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Hell’s Angels – Hunter S. Thompson

J’avais déjà lu ce bouquin de Hunter S. Thompson il y a une dizaine d’années (en fait, j’ai même dû découvrir HST par celui-ci), mais ne le voyant plus dans ma bibliothèque, et ayant lu à peu près toute l’œuvre de HST maintenant (au moins ce que l’on trouve en français), je l’ai racheté et relu dans la foulée.

J’avais de très bons souvenirs de ce récit, pur journalisme Gonzo, où l’écrivain s’incruste dans la bande des Hell’s Angels pour écrire un papier sur eux “de l’intérieur”, avec leur accord bien sûr… et avec les risques que cela comporte, puisque cela se finira par un passage à tabac, les bikers le soupçonnant de vouloir se faire du fric sur leur dos.

J’avoue qu’à la relecture, cela ne m’a pas paru aussi bon, sans doute parce que c’est son premier livre. Pendant tout le long, HST est beaucoup sur un style usant beaucoup de suppositions (la situation aurait pu dégénérer, et alors il se serait passé ceci ou cela…), forçant régulièrement le trait, ce qui est vite lassant. D’autres passages sont assez répétitifs, sur le thème “qui sont vraiment les Hell’s Angels” : en fait des types pas très futés, des “perdants”, fanas de mécanique, et qui font peur aux braves gens, mais pas si méchants que ça.

Il y a aussi de bons passages sur la société américaine de cette époque, les rapports entre la police et la population qui est en en train de changer, avec par exemple les émeutes du ghetto de Watts, ou encore sur le LSD (voir plus bas).

Mais bon, l’analyse de HST est tout de même percutante (comme souvent) : ce sont les médias californiens qui ont d’abord monté en épingle un fait divers minable (une rumeur de viol de deux jeunes filles, qui n’a jamais eu lieu) et qui ont initié la légende des Hell’s Angels afin de vendre du papier et d’éveiller la peur des concitoyens. La presse nationale s’en empare alors, augmentant le nombre de Hell’s Angels, leurs nuisances (des hordes barbares déboulant pour mettre telle ville à feu et à sang), exagérant le danger pour la brave société américaine, etc…

La renommée de cette petite bande de motards sans envergure, plutôt sur le déclin qu’autre chose, devient alors nationale ; ils sont sans rien avoir demandé devenu le symbole de la révolte contre cette société formatée, les idoles des étudiants de Berkeley (dont ils casseront la gueule plus tard lors de manifs, car ce sont quand même des types plutôt racistes et violents à la base).

On y apprend aussi que c’est grâce à HST que les Angels ont rencontré Ken Kesey (l’auteur du chez-d’œuvre Et quelques fois j’ai comme une grande idée, car il n’a pas écrit que Vol au-dessus d’un nid de coucous !). La fête à La Honda dont il parle est d’ailleurs racontée dans le génial Acid Test de Tom Wolfe, autre adepte du journalisme Gonzo (qu’il appelait le nouveau journalisme) : Wolfe s’était attelé à suivre Ken Kesey et ses Merry Pranksters, qui s’éclataient au LSD (pas encore interdit à l’époque) dans un périple à travers l’Amérique.

Bref, voilà ce que raconte Hunter S. Thompson sur Ken Kesey :

