Le cœur régulier – Vanja D’Alcantara

Le cœur régulier - Vanja D'Alcantara Je suis allé voir ce film un peu au hasard, après avoir tout de même vu la bande annonce… Ça avait l’air assez zen, se passant au Japon, ça m’a donné envie. Et je n’ai pas été déçu, c’est une belle histoire, au rythme lent, sans beaucoup de dialogues, aux paysages superbes, qui nous interroge sur nos vies et ce que nous en faisons.

Alice (Isabelle Carré) semble avoir tout pour être heureuse : un mari avec une bonne situation, deux enfants ados… À voir leur appartement, tout va bien financièrement… Un soir, son frère débarque après une longue absence, et semble rayonner de joie de vivre, quoique fauché.

Alors qu’il lui parle d’un projet qu’il ne sait encore comment financer, elle sort naturellement son carnet de chèque, puisque l’argent n’est pas un problème pour elle. Mais cela a pour effet de vexer son frère, qui s’en va immédiatement. Alice apprendra sa mort accidentelle un peu plus tard.

L’occasion pour Alice de se remettre en question, et de partir sur les traces de son frère, au Japon, où il lui avait avoué avoir retrouvé le goût de vivre auprès d’un vieil homme, Daïsuke (Jun Kunimura). Ce dernier habite au pied d’une célèbre (et magnifique) falaise où les Japonais en mal de vivre viennent parfois faire le grand saut. C’est ainsi que Daïsuke avait recueilli le frère d’Alice, et lui avait redonné goût à la vie.

Daïsuke est en fait un ancien policier, qui comme il le confie à Alice a “passé sa vie à arriver trop tard”, et a décidé d’essayer de sauver les personnes qui viennent traîner près du bord de la falaise…

Belle histoire, pleine de silences dus en partie à la barrière du langage, mais aussi parce que les rapports humains peuvent finalement s’en passer. Les paysages sont magnifiques, et le mode de vie simple des japonnais est le cadre parfait pour un retour aux choses essentielles, et réapprendre à écouter son cœur.

Vanja D’Alcantara est une réalisatrice Belge née en 1977. “Le cœur régulier” est son deuxième long métrage, “Beyond the steppes” son premier réalisé en 2010.

Confessions d’un barjo – Philip K. Dick

Confessions d'un barjo - Philip K. DickEn lisant la magnifique monographie Philip K. Dick, Simulacres et illusions, j’ai appris que PKD avait écrit aussi des romans de littérature générale (ou romans réalistes), et ne s’était mis à la science-fiction uniquement parce qu’à l’époque (l’après-guerre), les chances d’être publié étaient beaucoup plus fortes.

Chose très vite confirmée, puisque les romans réalistes de PKD furent tous refusés (par tous les éditeurs qui les ont lus) ; il fallut attendre la fin des années quatre-vingt, et parfois plus longtemps, pour pouvoir les lire en langue française.

J’avais ainsi découvert Les voix de l’asphalte en 2007 sur la table d’un libraire, pour un roman écrit en 1952 ! Et j’avais trouvé le roman très bon, avec ce personnage qui a tout pour être heureux, et qui pourtant ressent un profond malaise dans cette société.

Confessions d’un barjo sera le seul  roman réaliste qui sera publié de son vivant, en 1975 (le roman ayant été écrit en 1959). Le titre complet est : «Confessions d’un barjo (Jack Isidore, de Seville, en Californie) où sont chroniqués des faits scientifiquement avérés survenus entre 1945 et 1959».

Ce fameux Jack Isidore est donc bien le barjo annoncé. Pas méchant pour un sou, collectionneur obsessionnel, très calé sur des sujets plus fumeux les uns que les autres (principalement invasions extraterrestres et fin du monde), incapable de s’occuper de lui-même, il se retrouve à vivre dans la maison de sa sœur Fay et son mari Charley.

Fay est une belle femme,  brillante, mais aussi cruelle et égoïste. Quant à Charley, il est porté sur la violence conjugale… Jack observe tout cela avec son regard décalé. Voilà ce qu’en dit PKD :

Cet homme capable de pardonner, de juger objectivement (dans son analyse finale) le cœur et les actes de ses semblables m’apparaît comme une sorte de héros romantique ; je songeais certainement à moi-même lorsque j’ai écrit ce livre et maintenant que je le relis après tant d’années, je suis satisfait de mon modèle intérieur, de mon alter ego, Jack Isidore de Seville, Californie : plus désintéressé que je ne le suis, et profondément meilleur.

