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La fille de Femme-Araignée – Anne Hillerman

La fille de Femme-Araignée - Anne Hillerman Fan de Tony Hillerman (je ne sais pas si j’ai tout lu, mais un paquet c’est certain), j’étais content de voir que sa fille avait repris le flambeau, et poursuivi les aventures de Joe Leaphorn et de Jim Chee, membres de la police Navajo…

Hélas, dès les premières pages de cette nouvelle aventure, Joe Leaphorn va se prendre une balle dans la tête, et passer la totalité du roman dans une chambre d’hôpital, entre la vie et la mort ! Dur, dur, pas de cadeau pour le personnage principal de son père, qui a traversé tant d’aventures… 🙁

Ici, le personnage principal sera Bernadette Manuelito, la femme de Chee. Avec son mari, ils vont enquêter pour découvrir qui a pu commettre cet tentative de meurtre. Si on retrouve l’atmosphère des romans de son père, la police navajo, la culture ancestrale de ce peuple et son rapport au monde d’aujourd’hui, j’ai été moins emballé par l’histoire, l’enquête en elle-même, qui traîne un peu en longueur j’ai trouvé.

Anne Hillerman insiste plus me semble-t-il sur la beauté de la nature, le rôle de chaque endroit du territoire dans l’histoire du peuple navajo ; la famille, son mari, prennent aussi plus de place. Sans doute le passage d’un auteur masculin à un auteur féminin ? Cela apporte d’autres choses, même si le style est assez similaire, et c’est sans doute volontaire, pour garder le ton de la série… Plutôt pas mal dans l’ensemble. Dans la postface, Anne Hillerman dit ceci à propos des romans de son père :

Si j’ai énormément aimé tous ses romans, Le Voleur de temps, avec son intrigue et ses décors splendides, figure à l’origine de La fille de Femme-Araignée. Si vous ne l’avez pas lu, ou si vous ne l’avez pas lu récemment, je vous encourage à aller y regarder de plus près.

Je ne vais pas me priver de ce plaisir, il est dans ma bibliothèque ! D’ailleurs, en lisant le quatrième de couverture, je vois que l’histoire est effectivement mentionnée dans ce roman-ci… Il s’agit donc d’une sorte de suite, on peut donc recommander de lire Le Voleur de temps avant celui-ci pour bien profiter de l’histoire, sans que cela soit nécessaire pour autant.

Anne Hillerman, née en 1949, a repris les aventures des héros de la police Navajo de son père avec ce roman, publié en 2013. Un deuxième est paru en 2015 : Un rocher avec des ailes, disponible en français, mais pas encore en poche. Son troisième livre, Song of the Lion, est paru en 2017. Elle n’a pas encore de page wikipedia !

LineageOS : La météo sur l’écran de verrouillage

Ça faisait un petit bout de temps que je cherchais à avoir la météo sur l’écran de verrouillage (lockscreen) du smartphone.

Mais je ne trouvais pas de solution simple, à moins d’utiliser des widgets nécessitant le framework Xposed (que je n’avais pas vraiment envie d’installer, c’est plutôt le genre de truc lourd), ou des applications nécessitant un compte Google (ce que je ne veux pas), ou encore demandant des droits sans aucun rapport avec leur fonction.

Et puis je suis tombé sur un article qui parlait des LineageOS Extras, où l’on trouve des Weather Providers sous forme d’APK. Il ne restait plus qu’à tirer le fil…

Comme vous le voyez sur l’image à gauche, l’information est succincte, mais l’essentiel est là. Pas de jolies icônes avec un soleil, des nuages… Pour cela, il faudra débloquer l’écran ! Mais la solution me convient, elle a le mérite d’être simple et sans logiciel propriétaire potentiellement espion !

Je ne sais pas vous, mais il faut maintenant être très prudent sur ce que l’on installe sur son smartphone ! Voir cet article, et regardez ce que font des applis comme Le Figaro, L’Équipe, Météo France, Closer ou encore Télé Loisirs.

