La crise de la culture – Hannah Arendt

La crise de la culture - Hannah Arendt Voilà un livre dont j’ai arrêté la lecture au bout d’une cinquantaine de pages : trop ardu pour moi, pensée trop complexe ! Pourtant le sujet est très intéressant, et j’ai fait des efforts, mais vraiment… Et je ne parle pas des mots en grec non traduits, des citations latines qui le sont parfois mais pas toujours (merci !), etc…

Je pense qu’il faut un solide bagage culturel pour pouvoir suivre la pensée de madame Arendt, et moi je suis largué ! C’est dommage, je suis persuadé que l’on peut expliquer les mêmes concepts sans être aussi hermétique (ou ésotérique). Comme si Annah Arendt cherchait à montrer sa culture en même temps ; ça me fait penser à Lou Andréas-Salomé, aussi difficile à suivre.

La préface (écrite par l’auteur) est pourtant assez claire, et m’avait mis l’eau à la bouche. Il s’agit de savoir comment penser à notre époque. Partant du principe que l’homme vit sur une brèche, avec le passé révolu derrière nous et l’avenir inconnu devant, nous devons à chaque génération redécouvrir comment penser le monde, sur la base de nos connaissances accumulées, et en fonction de ce qui nous fait face. Or nous vivons, à notre époque une crise de la culture : le monde moderne marque une rupture avec la tradition, qui avait tenu bon jusque là. Il faut véritablement revoir notre rapport au monde en fonction de cela pour pouvoir penser correctement.

À défaut d’extraits du livre en lui-même, en voilà de la préface ! Hannah Arendt commence par citer une parabole de Kafka sur le passé et le présent :

Il a deux antagonistes : le premier le pousse de derrière, depuis l’origine. Le second barre la route devant lui. Il se bat avec les deux. Certes, le premier le soutient dans son combat contre le second car il veut le pousser en avant et de même le second le pousse en arrière. Mais il n’en est ainsi que théoriquement. Car il n’y a pas seulement les deux antagonistes en présence mais aussi, encore lui-même, et qui connaît réellement ses intentions ? Son rêve, cependant, est qu’une fois, dans un moment d’inadvertance — et il y faudrait assurément une nuit plus sombre qu’il n’y en eut jamais — il quitte d’un saut la ligne de combat et soit élevé, à cause de son expérience du combat, à la position d’arbitre sur ses antagonistes dans leur combat l’un contre l’autre.

Puis, après avoir développé, elle ajoute :

Mais l’ennuyeux est que nous ne semblons ni équipés ni préparés pour cette activité de pensée, d’installation dans la brèche entre le passé et le futur. Pendant de très longues époques de notre histoire, en fait à travers les millénaires qui ont suivi la fondation de Rome et furent déterminés par des concepts romains, cette brèche fut comblée par ce que, depuis les Romains, nous avons appelé la tradition. Que cette tradition se soit usée avec l’avance de l’âge moderne n’est un secret pour personne. Lorsque le fil de la tradition se rompit finalement, la brèche entre le passé et le futur cessa d’être une condition particulière à la seule activité de la pensée et une expérience réservée au petit nombre de ceux qui faisaient de la pensée leur affaire essentielle. Elle devint une réalité tangible et un problème pour tous ; ce qui veut dire qu’elle devint un fait qui relevait de la politique.
Kafka fait référence à l’expérience, l’expérience du combat acquise par « lui » qui tient ferme entre l’affrontement des vagues du passé et du futur. Cette expérience est une expérience de pensée — puisque, comme nous l’avons vu, toute la parabole a trait à un phénomène mental — et elle ne peut être acquise, comme toute expérience, que par la pratique, par des exercices. […] Les huit essais suivants sont de tels exercices, et leur seul but est d’acquérir de l’expérience en : comment penser ; ils ne contiennent pas de prescription quant à ce qu’il faut penser ou aux vérités qu’il convient d’affirmer. Il ne s’agit surtout pas pour eux de renouer le fil rompu de la tradition ou d’inventer quelque succédané ultramoderne destiné à combler la brèche entre le passé et le futur. Tout au long de ces exercices le problème de la vérité est laissé en suspens ; on se préoccupe seulement de savoir comment se mouvoir dans cette brèche — la seule région peut-être où la vérité pourra apparaître un jour. […}
À cet égard, le livre est divisé en trois parties. La première traite de la rupture moderne dans la tradition et du concept d’histoire par lequel l’âge moderne a espéré remplacer les concepts de la métaphysique traditionnelle. La seconde partie discute de deux concepts politiques centraux et liés, l’autorité et la liberté ; elle présuppose la discussion de la première partie en ce sens que des questions aussi élémentaires et directes que : qu’est-ce que l’autorité ? qu’est-ce que la liberté ? peuvent surgir seulement si aucune des réponses fournies par la tradition ne sont plus bonnes ni utilisables. Les quatre essais de la dernière partie, enfin, sont de franches tentatives pour appliquer le mode de pensée mis à l’épreuve dans les deux premières parties du livre aux problèmes actuels immédiats auxquels nous sommes quotidiennement confrontés, non, certes, pour trouver des solutions déterminées mais dans l’espoir de clarifier les problèmes et d’acquérir quelque assurance dans la confrontation de questions spécifiques.

Je ne sais pas vous, mais ça donne envie : apprendre à penser, ça peut se révéler très intéressant dans ce monde moderne où l’on est submergé d’informations. D’autant que les quatre essais sont : « La crise de l’éducation », « La crise de la culture », « Vérité et politique » et enfin « La conquête de l’espace et la dimension de l’homme ».

Je m’y replongerai peut-être un jour… Ou alors c’est le seul livre à emmener en voyage, pour avoir tout le temps de s’y plonger et replonger jusqu’à ce que l’on comprenne la pensée complexe (et très cultivée) d’Hannah Arendt !

Hannah Arendt (19063-1975) est une politologue, philosophe et journaliste allemande naturalisée américaine. Il y a peu de temps, le film éponyme « Hannah Arendt » était passé sur Arte : elle est envoyée (en tant que journaliste juive) au procès d’Eichmann en Israël, et y défend sa théorie de « la banalité du mal » (Eichamnn n’a fait qu’obéir aux ordres, mais parce qu’il est un type médiocre ; en aucun cas elle ne le déresponsabilise), déclenchant une immense controverse.

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