Fay de son côté est sans doute inspirée de Anne, la femme que PKD venait d’épouser à l’époque !

J’ai bien aimé ce roman, la lecture est agréable, fluide, passant d’un personnage à l’autre au fil des chapitres. On se demande bien ce qui va se passer entre le frère et la sœur aux tempéraments si différents… Jack, malgré ses obsessions et ses lubies, analyse plutôt bien les comportements humains. Absurde et humour sont présents, mais aussi le drame.

Ce roman a été porté à l’écran par Jérôme Boivin, avec Hippolyte Girardot, en 1992. Hélas, et pour des  raisons inconnues, il n’est jamais sorti en DVD… Et donc aucune chance de le voir, à moins qu’il ne passe un jour sur Arte ?

Philip K. Dick (1928-1982) est un auteur américain de romans, de nouvelles, et d’essais de science-fiction. Il a reçu le prix Hugo pour « Le maître du Haut Château » et le prix John Wood Campbell Memorial pour « Coulez mes larmes, dit le policier ».

Mise à jour DAVdroid et perte des couleurs des calendriers

DAVdroid Récemment, F-Droid m’a proposé plusieurs mises à jour, dont DAVdroid, l’application qui me permet de synchroniser mes contacts et mes agendas entre le PC et le smartphone (via un serveur Baikal, voir cet article).

C’était la version 1.0, toujours un grand moment dans la ‘release’ de logiciels, surtout dans le monde open-source : c’est le signe que la version a atteint une certaine maturité. Bref, la mise à jour se passe bien, et je note que l’interface a été grandement revue : material design,  etc… Super !

Mais un petit tour dans mon agenda me montre que la couleur spécifique de chaque agenda a été perdue : tous les agendas ont désormais la même couleur. Rien de très grave, mais c’est quand même bien pratique visuellement de pouvoir différencier les différents agenda (perso, jours fériés, vacances, etc…).

J’utilisais une application Calendar Color pour définir une couleur spécifique à chaque agenda. J’ouvre cette application, remets les couleurs, mais en retournant dans l’agenda, je me rends compte qu’à la première synchronisation, les couleurs sont à nouveau perdues ! 🙁 Il va falloir investiguer…

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Philip K. Dick, simulacres et illusions – Richard Comballot, Philip K. Dick

Philip K. Dick, Simulacres et illusions - Philip K. DICK, Richard COMBALLOTJ’avais entendu parler de ce livre un matin sur France Culture, il venait de sortir, et quelques jours plus tard, je le commandais chez le libraire, malgré le prix de 28 €. Bien m’en a pris, puisque près un an après, il est aujourd’hui épuisé !

Et quel livre ! l’objet est vraiment magnifique… Ce que je ne savais pas, c’est que ActuSF, l’éditeur, avait lancé une campagne de financement participatif pour finaliser le projet sur la plateforme Ulule. Les objectifs ont été atteints, et le projet a pu être réalisé avec toutes les options : couverture cartonnée, jaquette et signet.

Le contenu est également très soigné, avec beaucoup d’images des couvertures des œuvres de PKD au fil des pages, des photos de l’auteur, rendant la lecture agréable. La maison d’édition  nous présente ainsi la monographie (c’est-à-dire une étude détaillée) :

À travers des interviews rares et parfois même inédites, ainsi que des articles écrits spécialement pour l’occasion par des spécialistes français (Étienne Barillier, Jacques Mucchielli, Olivier Noël…), cette monographie se propose de porter un regard neuf sur l’auteur d’Ubik, avec des documents exceptionnels venus du monde entier (et notamment de l’une de ses femmes, Tessa Dick). On y découvre Philip K. Dick tout au long de sa carrière et sur des aspects essentiels et étonnants de son œuvre : son rapport au mystique et à la drogue, les adaptations ciné, l’auteur de littérature générale, etc.

C’est vraiment une somme de connaissance sur Philip K. Dick, et on en apprend beaucoup au fil de interviews et des articles sur le personnage. Il en ressort que le personnage était très érudit, possédant une culture impressionnante. Loin des clichés d’allumé à quoi on le résume souvent. Bref, un livre passionnant et magnifiquement réalisé, un “must have” pour les fans de Philip K. Dick.

