Passage à /e/ OS

Voilà un peu plus d’un mois que je suis passé à /e/ OS sur le smartphone. Et j’en suis plutôt satisfait, c’est une nouvelle étape dans la « degooglisation » de mon smartphone, et du respect de mes données personnelles.

Pour ceux qui ne connaissent pas, le projet /e/ est né sous l’impulsion de Gaël Duval, le fondateur en 1998 de Linux Mandrake, une distribution Linux grand public, basée sur Red Hat. Il encore en phase beta à ce jour, mais c’est déjà pas mal abouti je trouve.

Partant d’une base LineageOS + microG, il propose une ROM nettoyée des services Google, dont les applications par défaut venant de l’open source ont été légèrement modifiées pour s’intégrer à l’éco-système de /e/ OS.

Enfin tout un écosystème « clef en main » qui respecte votre vie privée !

On arrive ainsi à un smartphone directement et facilement utilisable : l’utilisateur s’identifie avec son identifiant /e/ unique (utilisateur@e.email), et peut ainsi disposer automatiquement des services proposés, sans que ses données personnelles soient exploitées par quiconque.

On peut ensuite installer la plupart des applications Android du marché, tout cela sans passer par le Playstore de Google, c’est un vrai plus apporté par /e/ OS, j’y reviendrai.

Il est possible d’acheter un appareil pré-installé sur leur site (le Fairphone 3 ou 3+, le Gigaset GS290, ou les Samsung Galaxy S8, S9, S9+ en mode « refurbished »), ou bien de télécharger et installer /e/ OS sur son smartphone comme on le fait avec une autre ROM : actuellement, 152 appareils sont supportés, voir cette page pour plus d’informations.

Quand j’ai vu que mon modèle BQ Aquaris Pro faisait partie de la liste, j’ai voulu le tester. Pour moi qui avait LineageOS, et qui synchronisait moi-même contacts et calendriers, avec ma propre instance Nextcloud… Honnêtement ça ne change pas grand chose. Mais /e/ OS est sans doute un peu plus « degooglelisé » (DNS, etc…) que LineageOS, et l’écosystème fourni est tout de même intéressant.

Tout ce projet est encore très jeune, et tout n’est pas parfait, alors voilà une présentation ainsi que mon retour d’expérience après quelques semaines d’utilisation (globalement très positif).

Installation

Le mieux est de commencer par demander la création d’un compte mail sur cette page. On reçoit ensuite un « welcome » mail et il ne reste plus qu’à cliquer sur le lien proposé pour l’activer. Ce compte mail servira ensuite lors du premier démarrage de la ROM /e/ OS pour s’identifier (comme il nous est demandé de le faire avec un compte Google sur un smartphone « standard »). Procéder de la sorte simplifiera l’utilisation de ce compte pour tous les services en ligne proposés, qui seront ainsi automatiquement configurés et synchronisés.

L’installation s’est faite très facilement. À ce sujet, une fois que l’on a débloqué son tel et installé un « Recovery » comme TWRP, changer de ROM est vraiment très simple, la seule chose à se préoccuper étant de savoir ce que l’on veut sauvegarder, et qu’il nous faudra réinstaller les applications ! Mais finalement, c’est l’occasion de faire le ménage et de repartir sur une base propre, avec seulement les applications essentielles. Il sera toujours temps de réinstaller les autres au fur et à mesure des besoins.

Le Lanceur (launcher)

C’est la première chose qui saute aux yeux au premier démarrage : l’interface n’est pas celle d’Android à laquelle on est habitué. En effet, /e/ OS a développé son propre lanceur, appelé BlissLauncher, écrit en partant de zéro. Lire cette page (EN) où le développeur présente le projet pour en savoir plus.

En gros, leur but était de fournir une interface claire et intuitive, et il était plus simple pour eux de créer un nouveau lanceur que d’utiliser celui proposé par Android et qui ne correspondait pas à leur projet. Voilà à quoi cela ressemble :

BlissLauncher : les Widgets sur l’écran de gauche, les Applis par défaut sur la page d’accueil, les autres Applis installées seront sur les suivantes…

Il y a de bonnes choses, comme le widget avec les applis les plus utilisées, et je n’avais rien contre l’idée de changer de Launcher, mais j’ai vite déchanté, BlissLauncher se révélant peu paramétrable. Voilà ce qui ne me convenait pas :

  • Impossible de supprimer les widgets préinstallés : on peut par contre en ajouter d’autres avec le bouton MODIFIER et ceux-ci pourront bien être retirés.
  • Seulement quatre icônes possibles en bas de l’écran : j’ai pris l’habitude d’en avoir une de plus (Signal), et c’est difficile de revenir en arrière.
  • Impossible de masquer des applications : chose bien pratique quand on décide d’utiliser d’autres applis que celles proposées par le système (et ce sera le cas parfois par obligation, voir l’app. Mail plus bas).

