Souvenir – Philip K. Dick

Souvenir - Philip K. Dick Retour à Philip K. Dick avec ce petit recueil de nouvelles acheté principalement pour une en particulier : Rajustement (titre original : Adjustment Team), parue en 1954, soit au tout début de la carrière de Philip K. Dick.

Cette nouvelle a également fait l’objet d’un film : L’Agence (titre original : The Adjustment Bureau), sorti en 2011, plus de cinquante ans après.

L’idée maîtresse est bien sûr la même entre la nouvelle et le film : la réalité de nos existences quotidiennes est contrôlée par disons « une organisation », et comme telle susceptible d’être corrigée en cas de problème. Cette « organisation » n’est pas définie, on pense bien sûr à Dieu, ou un truc du genre (qui s’implique plus…) ; dans la nouvelle, il est appelé le Vieillard, et décrit comme suit :

Un vieil homme tranquillement assis dans un immense siège de conception moderne contemplait calmement Fletcher en fixant sur lui des yeux pleins d’une indulgence mêlée de lassitude. Fletcher se sentit parcouru d’un étrange frisson. Ce n’était pas de la peur. Plutôt une vibration qui l’ébranla de la tête aux pieds — un sentiment profond de crainte et de respect nuancés de fascination.

C’est assez amusant de comparer les deux œuvres, elles n’ont pas grand chose à voir.

La nouvelle

Elle ne fait que quarante pages, et même si le thème abordé sera quelque chose de récurrent dans la carrière de P.K. Dick (jusqu’à tourner à l’obsession sinon plus), il s’y est manifestement  plus amusé qu’autre chose. Mis à part l’idée de base, la chute repose sur la femme de Fletcher, ou plutôt le couple Fletcher…

Ed Fletcher est un agent immobilier, qui arrive plus tôt que prévu à son bureau, et tombe en plein « Réajustement ». Après quelques péripéties, il se retrouve devant le Vieillard :

— Nous sommes maintenant confronté à un problème grave. Vous avez vu. Vous en savez trop. De plus, vous n’êtes pas coordonné avec la nouvelle configuration.
— Nom de nom, marmotta Ed. Bon, eh bien, je ne le dirai à personne. » Il dégoulinait de sueur glacée. « Vous pouvez y compter. Considérez-moi comme modifié aussi.
—Mais vous avez déjà parlé à quelqu’un, répliqua froidement le Vieillard.
Ed se mit à trembler. Son visage changea de couleur et devint d’une pâleur maladive. « Je le reconnais,c’est vrai.
— Votre épouse est au courant. » Le visage du Vieillard était déformé par la colère. «Une femme ! C’était vraiment la dernière chose à…
— Je ne pouvais pas savoir. » Ed battit en retraite, tressaillant sous le coup de la panique. « Mais maintenant je sais. Vous pouvez comptez sur moi. Faisons comme si j’avais changé.

Ce passage m’a bien fait rire… le « Vieillard » qui perd son calme olympien parce qu’une femme est au courant… (sous-entendu elle ne saura donc pas tenir sa langue).

La chute de la nouvelle confirme la blague, puisqu’après que Ed ait convaincu le Vieillard de lui faire confiance, qu’il saura garder le silence, qu’il sait comment s’y prendre avec sa femme en prétextant une excuse quelconque…
À peine revenu sur terre, il est harcelé par sa femme qui ne croit pas un mot de ses excuses, et le pousse dans  ses derniers retranchements (« je veux savoir où tu étais, et avec qui ! ») ; au moment ou Ed va craquer et avouer toute la vérité, la sonnette de la porte d’entrée se fait entendre : c’est un représentant qui vend des aspirateurs… envoyé fort à propos par qui vous savez  pour soulager le pauvre Ed !

Le film

David (joué par Matt Daemon) est un jeune homme engagé en politique, en pleine ascension. Il croise une femme (Emily Blunt) dont il tombe immédiatement amoureux, mais ne sait comment la retrouver. Il la recroise par le plus grand des hasards, et cette fois prend son téléphone. Mais voilà : ces deux là ne doivent pas se rencontrer, cela fausse « le plan », et un réajustement est donc nécessaire. Matt va tout faire pour la retrouver, et finalement, « le plan » sera modifié car leur amour est plus fort que tout. Na !

Le film porte donc sur la fameuse question du libre-arbitre (non-résolue à ce jour). Somme-nous maître de notre destin, ou tout est-il écrit par avance ? Grande question, traitée ici avec une belle romance bien à l’eau de rose, comme sait si bien le faire le cinéma américain.

Les effets spéciaux sont plutôt bien faits, et si le film se laisse regarder, on se lasse tout de même assez vite, la clef de l’intrigue étant rapidement éventée, et se résume assez vite à une course poursuite (Ah Hollywood quand tu nous tiens !).

Mais tout est expliqué par la voix off en fin de film :

La plupart des gens obéissent à un tracé qui leur est proposé parce qu’ils ont peur d’en explorer un autre. Mais de temps à autre, arrivent des gens comme vous qui déjouent toutes les embûches que l’on place sur leur chemin. Des gens qui comprennent que le libre-arbitre est un cadeau dont on ne profite jamais si l’on ne se bat pas pour le défendre. Je crois que c’est là le véritable plan du Grand Patron : qu’un jour, nous n’ayons plus à tracer de plan, que vous prendrez la relève.

J’ai mis en gras la phrase du siècle ! Accessoirement, vous les gens, continuez à subir, à avoir peur, car si vous ne comprenez pas pourquoi, il existe un grand dessein qui vous dépasse et que d’autres s’évertuent à mener à bien.

Nous sommes très loin de  la nouvelle !

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