Les mandarins – Simone de Beauvoir

Les mandarins - Simone de Beauvoir - Tome 1 Errant dans la librairie à la recherche d’un bon bouquin pour les vacances, je cherchais à me souvenir d’un auteur qui m’avait plu…

J’ai  alors pensé à Simone de Beauvoir, avec son Amérique au jour le jour 1947. à la fois récit de voyage et portrait d’une Amérique qui n’a rien perdu de son acuité. Quand les philosophes de son talent se mettent à écrire des récits de voyage ou des romans, on a peu de risque d’être déçu !

Et c’est comme ça que j’ai choisi celui-ci, notant tout de même au passage qu’il avait obtenu le prix Goncourt  (en 1954), et que Simone de Beauvoir en disait :

J’aurais souhaité qu’on prenne ce livre pour ce qu’il est ; ni une autobiographie, ni un reportage : une évocation.

L’histoire commence à Noël 1944, quelques intellectuels de gauche parisiens font la fête car enfin la nouvelle est tombée : les allemands ne peuvent plus gagner la guerre. Les deux personnages principaux seront alternativement narrateurs d’un chapitre à l’autre : Anne, psychiatre et épouse d’un grand écrivain reconnu (Dubreuilh), et Henri, résistant, écrivain et rédacteur en chef d’un journal de gauche créé sous l’occupation, aux idéaux d’indépendance et de vérité très élevés.

Après s’être battu pour des idéaux, l’avenir de la société est incertain : les communistes d’un côté, victorieux mais avec Staline aux commandes, et de l’autre côté les américains, avec leur modèle de société libérale qui ne peut les satisfaire. On parle même du risque d’une troisième guerre mondiale.

Le parti communiste français est puissant au lendemain de la guerre, mais la rumeur de camps de travail soviétiques, similaires aux camps de concentration nazis, commence à remonter. Faut-il les dénoncer , au risque de détruire la moindre chance qu’une société plus juste puisse se mettre en place ?

Les mandarins - Simone de Beauvoir - Tome 2 Dans ce contexte, les individus vont évoluer, les amis se fâcher ou se réconcilier, tomber amoureux ou rompre. C’est sans doute la partie la plus intéressante du roman, les questionnements de chacun et les choix à faire qui vous engagent et vous transforment…

C’est très bien raconté, et quand Anne part aux États-Unis et y rencontre un écrivain dont elle tombe amoureuse, on pense forcément à la relation que Simone de Beauvoir eût avec Nelson Algren (à qui le roman est dédié).

Le hasard faisant parfois bien les choses, j’ai regardé récemment un reportage sur la vie d’Albert Camus. Le déclic s’est produit : Henri dans le roman pourrait être Albert Camus, et Dubreuilh serait Jean-Paul Sartre. Mais comme le rappelle l’auteur, ce n’est qu’une évocation. Vouloir y faire coïncider les personnages du roman avec leur histoire personnelle reviendrait à sous-estimer la capacité de romancière de Simone de Beauvoir. Elle est manifestement allé au-delà des personnages qui l’ont inspirée.

L’essentiel du roman tient dans ce moment de l’époque où on doit choisir un modèle de société, ainsi que sur les décisions personnelles que prennent les individus et qui influencent leurs vies, leurs relations. J’ai personnellement savouré ce roman de la première à la dernière page.

Simone de Beauvoir, de son vrai nom Simone-Lucie-Ernestine-Marie Bertrand de Beauvoir (!) est née en 1908 et morte en 1986 à Paris. Philosophe, romancière et essayiste, compagne de Jean-Paul Sartre avec qui (et d’autres) elle fondera la revue « Les temps modernes », adepte de l’existentialisme et attachée au combat pour la condition de la femme. Elle a écrit plusieurs récits autobiographiques qui doivent valoir le détour : Mémoires d’une jeune fille rangée, Une mort très douce et Tout compte fait.

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