Finalement, je n’ai réussi à les brancher que sur une seule personne, Ken Kesey, l’auteur de Vol au-dessus d’un nid de coucous, installé à l’époque dans les bois de La Honda, au sud de Frisco. En 1965 et 1966, Kesey fut arrêté deux fois pour détention de marijuana, et finalement dut quitter le pays pour ne pas se faire coffrer. Même si les forces de l’ordre ne voyaient pas d’un bon œil le rapprochement qu’il opérait avec les Angels, Kesey n’en fît néanmoins qu’à sa tête.
J’avais retrouvé Kesey un après-midi d’août dans les studios d’une station télé de Frisco ; après avoir sifflé quelques bières avec lui, je lui ai annoncé que je devais passer déposer un disque brésilien pour Frenchy, à la Boîte de Vitesses. Il m’accompagna et, sitôt arrivé, fit grosse impression sur les Angels, encore au boulot. Après plusieurs heures passées à picoler, bâfrer et partager le joint symbolique, Kesey invita toute la section de Frisco à la fête qu’il donnait le samedi suivant à La Honda, où il partageait trois hectares de terrain un peu en retrait de l’autoroute avec sa bande, les Merry Pranksters, et où régnait vingt-quatre heures sur vingt-quatre une ambiance délirante.
Par un heureux hasard, neuf des Merry Pranksters, accusés de détention de marijuana, furent acquittés le vendredi, et les journaux du samedi ne manquèrent pas de signaler la triste nouvelle au moment même où Kesey postait à l’entrée de sa propriété une pancarte de cinq mètres de long et deux mètres de haut, proclamant en lettres rouges et bleues : “Bienvenue aux Hell’s Angels chez les Merry Pranksters”. Quoique partant d’un bon sentiment, la nouvelle consterna plutôt le voisinage. Et quand je suis arrivé chez Kesey, en début d’après-midi, il y avait cinq voitures de patrouille garées sur l’autoroute surveillant, impuissantes, la dizaine d’Angels déjà arrivés, et hors d’atteinte, dans la propriété, tout en attendant de pied ferme la vingtaine encore en route.

HST explique ensuite que les Angels prirent goût au LSD à cette occasion, et ne manifestaient aucun signe de violence, tout au contraire ! Ils étaient beaucoup moins dangereux et agressifs qu’avec l’alcool…

Un bon bouquin donc, pour démystifier qui sont vraiment les Hell’s Angels, et comment leur légende est née dans les années 60, époque charnière aux États-Unis.

Autres articles sur le blog à propos de Hunter S. Thompson :

Hunter S. Thompson (1937-2005) était un journaliste et un écrivain américain de tempérament rebelle, fêtard et provocateur. Il inventa le principe du journalisme gonzo, méthode d’investigation basé sur l’immersion dans un milieu, n’hésitant pas à prendre drogues et alcools quand il le faut, écrivant le récit à la première personne sans chercher une pseudo objectivité. Il se donnera la mort le 20 février 2005, à son domicile d’Aspen (Colorado).

Le dernier stade de la soif – Frederick Exley

le dernier stade de la soif Quatrième roman à paraître dans cette belle collection, qui trouvera sa place dans la bibliothèque à côté des autres, tous avec une jaquette stylisée mais d’une couleur différente.

Il s’agit d’une semi-autobiographie, comme le précise l’auteur dans une courte note précédent le récit :

Même si les événements décrits dans ce livre ressemblent à ceux qui constituent ce long malaise qu’est ma vie, l’essentiel des personnages et des situations est le seul fruit de mon imagination.

C’est donc l’histoire d’un homme devenu alcoolique, amoureux des NY Giants, et obsédé par le succès et la gloire, resté sous l’influence d’un père trop talentueux. Malgré ce décor sombre, on est tout de suite accroché par la narration : c’est très bien écrit, fluide, précis, et l’auteur a une féroce envie de ne pas se conformer à cette société américaine trop convenue (nous sommes dans les années 50-60).

Au début de la narration, l’auteur est professeur dans un lycée, et fait chaque week-end quatre-vingt kilomètres pour retourner dans sa ville natale, et pouvoir se saouler tranquillement jusqu’au dimanche après-midi où il lève le pied pour regarder le match des NY Giants à la TV ! Mais après une attaque cardiaque, il se retrouve à l’hôpital, et commence à se remémorer sa vie… Le récit ne sera pas linéaire, et ce n’est toujours évident de savoir de quelle période il parle, entre les différents séjours en H.P. qu’il va faire… Tout semble un peu mélangé.

Après des études de lettres en Californie, il part à New-York chercher du boulot, ayant élaboré avec des amis, un soir de cuite, un C.V. hyper gonflé ! Lors des entretiens, sa stratégie consiste à jouer au dandy surdoué et méprisant, éventuellement prêt à mettre son talent au service de l’entreprise ! C’est bien entendu voué à l’échec… Il s’en suivra une dégringolade de ville et en ville, avec un salaire toujours plus bas, jusqu’au retour à la ville natale et à l’hosto.

