Archives de catégorie : Cinéma

Sorry we missed you – Ken Loach

Un Ken Loach, ça ne se loupe pas, surtout quand il décide de parler du problème de l'”Uberisation ” de la société, et du sort réservé aux travailleurs qui tentent cette voie.

Franchement j’ai bien aimé, c’est un bon Ken Loach, qui ne s’apitoie pas sur le sort de cette famille, mais se contente de décrire leur quotidien. Et il est assez terrible, avec Ricky sans emploi, et Abby sa femme qui s’occupe de personnes âgées à domicile, mal payée et exploitée par une société sans état d’âme (qui parle de “clients” aussi dramatique que la situation d’abandon puisse être pour ces personnes).

Dès le début, on sent le piège se refermer : Ricky demande à sa femme Abby de vendre leur seul bien, à savoir la voiture qui sert à Abby pour faire sa tournée (elle ira en transports en commun à la place !), pour acheter une fourgonnette qui va lui permettre de faire le chauffeur-livreur à son compte, travaillant pour une compagnie qui va l’exploiter de belle manière… Le rêve d’accession à la propriété va enfin pouvoir se réaliser !

Mais très vite la situation va devenir intenable : au moindre souci, Ricky va subir l’exploitation sans scrupules de la compagnie, devenant corvéable à merci, sans aucune protection, et sous la menace permanente d’être “dégagé”.

Et des problèmes familiaux, Ricky va en avoir avec son fils adolescent… J’ai trouvé la scène où les parents s’expliquent dans la chambre alors que Ricky a failli en venir aux mains avec son fils très forte. Abby lui explique que ce qu’il faut, en ce moment, c’est surtout garder le contact avec leur fils, et Ricky le prend comme un reproche personnel, alors Abby réexplique tranquillement. Elle est d’une patience admirable, d’un dévouement et d’une empathie exceptionnelle. C’est sans conteste le plus beau personnage du film.

Ken Loach, né en 1936, est un réalisateur britannique. Son œuvre est engagée et dénonce souvent les abus de la société capitaliste et le sort qu’elle réserve aux travailleurs.

Sœurs d’armes – Caroline Fourest

J’aime bien Caroline Fourest, très bonne journaliste, débatteuse redoutable, et défendant des causes justes (femmes, minorités, laïcité), et luttant contre les intégrismes religieux. Je suis son blog wordpress de temps en temps, pas toujours très actif, mais toujours intéressant.

J’avais donc prévu d’aller voir ce film dès sa sortie. Pour cela, il m’a fallu aller au CGR La Mézière de Cap Malo, à 10 kms de Rennes, aucun cinéma en centre-ville ne le proposant.

J’en suis ressorti un peu déçu, ce n’est certainement pas un grand film, malgré un sujet passionnant : on ne s’improvise sans doute pas réalisatrice, et le début du film manque de fluidité, on a du mal à entrer dans l’histoire ; les scènes semblent collées les unes aux autres sans véritable enchaînement. D’autres scènes sont manifestement faites pour créer de l’émotion, avec la musique qui va bien… Les scènes de guerre ne sont pas très bien rendues non plus.

Il y avait donc certainement mieux à faire. Pourtant, l’histoire de ces femmes d’horizons différents, de religion différentes, qui se battent ensemble contre l’État Islamique et sa barbarie mérite d’être contée. Sur le même sujet, j’ai tout de même préféré Les filles du soleil de Eva Husson.

À noter que le film sort au moment où les américains abandonnent les Kurdes face à l’armée turque. Triste monde !

Caroline Fourest, née en 1975, est une journaliste, essayiste et donc réalisatrice française

Le jeune Ahmed – Les frères Darden

Ce film passait déjà au TNB de Rennes, tout fraîchement récompensé au festival de Cannes, avec le prix de la mise en scène (elle est pourtant minimaliste !). La semaine précédente, la critique du Canard était bonne, il ne restait plus qu’à aller voir ce film.

Bon, franchement, je n’ai pas été emballé plus que ça. Particulièrement la fin, avec les derniers mots d’Ahmed disant à sa prof “Je te demande pardon”… On n’y croit pas une seconde, tant le jeune s’est montré obstiné depuis le début du film.

Et c’est bien le problème, car rien n’explique vraiment sa radicalisation : elle est présente dès les premières images, on se doute bien du rôle de l’imam qui l’encourage à vénérer son cousin mort en martyr en Irak, et qui se retrouve dans le rôle de l’apprenti sorcier, dépassé lui-même par le fanatisme d’Ahmed… Mais le sujet n’est pas vraiment traité. Reste un jeune emmuré dans sa foi, mutique, que l’on suit jusqu’à la chute finale (!).

