Les raisins de la colère – John Steinbeck

Après avoir lu U.S.A. de Dos Passos, et sur les conseils de ma sœur Domi, j’ai enchaîné sur ce roman (prix Pulitzer) de John Steinbeck (prix Nobel de littérature).

Nous sommes à l’époque de la Grande Dépression (1929-1939), et nous allons suivre la famille Joad, simples métayers, obligés de quitter l’Oklahoma et la terre qu’ils ont travaillé depuis des générations.

Si l’histoire est forte et très prenante (on se demande bien comment tout cela va finir), l’écriture a pas mal vieilli et m’a semblé un peu naïve, comme le sont ces fermiers qui ne comprennent pas ce monde en plein bouleversement, et dont ils sont brutalement exclus.

Les chapitres alternent entre le récit de ce qui arrive à la famille Joad, et d’autres décrivant plus globalement le contexte dans lequel elle évolue. Le ton de ces derniers est parfois celui d’un prêche, comme si le narrateur énonçait des vérités immanentes :

Craignez le temps où les bombes ne tomberont plus et où les avions existeront encore… car chaque bombe est la preuve que l’esprit n’est pas mort. Et craignez le temps où les grèves s’arrêteront cependant que les grands propriétaires vivront… car chaque petite grève réprimée est la preuve qu’un pas est en train de se faire. Et ceci encore vous pouvez le savoir… craignez le temps où l’Humanité refusera de souffrir, de mourir pour une idée, car cette seule qualité est le fondement de l’homme même, et cette qualité seule est l’homme, distinct dans tout l’univers.

Sur ce sujet, je préfère m’en tenir à Georges Brassens :

Mourir pour des idées, l’idée est excellente […] Mourons pour les idées d’accord, mais de mort lente !

Apparemment, Steinbeck était très religieux, ceci explique cela. Mais bon, dans l’ensemble, ces chapitres sont plutôt utiles pour bien comprendre l’époque et ses enjeux…

La famille Joad est donc obligée de quitter sa ferme, à cause de la sécheresse et des tracteurs devenus plus rentables. Ils prennent comme tant d’autres la route 66 direction la Californie où des tracts publicitaires leur promettent le plein emploi. La mythique route 66 sera ici celle de l’exode vers une terre promise qui ne tiendra pas ses promesses. Là-bas, ils seront des « Ockies », comme des milliers d’autres, à errer sur les routes, méprisés et chassés par les locaux, et exploités par les grands propriétaires terriens et le système capitaliste.

Cette famille est la grande réussite de l’histoire, ils sont une douzaine, des grand parents aux enfants petits et grands, et chaque personnage a sa propre personnalité, son rôle dans l’histoire, même si le drame est omniprésent. On s’attache forcément à tout ce qui leur arrive, et à leur lutte incessante pour s’en sortir tout en gardant la tête haute. « Man », la mère, en est le socle immuable, et Tom, le fils prodigue qui sort de prison, l’adulte qui doit assumer malgré son envie de révolte.

La scène finale est d’une force incroyable… Je ne vous en dis pas plus.

Je me suis empressé de regarder le film (1940) une fois le livre fini, et ce fut une déception malgré le jeune Henri Fonda. Le film se concentre uniquement sur Man et Tom, le reste de la famille est réduit au simple rang de figurants, et l’ordre chronologique modifié pour arriver à une fin plus proche d’un « happy end », même si l’objectif est impossible à atteindre.

J’ai lu deux autres romans de Steinbeck, plus drôles et même comiques :

John Steinbeck (1902-1968) est un écrivain américain, prix Nobel de littérature en 1962, faisant partie des « géants des lettres américaines ». « Les raisins de la colère » est considéré comme son chef d’œuvre.

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