Au cours de ses séjours en hôpital psychiatrique, il subira les thérapies de choc de l’époque, à savoir l’insuline (redoutable à priori) puis les électrochocs. Il en ressort à chaque fois se comportant de la façon que son psy attend de lui… pour y retourner rapidement, au gré de son alcoolisation… Il ne s’en sortira jamais, rendu fou par l’alcool, son ego et ses échecs ; mais aussi par son dégoût de l’Amérique et du mode de vie qu’elle impose.

Les personnages croisés ne manquent pas de singularité et valent le détour, comme Mister Blue ou son propre beau-frère, Bounty. Ce qui nous vaut des pages d’anecdotes assez étonnantes, mais si l’on en croit l’auteur, rappelez-vous, ce n’est que pure fiction.

Chose amusante, il est fait référence plusieurs fois à un ouvrage déjà paru dans cette même collection : avec d’abord cette réplique de Willie Stark parlant à Jack Burden, qu’il pense à utiliser pour saluer Paddy (un résident de l’HP qui a compris ce qu’était l’alcoolisme et comment le combattre : en décidant de ne plus rendre les gens tristes) :

Les choses auraient pu tourner différemment, Jack… Tu dois me croire.

Plus loin, dans une énumération de personnes célèbres qu’il inviterait à sa table dans ses délires de millionnaires, il cite Robert Penn Warren ! Enfin, sur la bibliothèque de ‘USS Deborah’, la femme de Mister Blue, prône donc Tous les hommes du Roi de Robert Penn Warren… Manifestement, ce roman fait partie des ouvrages de références pour Frederick Exley !

Sa route croisera aussi celle de Steve McQueen, dans un bar, forcément. Il en parle comme d’un type qui a l’apparence d’un dur, de quelqu’un que l’on n’emmerde pas, et chez qui on sent un désir de devenir célèbre et persuadé qu’il le deviendra.

Lui est trop préoccupé par sa propre personne, son désir de devenir célèbre, et à trouver la femme de ses rêves. Il sympathise bien une fois avec une collègue, fantasme un peu sur elle, mais la jette quand elle lui dit ne pas aimer son bar préféré. À cette époque, il est à Chicago, et fait la fête tous les soirs après le boulot ; il a des conquêtes mais se comporte comme un macho avec les femmes, forçant souvent leurs faveurs…

Il finit par rencontrer “la femme de sa vie”, Bunny ; il est sexuellement bloqué avec elle, ce qui n’empêche pas cette dernière de l’aimer. Mais une visite à ses parents petits bourgeois consommeront la rupture. Dans sa lucidité, il sait qu’il ne serait pas moins heureux en acceptant cette vie conventionnelle (femme, enfant, boulot, métro, dodo), mais il s’y refuse obstinément.

De retour chez sa mère, passant ses journées sur le canapé à regarder la TV et s’effrayant de ce monde conventionnel, on le voit sombrer petit à petit dans la folie et la paranoïa, son jugement étant manifestement affecté par les doses d’alcool absorbées. D’ailleurs, il parle peu de la quantité d’alcool qu’il absorbe, se contentant de raconter des anecdotes, qu’il ne peut supporter ce monde, et qu’il le fuit en buvant, acceptant qu’on le juge fou en retour.

C’est entre ces séjours à l’HP qu’il commencera à écrire ce roman. Pour finir, voilà une description de poivrots dans un bar, à l’époque où il fréquente le fameux Mister Blue, pour vous donner une idée du style :

