Le misanthrope – Molière

J’ai voulu lire cette pièce de Molière car parfois je me demande si je ne suis pas moi-même misanthrope ! Sur ce point particulier, cette lecture ne m’a pas vraiment éclairé, Alceste (le misanthrope) étant plus proche de la caricature que d’autre chose, extrémiste dans ses idées et sans aucune volonté de s’améliorer ni de comprendre le point de vue des autres. Je n’en suis pas encore là ! 😉

Parmi les autres personnages de la pièce, il y a Philinte (l’ami bon et raisonné), Célimène (aimée par Alceste, à la critique particulièrement fine et pertinente), Arsinoé (fausse amie de Célimène, médisante), et enfin Alcaste et Clitandre, deux marquis adeptes de la flatterie telle qu’elle est pratiquée à la Cour.

Alceste reproche à Célimène d’être trop accueillante, de se plaire à des jeux verbaux, il souhaite un amour exclusif, et en devient belliqueux. Célimène choisira de ne pas suivre Alceste dans sa retraite, elle est jeune et préfère la vie… On ne peut que lui donner raison.

J’ai trouvé que l’histoire en elle-même était de peu d’intérêt. La pièce rencontrera peu de succès à sa sortie, le public la trouvant trop sérieuse. Pour Jean-Jacques Rousseau, elle est au contraire l’emblème d’un théâtre qui a sacrifié la morale au comique, au point de jouer “le ridicule de la vertu” : un tel jugement me paraît très moraliste.

Pour le reste, c’est loin d’être déplaisant à lire, le parler en vers a des charmes indéniables, et le contexte de l’époque, bien expliqué dans la préface de Jacques Chupeau, apporte de l’intérêt au sujet. Quelques vers méritent d’être retenus…

Cette préface nous parle donc du rôle à avoir quand on se tient en société à l’époque (“portrait du siècle”) : être bon et patient avec les autres (comme Philinte), et ne pas vouloir imposer la vertu aux autres, en oubliant au passage de se regarder d’un œil critique (comme le fait Alceste). Car si l’on veut vivre avec les hommes, en bonne société, il faut se comporter ainsi.

Difficile d’aller contre ce principe : c’est l’Art de vivre entre les hommes, comme il se pratiquait à l’époque, et qui se transpose finalement très facilement à la notre. Mais peut-être sommes-nous allé trop loin avec le “politiquement correct” anglo-saxon qui poussé à l’extrême mine la communication. Le sujet est donc toujours d’actualité !

Mais revenons tout de même à la pièce et à quelques passages :

Un extrait de la préface tout d’abord : la prétention à la vertu et présomption des censeurs.

Mais cette sagesse serait incomplète si elle n’enseignait à se défier de toutes les formes de prétention, y compris la prétention à la vérité et à la vertu. Au centre du Misanthrope, par-delà le procès d’un monde livré au mensonge, à la dissimulation et à l’artifice, le spectacle des ambiguïtés de la vie morale et des incertitudes du jugement met en question la présomption des censeurs. C’est la réponde de Molière à la vertueuse indignation des “critiques zélés” qui, après s’être déchaînés contre L’école des femmes, ont obtenu l’interdiction du Tartuffe. Mais c’est aussi l’expression d’une réflexion morale approfondie qui donne à la comédie du Misanthrope un rare pouvoir d’interrogation.

Un portrait sans pitié dressé par Célimène d’un personnage de la Cour :

Oui ; mais il veut avoir trop d’esprit, dont j’enrage ;
Il est guindé sans cesse ; et dans tous ses propos,
On voit qu’il se travaille à dire de bons mots.
Depuis que dans sa tête il s’est mis d’être habile,
Rien ne touche son goût, tant il est difficile ;
Il veut voir des défauts à tout ce qu’on écrit,
Et pense que louer n’est pas d’un bel esprit,
Que c’est être savant que de trouver à redire,
Qu’il n’appartient qu’aux sots d’admirer et de rire,
Et qu’en approuvant rien des ouvrages du temps,
Il se met au-dessus de tous les autres gens ;
Aux conversations même il trouve à reprendre :
Ce sont des propos trop bas pour y daigner descendre ;
Et les deux bras croisés, du haut de son esprit
Il regarde en pitié tout ce que chacun dit.

Quand Arsinoé, au nom de l’amitié, répète des rumeurs pour nuire à Célimène, cette dernière lui répond vertement en utilisant le même prétexte :

En m’apprenant les bruits que de moi l’on publie,
Je veux suivre, à mon tour, un exemple si doux,
En vous avertissant de ce que l’on dit de vous.
[…]
Pour moi, contre chacun je pris votre défense,
Et leur assurai fort que c’était médisance ;
Mais tous les sentiments combattirent le mien ;
Et leur conclusion fut que vous feriez bien
De prendre moins de soin des actions des autres,
Et de vous mettre un peu plus en peine des vôtres ;
Qu’on doit se regarder soi-même un fort long temps,
Avant que de songer à condamner les gens ;
Qu’il faut mettre le poids d”une vie exemplaire
Dans les corrections qu’aux autres on veut faire ;

Pour finir, de l’utilité des défauts des hommes pour exercer notre vertu :

Tous ces défauts humains nous donnent dans la vie
Des moyens d’exercer notre philosophie :
C’est le plus bel emploi que trouve la vertu ;
Et si de probité tout était revêtu,
Si tous les cœurs étaient francs, justes et dociles,
La plupart des vertus nous seraient inutiles,
Puisqu’on en met l’usage à pouvoir sans ennui
Supporter, dans nos droits, l’injustice d’autrui ;
Et de même qu’un cœur d’une vertu profonde…

Jean-Baptiste Poquelin dit Molière (1622-1673), est un comédien et dramaturge français. Comme j’étais à Pézenas il y a peu, je cite la phrase attribuée à Marcel Pagnol : “Si Jean-Baptiste Poquelin est né à Paris, Molière est né à Pézenas” ! 😎

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