Moebius redux

moebius Très bon reportage hier soir sur Arte : Moebius redux (de Hasko Baumann), retraçant la vie de Jean Giraud alias Gir alias Moebius, qui nous a quitté le 10 mars dernier.

Un portrait passionnant, entrecoupé d’illustrations du « maître », mais aussi d’extraits de films (Alien, Tron) auxquels Moebius a participé, et enfin d’interviews des principaux artistes avec qui il a travaillé : Druillet, Jodorowsky, Stan Lee ou Enki Bilal.

Hélas, pas de rediffusion de prévue.


Élevé par sa mère qui travaillait, et donc souvent absente, vivant chez les grand-parents, il s’immerge dans le dessin. Plus tard, ses collègues diront de lui qu’il est celui qui dessine le plus vite, une véritable machine à dessiner. Sa carrière commence au journal Pilote, et son premier héros est Blueberry, sous le nom de Giraud ou Gir. Il dit lui-même que son coup de génie fut de prendre les traits de Belmondo pour le personnage !

Puis une rupture se déclare, et il part avec Philippe Druillet, Jean-Pierre Dionnet et Bernard Farkas fonder Métal Hurlant, une revue de bande dessinée orientée science-fiction et moins sage (ou moins conventionnelle) que Pilote. À l’époque (1975), j’achetais tous les numéros, j’étais fan !

Entre -temps, Jean Giraud a passé une année au Mexique, et a vécu une expérience hallucinogène qu’il qualifie lui-même de « violente » (peyotl probablement). Moebius apparaît alors, et ses œuvres sont au carrefour de la science-fiction, de l’inconscient et du monde des rêves. Il peut laisser libre cours à son imagination (le Garage hermétique).

Hollywood va le contacter une première fois pour un projet de film : Dune, d’après le célèbre roman de Frank Herbert. C’est là qu’il rencontre Jodorowski pour la première fois. Hélas le projet échoue faute de moyens (quel dommage !). Il continue sa collaboration avec Jodorowski, et ainsi paraît l’Incal, sage de science-fiction de six volumes.

Ce côté mystique va lui jouer des tours, puisqu’il part en Australie avec femme et enfants pendant trois ans suivre la « secte » Izo. Voilà ce qu’il en dit :

Secte n’est pas le mot le plus approprié. Entre nous, nous parlions plutôt de groupe. Et il n’était pas non plus question d’argent. C’était avant tout une recherche collective dirigée par Jean-Paul Appel-Guery, un type assez extraordinaire, un médium, un guide. Je me demandais parfois qui était prisonnier de l’autre… Lui avait l’obligation d’être intéressant, dès qu’il cessait, les gens se taillaient. Ce n’était pas des crétins, il y avait de fortes personnalités.

moebius Rappelé à Hollywood pour participer aux décors d’Alien, il quitte définitivement Izo. Il va illustrer la bande dessinée du Surfer d’argent avec Stan Lee, en respectant le méthode Marvel.

Preuve de son immense talent, il va influencer nombre de dessinateurs américains. Ridley Scott s’inspirera de la verticalité de ses villes futuristes pour le film Blade Runner.

Un génie de la bande dessinée nous a quitté : ce reportage passionnant de bout en bout en retrace l’histoire. À la fin du reportage, Jodorowsky dit un truc du genre : « Je pouvais faire confiance à l’artiste, mais à l’homme je n’ai jamais su », voulant ainsi montrer la complexité du personnage.

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