Quand nous entrions dans l’un de ces bars qui portaient invariablement le nom du patron, celui-ci et sa clientèle abreuvée de bière et constituée essentiellement d’ouvriers blêmes abonnés aux trois-huit, de grosses prostituées blafardes, de chômeurs myopes et de vieillards édentés, décollaient un instant leur regard du poste de télévision pour nous dévisager avec le dégoût que les prolétaires réservent aux bourgeois. C’était bien mal connaître Mister Blue que de croire qu’ils pouvaient nous intimider. Le regard vitreux du propriétaire déclenchait chez lui un rot enthousiaste et sonore, un étirement théâtral proche du déhanchement, un bâillement indifférent, un grattage de couilles en bonne et due forme, et un :”Vous servez à bouffer dans ce trou à rat ?”. Même le plus costaud des patrons n’aurait pas osé répondre à pareille insolence.
Mister Blue prétendait ne pas boire et ne pas fumer, même s’il avait pour habitude de faire les deux. Il ne buvait pas tant que ça. Tous les jours, il commandait un bourbon glace pour célébrer ce qui était à coup sûr la vente la plus lucrative de sa vie, mais il finissait chaque fois par en descendre six ou sept, ce qui avait le don de l’émécher, le rendant volubile et grossier. Dans cet état, il essayait de régaler les habitués en enchaînant saltos avant et arrière le long du bar. Trop absorbés à observer un crétin doucereux et obséquieux à la télévision, les clients ne se régalaient guère : ils ne regardaient même pas Mister Blue. Dans le triste univers de ces bars semblaient régner une règle tacite mais inviolable qui interdisait aux clients d’observer quoi que ce soit avec admiration – et plus particulièrement ce qui était vivant. Drogués à la télévision et riants comme des robots quand on leur intimait de le faire, ils passaient des heures à attendre leur service, rêvaient de devenir de riches satyres, tripotaient les pièces de monnaie que le gouvernement leur allouait, et mâchonnaient leurs cigares. Au vu des efforts que Mister Blue déployait pour les distraire, je développai une haine tenace face à leur indifférence stupide. Lorsque Mister Blue esquissait ses pas de gymnastique, j’avais envie de hurler : “Hé, les mecs ! Regardez ça ! Regardez Mister Blue !”. Mais je ne le faisais pas car je doutais de ma capacité à réveiller les morts.

Frederick Exley (1929-1992) est un auteur américain devenu célèbre avec son premier roman, celui-ci. Son ami Jonathan Yardley (un critique célèbre, prix Pulitzer), a écrit une biographie d’Exley (Misfit,L’Étrange vie de Frederick Exley). La thèse principale de Yardley est qu’Exley fut l’homme d’un seul livre.

Vernon Subutex Tome 3 – Virgine Despentes

Presque deux ans après, voilà donc le tome 3 de Vernon Subutex (format poche), dont j’avais apprécié les deux premiers opus. Pour ce troisième et dernier, la déception fut aussi grande que l’attente était longue.

On retrouve donc toute la bande… avec heureusement un petit rappel des personnages en guise de préface, bien utile après tout ce temps. La lecture est toujours aussi facile, le style est fluide, et tout le monde en prend plein la gueule…

Pourquoi pas, mais cette critique sans appel d’une société individualiste (où l’on ne peut s’en sortir qu’en écrasant les autres), est souvent un peu trop facile, presque démago, quand elle n’est pas caricaturale (juifs, arabes, émigrés, tous dans le même sac), et finit très vite par lasser.

Ici, tous les personnages étant des marginaux, plus ou moins exclus de ladite société, c’est plus simple de tout rejeter en bloc, sans grand discernement : un peu de mesure et de réflexion de la part de l’auteur n’aurait pas fait de mal.

Par exemple, quand Aïcha écoute France Culture pour comprendre les attentats parisiens, on a droit à une critique des intellos qui ne comprennent rien au problème et cherchent dans le Coran les traces de violence induite… Circulez il n’y a rien à voir, rien à apprendre, et encore moins à comprendre.

Un minimum d’idée de scénario aurait également été apprécié, car concernant l’histoire proprement dite, il ne se passe pratiquement rien, c’est l’ennui le plus total : Vernon quitte le groupe (sur un motif bidon), Céleste enlevée, et quoi d’autre ? Une histoire d’héritage va fissurer ce groupe tellement soudé, et si éloigné des valeurs de cette société : ça ne tient absolument pas la route !

Et après le Bataclan, vient Nuit Debout… Une autre occasion de déblatérer sur la société (le monologue d’Olga est du grand n’importe quoi), encore plus caricatural si possible. Puis Vernon revient, Céleste est sauvée… le groupe se reforme pour une nouvelle convergence, qui sera la dernière ! Mais je vous laisse découvrir pourquoi.

