1984 – George Orwell

1984.jpg L’autre jour, en passant à la Fnac de Rennes, j’ai vu ce livre et je me suis dit : oui, je l’ai lu il y a longtemps… qu’est-ce ça donne aujourd’hui ?

Big Brother vous regarde ! est-il écrit sur les affiches dont la ville est remplie. La société décrite est donc ultra totalitaire, on obéit ou l’on disparait. Dans chaque appartement il y a un télécran, sorte de radio d’état, mais qui permet aussi de surveiller en permanence les individus. Le language est revu à la baisse, pour le simplifier, c’est la novlang ! grâce à elle, la pensée elle aussi devrait se simplifier, et ainsi éviter au citoyen de trop réfléchir. Le pays est en guerre, ce qui est très pratique pour faire passer à peu près tout ce que l’on veut, et réduire la liberté individuelle.

Le héros, Winston Smith, travaille au commissariat aux archives : son travail consiste à réécrire constamment l’histoire, en fonction des discours actuels de Big Brother. Ce dernier peut ainsi affirmer à peu près n’importe quoi…

Les 3 slogans de base du sytème sont :

LA GUERRE C’EST LA PAIX
LA LIBERTÉ C’EST L’ESCLAVAGE
L’IGNORANCE C’EST LA FORCE

Comprenez la liberté (du gouvernement) c’est l’esclavage (du peuple), etc. Dans sa tentative d’échapper au système, Winston Smith va tomber sur un livre qui décrit la société, et son histoire. On sort là nettement du simple roman de science-fiction, pour des considérations (une étude ?) sur la structure des sociétés humaines. On y explique par exemple que toute société est divisée en 3 groupes : la classe supérieure, la classe moyenne, et la classe inférieure :

Les buts de ces 3 groupes sont absolument inconciliables. Le but du groupe supérieur est de rester en place. Celui du groupe moyen, de changer de place avec le groupe supérieur. Le but du groupe inférieur, quand il en a un — car c’est une caractéristique permanente des inférieurs qu’ils sont trop écraser de travail pour être conscients, d’une façon autre qu’intermittente, d’autre chose que de leur vie de chaque jour — est d’abolir toute distinction et de créer une société dans laquelle tous les hommes seraient égaux.

Ainsi, à travers l’histoire, une lutte qui est la même dans ses lignes principales, se répète sans arrêt. Pendant de longues périodes, la classe supérieure semble être solidement au pouvoir. Mais tôt ou tard, il arrive toujours un moment où elle perd, ou sa foie elle-même, ou son aptitude à gouverner efficacement, ou les deux. Elle est alors renversée par la classe moyenne qui enrôle à ses côtés la classe inférieure en lui faisant croire qu’elle lutte pour la liberté et la justice.

Sitôt qu’elle a atteint son objectif, la classe moyenne rejette la classe inférieure dans son ancienne servitude et devient elle-même la classe supérieure. Un nouveau groupe moyen se détache alors de l’un des autres groupes, ou des deux, et la lutte recommence.

Si dans les faits, notre société est très différente (démocratie, liberté), dans le fond, on peut se poser la question. La télévision prépare le temps de cerveau disponible pour la pub, comme l’on sait. Les politiques peuvent dire à peu près n’importe quoi sans être contredits : pas même besoin de réécrire l’histoire, c’est encore mieux foutu. Quant aux travailleurs, ils devront travailler plus, ce qui leur évitera certainement de trop réfléchir. On devrait même pouvoir trouver 3 slogans du même accabit que ceux du livre !

Un autre passage m’a beaucoup amusé. Winston Smith est à son boulot, et doit remanier un discours passé de Big Brother, toujours pour le faire coller à la vérité du moment :

Winston réfléchit un moment, puis rapprocha de lui le phonoscript et se mit à dicter dans le style familier à Big Brother. Un style à la fois militaire et pédant, facile à imiter à cause de l’habitude de Big Brother de poser des questions et d’y répondre tout de suite.

Ça ne vous rappelle pas quelqu’un, cette manie de faire les questions et les réponses ?

George Orwell (1903-1950) a eu une vie incroyable : il a été policier aux Indes, clochard à Paris, ouvrier, combattant en Espagne, speaker à la BBC, et bien sûr écrivain. Malade de la tuberculose, il écrivit 1984 dans ses toutes dernières années, alors qu’il luttait déjà contre la mort.

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