, qui ne reçoivent pas assez pour pouvoir exister et se reproduire ; mais le salaire de la classe ouvrière tout entière tend, dans la limite de ces fluctuations, à devenir égal à ce minimum.

Comment ne pas penser aux travailleurs d’aujourd’hui qui ne peuvent se payer un loyer ?
Par ailleurs, Marx détaille avec moultes précisions tout le mécanisme du travail, du salaire, de l’argent, etc…

Liberté, Égalité, Fraternité

Nous constatons avant tout le fait que les prétendus droits de l’homme, distincts du droit du citoyen, ne sont rien d’autres que les droits du membre de la société bourgeoise, c’est-à-dire de l’homme égoïste, de l’homme séparé de l’homme et de la communauté.

Et il développe, c’est très intéressant et nos sacro-saints Droits de l’Homme en prennent un sacré coup, vu sous cet angle. L’Etat n’est qu’un simple bureau d’enregistrement des doléances des capitalistes, et la bureaucratie s’y épanouit :

L’autorité est par conséquent le principe de son savoir, et l’idolâtrie de l’autorité est sa mentalité.

Histoire, science et industrie

Pour Marx la société moderne (son organisation, ses rapports sociaux), l’histoire de celle-ci, son évolution, est véritablement l’expression de la psychologie humaine :

L’histoire de l’industrie parvenue à l’existence historiquement objective constitue le livre ouvert des facultés essentielles de l’homme, la psychologie humaine concrètement saisissable  [..] L’industrie matérielle, ordinaire [..] nous offre, dans les objets sensibles, extérieurs à nous, utiles, sous la forme de l’aliénation, les facultés essentielles de l’homme, transformées en objets. Une psychologie qui refuse de puiser dans ce livre, c’est-à-dire justement la partie la plus vivante, la plus immédiate et la plus accessible à l’homme, ne peut devenir une science réelle, riche de contenu.

C’est sans doute le truc le plus intéressant à retenir : observer la société dans laquelle nous vivons comme l’expression de la psychologie humaine… ça parait très intéressant !
Et c’est certainement tout le mérite de cette lecture, apporter un éclairage différent de celui qu’on nous présente aujourd’hui, vraiment caricatural de la pensée de Marx.

Un second volume existe : Révolution et socialisme, qui s’interroge sur les conditions de l’émancipation politique et sociale. Je vais attendre un peu et repasser à des romans pour l’instant.

3 commentaires sur “Sociologie critique – Karl Marx”

  1. @ koné : je ne suis pas un spécialiste de Karl Marx, je me contente de faire un résumé des livres que je lis !

    Tu peux aller voir cette page sur wikipedia (sur la pensée de KM).

    J’ai vu qu’il y avait aussi un livre intitulé “Karl Marx – philosophie”, en collection de poche Folio Essais.

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