Archives de catégorie : Cinéma

Juste la fin du monde – Xavier Dolan

Juste la fin du monde - Xavier Dolan Grosse déception en allant voir ce film, sélectionné dans le « Festival Cinéma Télérama » qui passe en ce moment à Rennes. Avec un titre pareil, et sachant que c’est l’histoire d’un écrivain qui revient dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine, je m’attendais à quelque chose de pesant, mais peut-être profond, sur la difficulté à communiquer entre les êtres…

Hélas, dès le début, on tombe dans une espèce de caricature de rapports humains, l’écrivain en question étant largement mutique, passant le film à sourire bêtement en guise de réponse ; quant à la famille, ils sont tous plus ou moins névrosés (plutôt plus que moins), ce qui donne des scènes et des dialogues complètement irréels : Marion Cotillard bafouille pendant tout le film, Vincent Cassel pique sa crise dès qu’il ouvre la bouche, etc…

On pourrait croire que les acteurs sont mauvais, mais vu leur notoriété, il semble bien que ce soit les dialogues et les scènes qui soient d’une débilité profonde. C’est d’ailleurs bien la seule profondeur que l’on atteindra ici.

À se demander comment ce film peut faire l’objet d’une sélection quelconque… Mais avec Télérama, c’est vrai que tout est possible !

American Pastoral – Ewan McGregor

American Pastoral - Ewan McGregor Ce film avait reçu une très bonne critique du Canard, et est adapté d’un roman de Philip Roth qui a reçu le prix Pulitzer en 1997 : suffisant pour avoir envie de le voir.

C’est l’Amérique des années 1960, Seymour Levov, surnommé « Le Suédois » pour son look, champion de son lycée, a tout pour avoir une vie heureuse : une femme ex-Miss Jersey, la fabrique de gants de son père dont il prend les commandes, et une adorable petite fille dont le seul problème est de bégayer.

Mais le rêve va tourner au cauchemar, la petite fille grandit et se radicalise, révoltée par la guerre du Vietnam et les émeutes raciales qui secouent le pays : elle commet un attentat à la bombe dans la poste locale, provoquant un mort, puis disparaît.

Le Suédois ne va jamais s’en remettre, cherchant désespérément à retrouver sa fille, et son couple va éclater. Il finira par la retrouver, mais ce n’est plus la même personne. Il ne s’en remettra jamais.

Il y a une tension constante dans ce film, et le jeu des acteurs est parfait. On en ressort un peu secoué… Cela donne envie de lire le bouquin !

Neruda – Pablo Larrain

Neruda - Pablo Larrain Je suis allé voir ce film au hasard, sachant vaguement que Pablo Neruda était un poète chilien… Et l’histoire racontée, même s’il ne faut pas y chercher une vérité historique, m’a bien plu.

La voix off qui intervient dans la narration en dit finalement beaucoup sur le personnage, et donne envie d’aller lire la page wikipedia de Pablo Neruda pour tenter de démêler le vrai du faux…

Dans le film, Pablo Neruda est sénateur communiste, et critique vertement le gouvernement de González Videla. Nous sommes en 1948, c’est le début de la guerre froide. Videla lance alors une vague d’arrestation chez les communistes. C’est à l’inspecteur Óscar Peluchonneau qu’est confiée la mission d’arrêter Neruda. Nous allons alors assister à un jeu de chat et de la souris entre les deux personnages. On croisera même lors de cette traque un certain Pinochet, qui dirige alors le centre de détention en plein désert de sel où sont enfermés les communistes.

Dans cette course poursuite, Neruda laisse un de ses livres à chaque étape, pour que le policier le trouve et le lise. Le film est bien sûr le prétexte à dire de nombreux poèmes, magnifiques, sur l’amour, la liberté ou l’oppression…Mais il n’est pas pour autant tendre avec le poète, le montrant plutôt narcissique et assez arrogant. Tout se termine par une mise en abîme, où le détective se rend compte qu’il est un fantasme né de l’imagination de Neruda, qui aime se voir traité en ennemi public numéro un…

Si l’on en croit une des premières scènes du film, Neruda est certes communiste, mais comme tant d’autres personnages de la haute société, habitués des fêtes privées, et à une certaine débauche sexuelle… La voix off nous explique que si le communisme arrivait réellement au pouvoir, Neruda serait certainement l’un des premiers à fuir le pays ! Cela situe un peu le personnage, par ailleurs difficile à cerner semble-t-il, autant dans le film que dans la réalité.