C’est peut-être le message du film finalement : nous sommes face à un mur d’incompréhension avec cet adolescent qui a tout pris au pied de la lettre, et ne peut plus sortir de son fanatisme. De la force du conditionnement sur des personnalités encore malléables.

La tendre indifférence du monde – Adilkhan Yerzhanov

Avec un aussi joli titre, difficile de résister à l’envie d’aller voir ce film. On y apprend d’ailleurs que “La Tendre indifférence du monde” est une citation empruntée à Albert Camus (dans l’Étranger).

L’histoire est simple, et les héros attachants : Saltanat est une belle jeune fille, qui a fait des études de médecine, mais dont les parents ont de grosses dettes. Kuandyk lui n’a pas d’éducation, est amoureux de la belle, mais la respecte avant tout, et reste à sa place. Tous deux aiment la littérature française…

Après un chantage de sa mère, Saltanat se rend à la ville pour y rencontrer un oncle, et va vite s’apercevoir qu’il s’agit bien de la monnayer à un homme riche qui pourra rembourser les dettes des parents. Kuandyk l’accompagne pour veiller sur elle, et va chercher un petit boulot sur place.

Tous les deux, attachants et aériens, vont être confrontés à la brutalité et la bêtise du monde, et vont réagir… Le grotesque de certaines situations apporte un peu de légèreté heureusement.

Le rythme est assez lent, avec beaucoup de plans fixes manifestement très construits. Des tableaux du douanier Rousseau ponctuent chaque scène… Ainsi qu’une fleur aux pétales blanches, qui ouvre d’ailleurs la première scène du film, où quelques gouttes de sang la ternissent, prémonition du destin final…

Un très beau film, bien construit, qui réussit à apporter une note poétique tout en dénonçant un monde de brutes.

Burning – Lee Chang-Dong

J’ai d’abord entendu parler de ce film coréen par le Canard enchaîné, qui en donnait une bonne critique. Puis sur France Culture, le journaliste regrettait amèrement qu’il n’ait pas eu la palme d’or (comme le fait Télérama sur l’affiche), et fustigeait le jury par la même occasion. Enfin, ce film est tiré d’une nouvelle de Murakami. Tout cela m’a donné envie d’aller le voir.

Avec un début plutôt lent (le film dure 2h30), on met un peu de temps à rentrer dans l’histoire, ou plutôt l’histoire met un peu de temps à démarrer : Jongsu, un jeune coursier taciturne, mutique, retrouve une ancienne voisine de son enfance, Haemi. Celle-ci le séduit, puis part en Afrique pendant que Jongsu s’occupe de son chat. À son retour, Haemi est accompagnée d’un jeune coréen, Ben, riche et oisif. Le trio va apprendre à se connaître, puis Haemi va disparaître.

Tout ceci a pris 90 minutes, mais j’ai trouvé tout de même de l’intérêt a observer les rapports entre coréens, et la culture coréenne par la même occasion. On est loin de l’occident, et ce temps était peut-être nécessaire. À partir de là, Jongsu va essayer de retrouver Haemi, et les propos ambigus de Ben vont finir par lui devenir suspects.

Pour conclure, c’est un bon film sur la Corée moderne, avec de bons acteurs, une intrigue digne de Murakami (rien n’est certain), des images et une musique qui créent une belle ambiance : on passe tout de même un bon moment. De là à crier à la palme d’or…

Hedy Lamarr : from Extase to wifi – Alexandra Dean

Hedy Lamarr Une actrice glamour d’Hollywood qui invente une technologie encore utilisée de nos jours par le GPS ou le WIFI, ça intrigue… Je suis donc allé voir ce documentaire au TNB de Rennes.

Hedy Lamarr est autrichienne, née en 1914, belle et intelligente. Elle devient vite actrice, sa beauté déjà reconnue, et tourne un film, Extase, où elle apparaît dénudée et où elle mime une scène d’orgasme pour la première fois au cinéma qui fait sensation : cette réputation ne la quittera plus.

En fait, elle expliquera plus tard que pour cette fameuse scène (qui ne montre que les visages des acteurs), elle ne savait pas ce qu’elle tournait : elle tournait seule, on lui demandait de prendre des poses, de lever les bras, etc… et de ne pas poser de questions. Tout est en fait suggéré par la suite avec un montage habile !

