Les Essais – Montaigne

Voilà un livre que j’avais depuis peut-être 15 ans sur mon étagère, je m’y étais essayé une première fois sans succès, abandonnant après quelques chapitres.

Il s’agit pourtant d’un livre chaudement recommandé par Michel Onfray par exemple, et accessoirement par mon libraire de l’époque. Une belle édition, en français moderne qui plus est, la rendant ainsi beaucoup plus accessible.

En fait, il s’agit du premier livre où l’auteur parle de lui-même (“Je n’ai d’autre objet que de me peindre moi-même.“), cela ne se faisait pas avant, ce qui lui donne toute sa saveur. Montaigne écrit ces Essais de 1572 jusqu’à sa mort, soit en pleine guerre des religions.

Franchement j’ai du me forcer pour aller au bout. L’homme est honnête et plus que cela lorsqu’il parle de lui-même, et le simple fait qu’il nous parle du 16e siècle est intéressant. Mais ce qui peut apparaître comme de la sagesse est finalement du simple bon sens, surtout avec les limitations de l’époque.

D’une part je ne l’ai pas toujours trouvé très clair tellement il est loquace (on ne sait plus très bien de quoi il parle et ce qu’il en pense), et d’autre part l’époque actuelle porte tout de même un sacré coup à ses raisonnements, particulièrement vis-à-vis de la science et de la raison, dont il se méfie d’ailleurs beaucoup. La médecine de l’époque est un exemple frappant du décalage, et on le comprend aisément sur ce point !

Concernant la religion (le livre fut d’abord accepté puis mis à l’index par le Saint-Office en 1676), Montaigne est assez prudent. Il y a tout un chapitre (“Apologie de Raymond Sebon” – Livre II) de plus de 200 pages, où il glorifie la Nature mais en tant que création divine, et donc parfaite. Je dois dire que je ne suis pas allé au bout de ce chapitre, ça m’a vite lassé.

Sinon Montaigne est un homme sincère, modeste, assez âgé, et l’approche de la mort semble le tracasser pas mal (il souffre de la maladie de la pierre (calculs). Il est assez solitaire, et préconise plutôt le retrait des affaires du monde et conseille de mener une vie paisible. Il précise qu’à fréquenter le monde, on risque de devoir s’adapter à lui, et comme par ailleurs il précise plusieurs fois qu’il vit à une époque corrompue et ignorante, on risque tout simplement de se corrompre soi-même… Sur ces points, je serais plutôt en phase avec lui.

La vertu est une qualité sur laquelle il revient souvent, indispensable à un homme de bien. Il précise toutefois que l’on peut aller à l’encontre de sa conscience si c’est pour le bien de l’État ! (le bien général ?). Surprenant…

Si je devais donner un conseil, ce serait de lire d’abord le livre III, c’est à mon avis le plus intéressant et de loin, celui où il parle le plus de lui-même et de sa relation au monde dans lequel il vit.

Et comme il est toujours intéressant de mettre un visage sur un personnage, voilà celle de la page wikipédia :

Voilà quelques remarques supplémentaires pour ceux que cela intéresse…

Tout le texte est parsemé de citations latines (Montaigne maîtrise le latin qu’il a appris avant le français, et voue une admiration à la ville de Rome) ainsi que de références aux Anciens (Sénèque, Plutarque, Platon, Virgile, Socrate, etc…), racontant les hauts faits et gestes des Alexandre, César, et autres grandes figures de l’antiquité, même si parfois on est à mi-chemin entre le récit historique et la légende colportée à travers les siècles.

Montaigne ne semble par pour autant remettre en cause leur crédibilité, ce qui aujourd’hui n’aurait aucun sens. Il nous recommande même de ne pas juger avec nos outils une chose d’une autre culture et d’une autre époque. Ce type de raisonnement a tout de même ses limites.

C’est le signe d’une époque où la science n’a pas encore fait le ménage dans les croyances et autres balivernes. Il parle plus de raison que de science d’ailleurs. Il est même réservé quant à la science, dont il se méfie et lui préfère l’observation du monde animal pour apprendre comment se comporter. Selon lui, cela suffit pour conduire sa vie.

L’écart entre les époques est assez criant. Ses remarques sont pourtant souvent de bon sens, même s’il est difficile parfois de savoir ce qu’il pense vraiment du sujet qu’il a abordé : il ajoute des remarques personnelles, des citations latines, des exemples tirés de l’Antiquité, aborde le pour et le contre… Et à la fin du chapitre (dont le titre ne reflète pas forcément le contenu), ce n’est pas toujours très clair. Sans compter qu’ayant écrit ce livre sur plusieurs années, son opinion est susceptible d’avoir évoluée…

La façon dont il parle des femmes est sans doute un reflet de l’époque, on ne peut lui en vouloir : il leur montre du respect, mais elles sont inférieures à l’homme, c’est un fait. Les pauvres n’ont pour se montrer digne qu’à accompagner leur mari dans la mort… Il est très honnête quand il observe que l’on demande aux femmes d’être fidèles alors que les hommes ne le sont pas, et que c’est de toutes façons contre leur nature… (comme les hommes sans doute ?).

J’ai aussi noté un passage virulent contre les espagnols et leur conquête du Nouveau Monde (“Sur les voitures”, le titre est différent du sujet traité), et comment ils ont trahis de manière honteuse les deux derniers puissants monarques de ce monde : Atahualpa, roi du Pérou, et Cuauhtémoc, roi de Mexico (empereur aztèque) : leur appétit pour l’or leur faisant commettre le pire : accusation bidon, torture, mise à mort. C’était bien de le dire, déjà à cette époque. Montaigne regrette que l’on ait pas appris de ces peuples, puisqu’ils étaient aussi des créatures de Dieu.

Montaigne (1533-1592) est au choix un philosophe, un humaniste et moraliste de la Renaissance, ou un écrivain érudit, précurseur et fondateur des « sciences humaines et historiques ».

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