Sur la page wikipedia, on apprend que Neruda avait dirigé la campagne électorale de Videla. Ce dernier menant ensuite un politique de droite, le poète avait réagit par un discours au Sénat portant le célèbre titre d’Émile Zola : J’accuse ! C’est alors qu’il échappe à son arrestation pour se réfugier en Europe. Il soutiendra plus tard Allende, et mourra quelques jours après le coup d’État de Pinochet.

Manchester by the sea – Kenneth Lonergan

Manchester by the sea -  Kenneth Lonergan « Tout simplement un chef-d’œuvre » déclarait le Canard enchaîné pour ce  film. Une bonne raison pour aller le voir…

Malgré un début un peu lent à mon goût, mais peut-être était-ce nécessaire pour y rentrer de la bonne manière, on se fait prendre par l’histoire de Lee, taciturne gardien d’immeuble à Boston, soudain amené à revenir dans sa ville natale pour le  décès de son frère, et qui apprend à son corps défendant qu’il devient le tuteur de son neveu Patrick, âgé de 16 ans…

Peu à peu, par flash-back, le passé de Lee va nous être raconté, jusqu’au terrible drame qui l’a amené à quitter la ville, sa femme, ses amis. Heureusement, des scènes plus légères évitent de sombrer dans la déprime, comme celles en mer sur le bateau, ou les amours adolescentes du jeune Patrick.

Casey Affleck, dans le rôle de Lee, est vraiment excellent. Son mutisme, son détachement par rapport à la vie, qui s’expliquent une fois le drame connu comme l’attitude d’un homme brisé par les événements qui cherche finalement à se protéger.

Mais encore une fois, l’intrigue est très lente, il faut attendre une heure de film pour que le drame nous soit conté, et pendant tout ce temps, on frôle l’ennui le plus profond. Le film dure 2h 18mn, il y avait certainement moyen d’en faire quelque chose d’un peu plus dense, et plus court.

La fille de Brest – Emmanuelle Bercot

La fille de Brest - Emmanuelle Bercot Je tenais à voir ce film, témoignage poignant du combat mené par Irène Frachon pour faire interdire le trop fameux Mediator, un médicament (soi-disant) contre le diabète (afin d’obtenir l’autorisation de commercialisation) et vendu ensuite comme un coupe-faim (ce pour quoi il a été développé) pendant 33 ans par le laboratoire Servier.

Quelle énergie, quelle force de conviction lui a-t-il fallu pour mener ce combat jusqu’au bout ! La position du Pr Le Bihan alias Pr Grégoire Le Gal (joué par Benoît Magimel) résume bien ce qu’aurait pu être une attitude tout à fait honorable : on informe l’AFSSAPS par une première étude statistique réalisée avec les moyens du bord (étude cas-témoin), et l’on considère que l’on a fait son boulot.

Si Irène Frachon en était restée là, le Médiator serait peut-être encore prescrit ! La puissance des laboratoires pharmaceutiques est telle qu’il faut un réel courage et une véritable détermination pour oser les affronter. Le Pr Le Bihan perdra tout ses crédits de recherche, et devra s’exiler au Canada pour retrouver du travail… Une pratique courante des labos, sans espoir de réhabilitation, pour qui ose s’opposer à eux.

Il suffit d’ailleurs de suivre la chronologie de l’affaire pour se faire une idée du combat à mener : deux années pour faire retirer le Mediator (soit 12 ans après l’interdiction des médicaments de cette classe thérapeutique aux États-Unis), puis il faudra un livre d’Irène Frachon « Mediator, 150 mg : combien de morts ? » (que Servier tentera de bloquer) pour déclencher le scandale un an plus tard. On est alors en 2010.

Aujourd’hui, en 2016, l’AFSSAPS (dont les conflits d’intérêts ont été reconnus) est devenue l’ANSM (c’est pratique de changer de nom quand un scandale éclate), Jacques Servier est mort en 2014 avant qu’un procès ait eu lieu ; après six ans d’instruction judiciaire (ouverte en février 2011 et close en avril 2016), il n’y a toujours aucune date de fixée pour un procès pénal. Les victimes doivent toujours se battre pied à pied avec Servier pour être indemnisées, et Irène Frachon lutte à leurs côtés.

