Le Voleur – Georges Darien

Le Voleur - Georges Darien J’avais entendu parler de ce bouquin à la radio : c’était le livre que tous les anarchistes avaient sous le bras à la fin du XIXème siècle… Il n’en fallait pas plus pour  me donner envie de le lire.

Ainsi commence le narrateur, Georges Randal :

Le livre qu’on va lire, et que je signe, n’est pas de moi.[…] Je l’ai volé.

Le jeu de miroir est en place : le vrai nom de l’auteur est en fait Georges Adrien, écrivain français de tendance anarchiste. En 1894, comme un grand nombre d’anarchistes menacés par de nouvelles lois, il s’exile. Cette période de sa vie restera mystérieuse, laissant libre cours à l’imagination : est-ce sa vie d’alors qu’il raconte dans ce roman ? On n’en saura rien ; quand un journaliste lui demandait des précisions sur sa vie, il répondait :

Je n’ai pas pu comprendre, jusqu’ici, ce que la vie privée d’un littérateur pouvait avoir à faire avec la publication ou la représentation d’une de ses œuvres.

Mais revenons au roman : sous une forme romanesque, il s’agit d’une sévère critique de la société bourgeoise, décadente et corrompue de l’époque, ainsi qu’un vibrant appel à la liberté. Mais celle-ci peut être synonyme de solitude…

Né dans une famille riche, et devenu orphelin, Georges Randal une fois adulte se rend compte que son oncle, tuteur de sa fortune, l’en a complètement dépouillé, qui plus est de manière tout à fait légale. Très lucide sur le monde qui l’entoure (banquiers, notaires, hommes d’affaire, ancienne noblesse), et sur l’état de la société (décadence des mœurs, corruption, injustice), il décide de devenir voleur en toute connaissance de cause et sans aucun remord.

Je mange, je bois ; et je laisse l’assiette sur le buffet et la bouteille sur la table. Il y a des voleurs qui remettent tout en ordre, dans les maisons qu’ils visitent. Moi, jamais. Je fais un sale métier, c’est vrai ; mais j’ai une excuse : je le fais salement.

Si le ton ressemble parfois à un celui d’un vaudeville, et la table des matières à celle d’un roman feuilleton, le monde décrit est sans appel. George Randal est un révolté qui aspire à la liberté, et n’a aucun scrupule à voler des gens qui ne sont finalement que des voleurs, mais en toute impunité. Les portraits des personnages sont féroces, c’est très bien écrit, et les critiques de cette société bourgeoise et corrompue plutôt percutantes.

Mais Randal va aussi rencontrer l’amour. Et son absolutisme, son besoin de liberté va lui faire refuser l’engagement que ce dernier implique. Le poids de la solitude deviens lourd à porter… Le bilan final est encore une fois très lucide :

Conclusion ? Je ne serai plus un voleur, c’est certain. Et encore ! Pour répondre de l’avenir, il faudrait qu’il ne me fût pas possible d’interroger le passé… J’ai voulu vivre à ma guise, et je n’y ai pas réussi souvent. J’ai fait beaucoup de mal à mes semblables, comme les autres ; et même un peu de bien, comme les autres ; le tout sans grande raison et parfois malgré moi, comme les autres. L’existence est aussi bête, voyez-vous, aussi vide et aussi illogique pour ceux qui la volent que pour ceux qui la gagnent. Que faire de son cœur ? que faire de son énergie ? que faire de sa force ?

Voilà d’autres extraits pour vous faire une idée, y compris quelques portraits saignants…

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If you wait – London Grammar

If you wait - London Grammar C’est l’ami Dominique qui m’a parlé de ce groupe, qu’il avait entendu sur France Inter.

En écoutant leur album If you wait, je me suis alors rendu compte que je connaissais l’un des titres : il faisait partie de la sélection des Inrocks « Une rentrée 2013 – volume 1 ».

C’est le premier album de ce groupe, et il vient de sortir.

C’est le morceau Wasting my young years que les Inrocks ont choisi, qui donne un bon aperçu du groupe : la voix de la chanteuse Hannah Reid accompagnée d’une ambiance musicale soignée et feutrée :


J’aime bien aussi Nightcall pour l’ambiance et qui permet d’apprécier les possibilités vocales d’Hannah Reid :


London Grammar est un groupe anglais « indie pop » formé par Hannah Reid (voix), Dot Major (clavier, djembé, batterie) et Dan Rothman (guitare). Ils ont commencé en 2009 en jouant dans les bars, puis en 2012 ont publié sur youtube « Hey now », le premier morceau de l’album. Plus d’un million de vues à ce jour… Les paroles de cet album seraient tirées des années d’adolescence d’Hannah Reid…

Peste & Choléra – Patrick Deville

Peste & Choléra - Patrick Deville D’abord offert à des amis sur un conseil du libraire, on m’a également offert ce livre par la suite. Les amis m’ayant confirmé qu’il s’agissait d’un bon roman, c’est assez confiant que j’en ai commencé la lecture.