Mais revenons à ce petit tutoriel pour installer et paramétrer la météo sur son écran d’accueil…
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eChat Orange : Merci d’avoir discuté avec nous

Logo eChat Orange Aujourd’hui, j’ai voulu tenter de résoudre un petit souci avec la solution eChat d’Orange. Je me suis que cela pouvait éviter de patienter trop longtemps au téléphone, et puisque j’étais sur le PC, cela me paraissait plus simple de procéder ainsi.

Je les contactais pour un problème simple : je suis passé récemment chez Orange, pour la principale raison que mon immeuble venait d’être câblé en fibre optique par Orange (voir cet article). Et comme Orange propose le parrainage Fibre, j’y ai souscrit. En juin dernier, il suffisait de connaître quelqu’un qui a déjà la fibre Orange, et chacun reçoit 50 euros de remboursement ! Ça valait le coup…

J’ai ensuite reçu un SMS de confirmation m’indiquant que je serai remboursé sur mes prochaines factures dans un délai de six semaines. Hélas, deux mois plus tard, toujours rien sur mes factures, d’où le besoin d’appeler l’assistance.

Le eChat s’est révélé plutôt mauvais : je me demande encore si je parlais avec une personne ou un robot (un « bot » comme disent les anglais). Si la « discussion » s’est établie rapidement (j’étais en pole position !), ensuite les temps de réponse de « Mélissa » étaient vraiment longs (3mn, puis 5 mn pour une simple confirmation), et la discussion s’est close brusquement (après un nouveau délai de 5mn), sans que j’ai pu avoir une réponse, avec un message que l’on pourrait qualifier d’ironique : « Merci d’avoir discuté avec nous. » ! 😉

Manque de chance ? mauvaise manip’ de Mélissa qui a fermé la fenêtre malencontreusement ? Service robotisé qui n’est pas au point ? mais tout de même assez pour faire une faute de français pour apparaître plus humain ? La question reste ouverte… 🙂

J’ai ensuite appelé l’assistance par téléphone, j’ai eu rapidement quelqu’un de très aimable, et le problème a été réglé en cinq minutes ! À bas les robots, vive l’humain !! 😆

La vie que j’ai choisie – Wilfred Thesiger

La vie que j'ai choisie - Wilfred Thesiger C’est une vie dans les déserts, parmi des peuples nomades encore fiers et sauvages, qu’a choisi l’auteur. Il est l’un des derniers grands explorateurs nous dit le quatrième de couverture. Et son récit ne manque pas d’intérêt, que ce soit pour le côté historique, son goût de l’aventure ou pour le mode de vie choisi. J’ai pris un grand plaisir à lire ce livre.

Anglais, il naît en Abyssinie (l’ancien empire d’Éthiopie) où son père représentait le Royaume-Uni, et y passe son enfance. Après des études en Angleterre (Eton, Oxford), il y revient à l’âge de vingt ans pour le sacre d’Haïlé Sélassié, le negus d’Éthiopie. Il est fasciné par le défilé des tribus devant leur empereur, « rivalisant par l’ampleur de leurs suites, la magnificence de leurs tenues et de leurs équipages ». Cette image le marquera.

Peu de temps après, il organise sa première expédition, dans le pays Danakil, une région et un peuple encore insoumis et dangereux. L’expédition se passe bien, et ce sera pour lui la révélation : c’est ce mode de vie qu’il veut adopter, traverser des déserts à dos de chameaux ou de mules, chasser le lion ou le gibier, côtoyer des peuples pas encore soumis et influencés par l’occident.

Il va ainsi nous raconter ses voyages au Nord Soudan, et au Tibesti, puis de nouveau en Éthiopie. Au cours d’un de ses voyages dans le nord du pays, il visite Lalibela, un site à priori extraordinaire, avec ses églises rupestres creusées dans la pierre sous le niveau du sol. Puis viendra la seconde guerre mondiale, à laquelle il participera, libérant l’Abyssinie de l’occupation Italienne.