Sans commentaire…

Ma’Rosa – Brillante Mendoza

Ma'Rosa - Brillante Mendoza Un film que je suis allé voir un peu au hasard ; j’ai du en entendre parler sur France Culture, le film ayant reçu le Prix d’interprétation féminine du Festival de Cannes.

C’est l’histoire de Ma’Rosa, qui tient une petite épicerie (ou une misérable échoppe) dans un quartier pauvre (ou un bidon-ville) de Manille. Pour joindre les deux bouts (objectif sans espoir), elle et son mari vendent aussi de la drogue (du « crystal »), et se font sans surprise arrêter par la police.

Ces derniers vont en fait les emmener dans une sorte de « pré-commissariat » : ils ont alors 24 heures pour réunir une certaine somme d’argent. S’ils y parviennent, ils seront relâchés. Et s’ils échouent, ils seront alors inculpés comme il se doit. Il faut reconnaître que la police est très bien organisée sur ce point (la corruption) ! Les enfants vont donc se démener pour réunir la somme demandée, chacun à sa façon.

Si l’univers sans espoir de cette famille est bien décrit, tout comme la vie dans ce quartier pauvre de Manille, c’est la manière de filmer du réalisateur qui m’a gêné : la caméra à toujours à l’épaule, usant beaucoup de gros plans, à la mise au point pas toujours maîtrisée… Le rendu final est assez laid, comme l’univers qu’il décrit, mais était-ce nécessaire ?

Sinon, le nouveau président des Philippines, Rodrigo Duterte, a lancé une guerre meurtrière contre la drogue… Le problème dans ce genre de truc, c’est que l’on ne sait pas vraiment qui est assassiné, et pour quelles raisons.

Sing Street – John Carney

Sing Street - John Carney Un film sur une bande de jeunes de Dublin, qui montent un groupe de rock dans les années 80, c’est tentant ! et si en plus il a été nominé au festival du film britannique de Dinard, alors allons-y…

Pas question de parler de chef-d’œuvre pour autant, c’est une comédie, tournée avec de jeunes acteurs. Côté musique, on replonge dans les années 80 avec Duran Duran, The Cure… C’est aussi l’époque des premiers clips vidéos.

C’est donc l’histoire de Conor, qui pour draguer la plus belle fille du lycée, va monter un groupe de rock. C’est son grand frère qui lui donne ses références musicales… et le guide dans son éveil adolescent et son envie de vivre sa vie, comme pour mieux exorciser le fait que lui-même n’est pas réussi à échapper au contexte ambiant.

Quand Conor découvre que la belle a déjà un petit copain, il le dit à son frère, en précisant que le type en question a déjà une voiture, qu’il n’a aucune chance à vouloir rivaliser avec lui, etc… Il précise aussi que le type écoutait Phil Collins dans la voiture. Vient alors la réplique qui fait éclater de rire la salle : « Aucune femme ne peut aimer un homme qui est fan de Phil Collins ».

Voilà, cela vous donne une idée d’un film sans prétention, au message positif, très drôle, et retrouvant l’ambiance musicale de cet époque. Un vrai bon moment de détente.

Tour de France – Rachid Djaïdani

Tour de France - Rachid Djaïdani Je suis allé voir ce film sans en attendre grand chose. Ce doit être de voir Gérard Depardieu dans un rôle de beauf’ raciste qui m’a motivé. Un rôle de composition ?

Pas de surprise donc avec ce tour de France improbable entre Depardieu et un jeune rappeur appelé Far’Hook que tout oppose. Tout va se terminer par joli happy-end : ils vont devenir amis, et Far’Hook va même rencontrer l’amour. Ouf ! Si l’intention de ce genre de film est louable, je doute de son efficacité.

Seul Sadek, qui est un vrai rappeur et pour la première fois acteur, est assez touchant avec un jeu tout en sensibilité, qui contraste avec son physique. Depardieu, de son côté… fait du Depardieu, sans trop en rajouter, fort heureusement.

C’est le deuxième long métrage de Rachid Djaïdani ; son premier, Rengaine, semble être plus intéressant à voir que celui-ci, d’après ce que j’ai pu lire.