Et je n’ai pas été déçu : d’abord parce que l’histoire racontée est celle véridique d’Alexandre Yersin, illustre inconnu à qui l’on doit la découverte du bacille de la peste (la Yersinia Pestis…), excusez du peu. Puis le style littéraire de Patrick Deville, qui sait admirablement raconter cette vie exceptionnelle, mariant aisément la distance et l’humour, le contexte et la précision historique… difficile à définir, mais très élégant et parfaitement abouti.

Yersin était l’un des chercheurs faisant partie du premier groupe autour de Louis Pasteur, à la fin du XIXe siècle. Alors que beaucoup d’entre eux obtinrent un prix Nobel à un moment ou à un autre, lui passera au travers et restera dans l’anonymat. Mais quelle vie !

En fait, il préfère l’aventure au laboratoire, ses héros sont Stanley et Livingstone… Il part en Asie, sera marin, explorateur, puis s’installera au Vietnam, à Nah Trang, loin des deux guerres mondiales qui vont ravager l’Europe. Là, il s’intéresse à l’agriculture, et développe notamment la culture de l’hévéa qu’il importe et acclimate. C’est l’époque où les automobiles arrivent, et il anticipe les besoins en caoutchouc pour les pneumatiques : il fournira alors Michelin… ce qui lui assurera les fonds nécessaires à ses activités multiples.

C’est drôle, lorsque le libraire me présenta ce roman, il me dit « ce type a tout loupé », faisant sans doute référence à l’absence de reconnaissance et à son relatif anonymat. Je trouve au contraire qu’il a su vivre la vie dont il avait envie, sans se laisser détourner par son « devoir » ou ses « responsabilités ». Une belle leçon de liberté.

Autres articles sur Patrick Deville sur le blog :

Patrick Deville est un écrivain français né en décembre 1957. Il suit des études de littérature comparée et de philosophie à Nantes, puis voyage pas mal apparemment. En 2011, le magazine Lire élit Kampuchea meilleur roman de l’année. En 2012, il reçoit pour ce roman le prix Femina, le prix du roman fnac, et le prix des Prix littéraires.

Chamonix

Accéder à l'album En juin dernier, j’ai passé quelques jours à Chamonix, chez ma sœur Dominique et son ami Paul.

La ville est très agréable, petite et nichée dans la vallée au pied des grands sommets des Alpes, et bien sûr du Mont-Blanc, omniprésent pour tout le monde… Voilà quelques photos de la ville, puis de la mer de glace. L’aiguille du midi, ce sera pour une autre fois, il faut vraiment un ciel dégagé pour en profiter pleinement (surtout à 50€ le téléphérique !).

Spooner – Pete Dexter

Spooner - Pete  Dexter À la recherche d’un cadeau pour un ami, et sur les conseils du libraire, j’avais porté mon choix sur ce livre. J’ai profité de sa sortie en poche pour le lire, l’ami en question n’ayant pas semblé plus emballé que ça par l’histoire : « j’attends de voir où il veut en venir ».

L’histoire, c’est donc celle d’un jeune garçon, Spooner, qui semble plus doué pour faire des bêtises que pour se comporter normalement. En fait il ne comprend pas vraiment le monde dans lequel il doit vivre, ni ses règles. Son beau-père l’aidera pourtant à trouver sa place dans une société puritaine et conservatrice, ayant lui-même eu des difficultés à y trouver la sienne (il ne s’agit pas de s’épanouir, plutôt de ne pas se faire rejeter). Sa vie d’adulte sera aussi compliquée, mais il deviendra tout de même journaliste, puis écrivain. On a vu pire.

Il faut attendre les derniers chapitres pour voir ces deux êtres se rapprocher un peu, l’âge aidant. C’est la partie la plus intéressante du roman, on réalise qu’une vie est passée sans qu’ils communiquent vraiment tous les deux… la faute à personne, à chacun, à la société…

Et entre le début et cette fin, soit cinq cent pages, nous serons abreuvés d’anecdotes souvent drôles, mais d’un intérêt limité. La scène de « l’enterrement en mer » m’a fait penser  à « La conjuration des imbéciles » de John Kennedy Toole tant elle est loufoque. Sinon c’est bien écrit, l’auteur sait manifestement faire (bien écrire beaucoup de pages), mais reste assez superficiel dans l’ensemble.