On a vraiment l’impression d’un troisième tome inutile, bâclé, ce qui explique peut-être le temps mit à l’écrire. Son épilogue, dans un futur lointain post-nucléaire, envoyé en quelques pages, emporte la palme.

Virginie Despentes, née en 1969 à Nancy, est est une écrivaine et réalisatrice française. Elle a connu le succès avec ses deux premiers romans, Baise-moi 1993) et Les chiennes savantes (1995).

Le rêve du Celte – Mario Vargas Llosa

le reve du celte C’est en discutant avec mes sœurs que j’ai entendu parlé de ce livre. Elles me parlaient d’un livre dénonçant le colonialisme au Congo que j’étais censé connaître, et je ne voyais que Le cœur des ténèbres de Conrad… Mais dans le même roman le personnage était censé partir en Amazonie ! Ce n’était donc pas Conrad… Elles ont fini par retrouver le titre, et je me suis empressé de lire ce livre.

C’est donc l’histoire (une biographie romancée en fait) de Roger Casement, à la fois diplomate britannique et nationaliste révolutionnaire irlandais. En tant que diplomate, il a dénoncé les horreurs du colonialisme au Congo, puis en Amazonie, forçant l’empire britannique à réagir. Plus tard, ses racines irlandaises vont lui faire prendre fait et cause pour les indépendantistes, jusqu’à rejoindre les plus extrémistes d’entre eux, adeptes d’une révolution passant forcément par les armes et même la création de martyres.

Quand le récit commence, Roger Casement est en prison, et l’on va revenir peu à peu sur sa vie et ce qu’il l’a amené là, condamné à mort pour trahison à attendre une éventuelle grâce… La chronologie en peu difficile à suivre au début, car l’auteur fait référence à plusieurs époques différentes par petites touches (l’Afrique, l’Amérique du Sud, l’Allemagne), par contre c’est très bien écrit.

L’homosexualité de Casement, si elle est assez vite annoncée, n’est pas beaucoup évoquée au long du récit, l’auteur reste assez discret sur le sujet. Sur sa page Wikipedia, pourtant, il est fait mention dès le début de ses “Black Diaries”, les journaux intimes qui feront scandale où Casement décrit en détail ses activités homosexuelles. Selon Llorca, il est probable que ces journaux intimes étaient en partie fantasmés, et qu’en plus le gouvernement britannique qui en publia des extraits au moment du procès, ait en fait publié des faux pour ne laisser aucune chance d’être gracié à Roger Casement.

Reprenons un peu toute cette vie dans l’ordre, car elle ne manque tout de même pas d’intérêt.

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Le voleur de temps – Tony Hillerman

Après La fille de Femme-Araignée, écrit par Anne Hillerman (sa fille), j’ai eu envie de relire “Le voleur de temps”, auquel Anne fait référence comme le roman l’ayant inspirée pour son premier récit. Ce dernier étant en fait une suite à l’histoire du papa, j’aurais été plus avisé de le relire avant, mais bon…

Retrouver les deux personnages Joe Leaphorn et Jim Chee est toujours un plaisir. Dans ce roman, ils vont enquêter chacun de leur côté sur deux faits à priori indépendants l’un de l’autre : Joe sur la disparition d’une archéologue, Jim sur le vol d’un véhicule.

Joe est à deux semaines de prendre sa retraite, mais n’a pas l’air très pressé de passer à l’acte… Quant à Jim, il se demande si la belle Janet Pete, avocate de son métier, ne pourrait pas devenir plus qu’une amie…

Le cœur de l’histoire repose sur une ancienne civilisation, les Anasazis, qui ont précédé les Navajos et mystérieusement disparus à l’époque de notre Moyen-Âge. Ils ont laissé de très belles poteries qui attirent les convoitises, et l’intérêt des archéologues.

Et comme si Joe et Jim tiraient sur chaque bout d’une même ficelle, ils vont finir par se retrouver et recouper leurs informations. Jim gagnera l’estime de Joe Leaphorn (ce qui n’est pas rien !), en plus de lui sauver la vie.

