Archives de catégorie : Cinéma

Born to be blue – Robert Budreau

Born to be blue - Robert Budreau Après Neruda, un autre biopic, sur Chet Baker cette fois-ci, le légendaire trompettiste de jazz. Il semble qu’Hollywood apprécie ce format, et c’est tant mieux quand, comme pour ces deux-là, une dose de poésie ou d’invention vient agrémenter l’histoire.

Pour celui-ci, le film commence avec le tournage d’un film où Chet Baker joue son propre rôle. Si le projet d’un tel film a bien existé, il n’a jamais eu lieu. Chet Baker va alors tomber amoureux de Jane, sa partenaire, mais le film est arrêté après qu’un dealer lui ait fracassé la mâchoire et quelques dents (épisode véridique de sa vie).

Nous suivons alors la longue traversée du désert de Chet pour réapprendre à jouer de la trompette, et à se désintoxiquer de l’héroïne, aidé et soutenu par Jane. L’artiste est hanté par ses souvenirs (toutes ces scènes sont en noir et blanc) et ses vieux démons. Le retour à la ferme de ses parents et ses rapports avec son père en dit long…

Il va finalement pouvoir rejouer au Birdland, le club historique du jazz new-yorkais, devant Mile Davis et Dizzy Gillepsie. Sous pression, la tentation de reprendre de l’héroïne va alors se présenter, car il est persuadé de mieux jouer quand il est sous les effets de la drogue.

Un film magnifique, très esthétique, et une histoire forte. L’acteur Ethan Hawke est vraiment excellent (il chante lui-même « My funny Valentine » !). J’ai vraiment beaucoup apprécié. Et l’on a envie d’écouter un peu de Chet Baker en sortant de la salle !

Corniche Kennedy – Dominique Cabrera

Corniche Kennedy - Dominique Cabrera Ce n’est certes pas un grand film, mais l’histoire de ces jeunes marseillais un peu paumés qui aiment plonger du haut de la corniche est finalement assez touchante. Ils viennent des quartiers nord de Marseille, ont abandonné l’école… Quand ils se livrent et racontent un peu ce qu’est leur vie, leur famille, leurs espoirs (s’il en ont), on se pose forcément des questions sur notre société.

La réalisatrice a d’ailleurs choisi d’engager des jeunes marseillais adeptes du plongeon et de leur apprendre à jouer plutôt que de faire l’inverse, et c’est plutôt réussi.

Une jeune fille d’un milieu aisé va venir s’intégrer au groupe, pour plonger avec eux. Elle va flirter avec deux garçons de la bande, l’occasion pour eux de se découvrir un peu, sous leurs dehors de mecs. L’intrigue policière qui vient s’y mêler est plutôt décevante, et vient presque gâcher ce qui aurait pu être un beau film sur la jeunesse. Sinon les images de la corniche, la mer, le soleil sur la peau, tout cela donne envie alors que l’hiver sévit !

Ce film est tiré du roman éponyme de Maylis de Kerangal, l’auteur de « Réparer les vivants », également adapté à l’écran.

Juste la fin du monde – Xavier Dolan

Juste la fin du monde - Xavier Dolan Grosse déception en allant voir ce film, sélectionné dans le « Festival Cinéma Télérama » qui passe en ce moment à Rennes. Avec un titre pareil, et sachant que c’est l’histoire d’un écrivain qui revient dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine, je m’attendais à quelque chose de pesant, mais peut-être profond, sur la difficulté à communiquer entre les êtres…

Hélas, dès le début, on tombe dans une espèce de caricature de rapports humains, l’écrivain en question étant largement mutique, passant le film à sourire bêtement en guise de réponse ; quant à la famille, ils sont tous plus ou moins névrosés (plutôt plus que moins), ce qui donne des scènes et des dialogues complètement irréels : Marion Cotillard bafouille pendant tout le film, Vincent Cassel pique sa crise dès qu’il ouvre la bouche, etc…

On pourrait croire que les acteurs sont mauvais, mais vu leur notoriété, il semble bien que ce soit les dialogues et les scènes qui soient d’une débilité profonde. C’est d’ailleurs bien la seule profondeur que l’on atteindra ici.