Son premier étant pro-nazi (marchand d’armes), elle fuit aux États-Unis, et commence une carrière à Hollywood. Son film le plus célèbre est sans doute Samson et Dalila de Cecil B. Demile (en tout cas pour moi !). Elle tourne avec les plus grands réalisateurs, comme King Vidor, Victor Fleming, Jacques Tourneur, Marc Allégret.

Au début de la seconde guerre mondiale, les allemands ont le dessus, surtout sur la mer. Le système radio de guidage des torpilles des alliés est facilement brouillé par les allemands. Avec l’aide de George Antheil pour la conception, elle invente alors un nouveau système de guidage, fonctionnant par saut de fréquence, et empêchant ainsi la détection et le brouillage du signal.

Bien que breveté par l’armée, le système restera dans les tiroirs jusqu’à la fin des années cinquante. Il est toujours utilisé aujourd’hui pour le GPS, les liaisons chiffrées militaires, les communications des navettes spatiales avec le sol, la téléphonie mobile ou dans la technique Wi-Fi. Rien que ça ! Elle recevra d’ailleurs des hommages tardifs, mais pas d’argent comme cela aurait dû être le cas.

Elle sera aussi productrice de films, montrant ainsi son indépendance et son émancipation (féministe avant l’heure). Malheureusement, elle y perdra beaucoup d’argent sans rencontrer le succès (piètre femme d’affaire dira-telle). Passant de riche à pauvre, pour une femme comme elle, il reste toujours le mariage…

Le reste de sa vie est moins glamour et plus commun pour une actrice d’Hollywood : nombreux mariages donc et encore plus d’aventures, recours aux drogues pour tenir le coup (Methamphétamine fournie par le Dr Feelgood !)), chirurgie esthétique pour garder sa beauté jusqu’à d’autres opérations pour rattraper les précédentes : les dernières images de sa vie montrent qu’il est nettement préférable d’accepter de vieillir ! ;-). Pour finir retirée du monde, sans doute parce qu’elle se trouve trop moche pour être vue en public… Un peu triste tout ça !

Un documentaire très intéressant donc, une forte personnalité avec une vie remplie de haut et de bas… mais d’une beauté éclatante ! On peut toutefois lui reprocher d’être un peu partial sur le personnage en montrant principalement ses bons côtés (intelligente, féministe) et en évoquant à peine les côtés sombres (mariages nombreux et ratés, besoins d’argent, dépendance aux drogues, chirurgie esthétique).

Centaure – Aktan Arym Kubat

La critique du “Canard” était plutôt élogieuse : “paysages à couper le souffle”, “conte épuré” “chant d’amour aux traditions kirghizes”, et se terminait par un “Lumineux” sans appel.

Je serais beaucoup moins enthousiaste sur ce film, même si j’ai passé un bon moment : si les sujets abordés ne manquent pas d’intérêt, le film manque carrément de rythme. Quant aux paysages à couper le souffle, il y a bien quelques plans larges où des montagnes enneigées apparaissent à l’arrière-plan de plaines verdoyantes, mais rien de plus.

Le film démarre avec ce proverbe Kirghize : “Le cheval est les ailes de l’homme”. Un ancien voleur de chevaux (appelé Centaure) ne peut supporter de les voir enfermés, et s’introduit la nuit dans les propriétés pour les libérer, tout en profitant de l’occasion pour se payer un bon galop dans la steppe… Il finit par se faire attraper.

C’est l’occasion de voir que la société est en pleine mutation, avec l’enrichissement de quelques uns, la notion de propriété (et donc du vol), et surtout la radicalisation de l’islam qui veut imposer la charia. La scène du procès est assez édifiante sur ce choc de civilisation, avec la disparition du monde traditionnel que l’on sent inéluctable.

L’histoire ne se terminera pas bien pour Centaure, et la pirouette de fin avec ce qui arrive à son fils au même moment n’est pas une grande trouvaille. Un bon film tout de même, mais n’y allez pas pour les paysages grandioses, vous seriez déçus !

Bienvenue à Suburbicon – George Clooney

Bienvenue à Suburbicon - George Clooney C’est à la suite d’une critique positive du “Canard” que je suis allé voir ce film. Réalisé par George Clooney, mais avec un scénario des frères Coen, je me disais que cela être un bon moment : une histoire où le personnage principal tente une arnaque, mais enchaîne les mauvaises décisions jusqu’à la catastrophe finale de son projet. Typique des frères Coen (Sang pour sang, Fargo, etc…). J’adore !

Pour cette fois, j’ai plutôt été déçu, même si tous les ingrédients sont là. J’ai trouvé ça convenu, assez lourdingue, lent… Comme un mauvais Coen en quelque sorte.