Au cours de sa vie, il voyagera aussi dans le Sud de l’Arabie, au Kurdistan, dans l’Hindu Kouch etc… Mais ces voyages sont relatés dans d’autres livres. Il conclut celui-ci sur une note assez pessimiste concernant l’évolution du monde, conscient d’avoir connu un monde qui a depuis disparu.

Dans ce livre, centré sur l’Abyssinie et sur son parcours, il nous dresse aussi une brève histoire de cet empire et de l’empereur Haïlé Sélassié. On y apprend par exemple comment la Société des Nations a abandonné ce pays quand les fascistes italiens l’ont envahi pour agrandir leur empire colonial. Principalement Anglais et Français réunis, avec le plan Hoare-Laval, qui ne voulaient pas froisser Mussolini, de peur qu’il s’allie avec Hitler (nous sommes en 1935). L’Angleterre notamment avait des accords avec l’Abyssinie, elle ne les tiendra pas, en refusant de leur vendre des armes par exemple (entre autres).

Les italiens pourtant sur-armés comparés aux tribus d’Abyssinie n’en recoururent pas moins au gaz moutarde, allant même jusqu’à bombarder un camp de la croix rouge, tout cela sans que la Société des Nations prennent des sanctions. Haïlé Sélassié fera un discours à Genève, au siège de la Société des Nations, qui restera aussi célèbre que sans effet. Toute cette histoire donne un bel exemple de l’attitude des États occidentaux vis-à-vis du « tiers monde », et à la sagacité de leur diplomatie ! Cela nous éclaire aussi sur la façon dont le monde actuel a été construit…

Mais revenons à l’auteur, qui avec son côté anglais d’Oxford, ne manque pas de contradictions car s’il représente l’occident, il est contre l’imposition de notre mode de vie à ces populations. Il considère que l’on devrait s’arrêter à faire régner l’ordre et la justice, et pour le reste les laisser faire ce qu’ils veulent, respecter leur culture millénaire. Ce qui est tout à son honneur. Mais les rapports avec les locaux peuvent être très complexes : il mentionne à un moment un administrateur anglais qui aimait et respectait énormément les ethnies locales, admirant leur courage au combat tout en les massacrant à la mitrailleuse en cas de révolte !

Wilfred adore chasser, c’est parfois utile quand il s’agit de protéger un village d’un lion qui attaque le bétail, mais c’est parfois pour lui « un sport », et c’est beaucoup plus discutable. Mais cela lui permet aussi de se faire accepter par les tribus locales (« il est comme nous »). Il ne s’en cache pas, et rappelle plusieurs fois qu’à l’époque, le gibier foisonnait, et qu’il n’y avait aucun risque d’extinction des espèces…  Il tuera néanmoins quatre éléphants pendant son séjour dans le Nuer, nombre auquel il a droit, car c’est déjà réglementé (deux éléphants par an). Il chasse aussi le rhinocéros avec les locaux, et prend parfois des risques, il faut le reconnaître : chasser le lion peut vite se révéler dangereux.

Pendant la seconde guerre mondiale, il confesse qu’il combattrait volontiers aux côtés des Éthiopiens, même contre les anglais, ce qui en dit long sur son amour de ce pays ! Il participe activement à la libération du Godjam en 1940-1941, sous les ordres de Orde Wingate, qui ramena l’empereur Haïlé Sélassié à Addis-Abeba de son propre chef. Il le compare par certains côtés à T.E. Lawrence, pour son investissement auprès des abyssins car il craignait que les Britanniques privent l’Abyssinie de son indépendance.

Il y a d’ailleurs des similitudes entre Wilfred Thesiger et T.E. Lawrence, tous deux amoureux du désert et des tribus nomades, jusqu’aux accords de Sykes-Picot qui scella le sort du Proche Orient après la première guerre mondiale, comme ici le plan Hoare-Laval scella celui de l’Abyssinie.

