Archives de catégorie : Cinéma

La belle et la meute – