
Un autre roman de Joseph Conrad, parfois considéré comme le meilleur, sans doute parce qu’il est assez novateur pour l’époque, ce qui explique également son échec commercial à sa sortie. Personnellement, j’ai beaucoup aimé, Conrad touche ici au génie dans la description psychologique de ses personnages.
Pas de récits de mer ici, nous sommes dans les bas-quartiers de Londres, que Conrad lui-même décrit comme « la vision d’une ville monstrueuse, cruelle dévoreuse de la lumière du monde ». L’histoire se passe au début du XXe siècle, un dénommé Verloc, espion ayant infiltré le milieu anarchiste local, et à la solde d’une puissance étrangère, est poussé par cette dernière à organiser un attentat afin d’influer sur la politique jugée trop laxiste du gouvernement anglais.
Conrad s’inspire pour cela d’un fait divers réel : un français, Martial Bourdin fut tué en 1894 devant l’Observatoire de Greenwich par la bombe qu’il transportait. Mais c’est la description des personnages qui est vraiment incroyable, d’une profondeur sur la psychologie humaine, et d’une noirceur sans grand espoir.
Voilà ce qu’il explique dans la préface :
Le livre que voici n’est autre que l’histoire en question […], tout le déroulement en ayant été inspiré par l’absurde cruauté de l’explosion de Greenwich Park qui en occupe le centre. J’ai eu là une tâche dont je ne dirai pas qu’elle fait été ardue, mais d’une difficulté on ne peut plus absorbante. Pourtant il fallait que ce fût fait. C’était une nécessité. Les figures groupées autour de Mme Verloc et reliées directement ou indirectement à sa conviction tragique et méfiante que « la vie ne supporte guère d’être examinée en profondeur » résultent de cette nécessité même. Personnellement, je n’ai jamais éprouvé le moindre doute quant à la réalité de l’histoire de Mme Verloc ; mais il a fallu la dégager de l’obscurité de cette ville immense, il a fallu la rendre croyable, je ne veux pas dire tellement en ce qui concerne l’âme de Mme Verloc que son milieu, pas tellement en ce qui concerne sa psychologie que son humanité.
En effet, la « conviction tragique » de Madame Verloc va avoir des conséquences tragiques, le personnage va se transformer complètement quand elle va devoir affronter la réalité. Monsieur Verloc ne verra rien venir, tant l’incompréhension est grande entre eux deux… Conrad ajoute :
À cet égard, je crois vraiment que l’Agent secret est un ouvrage parfaitement authentique. Il n’est pas jusqu’au dessein purement artistique, consistant à appliquer une méthode ironique à un sujet de ce genre, qui n’ait été formulé de façon délibérée et dans la sérieuse conviction que seul un traitement ironique me permettrait de dire tout ce que j’avais le sentiment de devoir dire au titre du mépris aussi bien que de la pitié.
On comprend que cela ait pu choquer les lecteurs à l’époque ! Il n’y a pas de personnages qui soient vraiment épargnés par l’auteur. Les anarchistes par exemple sont décrits comme très orgueilleux, aux motivations toutes personnelles, souffrant du manque de reconnaissance de leur talent. Voilà un exemple de description dont Conrad est capable :
La voie des révolutions, même les plus justifiées, est pavée d’impulsions personnelles déguisées en croyances. L’indignation du Professeur trouva en elle-même une cause finale, qui l’absolvait du péché de chercher dans la destruction les moyens de satisfaire son ambition. Détruire la foi du public en la légalité, telle était la formulation imparfaite de son fanatisme sourcilleux ; mais sa conviction sous-jacente que la charpente d’un ordre social établi ne peut être effectivement ébranlée que par une forme quelconque de violence collective ou individuelle était précise et exacte. Le Professeur était un agent de la morale… ce point était bien établi dans son esprit. En jouant ce rôle d’agent dans une attitude d’impitoyable défi, il se donna les apparences de la puissance et du prestige personnel. Ce point était indéniable à ses yeux amèrement vindicatifs. Son agitation s’en trouvait calmée ; à leur manière, les plus ardents des révolutionnaires ne font peut-être pas autre chose que chercher la paix, comme le reste de l’humanité… la paix d’une vanité flattée, d’appétits repus, ou peut-être d’une conscience tranquillisée.
Ne vous attendez donc pas un roman d’espionnage classique avec un héros qui brave les périls sans peur et sans reproches ! Mais l’histoire est prenante, c’est comme toujours remarquablement écrit ; le personnage de Stevie (le frère de Madame Verloc, un peu demeuré) est attachant, je pense à cette scène avec le fiacre et le cheval famélique où il réagit avec tant d’empathie à la douleur du cheval…
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- Un paria des îles
Joseph Conrad (1857-1924), d’origine polonaise, est considéré comme l’un des plus importants écrivains anglais du XXe siècle. Il sera marin pendant vingt ans, puis se consacrera totalement à son œuvre littéraire.

Un roman sur la mer, grand classique de la littérature américaine du XIXème siècle, qui plus est admirablement traduit et présenté par Simon Leys… Cela ne pouvait que procurer de bons moments de lecture, et ce fût bien le cas.
Bouquin recommandé par mon ancien libraire de Puteaux, alors que je lui parlais d’écrivains des pays de l’Est, et de leur qualité.
Je suis tombé par hasard sur 



En allant voir ce film, je m’attendais à une histoire qui démonte la mécanique populiste d’un parti populiste d’extrême-droite. Et puis le cinéma belge nous offre souvent de bonnes surprises… Ce ne fût pas le cas cette fois, et je suis ressorti très déçu de la salle.
Je savais que le Japon avait été très réticent à s’ouvrir sur le monde extérieur. Je ne sais plus qui disait que d’abord ils se sont crus seuls au monde, puis ont regretté de ne pas l’être… Concernant le christianisme, il avait été déclaré illégal, et les adeptes sévèrement punis (la mort) s’ils ne reniaient pas leur foi.
Sur le quatrième de couverture, on peut lire : « Un des plus grands romans de ce siècle. Nicole Zand, Le Monde. » Sans aller jusqu’à cette critique un peu démesurée, c’est indéniablement un bon roman.