Wilfred Thesiger, (1910-2003) était un explorateur et un écrivain britannique, connu pour ses descriptions des peuples nomades africains et asiatiques. Cette première découverte donne envie d’en lire d’autres, comme « Le désert des déserts » ou « Dans les montagnes d’Asie ».

Blade Runner 2049 – Denis Villeneuve

Blade Runner 2049 - Denis Villeneuve Fan de Philip K. Dick, je ne risquais pas de louper ce film, d’autant qu’Arte avait eu la bonne idée de rediffuser le premier « Blade Runner » de Ridley Scott (1982), adaptation du roman de P.K. Dick : Les androids rêvent-ils de moutons électriques.

Et j’ai passé un bon moment, malgré quelques longueurs (2h44). Du côté positif, l’ambiance (décors, musique) qui sont assez fidèles à la première mouture, et où l’on plonge avec délice. Le scénario, sans être à la hauteur du premier film, est assez prenant pour vous accrocher un moment. Mais la sophistication et la lenteur de certaines scènes font que l’on s’ennuie tout de même un peu, pour être finalement déçu par le scénario.

Concernant ce dernier, je n’ai pas retrouvé la force du premier film, notamment avec la dernière scène, celle où Roy Batty, le Nexus-6, finit par sauver la vie du Blade Runner par pure empathie, ce sentiment qui est censé être la spécificité de l’âme humaine… C’est l’idée de base du roman de Philip K. Dick, d’ailleurs : qu’est-ce que c’est qu’être humain, qu’est-ce qui nous différencie d’une machine sophistiquée ?

Dans ce nouveau film, la clef du scénario est la capacité d’enfanter des réplicants. Car leur fabrication est limitée, or les humains en ont de plus en plus besoin (comme main d’œuvre) ; s’ils pouvaient donc se reproduire tout seuls, cela résoudrait le problème. Or nous apprenons que la Tyrell Corporation du premier film savait le faire, mais hélas, le savoir a été depuis perdu… Et comme Harrison Ford et la belle Rachel étaient amoureux, un enfant était né de cet amour !

Personnellement, j’ai tout de même passé un bon moment. Le premier film durait deux heures, et est considéré comme un film culte. Pas besoin de faire plus long…

Nothing to hide (rien à cacher)- Marc Meillassoux

Nothing to hide - Marc Meillassoux J’ai regardé ce documentaire (disponible sur Vimeo, en téléchargement également) : ça m’intéressait parce que c’est la réponse que font toujours mes potes quand je leur parle de l’importance de faire attention à leurs données personnelles sur internet et particulièrement avec un smartphone : « Oh mais moi je n’ai rien à cacher ! ». Et qui donc ne prennent par la suite aucune mesure pour se protéger : utilisation des services de Google (surtout) et Facebook (aussi) sans précaution particulière, pas plus que pour l’installation d’applications tierce sur le smartphone.

Et récemment, lors d’une discussion à propos du projet de loi antiterroriste (qui vient d’être voté et adopté par le Parlement), un ami qui prétend s’impliquer dans le mouvement « En marche », et à qui je parlais des dangers d’une telle loi pour la démocratie (qui sait qui sera élu à la prochaine élection, et ce qu’il fera de telles lois ?), cet ami finit par asséner « Oh et puis il faut bien protéger la population contre les terroristes ». Fin du débat ! Je me demande pourquoi il s’engage en politique avec de tels raisonnements ! 🙁 (enfin si je sais pourquoi).

Dans ce reportage, en guise de fil rouge, nous allons suivre un jeune artiste allemand qui accepte de se faire « hacker » son Iphone et son IMac pendant cinq semaines. Un hacker et une analyste auront pour mission de démontrer ce que l’on peut apprendre sur une personne en analysant son historique de navigation sur internet, ainsi que les métadonnées (et uniquement les métadonnées !) de son smartphone.