Moi Daniel Blake – Ken Loach

Moi Daniel Blake - Ken LoachUn film de Ken Loach, ça ne se refuse pas ! Il avait dit qu’il ne ferait plus de films, il a changé d’avis, et c’est tant mieux. Ses films traitent toujours des laissés pour compte de notre société, du monde ouvrier malmené dans un système où seul le profit compte.

Daniel Blake est un menuisier de 59 ans qui, à la suite d’un problème cardiaque, est mis en arrêt de travail par son médecin. Mais l’administration anglaise ne va pas l’entendre de cette oreille, et le pauvre Daniel va devoir se confronter aux aberrations d’un système qui va l’obliger à chercher un emploi sous peine de sanctions. Dans le même temps, il va venir en aide à une jeune femme et ses deux enfants.

Ce film raconte le traitement réservé aux chômeurs par l’administration, et ses conséquences dramatiques. Le système kafkaïen ne laisse aucune place à l’humain, et semble plus destiné à décourager l’individu grâce à des procédures qui n’ont aucun sens, comme l’expertise médicale du début du film, déléguée à une boite privée, dont la seule motivation est de valider son aptitude au travail sans tenir compte des réalités médicales (« Pouvez-vous lever le bras au-dessus de la tête ? »). Ce qui oblige Daniel Blake à rechercher du travail tout en sachant qu’il ne pourra pas l’accepter…

On est très vite accroché par ce film, et l’émotion nous saisit parfois à la gorge quand on voit le traitement proprement inhumain que l’administration réserve à ces personnes pourtant déjà en difficulté, qui se battent pour s’en sortir et se font inexorablement broyer par le système.

Nous n’en sommes pas encore là en France, mais cela pourrait bien arriver, puisque seul compte l’équilibre budgétaire, quitte à sacrifier une partie de la population, ces laissés pour compte de notre société mondialisée dont les politiques finalement n’ont pas grand chose à faire.

Captain Fantastic – Matt Ross

Captain Fantastic - Matt RossC’est sur les conseils de Paul Jorion que je suis allé voir ce film (il en parlait sur son blog) ! J’en avais vaguement entendu parler, l’histoire d’un père qui élève ses enfants loin du monde développé, en pleine forêt. Ça m’avait fait penser à « Mosquito Coast », dont j’avais d’abord lu le roman de Paul Theroux (il y a bien longtemps !), puis vu le film de Peter Weir, avec Harrison Ford (1987).

Mais « Captain Fantastic » n’a rien à voir avec « Mosquito Coast » : ici, c’est plutôt le retour à notre société qui est traité, et de quelle manière ! Il y a des moments de franche rigolade, d’autres chargés d’émotion, et surtout beaucoup de questionnements qui nous viennent à l’esprit : on est parfois pris à nos propres contradictions, et amenés à changer d’avis au fur et à mesure des événements. C’est la grande force de ce film !

Peut-on vraiment totalement vivre à l’écart de la société ? Si la réponse apportée est probablement non (à tout le moins dans une forêt, surtout pour une famille avec des enfants), il peut être utile d’élever ces derniers avec d’autres valeurs que celles de la société consumériste contemporaine.

Le film démarre donc dans une forêt reculée du nord-ouest des États-Unis, où un père a élevé ses enfants, leur apprenant à vivre dans cet environnement à priori hostile. Mais il s’est aussi occupé de leur éducation, leur apprenant à développer leurs propres personnalités, à défendre leur point de vue par l’argumentation, et sans les brimer par des règles trop strictes.

Amenés à revenir dans le monde que nous connaissons tous, le contraste sera saisissant. La scène où ils se retrouvent tous autour de la table chez la sœur du père permet de mettre en évidence les différences d’éducation entre les enfants de chacun. Les deux enfants de la sœur font pâle figure à côté, plus intéressés par le dernier modèle de Nike, ou par leur console de jeu, que de la signification des amendements de la Constitution américaine…

Mais tout ne sera pas aussi simple, et d’autres problématiques vont apparaître. Et c’est là que nous, spectateurs, allons commencer à nous poser aussi des questions… Il n’y a rien de manichéen ici, et de chaque côté, il y a de l’amour, du bon sens… C’est tout l’intérêt de ce film.

Un film drôle, émouvant, qui vous fait réfléchir : un grand film donc, et qui a déjà obtenu deux prix : le Prix de la Mise en Scène à Un Certain Regard à Cannes et le Prix du Public au Festival Américain de Deauville.