Solaris – Stanislas LEM

Solaris - Stanislas LEM J’ai toujours aimé la science-fiction, et c’est toujours un plaisir d’y revenir… et avec ce genre de petit bijou encore plus ! Le roman ne date pourtant pas d’hier, paru en 1961 (1966 en France) ; mais c’est un classique, doté de deux adaptations cinématographiques (1972 puis 2002), j’y reviendrai.

On peut traiter de sujets très profonds avec ce genre de littérature : ici, ce serait l’incapacité que nous aurions à simplement communiquer avec une forme d’intelligence radicalement différente quelque part dans l’univers. Et rien n’empêche de porter la réflexion à notre mode de communication, entre individus de la même espèce, ici sur cette terre !

Solaris, c’est donc une planète, tournant autour de deux soleils, et recouverte d’un gigantesque océan protoplasmique qui crée de gigantesques structures à sa surface, tout autant éphémères que fascinantes. Découverte il y a plus de cent ans, elle reste un mystère complet ayant donné naissance à une science : la Solaristique, dont les experts s’évertuent sans succès depuis des années à percer le mystère : c’est l’océan, unique habitant de la planète, qui semble être doté d’une forme d’intelligence… mais comment communiquer avec lui ?

Le roman démarre quand le Dr Kelvin (psychologue) arrive sur la station Solaris, rejoignant trois autres scientifiques déjà sur place ; quelque chose ne va pas, le comportement des scientifiques présents est étrange ; puis une femme apparaît, Harey, dont Kelvin a été amoureux dans le passé, et qui s’est suicidée plusieurs années auparavant… Impossible que ce soit vraiment elle donc… À moins que ce ne soit l’océan qui essaie d’entrer en contact ?

Les scientifiques veulent faire une expérience sur Harey (puisqu’elle n’est pas humaine malgré les apparences). Le Dr Kelvin ne sait ce qu’il  doit faire :

Debout devant la fenêtre, le regard fixe, je n’avais pas vu venir la nuit. Un mince plafond de nuages élevés, coupole argentée reflétant faiblement le soleil disparu, voilait les étoiles.
Si elle disparaît après l’expérience, cela signifiera que je souhaitais sa disparition. Que je l’ai tuée. Non, je ne monterai pas chez Sartorius. Je ne suis pas obligé de leur obéir. Qu’est-ce que je leur dirai ? La vérité ? Non. Je ne peux pas leur dire la vérité. Il faudra jouer la comédie, mentir, encore et toujours… Parce qu’il y a peut-être en moi des pensées, des intentions, des espoirs cruels dont je ne sais rien, parce que je suis un assassin qui s’ignore. L’homme est parti à la découverte d’autres mondes, d’autres civilisations, sans avoir entièrement exploré ses propres abîmes, son labyrinthe de couloirs obscurs et de chambres secrètes, sans avoir percé le mystère des portes qu’il a lui-même condamnées. Leur abandonner Harey… par pudeur ? L’abandonner uniquement parce que je manque de courage ?

Côté cinéma, l’adaptation d’Andrei Tarkovsky (1972) est fidèle au roman et traite le même sujet (avec peu de moyens techniques) ; la version de Steven Soderberg (2002), se concentre quant à elle sur l’histoire d’amour entre Kelvin (interprété par George Clooney) et Harey : ce qui valut la remarque suivante de Stanislas Lem :

…à ma connaissance, le livre ne se focalise pas sur les problèmes sexuels de personnes dans l’espace… En tant qu’auteur de Solaris, je me permets de rappeler que je souhaitais seulement recréer une rencontre avec quelque chose qui existe certainement, sans doute de manière flamboyante, mais qui ne peut être réduit à des concepts, des idées ou des images humains. C’est pourquoi ce livre s’intitule « Solaris » et non pas « L’Amour dans l’espace ».

C’est clair, et c’est drôle ! 🙂

Stanislas Lem (1921-2006) est un écrivain de science-fiction polonais. Ses études de médecine étant interrompues par la seconde guerre mondiale, il devient mécanicien-soudeur, et participe à la Résistance. Son oeuvre est construite autour d’une vision critique du comportement humain, sur l’incommunicabilité entre les humains et les civilisations extraterrestres, et sur le futur technologique de l’humanité.

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