Au final un roman américain de plus, avec le nombre respectable de pages qu’il faut. S’il avait fallu en mettre le double, ça aurait été facile, il suffisait d’ajouter de nouvelles anecdotes. Dommage à mon sens que l’auteur n’aborde pas plus tôt le fond de l’histoire, et surtout ne le développe tout au long du roman.

Pete Dexter est un écrivain/scénariste américain né en 1943 à Pontiac, Michigan. Il est également l’auteur de « Paperboy », porté à l’écran en 2012.

L’Unique et sa propriété – Max Stirner

L'Unique et sa propriété - Max Stirner Voilà un livre dont j’avais déjà entendu parler plusieurs fois, d’abord par Michel Onfray, puis au fil des lectures : souvent cité, toujours critiqué ou tourné en dérision (Marx l’appelle Sancho…). Publié en 1844, il est immédiatement censuré, puis autorisé deux jours plus tard car « trop absurde pour être dangereux » ! Alors forcément, tout ça donnait envie de le lire.

La lecture n’a pas été facile, car Stirner tourne et retourne la même idée dans tous les sens, sans relâche et sous tous les angles, jusqu’à vous tourner la tête. Paradoxalement, je n’ai jamais fait autant de marques dans la marge, tant ses jugements sont percutants. Heureusement, le ton est plutôt agréable, l’auteur ne se réfugiant pas derrière des concepts philosophiques abscons.

De quoi s’agit-il ? un véritable réquisitoire contre toute aliénation de l’individu, que ce soit la religion, la philosophie, l’humanisme, l’État, le socialisme, le communisme… et par conséquent une apologie de l’égoïsme qui seul peut nous rendre notre liberté. Stirner refuse toute sujétion, rien n’est au-dessus de son Moi, et il l’annonce clairement dès les premières lignes :

Qu’y a-t-il qui ne doive être ma cause ! Avant tout la bonne cause, puis la cause de Dieu, la cause de l’humanité, de la vérité, de la liberté, de la justice, la cause de mon peuple, de mon prince, de ma patrie et jusqu’à celle de l’esprit et mille autres. Seule ma cause ne doit jamais être ma cause. « Anathème sur l’égoïste qui ne pense qu’à soi! ».
Voyons donc comment ils l’entendent, leur cause, ceux-là mêmes qui nous font travailler, nous abandonner, nous enthousiasmer pour elle. […]
Pour Moi, il n’y a rien au-dessus de Moi.

Il prône l’égoïsme donc, ce qui pose forcément le problème de la vie en société… et c’est sans doute pour cela qu’il est si décrié. C’est aussi ce que j’attendais de comprendre : que propose-t-il à la place ? Il y répond, mais je trouve de manière assez succincte : Stirner remplace la loi (soumission) par une association libre d’égoïstes : la cause n’est pas l’association mais celui qui en fait partie. On multiplie ainsi la puissance, et l’association n’est que temporaire.

Il est persuadé qu’ainsi tout se passera très bien… un peu léger tout de même, car cela laisse la part belle aux prédateurs. Mais en y regardant de plus près, n’est-ce pas ce que l’on fait tous plus ou moins ? derrière les grands principes de l’humanisme, quand on regarde ce que font les gens (l’actualité nous en fait la démonstration tous les jours), n’est-ce pas Stirner qui a raison ?

L’intérêt du livre à mon avis est surtout la mise en évidence de la sujétion de l’homme, que ce soit à la nature, puis à Dieu, puis à l’Homme, puis à l’État (dans l’ordre chronologique). Soyons nous-mêmes, et pas ce que l’on nous demande d’être. C’est la seule manière de s’épanouir complètement, partir de ce qui est en nous (et nous sommes tous unique) et pas de ce qui vient de l’extérieur. J’ai particulièrement aimé la partie où Stirner parle de la révolution française, c’est pour le moins percutant !

Place à quelques extraits pour vous faire une idée…

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TV Samsung, Mediatomb et Ubuntu

logo smart tvMa vieille télé à tube cathodique ne voulant décidément pas tomber en panne après 30 ans de bons et loyaux services, j’ai fini par m’en débarrasser pour profiter des beaux écrans plats que l’on nous propose aujourd’hui.

