
« Le Canard enchaîné » – mercredi 14 juin 2017

« Le Canard enchaîné » – mercredi 14 juin 2017

George Orwell est un personnage qui vaut le détour, de part ses écrits et ses actes, jamais en décalage l’un par rapport à l’autre, mais aussi pour sa lucidité, « sa capacité à saisir dans quel monde nous vivons » et à le transcrire dans un langage intelligible. Alors quand quelqu’un comme Simon Leys, autre grand personnage, produit un petit essai sur le premier (à peine une centaine de pages), cela vaut certainement le coup de le lire.
Il s’agit d’un réédition, la première datant de 1984 (allez savoir pourquoi !) était épuisée. L’occasion d’ajouter quelques notes et une troisième annexe à propos de l’affaire de « la liste noire », la dernière en date des calomnies à l’encontre d’Orwell, plus de cinquante ans après sa mort (le journal Le Monde était encore une fois dans le coup !).
Simon Leys s’appuie essentiellement sur la biographie très complète de Bernard Crick « George Orwell, une vie », que l’on peut encore trouver, mais d’occasion apparemment.
La première chose que nous dit Leys, c’est que Orwell, contrairement à l’idée générale qui en France réduit 1984 à une lutte contre le communisme, se battait avant tout au nom du socialisme :
Et pourtant, en France, il demeure sinon inconnu, du moins largement mécompris. Est-ce seulement l’effet de l’incurable provincialisme de ce pays ? Le malentendu qui l’entoure ici doit avoir également des causes politiques, semblables peut-être à celles qui permirent à Sartre et Beauvoir d’excommunier si durablement des rangs de l’intelligentsia bien-pensante un Camus ou un Koestler, coupables de la même lucidité.
Quand les français lisent Orwell, c’est généralement dans une optique digne du Reader’s Digest : son œuvre est alors réduite au seul 1984 privé de son contexte et arbitrairement réduit aux dimensions d’une machine de guerre anticommuniste. On ignore trop souvent que c’était au nom du socialisme qu’il avait mené sa lutte antitotalitaire, et que le socialisme, pour lui, n’était pas une idée abstraite, mais une cause qui mobilisait tout son être, et pour laquelle il avait d’ailleurs combattu et manqué se faire tuer durant la guerre d’Espagne.
Sa conversion au socialisme intervient alors qu’il a déjà publié quatre livres : un éditeur l’envoie en 1936 dans le nord industriel de l’Angleterre enquêter sur la condition ouvrière, au moment de la Dépression. En quelques semaines, l’injustice sociale et la misère fut pour lui une révélation bouleversante et définitive.
Mais il faut aussi retenir son enfance et les six années d’internat pour bien comprendre sa personnalité.
Continuer la lecture… Orwell ou l’horreur de la politique – Simon Leys
Voilà une petite recette toute simple, et délicieuse à l’apéro. Il vous faut :
Mixer tout cela grossièrement, tartiner sur une tranche de pain grillé, et déguster avec un verre de vin blanc par exemple !

Merci à mon neveu Pierre pour cette recette ! 😎
Iain Levison, j’ai déjà lu deux de ses romans, et j’aime bien le côté social de ses récits, que ce soit le récit de ses années de galère lorsqu’il a obtenu sa licence de lettres, et où il a du accepter de travailler dans à peu près n’importe quoi (Tribulations d’un précaire), ou son premier roman où le personnage principal licencié de son boulot accepte de devenir un tueur (Un petit boulot) pour s’en sortir.
Pour celui-ci, c’est encore un polar, genre que semble apprécier l’auteur. Snowe est un flic du Michigan, qui se met à percevoir les pensées des gens… Au début, ce genre de truc peut se révéler marrant et pratique comme pour arrêter les coupables, mais cela devient vite problématique (son essai de drague tourne au fiasco), et on préfère vite la solitude !
Et puis Terry, travaillant pour une agence gouvernementale, va le charger d’une mission : retrouver un prisonnier condamné à mort qui s’est échappé, et qui a les mêmes facultés que lui… Mais la rencontre entre les deux télépathes ne va pas se passer comme prévu…
Un petit roman policier donc, sans grande envergure, même si la problématique de la surveillance généralisée (comme l’annonce le titre) fait partie de l’histoire. Mais il se lit agréablement (comme tous les bouquins de Levison), et il n’est pas exclu que l’on retrouve Snowe dans un futur roman, il pourrait bien devenir le personnage fétiche de l’auteur, en lutte contre ces agences aux pouvoirs très étendus… Pure spéculation cependant !
