Cela faisait un bout de temps que j’avais entendu parler de ce livre, souvent cité comme référence lorsqu’il s’agit de manipulation de l’opinion publique, et des débuts de la société de consommation. J’ai donc été très content de voir qu’il existait en français, et plus encore quand j’ai vu que la préface était signée de Normand Baillargeon, auteur de l’excellent Petit cours d’auto-défense intellectuelle.
En fait, c’est cette préface que j’ai le plus apprécié : Normand Baillargeon résume parfaitement toute l’histoire, le personnage, la théorie, le côté faussement naïf présenté par Edward Bernays et les dérives qui ont vite lieu, sans oublier le contexte historique.
Le livre en lui-même n’est finalement que l’argumentaire de Bernays pour se vendre, ce qui ne le rend pas moins glaçant avec son postulat de base selon lequel le peuple doit être guidé (le gouvernement invisible) ou bien carrément marrant lorsqu’il affirme le besoin de sincérité nécessaire pour que la manipulation fonctionne.
De quoi s’agit-il ?
Une nouvelle forme de publicité, mais nous sommes en 1913, et cette approche est nouvelle. Plutôt que vanter les avantages du produit ou d’une cause, il s’agit ici de créer une association avec une autre chose – d’inspiration freudienne – que le public ne pourra manquer de désirer. Pour la première fois, l’approche est scientifique : psychologie, sociologie et psychanalyse !
Car Bernays est le neveu de Freud, et l’œuvre de ce dernier est pour beaucoup dans sa conception de la propagande, mot qu’il souhaite d’ailleurs réhabiliter et dont il regrette le sens péjoratif qu’on lui accorde généralement. Là on rigole franchement !
C’est ce que les américains appellent le spin, c’est-à-dire la manipulation – des nouvelles, des médias, de l’opinion – ainsi que la pratique systématique de l’interprétation et de la présentation partisane des faits. En français, cela s’appelle « les relations publiques ».









C’était il y a déjà quelques semaines, j’ai regardé Paranoid Park sur Arte. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais je faisais confiance à Gus Van Sant, réalisateur de Good Will Hunting que j’avais beaucoup apprécié, ainsi qu’Elephant, toutefois dans un registre plus particulier (le drame du lycée de Columbine).
Passé les premières minutes, on se laisse emporter par la narration toute en subtilité et pleine de poésie de Gus Van Sant. Alex va être interrogé par la police comme tous les skaters du lycée. L’interrogatoire du flic est révélateur : il tente désespérément de la jouer « pote » avec Alex, du genre « moi aussi j’ai été jeune »… pitoyable ! on comprend vite dans quelle société vit Alex, et le peu de place qu’il y trouve. Il n’exprime rien, totalement hermétique au monde des adultes, mais gardant une façade amicale, cool. Les quelques scènes où l’on aperçoit sa mère ne font que renforcer ce sentiment et c’est encore une fois remarquablement filmé : la mère apparait en arrière-plan, incomplète, ou alors ce n’est qu’une ombre ou même une voix. Les dialogues font le reste. Tout est dit en quelques plans. Les scènes de skate sont elles filmées comme un espace de liberté, presque onirique.
Zazie a dix ans, et la langue bien pendue. Venue à Paris passer deux jours chez son oncle Gabriel, elle n’a qu’une envie : prendre le métro. Hélas, il est en grève…Elle ne le prendra finalement que dans l’avant-dernier chapitre, mais elle ne s’en apercevra pas, car elle dort.