Surtout je n’ai pas compris ce que venait faire dans l’histoire la famille noire qui vient s’installer comme voisins. Bien sûr, c’est l’occasion de montrer le racisme assumé par les blancs de cette petite banlieue américaine des années 50, mais c’est fait de façon très caricaturale, et surtout n’a par ailleurs aucun lien avec l’histoire principale, l’arnaque à l’assurance qui tourne au fiasco. Vraiment dommage !

La faute à qui ? au réalisateur, car n’est pas les frères Coen qui veut ? ou au scénario, finalement assez faiblard ? pour le premier je ne sais pas, mais pour le second ça ne fait guère de doute.

La belle et la meute – Kaouther Ben Hania

La belle et la meute - Kaouther Ben HaniaSéance ciné aujourd’hui pour voir ce film inspiré d’un fait réel, et raconté dans le livre Coupable d’avoir été violée par Meriem Ben Mohamed (c’est un pseudo, et c’est déjà révélateur !).

Cette jeune tunisienne de 27 ans a été violée le 03 septembre 2012 par deux policiers. Elle a porté plainte, et c’est le sujet de ce film, même s’il n’est pas fidèle aux faits qui se sont réellement passés. Comme on peut l’imaginer, ce n’est pas simple de vouloir porter plainte pour un viol, qui plus est en Tunisie, et pire encore d’accuser la police de ce viol.

C’est ce chemin de croix que raconte le film, en neuf plans séquences d’intensité inégales, mais qui nous emmène dans le cauchemar que va devoir vivre la jeune fille.Car cette nuit-là, que ce soit à l’hôpital ou au commissariat, qu’elle se retrouve face à des femmes ou des hommes, il lui faudra une volonté farouche pour ne pas abandonner… L’omnipotence des hommes est terrible ! Les femmes au mieux compatissent, mais ne vont pas pour autant prendre parti.

Dommage que la réalisatrice n’ait pas choisi de raconter la vraie histoire, cela aurait donné au film encore plus de force je crois. Le film s’arrête d’ailleurs quand la jeune fille sort du commissariat, au petit matin, libre d’aller voir le procureur de la République pour enfin pouvoir porter plainte. Rien n’est encore fait !

Dans la réalité, la jeune fille sera d’abord inculpée d’atteinte aux bonnes mœurs, mais cette inculpation se solde par un non-lieu en novembre 2012. Deux ans plus tard, les deux policiers ont été condamnés (en appel) à quinze ans de prison. Elle vit maintenant à Paris avec son compagnon, car la pression était trop forte en Tunisie : menaces de la famille des policiers, les amis qui ne vous parlent plus, peur de la police et des islamistes…

Blade Runner 2049 – Denis Villeneuve

Blade Runner 2049 - Denis Villeneuve Fan de Philip K. Dick, je ne risquais pas de louper ce film, d’autant qu’Arte avait eu la bonne idée de rediffuser le premier “Blade Runner” de Ridley Scott (1982), adaptation du roman de P.K. Dick : Les androids rêvent-ils de moutons électriques.

Et j’ai passé un bon moment, malgré quelques longueurs (2h44). Du côté positif, l’ambiance (décors, musique) qui sont assez fidèles à la première mouture, et où l’on plonge avec délice. Le scénario, sans être à la hauteur du premier film, est assez prenant pour vous accrocher un moment. Mais la sophistication et la lenteur de certaines scènes font que l’on s’ennuie tout de même un peu, pour être finalement déçu par le scénario.

Concernant ce dernier, je n’ai pas retrouvé la force du premier film, notamment avec la dernière scène, celle où Roy Batty, le Nexus-6, finit par sauver la vie du Blade Runner par pure empathie, ce sentiment qui est censé être la spécificité de l’âme humaine… C’est l’idée de base du roman de Philip K. Dick, d’ailleurs : qu’est-ce que c’est qu’être humain, qu’est-ce qui nous différencie d’une machine sophistiquée ?

Dans ce nouveau film, la clef du scénario est la capacité d’enfanter des réplicants. Car leur fabrication est limitée, or les humains en ont de plus en plus besoin (comme main d’œuvre) ; s’ils pouvaient donc se reproduire tout seuls, cela résoudrait le problème. Or nous apprenons que la Tyrell Corporation du premier film savait le faire, mais hélas, le savoir a été depuis perdu… Et comme Harrison Ford et la belle Rachel étaient amoureux, un enfant était né de cet amour !

Personnellement, j’ai tout de même passé un bon moment. Le premier film durait deux heures, et est considéré comme un film culte. Pas besoin de faire plus long…