Je sais, c’est pas bien, j’aurai du attendre qu’elle me lâche, ce n’est pas la peine de râler contre l’obsolescence programmée… pour m’arranger avec ma conscience, je me dis que la technologie LED consomme moins d’énergie… 😉

J’ai choisi le modèle UE40SE6100, une « SMART TV » qui permet plein de choses, dont une qui m’intéressait particulièrement : pouvoir visualiser les contenus multimédia de mon PC via un serveur UPnP, en l’occurrence Mediatomb.

J’installe donc Mediatomb sur le PC Ubuntu, et sur la télé je vois apparaître une nouvelle source : serait-ce aussi simple ?

mediatomb sur samsung

Hélas non, impossible de récupérer ne serait-ce que la liste des fichiers : message d’erreur « Impossible d’exécuter la demande. Retour de MEDIA PLAY à l’écran principal ».

erreur samsung

Comme ça n’a pas vraiment été facile de trouver la solution, voilà les étapes que j’ai suivi pour finalement réussir à faire marcher tout cela :

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Urkas ! – Nicolaï Lilin

Urkas ! - Nicolaï Lilin Recommandé par une jeune libraire d’origine russe, j’ai donc lu Urkas !, ou comme l’indique le sous-titre : l’itinéraire d’un parfait bandit sibérien.

Sous une forme autobiographique romancée, l’auteur va nous raconter son enfance et son éducation dans une communauté sibérienne, dont la principale activité est le vol et les trafics en tous genre. Il faut dire que le gouvernement soviétique n’a rien fait pour eux, à part les déporter conte leur gré de Sibérie en Transnitrie (région coincée entre la Moldavie et l’Ukraine, revendiquant aujourd’hui son indépendance).

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le mode de vie est très réglementé, hiérarchisé, les actions codifiées selon des règles très strictes. Ils sont très religieux, et l’amour de la liberté n’a d’égal que la haine des policiers. La modernité venue du monde occidental est également proscrite. Le monde décrit est celui d’un autre temps, où l’honneur ne se marchande pas, et où un coup de couteau est vite donné.

Même les tatouages ont une signification bien précise (c’est d’ailleurs la voie que choisira l’auteur, il deviendra tatoueur) :

Le tatouage est intrinsèquement lié à la culture de la communauté criminelle russe, et chacun d’eux à une signification. Il constitue une sorte de carte d’identité qui sert à communiquer son rang au sein de la société criminelle : le type de « métier » exercé par un bandit et diverses informations sur sa vie et ses expériences en prison.
Chaque communauté possède sa propre tradition du tatouage, avec une symbolique et des motifs spécifiques, ainsi qu’une façon bien à elle de placer les signes sur le corps, de les interpréter. La culture sibérienne du tatouage est la plus ancienne, car ce sont précisément les ancêtres des bandits sibériens qui ont commencé à tatouer des symboles cryptés. Par la suite, cette culture a été imitée par d’autres communautés et s’est répandue dans toutes les prisons russes, en transformant les principales significations des tatouages et la façon de les réaliser et de les interpréter. Les tatouages de la caste criminelle la plus puissante en Russie, appelée Graine noire, sont entièrement calqués sur la tradition des Urkas, mais ils ont une signification différente. Les motifs peuvent être identiques, mais seule une personne capable de lire un corps peut « raconter » avec précision ce qu’ils cachent et expliquer pourquoi ils sont différents.

Le dépaysement est total, et la découverte de ce monde à part très intéressante. On sent toutefois que l’auteur a amalgamé plusieurs anecdotes de la communauté pour construire son histoire, et l’ensemble manque un peu de lien. Les digressions au milieu d’un récit peuvent aussi être très longues… mais on apprend plein de choses sur cette communauté, presque trop, comme si l’auteur avait voulu nous en dire le plus possible en une seule fois.

Finalement, le roman vaut le détour pour la découverte d’un monde inattendu, raconté sans pudeur ni honte, presque avec détachement parfois, tant le récit peut être sordide (notamment en prison) ou l’usage de la violence absurde.

La communauté décrite a aujourd’hui disparu… Voilà ce que dit Nicolaï Ilin (citoyen italien aujourd’hui, résidant en Italie) :

Une telle communauté n’existe plus. Il n’y a plus que mon frère, moi, et peut-être encore une ou deux autres personnes. Le problème, c’est qu’il n’en reste pas non plus en Sibérie. Le noyau de cette communauté a été déporté en Transnistrie, où il n’a pu survivre. La communauté que je décris dans le livre se composait de 40 familles. On peut dire que la tradition a été un soutien, mais que dans certaines situations, la survie d’une communauté déracinée est impossible.