À se demander comment ce film peut faire l’objet d’une sélection quelconque… Mais avec Télérama, c’est vrai que tout est possible !

American Pastoral – Ewan McGregor

American Pastoral - Ewan McGregor Ce film avait reçu une très bonne critique du Canard, et est adapté d’un roman de Philip Roth qui a reçu le prix Pulitzer en 1997 : suffisant pour avoir envie de le voir.

C’est l’Amérique des années 1960, Seymour Levov, surnommé « Le Suédois » pour son look, champion de son lycée, a tout pour avoir une vie heureuse : une femme ex-Miss Jersey, la fabrique de gants de son père dont il prend les commandes, et une adorable petite fille dont le seul problème est de bégayer.

Mais le rêve va tourner au cauchemar, la petite fille grandit et se radicalise, révoltée par la guerre du Vietnam et les émeutes raciales qui secouent le pays : elle commet un attentat à la bombe dans la poste locale, provoquant un mort, puis disparaît.

Le Suédois ne va jamais s’en remettre, cherchant désespérément à retrouver sa fille, et son couple va éclater. Il finira par la retrouver, mais ce n’est plus la même personne. Il ne s’en remettra jamais.

Il y a une tension constante dans ce film, et le jeu des acteurs est parfait. On en ressort un peu secoué… Cela donne envie de lire le bouquin !

Neruda – Pablo Larrain

Neruda - Pablo Larrain Je suis allé voir ce film au hasard, sachant vaguement que Pablo Neruda était un poète chilien… Et l’histoire racontée, même s’il ne faut pas y chercher une vérité historique, m’a bien plu.

La voix off qui intervient dans la narration en dit finalement beaucoup sur le personnage, et donne envie d’aller lire la page wikipedia de Pablo Neruda pour tenter de démêler le vrai du faux…

Dans le film, Pablo Neruda est sénateur communiste, et critique vertement le gouvernement de González Videla. Nous sommes en 1948, c’est le début de la guerre froide. Videla lance alors une vague d’arrestation chez les communistes. C’est à l’inspecteur Óscar Peluchonneau qu’est confiée la mission d’arrêter Neruda. Nous allons alors assister à un jeu de chat et de la souris entre les deux personnages. On croisera même lors de cette traque un certain Pinochet, qui dirige alors le centre de détention en plein désert de sel où sont enfermés les communistes.

Dans cette course poursuite, Neruda laisse un de ses livres à chaque étape, pour que le policier le trouve et le lise. Le film est bien sûr le prétexte à dire de nombreux poèmes, magnifiques, sur l’amour, la liberté ou l’oppression…Mais il n’est pas pour autant tendre avec le poète, le montrant plutôt narcissique et assez arrogant. Tout se termine par une mise en abîme, où le détective se rend compte qu’il est un fantasme né de l’imagination de Neruda, qui aime se voir traité en ennemi public numéro un…

Si l’on en croit une des premières scènes du film, Neruda est certes communiste, mais comme tant d’autres personnages de la haute société, habitués des fêtes privées, et à une certaine débauche sexuelle… La voix off nous explique que si le communisme arrivait réellement au pouvoir, Neruda serait certainement l’un des premiers à fuir le pays ! Cela situe un peu le personnage, par ailleurs difficile à cerner semble-t-il, autant dans le film que dans la réalité.

Sur la page wikipedia, on apprend que Neruda avait dirigé la campagne électorale de Videla. Ce dernier menant ensuite un politique de droite, le poète avait réagit par un discours au Sénat portant le célèbre titre d’Émile Zola : J’accuse ! C’est alors qu’il échappe à son arrestation pour se réfugier en Europe. Il soutiendra plus tard Allende, et mourra quelques jours après le coup d’État de Pinochet.