J’ai donc installé Lawnchair, qui correspond mieux à mes besoins. Basé sur le Pixel Launcher de Google, il s’agit ici de la version V1, entièrement libre. Cette version n’est plus maintenue, mais entièrement fonctionnelle. Il existe une V2, disponible sur Google Play, intégrant « Google Now », mais qui ne doit pas être libre, et qui de toutes façons n’est plus développée non plus.

Il existe aussi OpenLauncher comme alternative, mais je n’ai pas testé (voir cet discussion sur le forum pour en savoir plus). Ou encore KISS, original, rapide et efficace, mais très différente.

Ces applications sont disponibles dans le Store de /e/ OS. Mais justement qu’est-ce que ce store ?

App store

Une application appelée Apps a été développée, qui s’appuie sur une API externe et indépendante (cleanapk.org), et qui fournit la plupart des applications libres pour Android, y compris celles qui peuvent être trouvées sur F-droid.

Cette application ne nécessite pas de compte (Google ou autre) pour fonctionner. Pour l’instant, ça ne dérange pas Google… Il est possible que si /e/ OS rencontrait le succès, Google vienne perturber cet arrangement. 🙁

Il existe une page pour tester si vous trouverez votre application favorite dans le magasin de /e/ OS. Si elle n’apparaît pas, cela ne signifie pas pour autant qu’elle ne fonctionnera pas, mais il faudra passer par un fichier APK pour l’installer.

Un vrai plus de ce store est la note de confidentialité fournie pour chaque application, ainsi que la liste des trackers trouvée par Exodus Privacy. Au moins, on est prévenu de ce que l’on installe, et des impacts potentiels sur vos données personnelles…

Exemple avec l’appli SNCF :

Pas vraiment envie d’installer ce genre d’applications !

Et il en va de même pour beaucoup d’applications que l’on pourrait croire inoffensives, comme Météo France, France Télévision, Radio France, etc… Toutes se ramassent un beau 0/10, et sont bourrées de trackers.

Pour toutes ce genre d’applications, il est finalement préférable de passer par le site internet. J’en reparle plus bas dans la partie « Futur ».

Applications par défaut

C’est légitime de fournir un ensemble d’applications par défaut, afin de rendre l’expérience utilisateur plus facile. Toutes celles de /e/ OS viennent de l’Open source (sauf une), et ont été légèrement modifiée pour mieux s’intégrer au système. Jusque là, tout va bien.

Mais j’ai mes habitudes, et je préfère par exemple utiliser Fennec (un fork de Firefox), ou MiXplorer comme gestionnaire de fichier. D’où le besoin de cacher celles proposées par défaut afin d’alléger l’interface.

Concernant les mails, l’application qu’ils proposent appelée sobrement Mail est un fork de K-9 Mail. Elle est intégrée de manière à utiliser l’identifiant unique (utilisateur@e.email) décrit plus haut, c’est très bien. Sauf qu’en forkant K-9, ils ont créé un joli bug qui empêche de sauvegarder un attachement sur le tel !

Un bug tout de même très gênant !

Le bug est ici (j’y ai fourni un log, et cela semble les avoir réveillé un peu, car le bug était inactif depuis un mois) ; bref, cela devrait être corrigé pour la version 0.18 (la 0.17 vient d’être publiée, voir plus bas).

Tout ça pour dire que j’utilise de toutes façons FairEmail, que je trouve très complet et soigné, j’ai même payé 5€ pour obtenir la version complète, et aussi remercier le(s) développeur(s).

L’application Gallery est l’application par défaut d’Android, très/trop basique, je l’ai remplacée par Simple Gallery Pro, libre et très complète. Sinon, les autres applications me conviennent : Messages est un fork de QKSMS, et Camera d’Open Camera.

La seule application qui n’est pas Open source est MagicEarth, qui était la plus proche de Google Maps. Mais la politique de respect de la vie privée des responsables de MagicEarth a convaincu /e/ OS de pouvoir l’intégrer à son système. Plus d’infos ici (EN). Personnellement, j’utilise OsmAnd, j’ai donc désactivé cet application, à défaut de ne pouvoir la désinstaller.

À noter que Calendar et Contacts vont automatiquement se synchroniser dans le Cloud fourni (via CalDAV/Card/DAV), ce qui est un vrai plus apporté par /e/ OS : l’exemple même de données personnelles sauvegardées automatiquement, et dans le respect de votre vie privée.

Services en ligne

On va donc disposer des services suivants : Cloud drive, mail, calendrier, contacts, Notes, Tâches, et Office. Tous ces services sont basés sur des services Opensource : Nextcloud, Postfix, Dovecot et OnlyOffice.

