La Pharisienne – François Mauriac

La Pharisienne - François Mauriac Deuxième roman de François Mauriac que je lis, après Le Sagouin. L’histoire se passe toujours au sein de la bourgeoisie catholique bordelaise, et le portrait de cette pharisienne que dresse Mauriac est sans concession.

Mais qu’est-ce qu’une pharisienne ? je n’en savais rien, et wiktionary m’a éclairé : au sens propre, les pharisiens sont une secte du peuple juif qui affectaient de se distinguer par la sainteté extérieure de leur vie.

Par analogie, c’est une personne qui, sûre de soi, juge de haut, avec orgueil et dureté, les actions ou les opinions des autres. C’est précisément le cas de Brigitte Pian dans ce roman : se sentant investie d’une mission par le Seigneur, aspirant à la sainteté, elle est sans pitié avec les personnes qui l’entourent quand elle estime qu’ils ne sont pas dans le droit chemin.

L’histoire est racontée par Louis, son beau-fils, alors jeune adolescent, ce qui donne beaucoup de fraîcheur à la narration. Là aussi, Mauriac excelle à décrire les pensées et questionnements d’un adolescent…

C’est magnifiquement écrit, la description des sentiments humains et du milieu social est profonde, ce qui est semble-t-il la spécialité de Mauriac. Le plus fort, je trouve, c’est que la fameuse Brigitte n’est pas grossièrement caricaturée : au contraire, ses sentiments sont longuement décrits, comme les motivations de ses actions. On en arriverait à plaindre la marâtre !

Elle finira par se rendre compte de ses errements, confrontée aux conséquences de ses actions… Voici le dernier paragraphe du roman :

Elle ne se dérobait pas lorsque je faisais allusion aux événements passés ; mais je compris qu’elle était détachée même de ses fautes et qu’elle abandonnait le tout à la Miséricorde. Au soir de sa vie, Brigitte Pian avait découvert enfin qu’il ne faut pas être semblable à un serviteur orgueilleux, soucieux d’éblouir le maître en lui payant son dû jusqu’à la dernière obole, et que Notre Père n’attend pas de nous que nous soyons les comptables minutieux de nos propres mérites. Elle savait maintenant que ce pas de mériter qui importe, mais d’aimer.

Amen !

François Mauriac (1885-1970) est un écrivain  français, prix Nobel de littérature en 1952. Il se révèle un remarquable analyste des passions de l’âme et un virulent pourfendeur de la bourgeoisie provinciale. Politiquement à droite, il soutient durant la guerre d’Espagne les Nationalistes dans un premier temps, puis se range, avec les chrétiens de gauche, du  côté des Républicains espagnols après le massacre de Guernica. Il soutiendra également l’indépendance de l’Algérie, et se ralliera au général De Gaulle sous la Ve République.

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