Tony Hillerman (1925-2008) est un écrivain auteur de nombreux romans policiers, dont les deux protagonistes (Joe Leaphorn et Jim Chee) sont membres de la police tribale Navajo. J’ai lu je pense toutes leurs aventures à une époque, l’aspect policier dans un contexte de tribu navajo avec leur culture et leurs lois apporte un plus indéniable, et les deux personnages sont très attachants.
Tony Hillerman a été adapté une fois au cinéma, dans un film appelé “Le vent sombre” (le titre du roman), mais TH renia le film ! Il est de plus introuvable… dommage !

SIVA – Philip K. Dick

Ça faisait un moment que l’idée me trottait dans la tête : relire “La Trilogie divine” de Philip K. Dick. J’ai lu SIVA il y a très longtemps, mais je n’en avais pas gardé un excellent souvenir, trouvant cela ennuyeux et difficile à lire avec toutes ces références à des textes anciens mêlés à un délire métaphysique.

Bien des années plus tard donc, j’ai repris le livre sur la bibliothèque, avec les pages bien jaunies par le temps ; je connais mieux la vie de Philip K. Dick, son histoire, sa vision (ou sa folie), sa tentative d’Exégèse (parue récemment en français d’ailleurs) pour expliquer ce qui lui est arrivé (en gros sa rencontre avec Dieu), “La Trilogie divine” étant la même chose, mais sous forme romancée… Peut-être allais-je mieux l’apprécier ?

Passées les premières pages assez drôles, avec la mort de Gloria, on part vite dans ce délire métaphysique difficile à suivre… Pour compliquer le tout, le narrateur, Philip K. Dick et Horselover Fat (ces deux derniers étant des personnages de l’histoire) sont une seule et même personne !

Bref, Horselover Fat a pu diagnostiquer une maladie grave de son fils après avoir reçu un faisceau de lumière rose, qui lui a également communiqué des informations concernant l’avenir de l’humanité. Il faut noter que cet événement est réellement arrivé à PKD et a permis de sauver son fils. Cela reste d’ailleurs très mystérieux, et si on peut douter de tout le reste, il semble bien qu’il a réellement sauvé la vie de son fils de cette manière.

Voilà donc un petit résumé de ce premier tome, accrochez vos ceintures, c’est bien déjanté !

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La femme sur l’escalier – Bernhard Schlink

J’aime bien cet auteur, alors quand j’ai vu ce poche sur la table du libraire, je l’ai pris tout de suite.

C’est l’histoire d’un jeune homme qui tombe amoureux d’une femme peinte sur un tableau ; il la rencontre dans le cadre de son travail, et l’aide à échapper à deux hommes qui se la disputent (le mari et le peintre)… Il croit qu’elle va le rejoindre, qu’une histoire d’amour va commencer, mais elle disparaît avec le tableau.

Il reprend alors sa vie plutôt rangée et poursuit sa carrière d’avocat. Des années plus tard, devenu veuf, sa carrière réussie derrière lui, il tombe un jour sur ce tableau, exposé dans un musée à Sidney ; après quelques recherches, il retrouve la femme qui vit seule, isolée du monde… L’histoire prend alors une autre tournure… Le femme est malade, et l’heure est venue de faire le point sur leurs vies respectives, et la vie en général.

L’histoire est bien racontée, avec toutefois des petits chapitres très courts, trop courts parfois, la même scène continuant de l’un à l’autre… comme si l’auteur s’était imposé cette règle, on se demande bien pourquoi !

La femme se dévoile difficilement, elle a passé des années en RDA où tout était terne et basique, mais sans ce continuel appel à la consommation de notre société. Pourquoi se cache-t-elle des autorités australiennes dans ce trou perdu ? À force de parler au chevet d’Irène, de lui raconter ce qu’auraient pu être leurs vies ensemble, d’essayer de connaître son passé pour mieux la comprendre, il s’interroge aussi sur lui-même et sa vie, son mariage, ses enfants… Elle le titille aussi car ils sont fondamentalement différents, lui très sérieux et dans le système, elle rebelle à ce genre de vie établie, et maintenant à l’écart du monde. Puis la fin arrive, l’homme va retourner au monde, mais plus rien en sera comme avant…

Ce roman, sans atteindre le niveau du Liseur, ou du Week-end, reste tout de même agréable à lire.