Nicolaï Lilin n’a pas encore sa page sur wikipedia. À priori, il sera enrôlé par l’armée russe, puis envoyé en Tchétchénie, épisode qu’il évoque à la fin de ce livre, et qu’il racontera dans un autre livre : Sniper: Vie d’un soldat en Tchétchénie. Apparemment, là aussi, un témoignage assez cru sur les horreurs commises là-bas.

Le casse du siècle – Michael Lewis

Le casse du siècle - Michael Lewis C’est un collègue du boulot qui m’a prêté ce livre ; j’en avais toutefois déjà entendu parler comme d’un bon bouquin sur la crise financière de 2008. En général, je ne suis pas trop fan de ce genre de littérature traitant de sujets d’actualité « à chaud », mais je dois dire que j’ai bien aimé celui-ci, en particulier les portraits qu’il dresse des acteurs de cette histoire.

Il y a malgré tout quelques aspects de technique financière d’abordés, un peu compliqués et barbants, mais limités au minimum et bien expliqués. On peut ainsi garder le fil en se limitant aux principes de bases, et là c’est un véritable polar que l’on tient dans les mains.

Donc la crise c’est très simple :

Prenez des gens malhonnêtes et sans aucun scrupule, dont le seul objectif est de faire du profit sans tenir compte des conséquences, au risque de faire exploser tout le système, y compris la démocratie : j’ai nommé les banques d’affaires (Goldman Sachs en est le symbole le plus abouti, mais loin d’être la seule). Dans ce monde, pas d’éthique, tout est permis et sacrifié sur l’autel du profit : conflits d’intérêts, obstruction à la justice, etc… Leurs traders, à peine sortis de l’école, sont les plus brillants et motivés par de très gros bonus, acceptant tout d’une hiérarchie hystérique et/ou incompétente. L’auteur Michael Lewis s’était retrouvé dans cette situation (diplômé d’un master en économie), et voilà ce qu’il en dit dans la préface :

Qu’une banque d’investissement de Wall Street ait été disposée à me payer des centaines de milliers de dollars pour prodiguer des conseils de placement à des adultes demeure à ce jour un mystère pour moi. J’avais 24 ans, et je ne connaissais rien, ni ne m’intéressais particulièrement, aux fluctuations du marché. La fonction essentielle de Wall Street était de répartir les capitaux : de décider qui devait en avoir on non. Croyez-moi quand je vous dis que je n’avais pas la moindre idée sur la question. Je n’avais jamais étudié la comptabilité, jamais dirigé d’entreprise, jamais même eu d’économies personnelles à gérer. Je m’étais retrouvé par hasard à travailler chez Salomon Brothers en 1985, et en étais ressorti, plus riche, en 1988, et bien que j’aie écrit un livre sur cette expérience, tout cela me semble toujours aussi grotesque.

Ajoutez-y une bonne dose d’incompétence avec les agences de notations (Moody’s, Standard & Poor’s), qui ont accordé leur fameux triple-A à des contrats très complexes sans n’y rien comprendre. À moins que là aussi, un peu de malhonnêteté et de conflits d’intérêts n’aient également joué un rôle… C’est vrai que leur traders ne sont pas les plus brillants non plus, loi du marché oblige ! Toujours est-il qu’avec une telle note, ces produits toxiques se sont disséminés partout sur la planète financière, ce ne sont pas les gogos qui manquent….

Et tout cela dans un marché obligataire à peu près sans réglementation, où l’on refuse que le pire puisse arriver : en fait, ils ne peuvent même l’imaginer, tant le système de pensée ambiant vous en empêche. C’est un aspect intéressant du livre, la description des rapports humains dans ces boites fait froid dans le dos.

Vous y êtes. Il ne reste plus qu’à proposer un prêt immobilier à des types qui au moindre problème (ou variation du marché) ne pourront pas le rembourser… mais quand ce système de crédit fonctionne bien depuis 15 ans, comment imaginer que cela puisse ne pas continuer ? qu’à force de tirer sur la corde et de prêter à des gens de plus en plus pauvres, ce qui doit arriver va vraiment arriver ?

Continuer la lecture… Le casse du siècle – Michael Lewis

Lectures, Ubuntu, Smartphone, Cinéma, entre autres…