L'espoir - André Malraux

J’ai entendu parler de ce livre un peu par hasard, et la guerre d’Espagne étant toujours un sujet passionnant, traité par un grand auteur de surcroît, je n’ai pas hésité longtemps.

André Malraux n’est pas toujours facile à lire, il ne s’embarrasse pas trop du contexte, aussi il ne faut s’attendre à une présentation du contexte : on est plongé directement dans le récit de la guerre, sans trop savoir si l’on est à Barcelone ou à Madrid au moins au début ; on est dans le camp républicain par contre, et tout l’art de Malraux sera de décrire cette guerre de l’intérieur, à hauteur de quelques hommes qui organisent et participent aux combats. La guerre est décrite telle qu’elle est, avec ses tragédies, ses sacrifices mais aussi ses absurdités.

Le récit de la bataille de Madrid est très dur, avec les bombardements intensifs des fascistes, à grands coups de bombes incendiaires pour semer la terreur parmi la population (ce qui n’est pas sans rappeler l’actualité). On voit aussi l’hétérogénéité et la complexité d’organiser cette armée populaire, d’où qu’ils viennent et de quelque camp qu’ils soient, tous rassemblés et prêts à donner leur vie pour la liberté et contre le fascisme.

Car les personnages sont divers, en ceci qu’ils sont soit communistes, anarchistes, militaire républicain, universitaires, espagnols ou étrangers… Chacun représente une des multiples facettes de cette armée hétérogène combattant pour le même espoir. Celui de Magnin, un français, qui organise avec de faibles moyens l’aviation républicaine qui doit lutter contre des avions de guerre modernes, est celui dans lequel Malraux a mis le plus de lui-même, puisque Malraux est comme lui est venu de France pour diriger une escadrille d’aviateurs internationaux en 1936-1937 (la période couverte par ce roman).

Voilà un petit extrait : lors de la bataille de Teruel, un avion républicain se crash en pleine montagne : un seul mort parmi l’équipage. Les blessés sont descendus sur des brancards par les montagnards et arrivent à Linares, le village dans la vallée :

Derrière les créneaux, tout Linares était massé. Le jour était faible, mais ce n’était pas encore le soir. Bien qu’il n’eût pas plu, les pavés luisaient, et les porteurs avançaient avec soin. Dans les maisons dont les étages dépassaient les remparts, quelques faibles lumières étaient allumées.
Le premier était toujours le bombardier. Les paysannes, sur le rempart, étaient graves, mais sans surprise : seul le visage du blessé était hors de la couverture, et il était intact. De même pour Scali et Mireaux. Langlois, en Don Quichotte, bandeau saignant et orteils vers le ciel (un pied foulé, il avait retiré une chaussure) les étonna ; la guerre la plus romanesque, celle de l’aviation, pouvait-elle finir ainsi ? L’atmosphère devint plus lourde lorsque Pujol passa : il restait assez de jour pour que ces yeux attentifs vissent sur le cuir les larges plaques de sang. Quand Gardet arriva, sur cette foule déjà silencieuse tomba un silence tel qu’on entendit soudain le bruit lointain des torrents.
Tous les autres blessés voyaient ; et, quand ils avaient vu la foule, ils s’étaient efforcés de sourire, même le bombardier. Gardet ne regardait pas. Il était vivant : des remparts, la foule distinguait, derrière lui, le cercueil épais. Recouvert jusqu’au menton par la couverture, et, sous le serre-tête en casque, ce pansement si plat qu’il ne pouvait y avoir de nez dessous, ce blessé-là était l’image même que, depuis des siècles, les paysans se faisaient de la guerre. Et nul ne l’avait contraint à combattre. Un moment, ils hésitèrent, ne sachant que faire, résolus pourtant à faire quelque chose ; enfin, comme ceux de Valdelinares, ils levèrent le poing en silence.
La bruine s’était mise à tomber. Les derniers brancards, les paysans des montagnes et les derniers mulets avançaient entre le grand paysage de roches où se formait la pluie du soir, et les centaines de paysans immobiles, le poing levé. Les femmes pleuraient sans un geste, et le cortège semblait fuir l’étrange silence des montagnes, avec son bruit de sabots, entre l’éternel cri des rapaces et ce bruit clandestin de sanglots.

Si j’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, j’ai ensuite été bien pris par le récit et ce morceau d’Histoire raconté. Il est porteur d’espoir car il ne parle que du début de la guerre, quand les républicains résistent encore aux fascistes et à Franco, remportant même des victoires. Hélas, on connaît la suite, Franco prendra le pouvoir en 1939, et ne le rendra qu’à sa mort en 1975.

André Malraux (1901-1976), est un écrivain, aventurier, homme politique et intellectuel français. En 1924, il est arrêté au Cambodge pour trafic d’antiquités Khmer ! En 1936, il combat aux côtés des républicains espagnols, période racontée par ce roman. Il sera ministre de la culture sous De Gaule, et ses cendres sont au Panthéon.

Blog ouvert depuis le 25 décembre 2005
Généré avec Hugo
Thème Stack conçu par Jimmy