Manchester by the sea – Kenneth Lonergan

Manchester by the sea -  Kenneth Lonergan « Tout simplement un chef-d’œuvre » déclarait le Canard enchaîné pour ce  film. Une bonne raison pour aller le voir…

Malgré un début un peu lent à mon goût, mais peut-être était-ce nécessaire pour y rentrer de la bonne manière, on se fait prendre par l’histoire de Lee, taciturne gardien d’immeuble à Boston, soudain amené à revenir dans sa ville natale pour le  décès de son frère, et qui apprend à son corps défendant qu’il devient le tuteur de son neveu Patrick, âgé de 16 ans…

Peu à peu, par flash-back, le passé de Lee va nous être raconté, jusqu’au terrible drame qui l’a amené à quitter la ville, sa femme, ses amis. Heureusement, des scènes plus légères évitent de sombrer dans la déprime, comme celles en mer sur le bateau, ou les amours adolescentes du jeune Patrick.

Casey Affleck, dans le rôle de Lee, est vraiment excellent. Son mutisme, son détachement par rapport à la vie, qui s’expliquent une fois le drame connu comme l’attitude d’un homme brisé par les événements qui cherche finalement à se protéger.

Mais encore une fois, l’intrigue est très lente, il faut attendre une heure de film pour que le drame nous soit conté, et pendant tout ce temps, on frôle l’ennui le plus profond. Le film dure 2h 18mn, il y avait certainement moyen d’en faire quelque chose d’un peu plus dense, et plus court.

La fille de Brest – Emmanuelle Bercot

La fille de Brest - Emmanuelle Bercot Je tenais à voir ce film, témoignage poignant du combat mené par Irène Frachon pour faire interdire le trop fameux Mediator, un médicament (soi-disant) contre le diabète (afin d’obtenir l’autorisation de commercialisation) et vendu ensuite comme un coupe-faim (ce pour quoi il a été développé) pendant 33 ans par le laboratoire Servier.

Quelle énergie, quelle force de conviction lui a-t-il fallu pour mener ce combat jusqu’au bout ! La position du Pr Le Bihan alias Pr Grégoire Le Gal (joué par Benoît Magimel) résume bien ce qu’aurait pu être une attitude tout à fait honorable : on informe l’AFSSAPS par une première étude statistique réalisée avec les moyens du bord (étude cas-témoin), et l’on considère que l’on a fait son boulot.

Si Irène Frachon en était restée là, le Médiator serait peut-être encore prescrit ! La puissance des laboratoires pharmaceutiques est telle qu’il faut un réel courage et une véritable détermination pour oser les affronter. Le Pr Le Bihan perdra tout ses crédits de recherche, et devra s’exiler au Canada pour retrouver du travail… Une pratique courante des labos, sans espoir de réhabilitation, pour qui ose s’opposer à eux.

Il suffit d’ailleurs de suivre la chronologie de l’affaire pour se faire une idée du combat à mener : deux années pour faire retirer le Mediator (soit 12 ans après l’interdiction des médicaments de cette classe thérapeutique aux États-Unis), puis il faudra un livre d’Irène Frachon « Mediator, 150 mg : combien de morts ? » (que Servier tentera de bloquer) pour déclencher le scandale un an plus tard. On est alors en 2010.

Aujourd’hui, en 2016, l’AFSSAPS (dont les conflits d’intérêts ont été reconnus) est devenue l’ANSM (c’est pratique de changer de nom quand un scandale éclate), Jacques Servier est mort en 2014 avant qu’un procès ait eu lieu ; après six ans d’instruction judiciaire (ouverte en février 2011 et close en avril 2016), il n’y a toujours aucune date de fixée pour un procès pénal. Les victimes doivent toujours se battre pied à pied avec Servier pour être indemnisées, et Irène Frachon lutte à leurs côtés.

Sans commentaire…

Ma’Rosa – Brillante Mendoza

Ma'Rosa - Brillante Mendoza Un film que je suis allé voir un peu au hasard ; j’ai du en entendre parler sur France Culture, le film ayant reçu le Prix d’interprétation féminine du Festival de Cannes.