Vous pouvez même décider d’héberger vous-même tous ces services, la procédure est expliquée sur cette page. Ce qui montre bien la volonté de participer à la réappropriation des données personnelles par les utilisateurs.

Le Cloud drive (une instance Nextcloud) est par défaut de 1Go, autant dire que la limite sera vite atteinte si vous décidez de tout synchroniser sur ce drive, y compris vos photos !

Dans mon cas, je suis allé dans les paramètres du compte, désactiver les photos et les mails puisque j’ai ma propre instance Nextcloud pour les photos, et que j’archive mes mails sur le PC ; idem pour l’agenda, j’ai un serveur Baikal pour le synchroniser :

Je désactive la synchro de l’agenda, des photos et des mails.

Il est bien entendu possible d’augmenter sa capacité de stockage dans son espace personnel, les prix sont les suivants : 20Go pour 2€ mensuel, puis 64Go/4€, 128Go/6€, 256Go/8€, et 1To pour 13€. Un peu cher tout de même, si l’on compare aux offres du marché. Mais c’est aussi un moyen de soutenir et d’aider la fondation.

À ce sujet, Google Photos est devenu payant récemment. Fidèle à sa tactique, Google offre gratuitement ses services, puis quand tout le monde a mordu à l’appât, rend le service payant (voir Google Maps pour les professionnels). Pour les photos, aucune urgence, puisque une réserve de 15 Go vous est allouée à compter depuis le 1er juin. Voir cet article du Monde.

Spot

Un moteur de recherche /e/ spot est même fourni, qui est un fork de Searx, un meta-moteur de recherche qui respecte la vie privée. L’interface est propre et épurée, je l’aurais bien utilisé mais j’ai vite eu des recherches qui ont échouées sans raison :

Belle interface, mais les résultats de recherche ne sont pas encore stables.

J’ai lu aussi qu’ils travaillaient aussi sur sa rapidité. Rappelons que le projet est encore en phase beta. Dommage, la fiabilité n’a pas l’air d’être au rendez-vous pour l’instant, j’ai vite remis Duckduckgo, rien de plus énervant qu’un moteur de recherche définit par défaut qui ne renvoie rien.

Mise à jour

Comme pour LineageOS, un système de mise à jour OTA (Othet The Air) est fourni. J’ai pu ainsi mettre le système à jour récemment, en installant la v0.17 :

Cela permet de bénéficier des dernières évolutions du système (toujours en phase beta), mais aussi d’installer les dernières mises à jour sécurité de Google, ce qui est loin d’être négligeable.

Le futur

/e/ OS

Pour 2021, il est prévu d’offrir la possibilité de désinstaller certaines applications système quand c’est possible, et offrir deux versions : une « standard » et une autre contenant le minimum d’applications.

Blisslauncher doit aussi être complètement revu, pour offrir plus de choix à l’utilisateur.

Les applications

La solution pourrait être de créer un nouveau « store », une alternative à Google, où les applications pourraient être publiées par leurs auteurs. Android est bien une distribution Linux open source, mais le problème vient des applications, qui utilisent le SDK fourni et contrôlé par Google. La solution pourrait venir des PWA, dont certaines sont déjà disponibles dans le magasin d’Apps de /e/ OS.

La technologie Progressive Web App (PWA) permet de consulter un site web, mais offre à l’utilisateur l’impression d’utiliser une application.

Les avantages sont nombreux : développement facilité, fonctionnement dans un « bac à sable » autonome (et donc avec beaucoup moins d’accès à vos données), n’exécutant pas autant de services en arrière-plan. Tout cela les rend plus rapides, plus efficaces et plus sûres.

Certains services sont déjà disponibles avec cette techno : Uber, Twitter, Starbucks. Certaines banques aussi proposent des web services en lieu et place d’applications.

Cela me fait penser à Ubuntu Phone (Ubuntu Touch maintenant), qui proposait déjà des Webapps pour contourner le manque criant d’applications du système.

Cela pourrait être la voie pour contourner les problèmes liés aux applications, hormis les applications open source. Mais Google ne sera sans doute pas de cet avis ! 😉

Conclusion

Franchement, je trouve que tout cela est plutôt bien pensé et apporte vraiment un plus non négligeable pour toute personne souhaitant sortir de Google sur son smartphone Android tout en gardant la facilité d’utilisation et les services auxquels elle est habituée.

Certes, pour sauvegarder vos photos, il faudra augmenter la capacité de stockage, soit en profitant de leur offre, soit par une autre manière (une autre offre Cloud, ou encore l’auto-hébergement de vos données).

J’ai maintenant hâte de voir l’évolution de /e/ OS, le nouveau BlissLauncher, etc… Et je suis très satisfait d’être totalement en dehors de l’écosystème Google, tout en bénéficiant des services équivalents.

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