Le résultat est assez impressionnant, même si on ne nous dit pas tout : son identité, ses déplacements, ses heures de sommeil, à quel endroit il passe le plus de temps, etc… Le profil est rapide à dresser, et assez flippant : car ensuite, par les gens qu’il fréquente, on peut en déduire son milieu social, s’il est riche ou pauvre (Facebook développe d’ailleurs un algorithme qui permet de savoir si vous êtes solvable on non : que fera-t-il de cette donnée à votre avis ?) … Le reportage ne nous dira ce qu’ils ont pu déduire à propos de ses contacts (petites amies potentielles par exemple), car même en anonymisant les noms, cela aurait été une atteinte à la vie privée.

Autour de ce fil rouge, le reportage interview des acteurs de la sécurité, des victimes de la surveillance, d’anciens espions, des lanceurs d’alerte : l’ex-directeur technique de la NSA, une activiste est-allemande arrêtée par la Stasi, Jérémie Zimmermann (de la Quadrature du Net), Isabelle Falque-Pierrotin (Présidente de la CNIL), Joël Domenjoud (un écologiste assigné à résidence sans décision de justice), Edward Snowden, etc…

Il y a justement un interview de Edward  Snowden qui répond bien au fameux « je n’ai rien à cacher » :

Dire que la vie privée ne vous intéresse pas parce que vous n’avez « rien à cacher », c’est comme de dire que la liberté d’expression est inutile parce que vous n’avez « rien à dire ». Car même si vous n’utilisez pas vos propres droits aujourd’hui, d’autres en ont besoin. Dire que vos droits ne vous intéressent pas, parce que vous n’en faites pas l’usage, est la chose la plus asociale que vous puissiez dire. Ce la revient à dire: « les autres ne m’intéressent pas ». Particulièrement si vous occupez une place sociale privilégiée. Si vous êtes vieux, riche et blanc, tout en haut de la pyramide sociale, alors la loi et les droits vous importent peu, parce que la société est dessinée pour servir vos intérêts. Ce sont toujours les minorités qui sont les plus à risque.

Autre chose importante à retenir : la surveillance de masse ne marche pas !

Cela m’a rappelé un reportage vu sur Arte : La guerre du renseignement. Bien avant Edward Snowden, Bill Binney, ancien directeur technique de la NSA, avait dénoncé les méthodes inadaptées des services de renseignement dans la lutte contre le terrorisme, et notamment la collecte massive de données : noyés dans un flot continu d’informations, les analystes ne parvenaient pas à exploiter les data rapidement. Dans les années 1990, un programme baptisé « ThinThread », mis en place par la NSA, devait pourtant permettre de cibler les recherches en se concentrant uniquement sur les métadonnées utiles pour retracer les communications d’individus suspects. Mais quelques semaines avant l’attaque du 11-Septembre, le projet a été abandonné au profit d’intérêts financiers privés.

Voilà donc où nous mène cette surveillance de masse : on attend les attentats, et après on traque tous ceux qui étaient en contact avec les auteurs. « ThinThread » était plus efficace, mais quand il y a de l’argent en jeu, l’efficacité passe au second plan… et les victimes aussi, bien entendu.

Autre point, les outils de surveillance utilisés pendant l’état d’urgence (et passés donc dans la loi ensuite) sont utilisés contre les activistes de tous poils : musulmans (USA), écologistes (FRANCE), etc… Pour la COP21 par exemple, toutes les manifestations furent interdites, et 24 militants écologistes assignés à résidence… Joël Domenjoud, après un recours auprès du Conseil d’État, a eu accès à un dossier de renseignement qui lui était dédié, appelé « note blanche ». Cette « note blanche » établissait que Domenjoud avait été l’objet d’une surveillance physique et numérique pendant plusieurs années. Aucune accusation n’était retenue contre lui.

La surveillance de masse devient un outil de contrôle social, où les individus finissent par se dire : « si je dis quelque chose, je vais avoir des ennuis ». Donc on ne dit plus rien, on ne fait plus rien : c’est comme ça que les régimes autoritaires fonctionnent (voir la RDA et sa Stasi). C’est bien sûr anti-démocratique, les citoyens devenant des sujets.

