Sud Lointain – Erwan Bergot

Voilà une trilogie que j’avais emmené sur ma liseuse lors de mon dernier voyage, afin de « rester dans l’ambiance ». En fait, je ne l’ai lue qu’à mon retour, mais bon… ça l’a prolongé en quelque sorte !

C’est une saga familiale qui retrace toute l’époque de l’Indochine, et plus particulièrement du Vietnam, puisque l’histoire démarre avec l’arrivée à Saïgon de quatre jeunes français qui y débarquent au début du XXème siècle, prêts à se lancer dans ce nouveau monde.

Alors c’est romanesque à souhait, il ne faut pas s’attendre à une étude historique sur le colonialisme et ses conséquences ! Ici, le colon a de bonnes intentions et veut autant le développement de ses affaires que celles du pays, sans oublier le bien-être de ses ouvriers. Je caricature à peine. Néanmoins, on va traverser 75 ans d’histoire, car le fond historique et les événements réels servent de toile de fond au récit, et c’est à la fois intéressant et instructif. Ne connaissant pas bien cette période de l’Histoire, j’y ai appris pas mal de choses.

L’existence dès le début de la colonisation de mouvements indépendantistes, qu’ils soient simplement nationalistes ou déjà communistes, et qui ne cesseront d’interagir avec les événements historiques, notamment avec la seconde guerre mondiale. C’est d’ailleurs assez naturel, et même les vietnamiens qui collaborent avec les colons aspirent un jour ou l’autre à l’indépendance et l’émancipation. On observe aussi le manque de connaissance (voir le mépris) de la culture vietnamienne (et l’influence de la culture chinoise au sein de celle-ci) par les colons qui voue leur occupation à l’échec. Certes tout cela n’a en fait rien de très nouveau dans un contexte colonial, mais l’auteur a le mérite de retracer ces mouvements auxquels ses personnages sont confrontés.

La période qui m’a le plus surpris, c’est celle de la seconde guerre mondiale et du gouvernement de Vichy. Jusque là, la France arrivait à peu près à contenir l’armée japonaise à la frontière chinoise… Avec la défaite de 1940, le gouvernement Pétain signe un accord avec les japonais qui les autorisent à y installer leurs troupes. Si la France garde le rôle d’administration, les japonais se servent de l’Indochine comme base stratégique et l’exploitation économique française sert à soutenir l’effort de guerre japonais. En fait, les troupes françaises d’Indochine n’ont guerre le choix, car elles ne font pas le poids contre l’armée japonaise ; quant à rejoindre « la France libre », ce n’est guère possible, et cela leur sera reproché dès la fin du régime de Vichy. En 1945, la situation dégénère et les japonais prennent militairement le contrôle de l’Indochine en quelques jours, les soldats français étant pour la plupart tués ou faits prisonniers (puis tués), une faible partie réussissant à rejoindre la Chine.

Cela ne durera que quelques mois, et c’est ensuite au tour des japonais de perdre la guerre, et ce sera la tentative de retour des français pour un temps. Car les choses ont changé, les mouvements nationalistes sont plus présents, mieux organisés (Viet Minh), et des américains qui ne vont pas tarder à entrer en scène, jouant la carte du nationalisme avec Hô Chi Minh du fait de l’anticolonialisme affiché de Roosevelt.

On connaît mieux la suite, avec la guerre d’Indochine que les français perdront, puis la guerre du Vietnam perdue par les américains. Dans le dernier tome de cette trilogie, les descendants de la saga essaient encore de vivre dans ce pays malgré tout, et l’histoire se termine avec la chute de Saïgon en 1975. J’ai aimé lire cette fresque historique, pleine de rebondissements, et qui colle bien à l’Histoire ; la saga de ces français à qui les drames ne sont pas épargnés n’est pas non plus sans intérêt, même si les mauvais côtés du colonialisme sont largement gommés. La bio de l’auteur explique ceci et cela, ainsi que la qualité de l’écriture.

Erwan Bergot (1930-1993), est un écrivain et journaliste français, ancien officier parachutiste. Né de parents bretons, il fait de brillantes études chez les Jésuistes avant d’obtenir une licence en faculté de lettres. Puis il s’engage dans l’armée. Il participa à la guerre d’Indochine, à la bataille de Dien Bien Phu, où il sera fait prisonnier, et connaîtra alors des conditions de détention extrêmement difficiles. Blessé pendant la guerre d’Algérie, il passera définitivement à l’écriture et au journalisme. Il a écrit de nombreux romans retraçant le sort de ses compagnons d’arme, « les obscurs, les sans-grades, ceux qui n’ont jamais leur mot à dire dans l’histoire ». Militaire jusqu’au fond de l’âme, mais bon écrivain.

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