Autres romans du même auteur sur ce blog :
Iain Levison, né en 1963 à Aberdeen, est un écrivain américain d’origine écossaise vivant à Philadelphie. Après avoir vécu avec sa mère célibataire dans un taudis d’Aberdeen, il part vivre aux États-Unis en 1971. Deux de ses romans ont déjà fait l’objet d’une adaptation au cinéma : Arrêtez-moi là de Gilles Bannier avec Reda Kateb, et Un petit boulot de Pascal Chaumeil avec Romain Duris.

J’avais fait un article sur Gil Scott-Héron il y a quelques années, à l’occasion de la sortie de son dernier album sorti en 2010 et intitulé « I’m new here », que j’avais d’ailleurs fini par acheter sur le défunt Ubuntu One Music Store (voir ici, c’était l’époque où Canonical tentait plein de choses, aujourd’hui c’est plutôt l’inverse !).
Pour revenir à Gil Scott-Héron, quand j’ai vu ce livre sur l’étagère du libraire, je l’ai feuilleté rapidement, et emmené sans hésitation : je sentais que cette autobiographie partielle allait me plaire. L’intuition était bonne.
Gil nous raconte sa vie, depuis son enfance jusqu’à la tournée qu’il fit avec Stevie Wonder en 1980-1981, le « Hotter than July Tour », dont le but était de faire du 15 janvier un jour férié, date de l’anniversaire de Martin Luther King.
Il fut élevé par sa grand-mère, puis par sa mère, qui lui ont transmis une bonne éducation. Sa mère lui faisait toujours confiance, mais attendait de bons résultats scolaires. Il est repéré par un prof et obtient une bourse pour aller à l’école de Fieldston pour préparer son bac, une école qu’il n’aurait jamais eu les moyens de payer (il travaille tous les étés, et souvent le week-end pour aider sa mère). Voilà ce qu’il dit à propos de cet expérience :
À cet égard, je ne pourrai jamais accuser les élèves ou l’établissement de Fieldston d’être racistes. Je pourrais accuser les élèves qui se connaissaient depuis des années d’avoir préféré rester entre eux au lieu de passer du temps avec un nouveau. Je pourrais accuser les profs d’avoir enseigné à mes camarades de classe pendant dix ans et à moi pendant dix minutes. Mais je ne peux pas dire qu’ils n’ont pas pris le temps de m’expliquer que je ne travaillais pas assez.
Il y avait donc des élèves, des profs et des dirigeants qui ne m’appréciaient pas. Mais à leur décharge, je crois sincèrement qu’il ne fallait rien y voir de plus. Il y a eu beaucoup de noirs qui ne m’ont pas apprécié, au fil des ans. Ils avaient moins à cœur de me le faire savoir, voilà tout.
La plus grande part de cette sagesse, je l’ai acquise pendant ces trois années passées là-bas.
On le voit, il est concerné par sa condition sociale et raciale, être noir aux États-Unis n’est pas forcément facile, et il a 19 ans quand Martin Luther King se fait assassiné.
Je ne suis pas un grand fan des films d’horreur, plutôt de SF, et ici on parle de « science-fiction horrifique » ! Mais je me souviens encore de la sortie du premier Alien (1979) avec Sigourney Weaver, et cette phrase sur l’affiche « Dans l’espace, personne ne vous entend crier »… À l’époque, c’était pas mal.
Bref, j’avais une place gratuite au Gaumont, je suis allé voir ce nouvel opus, censé se placer chronologiquement entre Prometheus et ce premier Alien. Il y a déjà une suite de prévue, et peut-être d’autres encore si cela marche bien.
Personnellement, je n’ai pas vraiment accroché. Le scénario a du mal à tenir la route, tout comme les personnages. Mention spécial à l’équipage du vaisseau, qui peut se résumer à une bande d’abrutis irresponsables, toujours prêts à prendre systématiquement la mauvaise décision… Pas étonnant que la catastrophe arrive, et tant pis pour le suspens !