La conclusion d’Isabelle Falque-Pierrotin est assez glaçante quand on y réfléchit :

C’est probablement la première fois de l’histoire que la technologie rend possible une surveillance de masse réelle, mise en place par des acteurs publics et privés. Et c’est vrai que cette surveillance est plutôt acceptée par l’individu. La question que l’on doit se poser ensemble c’est : Est-ce vraiment l’environnement digital que nous voulons ? Et je pense qu’on est pile à ce moment, j’ai ma réponse, mais nous devrions tous nous poser la question, parce que les  choix ne seront pas toujours les mêmes.

Autrement dit, demain, il sera peut-être trop tard pour dire non…

Mysterium – Robert Charles Wilson

Mysterium - Robert Charles Wilson Ce joli bandeau « Prix Philip K. Dick » m’a donné envie de tester cet auteur que je ne connais pas.

Alors bon, on est loin de Philip K. Dick ! J’ai eu du mal à accrocher à cette histoire, et je me demandais pourquoi : il y a pourtant ce monde dans lequel la ville de Two Rivers est projetée : un monde proche du notre mais ayant évolué différemment, une société en guerre, technologiquement en retard, et avec une hiérarchie religieuse très puissante, chrétienne mais gnostique et polythéiste ! De quoi faire une bonne histoire…

Peut-être est-ce le personnage principal, ce pauvre Dexter Graham qui manque vraiment de charisme et de profondeur. On met d’ailleurs du temps à savoir qui est le personnage principal, entre le jeune gamin Clifford ou encore Calvin, le neveu du savant fou Alan Stern.

Et une fois le décor dressé, l’intrigue se révèle assez ennuyeuse, il ne se passe pas grand chose, et la fin est tout de même décevante. Les différences entre les deux sociétés auraient pu faire l’objet d’un traitement plus approfondi, plutôt que mettre l’accent sur la préparation de l’explosion nucléaire, inéluctable depuis le début.

Pour le reste, c’est assez bien écrit, avec un style simple et fluide. Au final, un roman de SF comme beaucoup d’autres, et loin d’arriver à la cheville du maître du Haut Château ! 😉

Robert Charles Wilson, né en 1953, est un auteur de science-fiction canadien d’origine américaine. Il est l’auteur de la trilogie Spin : Spin est le titre du premier tome, et  pour lequel il a reçu le prix Hugo. Les deux autres tomes ont l’air d’être plus inégaux !

Le jeune Karl Marx – Raoul Peck

Le jeune Karl Marx - Raoul Peck J’avais envie de voir ce film pour mieux connaître le personnage qui encore aujourd’hui est souvent mentionné dès que l’on parle de crise économique (du capitalisme). J’en suis ressorti un peu sur ma faim, mais bon, pas facile non plus de faire mieux je pense. Les deux premières scènes du film sont très explicites :

La première nous montre des pauvres ramassant du bois mort dans une forêt. Une voix off nous explique la différence entre la branche valide d’un arbre, et une branche morte, se demandant si la branche morte appartient toujours à l’arbre, et accessoirement à son propriétaire… Puis des hommes à cheval arrivent en chargeant, frappant sans retenue les gueux qui ont osé ramasser le bois mort.

La deuxième scène se passe dans une usine, où l’on voit des hommes, des femmes et des enfants travailler sur des machines. Apparemment, pas grand chose ne les distingue des gueux de la première scène (travailleurs pauvres). Arrive le patron qui fait un beau discours menaçant (je ne sais plus trop pourquoi), ce à quoi une ouvrière se rebelle et se fait virer sur le champ. Le fils du patron n’est autre que Friedrich Engels, qui va suivre l’ouvrière qui deviendra sa femme.

Le décor est installé, celui d’une classe ouvrière à l’aube de l’ère industrielle, qui n’a pas grand chose à envier aux esclaves. Le besoin de changer ce monde, et le sentiment de révolte qui va avec, n’est pas bien compliqué à comprendre et à accepter.