On trouve donc dans cette monographie beaucoup de choses, comme :

  • Le premier chapitre est une synthèse biographique de Gilles Goulet, forcément passionnante.
  • Un interview de sa femme Tessa (où l’on voit qu’elle est aussi un peu allumée…).
  • Un chapitre de Olivier Noël (voir son blog Fin de partie) tentant de décrire et d’expliciter “la trilogie divine” (une tâche pour le moins ardue !), qu’il décrit lui-même comme “mes assez singuliers Fragments sur l’idiot cosmique”.
  • On apprend que Robert Silverberg a écrit un hommage à Philip K. Dick, « La Substitution », paru dans un recueil de nouvelles (apparemment moyennes) Compagnons secrets.
  • Un chapitre sur les adaptations de Philip K. Dick à l’écran (en général décevantes, car se servant certes de l’idée du roman ou de la nouvelle, mais ensuite privilégiant souvent le spectaculaire, Hollywood oblige). La plus aboutie est certainement celle de Blade Runner (Dick meurt quelques mois avant la sortie du film).
  • Le dernier chapitre “Philip K. Dick dans ses propres termes”, où l’auteur commente lui-même trente de ses œuvres de science-fiction !

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Jodorowsky’s Dune – Frank Pavich

Jodorowsky's Dune - Frank Pavich J’avais entendu parler de ce projet de film (hélas non concrétisé) lors d’un reportage sur Arte à la mort de Jean Giraud alias Gir alias Moebius (voir cet article).

Ce documentaire va donc nous raconter la genèse de ce projet incroyable, à grand renfort d’interview de Alejandro Jodorowsky, à qui Michel Seydoux l’avait proposé. Ce dernier avait une grande admiration pour Jodorowsky qui avait déjà réalisé deux films cultes, et lui proposa de choisir un sujet : Jodorowsky répondit du tac au tac Dune, le roman de science-fiction devenu culte de Franck Herbert. Un projet ambitieux…

Jodorowsky est un personnage complexe, un créatif, ayant participé à des mouvements surréalistes : les quelques extraits de ses deux films (El Topo » et « La Montagne sacrée ») que l’on peut voir dans ce documentaire le prouvent !! Il veut pour ce film “les meilleurs” :  il va alors recruter du beau monde, et c’est cette histoire qu’il nous raconte, avec des anecdotes proprement incroyables.

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Des larmes sous la pluie – Rosa Montero

Des larmes sous la pluie - Rosa MonteroJ’ai entendu parler de ce livre sur le site dickien.fr, qui traite de l’actualité “dickienne”, et française de préférence. Un très bon site pour les fans de Philip K. Dick !

Car Rosa Montero nous livre un roman où le personnage principal est un réplicant, faisant ainsi référence au roman de Philip K. Dick “Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques”, ou à son adaptation cinématographique “Blade Runner” de Ridley Scott.

Un réplicant est un androïde très évolué, si proche de l’humain qu’il est difficile de les différencier (il éprouve des sentiments, a des souvenirs d’enfance, toutefois implantés…), à ceci près que leur durée de vie est volontairement limitée dans le temps, ce qui amène le réplicant à se poser des questions existentielles, voir à se rebeller : c’est le thème du roman de Philip K. Dick.

Dans ce roman, pas de rébellion, mais un décompte quotidien morbide chaque matin du nombre de jours restant à vivre pour Bruna Husky, réplicante de combat reconvertie en détective privée dans un monde futuriste guère réjouissant (une dystopie).

Avec ces références, j’ai donc entamé ce livre avec un à-priori positif.

Nous sommes en 2109, les planètes du système solaire sont l’objet d’exploitation géologique en utilisant des réplicants, la téléportation ayant permis de s’affranchir des espaces intersidéraux (à quelque risque près : une mutation génétique peut survenir si l’on en abuse !) ; des guerres de territoires, déclenchées depuis la terre, ont eu lieu sur ces planètes par réplicants (de combat) interposés.

Il y a de très bonnes idées dans le roman, comme les “archives centrales des États-Unis de la Terre”, que contrôle Yiannis, un ami de Bruna : elles permettent de prendre connaissance de l’histoire de l’humanité, et de voir que ces archives comportent des altérations mystérieuses (un peu comme dans 1984 où il s’agit de “réécrire l’Histoire”) dont le but est d’amener les humains à se dresser contre les réplicants. Et quand plusieurs “reps” se suicident après avoir tué des humains, la tension monte d’un cran entre les communautés. Qui se cache derrière cette manipulation ?

