Après Mai – Olivier Assayas

Après Mai - Olivier Assayas Je suis allé voir ce film ce week-end, curieux de voir comment étaient traitées les années qui suivirent  mai 68. Les critiques étaient plutôt bonnes, mais peut-on encore vraiment se fier aux critiques ?

Celle du Canard parlait de prise directe avec le réel de l’époque, de l’esprit libertaire qui y régnait, « une fresque sur la jeunesse d’extrême gauche », et concluait par un mystérieux « reste à savoir si ceux qui l’ont vécue retrouveront l’esprit de l’époque dans ce film en miroir ».

Le film commence (nous sommes en 1971) par une manifestation violemment réprimée par la police et les brigades spéciales d’intervention, armées de matraques sur leurs motos. Pasqua et Pandraud n’avaient rien inventé avec leurs voltigeurs, rendus tristement célèbres avec l’affaire Malik Oussekine en 1986. Et déjà ça tapait fort !

Ensuite, nous allons suivre les aventures de Gilles, jeune étudiant aux Beaux-Arts passionné de peinture, engagé dans l’action tout en restant lucide (distant ?) sur l’engagement politique, mais aussi amoureux abandonné qui tarde à se consoler. Et c’est là que j’ai été un peu déçu : étudiant de milieu aisé, artiste au vague à l’âme, voyageant à Londres ou Rome, travaillant pour son père metteur en scène de Simenon… Si on parle des ouvriers, on n’en voit pas beaucoup, et les souvenirs du réalisateur ont du mal à décrire une époque.

Si c’est autobiographique, cela reste sans doute un bon témoignage, mais vu à travers le filtre d’Olivier Assayas. Les discussions politiques, l’engagement et le respect de la doctrine pour certains, le doute et la prise en compte de son avenir personnel pour d’autres… tout cela au milieu d’une jeunesse éprise de liberté, sur fond de libération sexuelle, de joints et de musique pop, sans oublier le voyage mystique en Afghanistan.

J’ai bien aimé la scène où Gilles tient des ses mains « Les habits neufs du président Mao » de Simon Leys. Un activiste (sans doute maoïste) lui dit alors que Leys est un agent de la C.I.A payé pour faire une propagande capitaliste contre-révolutionnaire. Gilles répond par la vérité, à savoir que c’est un sinologue belge, et premier intellectuel à dénoncer les horreurs de la révolution culturelle chinoise.

Cette petite anecdote montre bien comment il pouvait être difficile de trouver sa propre voie dans cette explosion d’une jeunesse qui voulait changer le monde.

Dans une autre scène, toute aussi courte, trente secondes de cours de philo permettent de placer le nom de Max Stirner. Sans plus d’explications, comme une liste que l’on déroule.

Le film souffre également d’une certaine lenteur, et on finit par s’ennuyer un peu entre le manque de contexte et les amourettes des uns et des autres. La bande son par contre est pas mal :

  1. Soft Machine – Why Are We Sleeping? (1968)
  2. The Incredible String Band – Air (1968)
  3. Captain Beefheart & His Magic Band – Abba Zaba (1967)
  4. Booker T & the M G ‘s – Green Onions (1962)
  5. Tangerine Dream – Sunrise In The Third System (1971)
  6. Dr. Strangely Strange – Strings In The Earth And Air (1969)
  7. Nick Drake – Know (1972)
  8. Syd Barrett – Terrapin (1970)
  9. Kevin Ayers – Decadence (1973)

Olivier Assayas est un réalisateur et scénariste français, né le 25 janvier 1955 dans le XVe arrondissement de Paris.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *