La vie que j’ai choisie – Wilfred Thesiger

La vie que j'ai choisie - Wilfred Thesiger C’est une vie dans les déserts, parmi des peuples nomades encore fiers et sauvages, qu’a choisi l’auteur. Il est l’un des derniers grands explorateurs nous dit le quatrième de couverture. Et son récit ne manque pas d’intérêt, que ce soit pour le côté historique, son goût de l’aventure ou pour le mode de vie choisi. J’ai pris un grand plaisir à lire ce livre.

Anglais, il naît en Abyssinie (l’ancien empire d’Éthiopie) où son père représentait le Royaume-Uni, et y passe son enfance. Après des études en Angleterre (Eton, Oxford), il y revient à l’âge de vingt ans pour le sacre d’Haïlé Sélassié, le negus d’Éthiopie. Il est fasciné par le défilé des tribus devant leur empereur, « rivalisant par l’ampleur de leurs suites, la magnificence de leurs tenues et de leurs équipages ». Cette image le marquera.

Peu de temps après, il organise sa première expédition, dans le pays Danakil, une région et un peuple encore insoumis et dangereux. L’expédition se passe bien, et ce sera pour lui la révélation : c’est ce mode de vie qu’il veut adopter, traverser des déserts à dos de chameaux ou de mules, chasser le lion ou le gibier, côtoyer des peuples pas encore soumis et influencés par l’occident.

Il va ainsi nous raconter ses voyages au Nord Soudan, et au Tibesti, puis de nouveau en Éthiopie. Au cours d’un de ses voyages dans le nord du pays, il visite Lalibela, un site à priori extraordinaire, avec ses églises rupestres creusées dans la pierre sous le niveau du sol. Puis viendra la seconde guerre mondiale, à laquelle il participera, libérant l’Abyssinie de l’occupation Italienne.

Au cours de sa vie, il voyagera aussi dans le Sud de l’Arabie, au Kurdistan, dans l’Hindu Kouch etc… Mais ces voyages sont relatés dans d’autres livres. Il conclut celui-ci sur une note assez pessimiste concernant l’évolution du monde, conscient d’avoir connu un monde qui a depuis disparu.

Dans ce livre, centré sur l’Abyssinie et sur son parcours, il nous dresse aussi une brève histoire de cet empire et de l’empereur Haïlé Sélassié. On y apprend par exemple comment la Société des Nations a abandonné ce pays quand les fascistes italiens l’ont envahi pour agrandir leur empire colonial. Principalement Anglais et Français réunis, avec le plan Hoare-Laval, qui ne voulaient pas froisser Mussolini, de peur qu’il s’allie avec Hitler (nous sommes en 1935). L’Angleterre notamment avait des accords avec l’Abyssinie, elle ne les tiendra pas, en refusant de leur vendre des armes par exemple (entre autres).

Les italiens pourtant sur-armés comparés aux tribus d’Abyssinie n’en recoururent pas moins au gaz moutarde, allant même jusqu’à bombarder un camp de la croix rouge, tout cela sans que la Société des Nations prennent des sanctions. Haïlé Sélassié fera un discours à Genève, au siège de la Société des Nations, qui restera aussi célèbre que sans effet. Toute cette histoire donne un bel exemple de l’attitude des États occidentaux vis-à-vis du « tiers monde », et à la sagacité de leur diplomatie ! Cela nous éclaire aussi sur la façon dont le monde actuel a été construit…

Mais revenons à l’auteur, qui avec son côté anglais d’Oxford, ne manque pas de contradictions car s’il représente l’occident, il est contre l’imposition de notre mode de vie à ces populations. Il considère que l’on devrait s’arrêter à faire régner l’ordre et la justice, et pour le reste les laisser faire ce qu’ils veulent, respecter leur culture millénaire. Ce qui est tout à son honneur. Mais les rapports avec les locaux peuvent être très complexes : il mentionne à un moment un administrateur anglais qui aimait et respectait énormément les ethnies locales, admirant leur courage au combat tout en les massacrant à la mitrailleuse en cas de révolte !

Wilfred adore chasser, c’est parfois utile quand il s’agit de protéger un village d’un lion qui attaque le bétail, mais c’est parfois pour lui « un sport », et c’est beaucoup plus discutable. Mais cela lui permet aussi de se faire accepter par les tribus locales (« il est comme nous »). Il ne s’en cache pas, et rappelle plusieurs fois qu’à l’époque, le gibier foisonnait, et qu’il n’y avait aucun risque d’extinction des espèces…  Il tuera néanmoins quatre éléphants pendant son séjour dans le Nuer, nombre auquel il a droit, car c’est déjà réglementé (deux éléphants par an). Il chasse aussi le rhinocéros avec les locaux, et prend parfois des risques, il faut le reconnaître : chasser le lion peut vite se révéler dangereux.

Pendant la seconde guerre mondiale, il confesse qu’il combattrait volontiers aux côtés des Éthiopiens, même contre les anglais, ce qui en dit long sur son amour de ce pays ! Il participe activement à la libération du Godjam en 1940-1941, sous les ordres de Orde Wingate, qui ramena l’empereur Haïlé Sélassié à Addis-Abeba de son propre chef. Il le compare par certains côtés à T.E. Lawrence, pour son investissement auprès des abyssins car il craignait que les Britanniques privent l’Abyssinie de son indépendance.

Il y a d’ailleurs des similitudes entre Wilfred Thesiger et T.E. Lawrence, tous deux amoureux du désert et des tribus nomades, jusqu’aux accords de Sykes-Picot qui scella le sort du Proche Orient après la première guerre mondiale, comme ici le plan Hoare-Laval scella celui de l’Abyssinie.

Wilfred Thesiger, (1910-2003) était un explorateur et un écrivain britannique, connu pour ses descriptions des peuples nomades africains et asiatiques. Cette première découverte donne envie d’en lire d’autres, comme « Le désert des déserts » ou « Dans les montagnes d’Asie ».

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