Power – Michaël Mention

J’ai acheté ce livre sur la table du libraire quand j’ai vu qu’il racontait l’histoire des Black Panthers. C’était l’occasion d’en savoir plus sur ce mouvement, et ce roman a parfaitement répondu à mes attentes, brisant pas mal d’idées reçues.

C’est donc l’histoire du BPPFSD (Black Panther Party For Self Defense), depuis sa création jusqu’à son éclatement et ses dérives largement orchestrées par le FBI (programme COINTELPRO).

Le rythme de l’écriture est assez haletant, comme ce que vivent les personnages que nous allons suivre ; les scènes violentes arrivent sans prévenir, comme dans la rue. C’est très prenant, pour peu qu’en plus on s’intéresse à cette époque où l’Amérique bascule (années 60-70).

Nous allons suivre trois personnages, chapitre après chapitre : une jeune militante du BPP, un flic blanc et un infiltré par le FBI. Tous vont plus ou moins finir par être détruits, chacun à leur manière. Les destins croisés de Charlène, Neil et Tyrone vont vous accrocher, c’est certain !

Cerise sur le gâteau, il y a des références fréquentes à des morceaux de musique de l’époque, que l’auteur a eu la bonne idée de lister en fin d’ouvrage : l’occasion de se faire une “Playlist” (32 morceaux), et d’une belle découverte en ce qui me concerne avec ce morceau :

May Blitz (Album May Blitz) – Smoking the Day Away

Voilà quelques notes prises lors de la lecture de ce roman, qui peut sans aucun doute être pris comme une belle retranscription de l’époque, tout en restant un roman et donc une fiction.

L’histoire commence à une époque très tendue : Malcom X vient d’être tué, puis ce sera le tour de M. L. King… Tous ceux qui commencent à être écouté et pas seulement par les noirs risquent le même sort. On peut y ajouter la guerre du Vietnam, les émeutes raciales de Watts à Los Angeles.

Le mouvement est d’abord créé pour protéger les droits des noirs littéralement harcelés par la police : ils organisent des patrouilles dans les rues, en tenue, armés, magnétophones en main pour s’assurer de la légalité des interventions des forces de l’ordre. Et cela fonctionne…

Trois bouquins sont remis lors de l’adhésion au BPP : Les damnés de la terre, le livre de Malcom X, et le petit livre rouge. Le BPP est clairement politisé, tendance marxiste, prônant la révolution. Il organise également des repas gratuits, des petits déjeuners pour les enfants du quartier, s’étend sur une dizaine de villes, édite un journal, ouvre des cliniques…

Inutile de dire que cela ne plaît pas en haut-lieu : quelques années après le MacCarthysme, un mouvement marxiste n’est pas imaginable aux États-Unis. J.E. Hoover, directeur du FBI, va réactiver le programme COINTELPRO créé à l’époque contre le communisme, et l’appliquer aux mouvements noirs, et particulièrement les Black Panthers.

Dans un premier temps, le mouvement se développe tout de même , et prend encore plus d’essor quand Marlon Brando lui apporte son soutien. D’autres vedettes viendront après, comme Jean Seberg (Romain Gary en parle dans son roman Chien blanc), après que les flics aient tué l’un des leaders lors d’une véritable embuscade.

Mais le FBI agit dans l’ombre, infiltrant le mouvement, lançant une campagne de discrédit, manipulant les gangs qui sont souvent en opposition avec le BPP (eux résonnent en territoire, pas pour changer la société). Résultat : les leaders du BPP sont soit emprisonnés, soit forcé à l’exil, ou encore simplement assassinés par les gangs.

Les flics vont jusqu’à ramasser des gamins à la sortie de l’école dans le quartier d’un gang, pour les déposer devant le bureau du BPP d’un autre quartier de la ville : le gamin se fait alors rosser, cela augmente la tension et le désir de vengeance des gangs… La police laisse aussi les dealers de drogue opérer en toute tranquillité : plus il y a de drogue à circuler, moins il y aura de recrues au BPP ! Tous les moyens sont bons, et ce n’est pas joli. La situation dégénère, la violence monte…

On peut lire un excellent interview de Michael Mention ici. Extrait :

De plus, le sujet était si complexe que j’ai décidé de le traiter en deux parties : la première, relativement courte, pour relater l’émergence du parti et ses acteurs principaux, et la deuxième, bien plus longue, pour être au plus près des anonymes qui ont « fait » ce mouvement au quotidien (ceux que l’Histoire oublie toujours, privilégiant les leaders).

Michaël Mention, né en 1979 à Marseille, est un écrivain français. Il a reçu le Grand Prix du Festival Sans Nom de Mulhouse 2018 et le Prix des blogueurs Festival Lisle Noir pour ce roman. Certainement un auteur à découvrir, en ce qui me concerne.

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