Hélas, j’ai assez vite été déçu, d’abord par le personnage de Bruna Husky, vraiment peu crédible en détective, et qui préfère une bonne cuite le soir que de vraiment enquêter ; même comme androïde de combat, elle ne tient pas la route… Heureusement que ses amis sont là pour faire le boulot, elle reste totalement passive et semble plutôt subir les  événements. Puis par le déroulement de l’intrigue, du niveau d’un polar moyen, avec une fin qui semble bâclée ! Dommage,  il y avait sans doute mieux à faire…

Le titre de ce livre vient de la dernière réplique du réplicant dans Blade Runner :

J’ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navire en feu surgissant de l’épaule d’Orion. J’ai vu des rayons fabuleux, des rayons c briller dans l’ombre de la porte de Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme des larmes sous la pluie. Il est temps de mourir.

Rosa Montero, née en 1951 à Madrid, est une romancière et journaliste espagnole. Pour les fans, une suite des aventures de Bruna Husky est sortie : “Le poids du cœur”.

Suite armoricaine – Pascale Breton

Suite armoricaine - Pascale BretonUn film qui se passe en Bretagne, réalisée par une bretonne qui s’appelle Breton, difficile de ne pas y aller !

J’y ai passé un bon moment (le film dure 2h30, mais je ne les pas trop vue passées), même si en sortant je me demandais ce qu’avait voulu raconter la réalisatrice : une  réflexion sur le temps qui passe empreinte de la nostalgie d’un passé perdu ou oublié ? C’est plutôt réussi sur ce point.

C’est l’histoire de Françoise, enseignante en histoire de l’art qui revient à Rennes enseigner à l’université où elle a elle-même suivi les cours dans sa jeunesse.  C’était aussi l’époque des premiers concerts rocks à la salle de la Cité… Elle retrouve certains de ses amis d’enfance, et le temps a fait son œuvre… certains ont changé, d’autres pas…  et d’autres encore ont perdu pied.

En parallèle, on suit l’histoire de Ion, un jeune étudiant dans la même université qui a un vécu difficile avec sa mère qu’il rejette car devenue SDF. On apprend plus tard que sa mère faisait partie des amies d’enfance de Françoise, apportant enfin un lien (bien tardif à mon goût) entre ces deux histoires.

Il y  a d’ailleurs quelques scènes revues deux fois, chacune sous l’angle de ces deux histoires parallèles, sans doute censées montrer le lien entre elles, mais qui ne m’ont pas convaincu de leur utilité.

Françoise, toute à son retour aux origines, fait un rêve empli de symboles qui va intéresser deux profs qui collectent toute information liée au Breton et à l’histoire de la Bretagne. Des souvenirs d’enfance, oubliés au fond de sa mémoire, vont alors ressurgir… L’occasion à la fin du film de partir pour le Finistère, près Trégarvan sur la presqu’île de Crozon (et d’y découvrir au passage une magnifique boucle de l’Aulne !), et pour Françoise de retrouver la maison de son grand-père, qui avait le don de guérir de la peur…

Pascale Breton, née en 1960 à Morlaix, est une scénariste et réalisatrice de cinéma et de télévision.

Parano dans le bunker – Hunter S. Thompson

Parano dans le bunker - Hunter S. ThompsonVoilà la deuxième partie des « Gonzo papers » (les « tables de la loi » du journalisme gonzo !), publié par les éditions Tristram. Avec ce livre, j’aurai lu tout ce qu’ils ont publiés sur Hunter S. Thompson (voir la liste en fin d’article). Merci à eux pour ces publications…

“Parano dans le bunker” est l’édition revue et corrigé de « La grande chasse au requin », paru il y a trente ans aux Humanoïdes associés, puis chez 10/18, mais épuisé depuis longtemps. Il y avait deux volumes, celui-ci est le premier (« l’ancien testament gonzo ») ; le second volume (« l’ancien testament gonzo »), est publié par Tristram sous le titre « Dernier Tango à Las Vegas».

Je les ai lu dans le mauvais ordre, mais cela importe peu… en fait, l’édition originale américaine, The Great Shark Hunt (La grande chasse au requin), a été publiée en un seul volume de quatre sections. La première édition française (celle des Humanoïdes associés), a fait migrer la deuxième partie en troisième position, puis a découpé le tout en deux volumes. Tristram a choisi de respecter ce découpage, celui par lequel ils ont été initialement en France.

