Amkoullel l’enfant Peul – Amadou Hampâté Bâ

J’ai repris ce livre dans ma bibliothèque, l’ayant lu il y a très longtemps, et dont j’avais gardé un bon souvenir.

Ce sont ses mémoires auxquelles l’auteur nous convie, lui le grand défenseur de la tradition orale africaine. On peut donc être confiant de la véracité de ses souvenirs d’enfance. Il reste même fidèle à sa pudeur peule : les confidences s’arrêtent à la porte de son intimité (se raconter soi-même est considéré comme indécent).

Ce premier tome nous raconte son enfance, entre Bandiagara et Bamako au Mali (ex Soudan Français). C’est une plongée au début du XXème siècle, dans une culture riche et complexe , entre la tradition héritée des empires africains, l’islamisation puis la colonisation française qui bat son plein.

L’essentiel de ce premier tome est consacré à sa jeunesse. La description des liens familiaux héritée de la tradition est très surprenante pour un occidental, et ces relations sont parfois complexes. Ainsi des « captifs » (disons des serviteurs attachés à la famille pour rester simple) peuvent se voir hériter de la fortune de leur maître et devenir le tuteur de ses enfants… Ce sera le cas de Beydari, que le père d’Amkoullel avait racheté à un maître cruel (il en racheta ainsi quinze, toujours dans un acte pieux, et en affranchit six, les autres refusant de le quitter). Et ce n’est qu’un exemple !

Le dépaysement est garanti, et la description de cette vie qui ne date que d’un siècle est assez vertigineuse, tant le monde a changé depuis…

Le jeune Amkoullel va donc grandir au sein d’une culture Peule, peuple nomade établi dans tout le Sahel, aux origines encore incertaines de nos jours. Son père Hampaté Bâ meurt alors qu’il est très jeune, il sera élevé par sa mère Kadidja qui est une femme de fort caractère et pleine de ressources, ainsi que par son père adoptif Tidjani Thiam (second mari de Kadidja), personnage très pieux et d’une droiture morale extrême. Tous deux sont d’ethnie toucouleur (donc parlant peul et musulman).

Amkoullel ira d’abord à l’école coranique, ce qui lui forgera la mémoire (en apprenant par cœur le Coran sans comprendre le sens des phrases). Il vit une enfance heureuse à Bandiagara, courant la brousse avec ses petits camarades, sans grande contrainte finalement, et jouissant d’une grande liberté une fois l’école terminée : piégeurs de petits animaux, chapardeurs de potagers, baignade dans le fleuve, etc… Plus tard, il fondera sa « waaldé », une association de jeunes du même âge.

Le passé des empires africains est encore très présent dans la tradition, et Amkoullel y montre vite de l’intérêt, quand le soir les adultes se réunissent dans la cour de son père et que les griots content les récits des anciens. Il va très vite se passionner pour ces temps anciens, l’histoire des familles et des peuples, et ne manquera pas lors de ses déplacements de toujours chercher à apprendre des grands maîtres de la parole. Parallèlement, il développe son apprentissage de la religion musulmane. Il suit une première fois l’école française à Bandiagara, mais fugue pour rejoindre ses parents installés à Kati, au nord de Bamako.

C’est aussi l’époque de la première guerre mondiale, et les français recrutent beaucoup de soldats parmi la population. L’effort de guerre provoque une terrible famine en 1914. Amkoullel va finir par retourner à l’école française, à Bamako cette fois-ci, et la suivre avec assiduité car il veut obtenir un vrai statut social.

La guerre finie, c’est l’occasion pour ceux qui en reviennent de démystifier les blancs (« les dieux de la brousse ») qui ne sont finalement que des humains, mortels, pouvant être malade, blessé, avoir peur, etc… Leur pouvoir reste cependant total sur la population, et il suffit de travailler pour l’administration coloniale pour disposer de beaucoup de pouvoir, ce dont certains n’hésitent pas à abuser, qu’ils soient blancs ou noirs.

Voilà pour ce premier tome, nous quittons Amkoullel à l’âge de 22 ans. Il vient d’obtenir son précieux certificat d’étude. Il aurait alors dû partir pour l’île de Gorée, pour y poursuivre ses études. Mais sa mère refuse de le laisser partir, et Amkoullel ne peut que s’incliner (car on ne discute pas la décision d’une mère). Cela déplaît fortement au gouverneur, qui l’affecte d’autorité à un poste très éloigné de Bamako : ce sera Ouagadougou, en Haute-Volta ! Suite et fin au tome 2.

Amadou Hampâté Bâ (1901-1991) est un écrivain et ethnologue malien, défenseur de la tradition orale, notamment peule. Membre du Conseil exécutif de l’Unesco de 1962 à 1970, il y lance son appel : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. », phrase devenue célèbre.

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