Nous retrouvons ensuite Karl Marx, alors journaliste en Allemagne, qui se fait expulser et se réfugie en France. Il assiste aux discours de Proudhon, auteur du célèbre : « La propriété, c’est le vol ». Ils se rencontrent à plusieurs reprises, mais sans être vraiment en accord sur leurs idées, Marx lui reprochant d’être trop théorique, trop abstrait. Quand un peu plus tard Proudhon publiera sa « Philosophie de la misère », Marx en fera une critique très sévère appelée « Misère de la philosophie » ! On imagine le personnage…

Engels viendra rencontrer Marx, et ils vont devenir inséparables. Engels connaît le monde des nantis, et celui des ouvriers, et il ne manque pas d’argent ; Marx est un penseur du matérialiste historique, assez redoutable quand il s’agit d’apporter la contradiction, mais peu doué pour les concessions, comme on l’a vu avec Proudhon. Il ne partage pas non plus les thèses de l’anarchie chères à Bakounine. Financièrement, il est fauché.

Avec Engels, ils vont approcher un mouvement clandestin appelé La ligue des justes, créé à Paris par des ouvriers allemands, et s’approchant du socialisme utopique. Les deux compères prétendront avoir Proudhon comme ami pour être crédible ! La Ligue des justes deviendra bientôt la Ligue des communistes, et Karl Marx publiera son Manifeste du Parti Communiste.

Voilà, ce sont les cinq années de la vie de Karl Marx qu’a choisi le réalisateur de montrer. Je suis resté sur ma faim car les échanges de dialectique politique sont un peu trop rapides à mon goût, on survole vraiment beaucoup de choses en très peu de temps, alors que certaines scènes de la vie familiale de Marx ou de Engels m’ont paru de peu d’intérêt. Mais il s’agissait sans doute d’un besoin d’équilibre afin que le film ne soit pas trop ardu, et cela a aussi le mérite de rendre Marx un peu plus humain.

Cela n’en reste pas moins un très bon film, d’une réalisation très classique, décrivant un moment crucial de la moitié du XIXème siècle, quand on sait tout ce qui va suivre. Ne pas confondre pour autant le Manifeste du Parti communiste de Karl Marx avec ce qu’en ont fait les différents Partis communistes de la planète ! 😉 D’ailleurs, à l’époque, aucun Parti communiste n’existait, et l’ouvrage fut par la suite republié sous le titre Manifeste communiste).

Expo Winsor McCay (Little Nemo) à Cherbourg

Little Nemo C’était au mois d’août, je suis allé à Cherbourg pour voir l’exposition consacrée à Winsor McCay, père de la bande dessinée américaine, connu pour son personnage de Little Nemo.

J’avais des souvenirs d’enfance de ces planches de B.D. qui se terminaient toujours par le petit Nemo qui tombait de son lit ou se réveillait… Auparavant, Litlle Nemo nous avait emporté dans les mondes imaginaires de ses rêves.

Impossible par contre de me rappeler où je les découvrais : était-ce directement dans les albums, ou dans une revue publiant une page ? Je me suis renseigné à la librairie, aujourd’hui, on ne trouve qu’un gros (33x45cm)  et magnifique volume à 60€, en anglais… Bel objet certes, mais il faut trouver où le mettre !

Revenons à l’exposition : j’y ai passé l’après-midi, c’était un plaisir de lire toutes ces planches, même en anglais : le vocabulaire est assez simple, et facile à comprendre.

Winsor McCay
Mais j’ai surtout beaucoup appris sur Winsor McCay, le créateur du personnage. Né en 1869 au Canada (même s’il y a quelques incertitudes), il passe son enfance à Spring Lake, Michigan, dans un milieu rural et plutôt modeste :

Je dessinais partout et tout le temps. Je dessinais sur les palissades, des tableaux noirs, des bouts de papier, des morceaux d’ardoise, des murs de grange. Je ne pouvais tout simplement pas m’arrêter.