C’est l’histoire de Ma’Rosa, qui tient une petite épicerie (ou une misérable échoppe) dans un quartier pauvre (ou un bidon-ville) de Manille. Pour joindre les deux bouts (objectif sans espoir), elle et son mari vendent aussi de la drogue (du « crystal »), et se font sans surprise arrêter par la police.

Ces derniers vont en fait les emmener dans une sorte de « pré-commissariat » : ils ont alors 24 heures pour réunir une certaine somme d’argent. S’ils y parviennent, ils seront relâchés. Et s’ils échouent, ils seront alors inculpés comme il se doit. Il faut reconnaître que la police est très bien organisée sur ce point (la corruption) ! Les enfants vont donc se démener pour réunir la somme demandée, chacun à sa façon.

Si l’univers sans espoir de cette famille est bien décrit, tout comme la vie dans ce quartier pauvre de Manille, c’est la manière de filmer du réalisateur qui m’a gêné : la caméra à toujours à l’épaule, usant beaucoup de gros plans, à la mise au point pas toujours maîtrisée… Le rendu final est assez laid, comme l’univers qu’il décrit, mais était-ce nécessaire ?

Sinon, le nouveau président des Philippines, Rodrigo Duterte, a lancé une guerre meurtrière contre la drogue… Le problème dans ce genre de truc, c’est que l’on ne sait pas vraiment qui est assassiné, et pour quelles raisons.

Sing Street – John Carney

Sing Street - John Carney Un film sur une bande de jeunes de Dublin, qui montent un groupe de rock dans les années 80, c’est tentant ! et si en plus il a été nominé au festival du film britannique de Dinard, alors allons-y…

Pas question de parler de chef-d’œuvre pour autant, c’est une comédie, tournée avec de jeunes acteurs. Côté musique, on replonge dans les années 80 avec Duran Duran, The Cure… C’est aussi l’époque des premiers clips vidéos.

C’est donc l’histoire de Conor, qui pour draguer la plus belle fille du lycée, va monter un groupe de rock. C’est son grand frère qui lui donne ses références musicales… et le guide dans son éveil adolescent et son envie de vivre sa vie, comme pour mieux exorciser le fait que lui-même n’est pas réussi à échapper au contexte ambiant.

Quand Conor découvre que la belle a déjà un petit copain, il le dit à son frère, en précisant que le type en question a déjà une voiture, qu’il n’a aucune chance à vouloir rivaliser avec lui, etc… Il précise aussi que le type écoutait Phil Collins dans la voiture. Vient alors la réplique qui fait éclater de rire la salle : « Aucune femme ne peut aimer un homme qui est fan de Phil Collins ».

Voilà, cela vous donne une idée d’un film sans prétention, au message positif, très drôle, et retrouvant l’ambiance musicale de cet époque. Un vrai bon moment de détente.

Tour de France – Rachid Djaïdani

Tour de France - Rachid Djaïdani Je suis allé voir ce film sans en attendre grand chose. Ce doit être de voir Gérard Depardieu dans un rôle de beauf’ raciste qui m’a motivé. Un rôle de composition ?

Pas de surprise donc avec ce tour de France improbable entre Depardieu et un jeune rappeur appelé Far’Hook que tout oppose. Tout va se terminer par joli happy-end : ils vont devenir amis, et Far’Hook va même rencontrer l’amour. Ouf ! Si l’intention de ce genre de film est louable, je doute de son efficacité.

Seul Sadek, qui est un vrai rappeur et pour la première fois acteur, est assez touchant avec un jeu tout en sensibilité, qui contraste avec son physique. Depardieu, de son côté… fait du Depardieu, sans trop en rajouter, fort heureusement.

C’est le deuxième long métrage de Rachid Djaïdani ; son premier, Rengaine, semble être plus intéressant à voir que celui-ci, d’après ce que j’ai pu lire.