Du coup, la partie « SF » vole en éclat. Il y a bien une brève explication pour faire le lien avec le film Prometheus, mais juste le minimum, hein, afin de pouvoir faire encore plein de films pour arriver à Alien. Ça va coûter un bras, à ce rythme là !
Il ne reste donc que la partie « horreur ». Et on tombe dans du déjà vu mille fois, avec le monstre hideux qui surgit au milieu de l’écran avec un hurlement monstrueux (forcément), ou qui sort de la poitrine du pauvre membre de l’équipage dans un bain de sang, car il ne faudrait tout de même pas lésiner sur l’hémoglobine !
Comme je l’ai lu quelque part : « Ridley, dans l’espace, personne ne t’entend merder ! »

Livre conseillé par mon libraire de Puteaux, imposant d’épaisseur avec ses 800 pages (5,6 cm !), dans la collection Météores de l’éditeur Le Tripode. « L’art de la joie » est aujourd’hui considéré comme une œuvre majeure de la littérature italienne contemporaine.
C’est l’histoire de Modesta, née dans une famille misérable sur les bords de l’Etna, qui va se retrouver par les hasards de la vie héritière d’une famille dégénérée de nobles siciliens. S’en suivra une quête éperdue de liberté, de corps comme d’esprit, ainsi qu’une vie amoureuse palpitante. Et tout cela dans un style assez remarquable, où la vie palpite constamment et où la profondeur ne manque pas.
Le roman commence fort, on est tout de suite accroché par cette enfance misérable à laquelle Modesta échappe pour se retrouver dans un couvent. À partir de là, elle va commencer à comprendre beaucoup de choses et à agir pour influer sur son futur. Elle est très intelligente, et j’imaginais à ce moment du roman un grand destin de femme à venir. Ce ne sera pas exactement le cas, mais elle va tout de même se construire une personnalité exceptionnelle, éprise de liberté de pensée dans un contexte de guerre et de fascisme.
Ce qui surprend le plus, c’est que tout ou presque est rendu sous la forme de dialogues ! C’est assez plaisant au début, mais finalement génère un manque de contexte un peu lassant par fois (par contre, cela donne un ton très original au roman) : par exemple quand elle se retrouve en prison pendant la guerre, il faudra attendre qu’elle en sorte pour en apprendre la raison, au détour d’une conversation.
D’autres fois c’est à cause des personnages, et des dialogues sans fin sur le même thème, comme avec Brigitte qui est plutôt difficile à gérer et souvent à se plaindre. Après ce sera avec Carmine, le premier amant de Modesta : leurs « Je t’aime moi non plus » fatigue à la longue… Un peu plus tard, ce sera pareil avec son amante Joy… On tourne les pages et on s’ennuie un peu, il ne se passe pas grand chose…
Tout de même, il en reste un superbe roman, la vie d’une femme qui par la culture va s’émanciper totalement, vivre sans tenir compte des convenances (une femme en Sicile…), veiller à élever ses enfants dans ce même esprit, s’engager politiquement et protéger les communistes en danger. Car en fond, l’histoire est à l’heure de la montée du fascisme italien, des communistes qui se cachent, puis vient la seconde guerre mondiale. Là aussi, j’aurai bien aimé plus de contexte historique. On a d’ailleurs un peu de mal à se rendre compte du temps qui passe.
Quelques extraits pour vous faire une idée :
C’est le quatrième roman de Houellebecq que je lis, et sans aucun doute le moins bon. Publié en 2015, le sujet est évidemment sensible, et on peut se poser des questions sur les motivations de l’auteur. J’y verrai bien une envie de provocation, de jouer sur les peurs du moment.
Car dans Les particules élémentaires, s’il y a une chose qui m’avait plu, c’était le côté analyse sociologique plutôt bien vu. Or dans celui-ci, on est rapidement déçu : l’élection au poste de président de la République du leader du parti de la « Fraternité Musulmane » est tout sauf crédible, la France semble se limiter aux fachos d’extrême droite et aux cathos.
On a vraiment du mal à croire à son scénario assez simpliste et envoyé en quelques chapitres sans trop se casser la tête à décrire une vraie sociologie comme il est pourtant capable de le faire. Chapitres d’ailleurs entrecoupés d’autres traitant des problèmes sexuels de son personnage principal par ailleurs extrêmement cultivé (habitude récurrente de Houellebecq, pour les deux points !), dont franchement on finit par se lasser : Houellebecq aurait mieux fait se soigner son scénario électoral pour le rendre plus crédible !
