Sauvage par nature – Sarah Marquis

C’est ma sœur Martine qui m’a parlé de Sarah Marquis : elle lisait « Instincts », un autre livre où Sarah traverse une partie sauvage de l’Australie en mode survie, pendant 3 mois. Du coup, ça m’a intéressé, pour le voyage et l’aventure bien sûr, mais aussi pour le côté vécu, qui apporte toujours un plus à la lecture.

Mais j’ai préféré commencé par un autre récit, antérieur à Instincts, où Sarah se lance dans la traversée du continent asiatique partant de la Mongolie pour terminer en Australie ! Cette fois, elle n’est pas en mode survie, elle pousse une « charrette » contenant nourriture, tente, etc… Des points de ravitaillement sont prévus au long du périple, qui va durer près de 3 ans !

Avec un tel programme, je me suis dit que j’allais me régaler à lire ce récit. Mais ce ne sera pas vraiment le cas, beaucoup de choses sont assez décevantes, et on reste largement sur sa faim une fois la lecture terminée.

Le style est correct pour un voyageur-écrivain [1]« On a souvent plus de profit à lire les voyageurs qui écrivent que les écrivains qui voyagent » – Nicolas Bouvier. C’est le contenu qui pose problème : si cela commence assez bien avec la Mongolie, la traversée de la Chine se résume à quelques pages, puis le même sort est réservé au Laos et à la Thaïlande. Une fois en Australie par contre, on retrouve un vrai récit, on comprend qu’elle aime et connaît ce pays (c’est là qu’elle a fait sa première grande marche, vers 2004). D’ailleurs, on peut se demander ce que vient faire l’Australie dans cette traversée du continent asiatique, qui se suffit largement à lui-même. 😕

Quant au voyage, je m’interroge aussi énormément sur ce qu’elle cherche ? manifestement, ce n’est pas le contact avec les gens, elle est extrêmement méfiante pour dire le moins, particulièrement avec les hommes. L’hospitalité et la noblesse des mongols (décrite dans À marche forcée) est balayée ici, ce sont tous des rustres assoiffés d’alcool et de sexe. Quant aux chinois (et j’imagine les laotiens et les thaïlandais dans la foulée), ce sont au mieux des paysans arriérés et sales dont il vaut mieux se tenir à distance.

Je m’interrogeais alors sur le fait que ce soit une femme, voyageant seule, et que cela complique certainement les choses. Mais bon, il y a autre chose : Sarah Marquis aime la solitude, la marche, l’effort, et cela semble lui suffire. Elle a un rapport quasi mystique avec la nature, et y recherche la communion. Seules la petite complicité et les sourires échangés avec quelques femmes croisées trouvent grâce à ses yeux.

Du coup, je me demandais pourquoi elle avait écrit ce livre ? Voir même entrepris ce voyage ? Car c’est avant tout une histoire personnelle qu’elle réalise, et le désert lui convient mieux. On sent que derrière il y a les sponsors, les contrats signés, un blog où elle doit fournir du texte régulièrement, elle cite même la marque de tee-shirt qu’elle porte à un moment, etc… À plusieurs reprises, elle doit revoir ses plans (météo, fièvre, etc…) : hop, un coup de fil avec le téléphone satellite, et on vient la chercher. Elle partira ainsi faire la Chine pour finir la Mongolie plus tard, en repartant du même endroit bien sûr. Alors aventurière peut-être, mais aussi femme d’affaire. Ou l’aventure envisagée comme un business, ce qui la rend nettement moins belle à mes yeux.

Tout cela me laisse une impression mitigée, je m’attendais à une aventure humaine, c’est-à-dire avec des rencontres, et sur ce point, ce livre est une vraie déception. Reste les trucs de survie qu’elle partage, son mental pour tenir le coup et aller au bout de sa résistance physique, tout cela teinté d’une certaine religiosité, cette communion avec la nature qu’elle recherche.

Sarah Marquis, née en 1972 est une aventurière Suisse. La marche longue distance est sa spécialité : la cordillère des Andes (7000 kms), les États-Unis du nord au sud par les Rocheuses et le désert des Mojaves (4200 kms), la traversée des déserts australiens (14000 kms).

Notes

Notes
1 « On a souvent plus de profit à lire les voyageurs qui écrivent que les écrivains qui voyagent » – Nicolas Bouvier

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