Autres articles sur Bernard Schlink :

Bernhard Schlink est né en 1944 en Allemagne. Il a été professeur de droit, puis juge. Il a commencé par écrire des romans policiers, puis le succès est venu avec Le Liseur, pour lequel il a reçu plusieurs prix.

Un paria des îles – Joseph Conrad

Retour à Joseph Conrad, une valeur sûre en ce qui me concerne : je ne suis jamais déçu par ses histoires. Les descriptions, que ce soit de la nature ou du caractère des personnages, sont vraiment remarquables.

Celui-ci est le deuxième roman de Conrad, il fait suite à La folie Almayer dans l’ordre de rédaction, mais on y retrouve Almayer quelques années plus tôt, juste avant sa chute. Et Conrad maîtrise déjà son art de la narration, tout a l’air maîtrisé, les personnages ont des profils psychologiques forts, et sont parfaitement décrits.

Le personnage principal est Willems, l’homme de confiance de Hudig et Cie, une grosse société de commerce des îles. Willems aime le pouvoir, et à montrer qu’il en a… Mais il va faillir, son appétit va le pousser à faire une chose qui va lui coûter sa place. Son mentor, le capitaine Lingard (déjà rencontré dans la folie Almeyer) va alors le récupérer, et l’emmener se cacher le long d’un fleuve dont seul Lingard connaît l’accès, et où Almeyer est son représentant pour le commerce dont il tire sa fortune.

Les deux hommes ne vont pas s’entendre, et vont chacun précipiter leur chute…

Voilà quelques extraits dont le style m’a particulièrement plu, pour vous donner une idée de l’écriture de Joseph Conrad :

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Abraham et fils – Martin Winckler

Cadeau d’un ami… L’auteur est connu, j’avais il y a longtemps tenté de lire “La maladie de Sachs” pour m’arrêter assez vite.

J’ai donc été dans un premier temps agréablement surpris par cette histoire attachante, dans les années 60, de ce père médecin (forcément !) qui débarque dans une petite ville de province avec son jeune fils Franz, qui vient de sortir d’un coma et a perdu la mémoire de sa vie passée. Cela fera partie du mystère entretenu par le narrateur avant de nous en livrer les clefs.

Un narrateur aux multiples visages, puisque c’est parfois Franz qui prend sa place ; sinon, l’auteur reprend ses droits en nous avertissant dès le début qu’il connaît plein d’histoires, qu’il aurait pu en raconter une autre… Il interviendra parfois ainsi, sortant du récit sans ce que soit très pertinent à mon goût. “Les histoires, c’est la spécialité de la maison” est d’ailleurs la dernière phrase de ce roman.

Malheureusement, on s’ennuie assez vite dans celle-ci, pleine de beaux sentiments : le père bon médecin aux principes humanistes, le gentil fils plein de curiosité dans son monde en partie imaginaire, à la lisière de celui des adultes… Raconter des histoires c’est bien, avoir quelque chose à raconter c’est autre chose.

Les chapitres s’enchaînent à un rythme soutenu, ils ne font jamais plus de trois ou quatre pages, coupant parfois une action en son milieu. Chacun est affublé d’un titre assez convenu. À de demander si ce roman ne s’adresse pas aux adolescents…

Les journées se suivent et se ressemblent, le docteur Farkas et Claire son assistante se rapprochent, Franz et Luciane grandissent, les anecdotes se succèdent… Le sujet de la mort de la mère et du comas de Franz ne sont toujours pas abordées par le père qui s’y refuse. On apprend tout de même qu’il s’agit d’un attentat en Algérie…

Franz doit porter des lunettes, Franz va à la piscine, Franz est un grand lecteur de BDs et de romans d’aventures… Ah, le docteur Farkas lit le Canard enchaîné chaque semaine, preuve ultime que c’est un homme bien ! 😉 On finit donc par s’ennuyer un peu, il faut attendre le dernier tiers du livre pour qu’une histoire de résistants et d’une famille juive cachée dans la maison commence et apporte un deuxième souffle à cette histoire qui en avait bien besoin.

