Joseph Conrad par Michel Renouard

conrad Après avoir lu Le cœur des ténèbres, et avant de lire d’autres romans de Joseph Conrad, je poursuis la découverte de cet auteur par sa biographie. C’est toujours bien de connaître la vie d’un écrivain, et Michel Renouard le fait très bien, n’hésitant pas à donner du contexte lié à l’époque ou aux personnages rencontrés.

Il nous dresse le portrait d’un homme à l’enfance marquée (exil, orphelin à onze ans), qui après une première vie de marin (pendant vingt ans), s’établit écrivain en Angleterre, pays dont il deviendra citoyen.

Grand travailleur, fumeur invétéré, mari fidèle (austère ?), il mènera souvent grand train, et son agent littéraire (qui s’occupe de tout, paie les factures, etc.. afin de limiter les dégâts) s’arrachera les cheveux. L’argent qu’il empruntera à ses amis ou relations, il ne le remboursera jamais. Conrad utilise pour cela un argument d’une logique imparable :

Ses livres, il n’en doute pas, rapporteront aux autres beaucoup d’argent, quand il sera mort. Quoi de plus normal, dès lors, s’il cherche, de son vivant, à profiter un peu de son travail ?

Il consacrera tout son temps à écrire des romans et des nouvelles (ainsi qu’une grosse correspondance), car si c’est un panier percé, il travaille dur pour nourrir sa famille, se vêtir élégamment, recevoir, etc… Toutes les œuvres de Conrad, si elles ont souvent un rapport à la mer, décrivent plutôt l’âme humaine à travers des personnages confrontés à leur destin. Il a toujours voulu écrire « pour le plus grand nombre ».

La vie ne nous connaît pas et nous ne connaissons pas la vie – nous ne connaissons même pas nos propres pensées.

Beaucoup d’entre elles ont été portées au cinéma, comme l’Agent secret par Alfred Hitchcock (1936) puis Christopher Hampton (1996), ou d’autres comme Le cœur des ténèbres qui inspira Apocalypse Now de Francis Ford Coppola.

Joseph Conrad, de son vrai nom Teodor Józef Konrad Korzeniowski, étiqueté à tort comme « auteur de romans de mer », connaît une enfance difficile : son père, noble polonais, est engagé politiquement pour l’indépendance de son pays, alors sous tutelle russe. Il est envoyé en exil, avec sa famille, et les conditions de vie sont difficiles. Joseph se retrouve orphelin à l’âge de onze ans, ses deux parents succombant à la tuberculose, et est alors confié à son oncle maternel, Tadeusz Bobrowski, Ce dernier sera toujours présent pour Conrad (les deux hommes entretiendront une longue correspondance), l’oncle soutenant financièrement le neveu dépensier jusqu’à sa mort.

Conrad veut être marin. Il le sera pendant une vingtaine d’années, commençant comme mousse à Marseille, jusqu’à devenir capitaine au long cours de la marine britannique. De tous ces voyages, on sait peu de choses sur ses occupations, à part le fait de flâner sur les quais aux escales… Il en tirera par contre beaucoup d’inspiration pour ses romans. Déjà dépensier, vivant au-dessus de ses moyens, il sollicitera constamment son oncle durant cette période, avec des prétextes plus ou moins crédibles. Même si l’oncle est lucide, il lui enverra toujours l’argent nécessaire.

Devenu citoyen britannique, Conrad décide de se consacrer à l’écriture. Il s’installe en Angleterre, et ne tarde pas à se marier. C’est à cette époque qu’il vient en Bretagne, à Lannion puis à l’île Grande, car la vie y est moins chère qu’à Londres. D’une manière générale, il déménagera très souvent dans sa vie, soit pour réduire les dépenses, soit parce qu’il a de nouveaux moyens (ou encore parce qu’il est instable ?). Il écrit, mais le succès se fait attendre, du moins celui du grand public (qui garantirait des revenus suffisants), car il est vite reconnu dans le milieu littéraire par ses pairs. En France, c’est André Gide qui le fera connaître.

Et il écrit, des romans, des nouvelles… certaines publiées sous forme de feuilletons, comme cela se faisait à l’époque. L’argent commence à rentrer un peu, mais il lui en faudra toujours plus ! Il souffre aussi physiquement de la goutte, et est fréquemment l’objet de crises… à la fin de sa vie, il ne pouvait même plus écrire, et dictait ses textes.

Paradoxalement, il parle très mal l’anglais, contrairement au français, qu’il parle parfaitement, et même avec un léger accent provençal (depuis ses années à Marseille). Vers la fin de sa vie (quand le grand succès arrive), il prend la parole devant deux cents personnes à Manhattan :

Seuls quelques linguistes à l’oreille affûtée comprennent quelque chose à la conférence et à la lecture d’extraits d’Une victoire. Les autres invités se réjouissent de voir en chair et en os cet écrivain célèbre et âgé, très âgé même − c’est l’impression qu’il donne −, parlant d’une voix éteinte un dialecte non répertorié. Et les (rares) lettrés de s’étonner que ce loup de mer polonais puisse écrire aussi bien une langue qu’il prononce si mal. La qualité phonétique de la prestation, déjà fort médiocre dès les premières phrases, se dégrade au fil des minutes. La jeune comtesse Eleanor Pallfy, dont la plume est volontiers acide, note que l’orateur a « le regard traqué d’une lièvre qu’un braconnier vient d’attraper et s’apprête à étrangler ». Peu importe. A l’inverse des Français, les Américains savent recevoir. Alors que, les derniers mots de sa prestation prononcés, Conrad fond en larmes, une formidable ovation ponctue ce rendez-vous phonétique et mondain, faute d’avoir pu être littéraire.

Après la lecture de cette biographie, où l’on peut suivre la genèse de ses œuvres, je retiens les romans suivants :

  • 1897 : Le Nègre du Narcisse (récit maritime)
  • 1899 : Le cœur des ténèbres (qui inspira Apocalypse Now)
  • 1900 : Lord Jim (son plus grand succès)
  • 1904 : Nostromo (peut-être son chef-d’œuvre, mais d’une lecture difficile car la narration n’est pas linéaire)
  • 1907 : L’Agent secret (milieu anarchiste, roman policier)

Enfin une petite info sur « la trilogie malaise », si l’on veut la lire dans l’ordre chronologique :

  • 1920 : La Rescousse (dernier livre publié de JC)
  • 1896 : Un paria des îles
  • 1895 : La Folie Almayer (premier livre publié par JC)

Joseph Conrad (1857-1924), d’origine polonaise puis devenu citoyen britannique, est considéré comme l’un des plus importants écrivains anglais du XXe siècle.
Michel Renouard, né en 1942 à Dinan, est un universitaire et écrivain français, auteur notamment de romans policiers. Il est également l’auteur d’une biographie de Lawrence d’Arabie (que croise Conrad) que je vais certainement lire.

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