Le destin de Mr Crump – Ludwig Lewisohn

destin-mr-crump.jpg Ludwig Lewisohn (1883-1956), est né à Berlin, mais a vécu dès l’âge de 7 ans aux Etats-Unis. Il fit tout pour devenir un “bon américain”, allant même jusqu’à renoncer un temps à sa religion (il est juif) pour se tourner vers l’Eglise méthodiste. La Grande guerre aidant, la bonne société américaine lui demandera de tourner définitivement le dos à la culture allemande, dont ses parents l’ont nourri. Il s’y refusera.

Au milieu des années 20, lorsqu’il présente son livre The case of Mr Crump, il se voit rejeté de partout, traité de sournois, pervers, calomniateur de la vertueuse Amérique, démolisseur des valeurs du mariage… Le livre paraîtra finalement en France, en 1926 (publié par un américain non-conformiste: Edward Titus).

C’est l’histoire d’un jeune homme, ayant reçu une éducation stricte, artiste, passionné de musique classique et compositeur doué de talent. Issu d’une petite ville du Sud, il “monte” à New-York pour pouvoir exercer et développer son art.

Hélas pour lui, il y rencontrera une femme de 20 ans son aînée, qui va jeter son dévolu sur lui: il est jeune, inexpérimenté, idéaliste… elle est manipulatrice, dénuée de scrupules, tenace au-delà de l’imaginable (et accessoirement mère de 3 enfants d’un premier mariage).

Elle obtiendra le mariage en jouant sur l’amour que Mr Crump porte à ses parents, le menaçant d’un terrible scandale. Dans une amérique puritaine, c’est l’enfer d’un tel mariage qui vous est conté, jusqu’au dénouement final. Le poids de la société ne lui laisse aucune chance, pour peu que la femme soit déterminée, et l’homme honnête.

Le portrait de la femme est terrible. Pas étonnant qu’il ait choqué à l’époque, car un certain nombre de poncifs volent en éclat ! L’image de la femme d’abord (en tout cas celle-ci), puis le poids terrible que la société exerce. Aucune porte de sortie pour ce pauvre Herbert (ou Bertie, comme elle l’appelle quand elle veut l’amadouer).

C’est de plus admirablement écrit, fluide et profond à la fois. Extrait:

On dit que le chagrin et la mort adoucissent les cœurs. Ils peuvent aussi endurcir l’esprit, en lui retirant l’espérance et les illusions. Après avoir quitté la tombe où reposait sa mère, et la maison de son père, qui malgré la solitude et l’âge savait supporter sa douleur, Herbert se trouva plus fort qu’auparavant, parce qu’il n’avait plus rien à craindre en ce monde. L’univers ne renfermait plus de terreur. Sa mère était affranchie de la souffrance, de l’espoir, des déceptions : elle faisait partie des innombrables générations de morts. C’est en cela, compris Herbert, en cette immortelle délivrance de toute fièvre mortelle que réside la majesté de la mort, c’est là ce qu’elle apporte. Qui a, une fois, connu cette pensée ne peut jamais plus perdre entièrement la faculté de se détacher du flux trop brûlant des choses…

Une remarque pour finir : si vous lisez ce livre, gardez les 2 préfaces (dont une de Thomas Mann) pour la fin: le dénouement de l’histoire y est livré.

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