On retrouve dans ces écrits tout le talent de HST, et sa façon bien a lui de faire du journalisme. Car sous les délires se cache une vraie analyse du sujet traité, parfois complètement décalée certes, mais qui permet de dire beaucoup plus de choses qu’un journalisme qui fait bien attention à rester en retrait du sujet, pour prétendre à une objectivité finalement très discutable… HST lui va se jeter dedans, provoquer, rencontrer d’une façon beaucoup plus directe les personnes qu’il interviewe : c’est le principe du journalisme gonzo ! Ajoutez à cela un vrai talent d’écrivain, et vous êtes assuré de ne pas vous ennuyer à la lecture.

Il a une vraie conscience politique, et n’hésite pas à donner son avis (il est d’ailleurs très clairvoyant). On y retrouve des textes qui l’ont rendu célèbre, comme “Le Derby du Kentucky est décadent et dépravé”, ou “Les tentations de Jean-Claude Killy” dont il dresse un portrait sans concession ! “Pouvoir freak dans les Rocheuses” raconte sa tentative (presque réussie) de se faire élire shérif à Aspen… Il y a aussi des articles sur le Haight-Ashbury de San Francisco, d’autres sur l’Amérique du Sud… Passionnant.

Voilà quelques extraits :

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Merci Patron – François Ruffin

Merci Patron - François Ruffin Je ne peux que vous encourager à aller voir ce documentaire, j’y ai passé un très bon moment, et je n’étais manifestement pas le seul dans la salle : applaudissements à la fin de la projection, et de nombreux rires pendant. Jubilatoire !

François Ruffin, qui a collaboré longtemps à l’émission “Là-bas si j’y suis” de Daniel Mermet sur France Inter, habillé d’un magnifique tee-shirt “I ♥ Bernard”, nous explique tout d’abord comment Bernard Arnault, PDG de LVMH, a mis au chômage beaucoup d’ouvriers du Nord de la France, en restructurant, démantelant, externalisant, etc… (on connaît la musique).

J’ai bien aimé le ton “second degré” de ce début, comme par exemple quand il tente de faire dire du bien de Bernard Arnault à une syndicaliste qui a retrouvé un boulot (mieux payé) d’ambulancier depuis son licenciement : “C’est quand même un peu grâce à lui que vous avez trouvé ce poste, non !?!”…

Puis commence la véritable histoire, celle du couple Klur, tous deux licenciés de l’usine qui fabriquait des costumes Kenzo (groupe LVMH), délocalisée en Pologne (mais on apprend au passage que la Pologne devient chère, et que la Grèce semble offrir un nouveau potentiel de marges…). Ils sont au bout du rouleau, leur maison est sur le point d’être saisie…

C’est là que Ruffin intervient, et va les aider à écrire une lettre à Bernard Arnault pour lui demander de les aider, sinon ils envoient des lettre aux médias pour leur raconter l’histoire… La somme demandée est d’environ 35 000 €.  Et ça marche ! On apprend d’ailleurs que le responsable sécurité/intelligence économique de LVMH, c’est un certain Bernard Squarcini !! Bref, un type est envoyé pour négocier, qui non seulement accepte le paiement mais promet en plus un CDI chez Carrefour à Monsieur Klur… Champagne !

Mais cet arrangement est assorti d’une clause de confidentialité très sctricte. Alors comment retrouve-t-on aujourd’hui cette histoire sur les écrans ? c’est là qu’on atteint les sommets de la rigolade, et la mystification totale de l’équipe LVMH… Allez voir ce documentaire pour le savoir ! 😉

Enfin… si vous trouvez une salle près de chez vous ! À Rennes, il passe au TNB. Et comme l’expliquait un article du Canard la semaine dernière, n’attendez pas trop de promotion pour ce documentaire dans les grands médias : LVMH est propriétaire des “Échos” et du “Parisien”, et le magazine “Elle” (propriété du  groupe Lagardère) est trop “publicité dépendant” de LVMH. Frédéric Taddeï, sur Europe 1, avait bien invité Ruffin, le 23 févier, la veille de la sortie du film. Invitation rapidement annulée par la direction, à la stupeur de l’équipe (voir aussi le communiqué de la SNJ ici). Et comme cela commençait à jaser sur les réseaux sociaux, c’est finalement Jean-Michel Aphatie qui invita Ruffin le lendemain, pour que “l’auditeur ne soit pas dupe, et que la contradiction soit vigoureusement portée à l’encontre de Ruffin”. Autre manière de faire, “Le journal du dimanche” (groupe Lagardère) réussit l’exploit de dire du bien du film sans citer LVMH…

Lectures, Ubuntu, Smartphone, Cinéma, entre autres…