Il déserte l’école pour aller à un parc d’attractions qui l’attire, « Wonderland » (qui influencera son monde imaginaire). C’est là qu’il commence à vendre des portraits ou des caricatures, et qu’il perfectionne sa technique. Il étudie alors la perspective auprès de John Goodison, un professeur de dessin qui réunit autour de lui six jeunes gens, dans le but « d’expérimenter sur des cobayes une nouvelle façon d’enseigner la perspective ». Goodison déclarera à propos de McCay :

Si ce jeune homme ne fume pas trop de cigarettes, le monde va entendre parler de lui. Il a absorbé tout mon enseignement.

En 1898, il va travailler pour un journal local. D’abord par des dessins d’humour ou des fresques patriotiques, où il en profite pour améliorer ses techniques et son style. En 1903 il s’installe à New-York et rejoint le New York Herald. Il réalise les premières pages avec les « Tales of the Jungle Imps » ; suivront bientôt « Little Sammy Sneeze » (Petit Sammy éternue), « The Story of Hungry Henrietta » (Henriette l’affamée) et « A Pilgrim’s Progress by Mister Bunion », l’histoire d’un malheureux personnage qui ne réussit jamais à se débarrasser de sa valise…

Vient ensuite les « Dreams of the Rarebit Fiend » (Cauchemars de l’amateur de fondue au Chester) dont McCay dessinera plus de 900 pages. Première de ses œuvres à explorer le monde des rêves. C’est en 1905 qu’il crée son personnage de Little Nemo ! Son rythme de travail est impressionnant, dix-huit heures par jour parfois, livrant en plus de la page de Little Nemo, une demi-page des « Cauchemars » et d’autres illustrations chaque semaine.

Il va concevoir les cases comme les fragments d’une entité plus vaste : la planche, et inventera beaucoup de choses sur le sujet : avant lui, les BD de journaux étaient les fameux comic strip, une série de quelques cases disposées en bande horizontale. Son utilisation de la couleur (qui apparaît dans la presse à cette époque) sera aussi novatrice. Little Nemo rencontrera un succès considérable, sera traduit en sept langues. Une comédie musicale est même montée à Broadway, puis parcourra le pays !

McCay ne va pas s’arrêter là : il va devenir l’un des pionniers du dessin animé ! Il commence par dessiner l’un de ses personnages, faisant apparaître le visage de Flip à l’écran : « Watch me move », annonce-t-il… Puis Nemo et ses compagnons apparaissent et se déforment en tous sens… À l’époque, les spectateurs sont persuadés qu’il ne s’agit pas de dessins, mais de photographies de vrais enfants, truquées selon un procédé spécial. Pour les convaincre, il fit un deuxième film, représentant un moustique ridicule, intitulé « How a mosquito operates ». Le public pensa qu’il s’agissait d’une sorte de marionnette manipulée par des fils invisibles !! Le troisième essai fût le bon :

J’y parvins en en dessinant ma fameuse Gertie, le monstre préhistorique dont le modèle a vécu il y a quelque treize millions d’années. Je lui fis dévorer les rochers, arracher un arbre et jeter un éléphant à l’eau. Gertie buvait aussi un lac entier jusqu’à la dernière goutte, se couchait et se balançait à mes commandements, que je ponctuais, sur la scène, de grands coups de fouets. Cette fois les gens étaient enfin convaincus qu’il avaient sous les yeux des images dessinées à la main.

On peut voir quelques-unes de ces animations sur la page wikipedia, ainsi que « Le naufrage du Lusitania » (bteau anglais coulé par les allemands en 1915), un court-métrage de douze minutes qu’il réalisa en 1918, soit le plus long film d’animation de l’époque.

Le 26 juillet 1934, Winsor McCay pousse un cri : « Ma main droite… C’est fini, fini ! ». Et de fait, il ne survit que quelques heures à sa main paralysée. Le lendemain, l’Herald Tribune publie, en même temps que le dessin qu’il n’a pu achever, les témoignages admiratifs des principaux dessinateurs du pays.