Nostromo – Joseph Conrad

Nostromo - Joseph Conrad Retour à Joseph Conrad (quand on aime…) avec le roman Nostromo, réputé comme le chef-d’œuvre de Conrad, mais d’une lecture difficile car la narration n’est pas linéaire. Lors de sa parution, il fût mal reçu par la critique qui le trouva trop complexe, trop long.

De nos jours, nous sommes habitués à des récits non chronologiques, la lecture n’en est donc pas si déroutante que cela. Je ne suis pourtant pas fan de ce genre de procédé, mais là, je dois dire que cela ne m’a absolument pas gêné, car c’est complètement maîtrisé. Quant à la longueur, soit environ 500 pages, pour un bon roman, c’est toujours un plaisir.

L’histoire, c’est celle d’une république imaginaire en Amérique latine, avec ses coups d’États, ses luttes pour la démocratie… à moins que ce ne soit pour la mine d’argent, exploitée par un anglais allié à des capitaux américains. Au milieu de ce petit monde créé de main de maître, se croisent aventuriers, noblesse locale, intellectuels, bandits, généraux… Et bien sûr Nostromo, le personnage qui donne son titre au roman.

Joseph Conrad va nous raconter cette histoire, avec comme toujours cette richesse dans la description des lieux, du caractère de chaque personnage, des événements qui s’enchaînent. Il y a aura travaillé pendant plus de deux années, et lui aura donné beaucoup de mal… Mais le résultat est là, c’est un roman dans lequel on se plonge avec délice.

Nostromo, qui prend son temps pour apparaître dans  l’histoire, est un personnage au caractère complexe, avec de forts idéaux mais sans réelle ambition. Un héros auquel on va demander beaucoup… Voilà comment Conrad le décrit dans la préface :

Par atavisme accroché fermement à la terre, imprévoyant et généreux, prodigue de ses dons, d’une vanité virile, avec le sentiment confus de sa grandeur, son dévouement fidèle et quelque chose de désespéré aussi bien que d’éperdu dans ses élans, il est un homme du peuple, il est sa force désintéressée, qui ne daigne pas prendre la tête mais gouverne de l’intérieur. Des années plus tard, ayant avancé en âge sous le nom du célèbre capitaine Fidanza, avec des intérêts dans le pays, s’occupant de ses nombreuses affaires, suivi de regards respectueux dans les rues modernisées de Sulaco, rendant visite à la veuve du cargador, assistant aux séances de la Loge, écoutant dans un silence impassible des discours anarchistes pendant la réunion, protecteur énigmatique de la nouvelle agitation révolutionnaire, le riche camarade Fidanza, objet de la confiance générale mais portant enfermée dans son cœur la conscience de sa dégradation morale, il reste essentiellement un homme du peuple. Dans son mélange d’amour et de mépris pour la vie et dans sa conviction égarée d’avoir été trahi, de mourir trahi il ne sait trop par qui ni comment, il reste encore du peuple, le grand homme incontesté de celui-ci… avec son histoire personnelle bien à lui.

Car les circonstances (et quelques lingots d’argent) peuvent changer le caractère d’un homme…

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Joseph Conrad (1857-1924), d’origine polonaise, est considéré comme l’un des plus importants écrivains anglais du XXe siècle. Il sera marin pendant vingt ans, puis se consacrera totalement à son œuvre littéraire.

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