
J’avais bien aimé cet auteur avec son récit très prenant sur la guerre du Vietnam (Retour à Matterhorn), alors quand la libraire m’a recommandé ce livre, je n’ai pas trop hésité. En plus, c’est un gros pavé (+1000 pages) et j’aime bien me plonger dans une longue histoire, pour tant est qu’elle soit intéressante.
Avant de commencer, le titre original est Deep River, je ne sais pas qui a trouvé le titre français, mais bon… C’est vrai que dans cette histoire on coupe beaucoup d’arbres, et plus généralement on exploite énormément les ressources naturelles, mais bon c’est une époque de pionniers et ces fameuses ressources semblent alors inépuisables. Cela m’a d’ailleurs fait penser à Et quelques fois j’ai comme une grande idée de Ken Kesey (Sometimes a great notion, un chef d’œuvre!), où il est aussi question de bûcherons de l’Oregon qui s’en donnent à cœur joie, et où le concept d’écologie n’existe guère à l’époque. D’ailleurs, là aussi les bûcherons se mettent en grève.
Mais revenons à cette épopée, récit d’une immigration finlandaise quittant un pays en proie à l’oppression russe, et de la fratrie qui arrive au nord de l’Oregon, où coule la Deep River, et où s’installe Ilmari le frère aîné, puis Matti le benjamin, bientôt rejoint par leur sœur Aino, le personnage principal de cette histoire.
Et c’est là le problème : Aino est une personne assez butée, emplie d’un idéal communiste sans concession, très égoïste finalement, à qui il va arriver pas mal de malheurs : sa vie ne sera pas facile, mais quelque part elle le mérite tellement son intransigeance est extrême. C’est ce qui m’a déplu dans ce personnage, tellement obnubilé par sa cause qu’il finit par faire beaucoup de mal autour de lui.
Aino va se battre contre le capitalisme de la fin du XIXe – début XXe qui exploite les ouvriers dans les grandes largeurs, ces derniers travaillant du matin au soir et vivant dans des conditions misérables, le tout pour un salaire de misère. Elle va passer sa vie à tenter de fédérer les ouvriers avec l’IWW, le syndicat international qui tenta d’unifier tous les travailleurs à cette époque, les émigrés de l’Europe de l’Est étant déjà sensibilisés aux idées anti-capitalistes et révolutionnaires. Puis viendra la première guerre mondiale qui ne va rien arranger (les grévistes sont alors assimilés à des traîtres), puis la crise de 29 (sur laquelle l’auteur passe assez vite).
Dans l’ensemble c’est un bouquin, qui retrace l’épopée de cette fratrie où chaque membre suit une voie différente, mais qui sait garder ses liens familiaux au fil de toutes ces années. Dommage que le personnage central soit si buté ! Il y a aussi quelques longueurs au fil de ce long roman, le combat de Aino étant assez répétitif, tout comme les maigres résultats obtenus !
Karl Marlantes, né en 1944, est un écrivain américain. Ce roman est inspiré de l’histoire de ses ancêtres, ce qui explique sans doute les longueurs, peut-être dues au besoin de respecter leur histoire.