On passe alors du récit des adultes impliquées à l’époque dans l’histoire et cherchant à rétablir la vérité, à celle de l’enfant lisant le journal de la famille juive qu’il a trouvé caché dans le grenier. Pas mal, mais au final une énigme finalement assez banale, facilement résolue par le Sherlock Holmes local, père & fils réunis…

Franz est tout de même touchant avec ses interrogations d’enfant sur la vie, sur la mémoire… La mémoire qui est finalement le sujet de ce roman.

Martin Winckler, né en 1955 à Alger, de son vrai nom Marc Zaffran, est un médecin français connu sous ce pseudonyme comme écrivain. Il devient célèbre avec “La maladie de Sachs” (1998) qui reçoit le prix du livre Inter. À lire sa page Wikipedia, on se rend compte que ce roman est en partie autobiographique, le petit Franz étant le petit Marc. L’auteur nous promet d’ailleurs une suite…

Une ville sans loi – Jim Thompson

Une ville sans loi - Jim Thompson Je suis plutôt fan de Jim Thompson, j’ai lu pas mal de ses romans policiers, mais ils ne sont pas sur ce blog, cela se passait “avant” ! Voir plus bas… Celui-ci vient d’être réédité par Rivages/Noir dans une nouvelle traduction (et sous un nouveau titre) : Wild Town a été initialement publié sous le titre Éliminatoires.

Dans ce roman, McKenna, que tout le monde appelle Bugs, arrive dans une ville champignon qui était encore une bourgade il y a peu, avant que l’on y trouve du pétrole… Et l’adjoint du shérif lui propose vite un boulot d’agent de sécurité dans le seul hôtel de la ville ! Trop beau pour être vrai, se dit Bugs qui sent vite que l’on veut se servir de lui, et que cela risque fort de se terminer là d’où il vient, et n’a aucune envie de retourner : en prison !

Entre Hanlon le propriétaire de l’hôtel et Joyce sa jeune et jolie femme, Lou Ford le shérif adjoint qui comprend tout plus vite que tout le monde, la belle Amy qui est si gentille, Rosie la belle femme de chambre… le jeu va être serré ! Bugs est bien décidé à ne pas se laisser faire, même s’il a tendance à agir par instinct, et à le regretter par la suite…

Ce n’est sans doute pas le meilleur Thompson, mais l’intrigue est prenante, les personnages consistants et l’ambiance parfaitement rendue ; et il faudra attendre le dénouement pour tout comprendre.

Revenons à mes lectures de cet auteur :  j’ai pris la photo de droite dans ma bibliothèque : ce sont tous les romans de Jim Thompson que j’ai lu, soit une vingtaine !

Je me souviens particulièrement de “Ici et maintenant” (son premier roman), véritable peinture sociale, en partie autobiographique, qui décrit les galères d’un apprenti écrivain obligé d’aller trimer à l’usine pour gagner la croûte de la famille… Dans la même veine, et toujours autobiographique, même si j’en ai moins de souvenirs, il y a “À deux pas du ciel“. Rien à voir avec des romans policiers, mais du vécu, et le tableau d’une époque et d’un monde qui m’avait marqué.

Et en voyant cette liste, les deux “Écrits perdus de Jim Thompson” (1929-1967 et 1968-1977) me donnent aussi envie de les relire.

Jim Thompson (1906-1977) est un écrivain américain de roman noir, un nouvelliste et un scénariste de cinéma. Côté français, le film “Coup de torchon” de Bertrand Tavernier a été adapté d’un de ses romans, “1265 âmes” ; “Série noire” d’Alain Corneau avec Patrick Deweare est adapté de “A hell of a woman” (“Une femme d’enfer“). Outre-atlantique, on peut aussi citer “Les Arnaqueurs” ou “The killer inside me” (“Le démon dans ma peau“) comme autres adaptations connues.