
Deuxième roman de cet auteur que je lis, j’avais aimé Le temps où nous chantions, histoire fouillée et bien écrite sur deux frères musiciens qui glisse doucement sur celle du racisme aux États-Unis.
Et j’ai vite plongé dans celle-ci, où la mer, la survie de la planète et l’IA sont les sujets principaux. L’histoire se déroule en plusieurs récits parallèles, à des temps différents, mais ils vont tous converger petit à petit.
Le récit est articulé en trois temps, d’abord celui où Rafi et Ina coulent des jours heureux à Makatea, une petite île de Polynésie qui a été longtemps exploitée (et ravagée) pour son minerai par les français. Aujourd’hui, l’île et sa quatre-vingtaine d’habitants vivent des jours heureux au milieu du Pacifique, mais la métropole tente d’imposer le projet d’un consortium américain qui prévoit d’y construire des îles flottantes, le futur idéalisé et technophile d’une humanité libertarienne.
Il y a l’histoire d’Evie, une canadienne qui dès son adolescence développe un amour exclusif pour la plongée et le monde sous-marin. Ces pages sont très réussies, la beauté de ce monde inconnu et d’une diversité incroyable sont très bien rendues. Elle doit lutter pour se faire une place dans ce monde très masculin, et trouver un équilibre de vie de couple et de mère lorsqu’elle se trouve à terre. On la retrouve à Makatea, alors âgée de 90 ans, et toujours aussi passionnée.
Enfin, il y a l’amitié de Todd et Rafi, deux jeunes étudiants américains, tous deux très doués mais de façon différente (Rafi féru de littérature, Todd informaticien doué et visionnaire), et que le jeu de go va d’abord réunir, comme une occasion de s’affronter et mesurer leurs intelligences respectives. Rafi, issu d’un milieu très modeste et avec un passé difficile, va rencontrer Ina, une étudiante en arts plastiques d’origine polynésienne. Le trio un moment formé va se séparer et l’amitié se fendiller, Todd va finir de développer Playground, une sorte de réseau social addictif mâtinée d’IA qui va le rendre multimilliardaire.
Tous vont se retrouver sur Makatea pour l’épilogue final. Une superbe histoire, et un récit maîtrisé par l’auteur que j’apprécie de plus en plus. Ses histoires sont fouillées et les intrigues prenantes, toujours à plusieurs temps mais aussi pleines de sens.
Richar d Powers, né en 1957, est un écrivain américain. Il a connu le succès dans les années 1990 avec des romans explorant les relations entre science et art (musique). Il a été lauréat du “prix Pulitzer de la fiction de littérature 2019” pour son roman L’Arbre-monde : un roman que je ne lirai sans doute pas car trop verbeux d’après ce que je peux en lire sur babelio (longues énumérations sur les arbres, les personnages, etc…). J’avais bien senti cette ambivalence avec Le temps où nous chantions, mais aucunement avec celui-ci : l’auteur serait-il au sommet de son art ?