Et quand par la suite, ledit personnage part en province car la situation à Paris devient dangereuse, c’est encore moins crédible : l’absence de radios, la scène dans la station-service… Ça ne tient pas debout. La fin sera à l’image du reste. Déception donc, l’auteur semble fatigué, comme son héros. Il aurait pu s’abstenir, vu le sujet et la situation actuelle.
Autres articles sur le blog à propos de Michel Houellebecq :
Michel Houellebecq (né Michel Thomas à La Réunion en 1956), est l’un des auteurs contemporains de la langue française les plus connus et traduits dans le monde. Révélé par « Extension du domaine de la lutte » (1994) et surtout « Les particules élémentaires » (1998). Élevé d’abord par ses grands-parents maternels en Algérie, il est confié à six ans à sa grand-mère paternelle Henriette, communiste, dont il adoptera le nom de jeune fille comme patronyme.
Il m’arrive de temps en temps de changer de thème pour mon desktop, histoire de changer un peu, et puis je reviens au thème par défaut, pour les mêmes raisons… 😉 Mais là, il s’agit d’un nouveau look pour Thunderbird, le client de messagerie historique de Mozilla ! Car si le client est très complet, il faut reconnaître que son look est un peu vieillot…
Et ce nouveau thème est vraiment réussi je trouve :
Tout est parti d’un « mockup » (un prototype d’interface utilisateur) fait par une boite de design (Monterail) pour imaginer à quoi pourrait ressembler Thunderbird dans un monde moderne. Il a suffit d’un article sur le site ogmubuntu pour qu’un développeur (spymastermatt) s’y colle et à grand coup de règles CSS sorte quelque chose d’assez proche. L’histoire est racontée sur cet article.
Reste à l’installer :
C’était le mois dernier, à Toulon, je suis allé voir ce film avec ma sœur et mon neveu au cinéma Le Royal, petit cinéma classé Art et Essai. Auparavant, Pierre, mon neveu, nous avait fait visiter la basse ville, en pleine rénovation : ce quartier plein de rues piétonnes et de places se succédant les unes aux autres est en train de devenir un lieu très attractif, grâce à un plan de rénovation urbain plutôt bien pensé. Il n’y a pas si longtemps, c’était plutôt mal famé !
Mais revenons à la cité perdue de Z ! Je ne savais rien de ce film avant d’y aller, et ma foi, on y retrouve le charme des films d’explorateurs, aventuriers au milieu de la jungle hostile, à la recherche d’une civilisation inconnue, au moins dans la première partie.
L’histoire est inspirée de la vie de Percy Fawcett, explorateur britannique. Ce dernier est d’abord envoyé à la frontière de la Bolivie et du Brésil pour y tracer la frontière officielle : les deux pays se disputant à ce sujet pour des intérêts commerciaux ont décidé de faire appel à l’Angleterre pour jouer le rôle d’arbitre.
Ce faisant, il y découvre des restes d’une civilisation inconnue, et ne pense plus qu’à une chose, y retourner, et s’efforce de convaincre la Royal Geographical Society de Londres… La chose est entre autres rendue difficile pour des problèmes de classes, Percy étant un militaire talentueux mais sans origines nobles. Jusque là, le film est assez intéressant, et la première expédition assez bien rendue.
Percy réussira à repartir deux fois en expédition. La première échouera lamentablement, puis viendra la seconde guerre mondiale qui mettra son rêve entre parenthèses. Il ne reviendra pas de la seconde expédition, et le mystère perdurera : est-il mort, ou bien a-t-il décidé de rester vivre dans cette civilisation qu’il a cherché toute sa vie ? Le film laisse croire que c’est peut-être la seconde proposition qui est la vraie (la boussole qu’un brésilien rapporte à sa femme), quand la réalité laisse supposer sans grand doute que c’est la première !
Toujours est-il que ces deux dernières explorations sont assez mal filmées, et de manière assez brève, me laissant largement sur ma faim. Ses discussions avec la RGS sont assez classiques, et vite ennuyeuses, comme le reste des moments passés en Angleterre. Seul reste le sourire magnifique de sa femme, jouée par Sienna Miller : les petites fossettes au coin des lèvres sont charmantes !