Ernesto Guevara – Paco Ignacio Taibo II

che1.jpg Je viens de finir Ernesto Guevara connu aussi comme le CHE, écrit par Paco Ignacio Taibo, un romancier et historien mexicain. C’est une biographie complète et détaillée de la vie du Che, en passant rapidement sur son enfance.

On y suit la révolution Cubaine jour après jour, et c’est aussi prenant qu’un polar. Puis il sera ministre du gouvernement, l’occcasion de voir à quels problèmes ont été confrontés les révolutionnaires une fois au pouvoir. Mais préfèrera retourner servir la révolution, d’abord en Afrique, puis en Amérique du Sud, son grand rêve. La Bolivie sera le pays choisi pour démarer, et il y trouvera la mort à 39 ans.

Car l’aventure de la révolution Cubaine vaut le coup d’être racontée…

On est en novembre 1956. Ils n’étaient qu’un petit groupe (82 au départ, une douzaine au pire moment), peu armés, sans ressources, et le plus souvent affamés. L’aide des paysans sera décisive pour leur survie… sans oublier la dictature de Battista, qui par sa répression, ne fait que dresser le peuple contre lui et générer ainsi de nouveaux combattants qui rejoindront la révolution et le Che, devenu très vite une sorte de mythe.

Le Che, de nationalité argentine, ne doit de participer au groupe de départ (dont fait partie Castro) que parce qu’il est médecin. Très vite, il se fera remplacer pour participer aux combats, et deviendra Commandant. Il dort très peu, et souffre d’asthme, ce qui le suivra toute sa vie, provoquant de graves crises quand dans la Sierra, il est à court de médicaments.
Mais il est d’une droiture sans faille: dur avec lui-même, dur avec ses hommes. La révolution passe avant tout. Il refuse tout avantage, partage tout, mais impose une discipline de fer… Et ses hommes sont prêts à tout pour le suivre.

Le tournant de la révolution, c’est la traversée de la moitié du pays par deux colonnes emmenées par Che Guevara et Camilo Cienfuegos. 6 semaines d’une marche harrassante, sans nourriture ou presque, 600 kms de zone marécageuse, poursuivis par l’armée cubaine et l’aviation. Ils évitent ainsi l’encerclement dans la Sierra Maestra, et créent un deuxième foyer dans la Sierra d’Escambray. Quelques mois plus tard, le 02 janvier 1959, La Havane est pris.

Sa vision de la révolution n’est pas communiste comme on l’a dit: il est certes très intéressé par la révolution bolchevique et la récolution chinoise. Il lit beaucoup à ce sujet, mais le perçoit à cette époque comme un idéal, n’en connaissant que la théorie. Plus tard, en tant que ministre Cubain, il ira en Russie et dans les pays de l’Est, et ne se génera pas pour critiquer durement la centralisation et la corruption. Il semble plus proche du communisme chinois. Mais au bout du compte, il appliquera sa propre méthode.

Une fois la révolution gagnée, il s’occupera de la réforme agraire, puis sera ministre de l’industrie, tout cela pendant 5 ans. Il restera le même, participant aux journées de travail dans les champs tous les dimanches ou presque, refusant tout avantage lié à sa fonction, etc…
Il ne participe pas directement à l’organisation du pouvoir, mais dénonce sans relâche tous les comportements non égalitaires, conscient des risques de dérive de la révolution. C’est vraiment impressionant de voir à quel point il reste fidèle dans ses actes à ses idéaux. Cela lui donne évidemment un énorme charisme auprès du peuple cubain, même s’il est argentin.

Une anecdote surprenante, c’est que avant la révolution, les cubains avaient, grâce aux USA, des habitudes et un niveau de consommation déjà évolué. Après le blocus américain, quand les cubains se tournent vers les russes, ils se rendent compte que le niveau de vie du bloc communiste est très en recul par rapport au leur ! Difficile d’importer de l’eau de toilette par exemple: ils n’en ont tout simplement pas, c’est un produit de luxe.

Cet aspect économique est très bien décrit dans le livre, et c’est très intéressant de voir les problèmes auxquels ils ont été confrontés, comment ils ont été traités, les erreurs qui ont été commises et ce qui a réussi. Ce n’est pas tout de prendre le pouvoir, il faut l’exercer, nourrir le peuple, lui donner du travail, etc… Et le blocus américain complique terriblement les choses. Le Che, dans ses discours de l’époque, est toujours aussi franc, pratiquant la critique comme l’auto-critique. Egal à lui-même…

Après ses années au gouvernement cubain, il se rendra en Afrique (au Congo), car il veut exporter la révolution, retrouver l’action. Ce sera un échec: l’esprit qui anime les pseudo révolutionnaires africains est très différent de celui de la révolution cubaine. Ce sont plutôt des contrebandiers, qui se saoûlent à longueur de journées. On est en 1965, et Laurent-Désiré Kabilla est déjà là ! Quand on pense qu’il sera élu président de la république démocratique du Congo en 1997… Ah le rythme de l’Afrique !

Puis il se lance dans son vieux rêve: exporter la révolution dans toute l’amérique latine, pour la libérer de l’exploitation des USA qui, sous couvert d’accords économiques et avec le consentement de gouvernements corrompus, entretiennent et aggravent les inégalité sociales de tout le sous-continent. Le dialogue Nord-Sud n’est qu’une mascarade. Idée née de ses premiers voyages, où il prend conscience de l’exploitation des pauvres, des inégalités sociales, etc… Elle ne l’a jamais quitté.

La Bolivie sera le premier pays choisi. A peu près tout se passe mal, la région choisie est trop désertique, le contact avec les groupes locaux pro-révolutionnaires est sous-évalué (l’idéalisme du Che). Ils sont terriblement isolés et ne peuvent être aidés par les paysans (qui subissent une pression beaucoup moins forte du gouvernement Bolivien, même s’ils sont dans la misère). La CIA aidera également le gouvernement bolivien (même si le doute subsiste quant à sa présence dans les montagnes) : moyens financiers, matériels, et formation militaire.
Le Che sera finalement capturé vivant, et abattu sur ordre le lendemain, sans doute parce qu’il fait encore peur, même prisonnier. Son corps sera même enterré dans un lieu secret pour ne laisser aucune trace et empêcher tout lieu de commémoration.

Les deux tomes se lisent très bien, et la personnalité, le caractère du Che sont parfaitement retranscrits. Il y a énormément d’extraits de son journal, et on est donc vraiment à l’intérieur de l’histoire.
Ce qu’il en reste, c’est l’idée de ce type qui dormait peu, malade, mais d’une énergie, d’une loyauté et d’une fidélité à ses idées incroyables. Il aimait lire, et jouer aux échecs. Il se maria 2 fois, mais la révolution passera toujours en premier.
L’échec de la tentative Bolivienne montre aussi l’énorme difficulté qu’aurait une révolution de ce type à réussir aujourd’hui. Quant à la révolution cubaine, on se demande même comment elle a pu réussir.

On peut juste regretter un manque de vision de ce que fait Castro, car s’ils communiquent souvent par lettres, on suit l’action du Che, et pas celle de Castro. Ce dernier (avocat de formation) semblait avoir un sens politique aiguisé, mais également un talent oratoire qui s’est révélé très utile. Il respectait énormément le Che, mais était beaucoup plus un politique.

Le Che était un idéaliste, et n’a jamais renoncé à ses idées. C’est de là que nait le mythe. Un homme nouveau…

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