Dernier tango à Las Vegas – Hunter S. Thompson

Dernier tango à Las Vegas - Hunter S. Thompson Je continue ma lecture des œuvres de Hunter S. Thompson, et cette fois il s’agit d’une partie des « Gonzo papers » (les « tables de la loi » du journalisme gonzo !), que l’éditeur Tristram s’est mis en tête de publier.

Ce « Dernier tango à Las Vegas » est l’édition revue et corrigé de « La grande chasse au requin », paru il y a trente ans aux Humanoïdes associés, puis chez 10/18, mais épuisé depuis longtemps. Il y avait deux volumes, celui-ci est en fait le second (« le nouveau testament gonzo ») ; je n’ai pas encore lu le premier volume (« l’ancien testament gonzo »), publié par Tristram sous le nom de « Parano dans le bunker ».

La première partie (la plus importante) reprend les extraits de « Fear and Loathing: On the Campaign Trail ’72« , quand HST part sur les traces de la campagne présidentielle opposant Nixon à McGovern. J’avais hâte de lire ça, et c’est réellement passionnant : si HST a des comportements toujours aussi peu conformistes (c’est le moins que l’on puisse dire), son regard sur la politique et les hommes qui la font, est particulièrement acéré. On voit ici que c’est un vrai journaliste, connaisseur des hommes et de la vie.

McGovern, progressiste, sera battu à plates coutures par Nixon (novembre 72), malgré l’affaire en cours du watergate (juin 72). L’affaire des bandes magnétiques que détenait Nixon, qu’il refusera longtemps de remettre à la justice, et qui finalement déclencheront la procédure d’«impeachment», le forçant à démissionner (août 74), est particulièrement éclairante sur le personnage Nixon et son obstination à s’accrocher au pouvoir par tous les moyens. HST raconte :

Le tragique de cette histoire, c’est que George McGovern, en dépit de toutes ses erreurs et de son baratin imprécis sur « la nouvelle politique et l’honnêteté dans le gouvernement », est un des rares hommes à s’être présentés pendant ce siècle à la présidence des États-Unis, qui comprenne véritablement quel fantastique monument aux meilleurs instincts de l’espère humaine ce pays aurait pu être, si nous avions pu l’empêcher de tomber entre les mains d’avides petits maquereaux comme Richard Nixon. McGovern a fait quelques stupides conneries, mais dans le contexte elles semblent frivoles, comparées aux saloperies que bricole Richard Nixon chaque jour de sa vie, délibérément, par politique, expression achevée de tout ce qu’il représente. Bon Dieu ! Où cela finira-t-il ? À quel point faut-il donc s’abaisser dans ce pays pour devenir Président ?

Il pressent d’ailleurs l’échec de McGovern malgré sa victoire éclatante aux primaires démocrates :

Si George se fit démolir en novembre, ce ne sera pas la faute à Nixon. Il faudra bien chercher les responsabilités dans son équipe, parmi ceux qui ont réussi à lui faire avaler que toutes ces conneries sur la « nouvelle politique » avaient pu marcher pendant les primaires, mais foireraient contre Nixon – qu’il lui fallait donc abandonner après Miami ceux qui l’avaient soutenu au début pour s’appuyer, dans une rapide volte-face, sur ceux qui l’avaient ébranlés : la clique Meany/Daley/Humprey/Muskie, les rogatons séniles de la jadis toute-puissante « Coalition Roosevelt » du Parti Démocrate.
McGorvern a accepté. Il est allé au Texas pour rendre hommage à LBJ ; il a revu et corrigé son programme économique pour qu’il soit plus agréable à Wall Street ; il s’est rendu à Chicago pour s’adjuger toute la fine équipe démocrate de Daley, y compris le procureur de l’Illinois, Ed Hanrahan, toujours inculpé pour diverses accusations (obstruction à la justice) à la suite  de son intervention dans un raid policier sur le quartier général des Panthères Noires, il y a trois ans, qui aboutit à l’assassinat de Fred Hampton.

La seconde partie est moins intéressante : que ce soit le concours de pêche de « La grande chasse au requin », ou même le portrait de Mohamed Ali (je m’attendais à mieux, quelque chose de plus journalistique), on retombe dans les délires habituels de HST : même si j’aime bien, après une première partie si passionnante, je me suis un peu ennuyé…

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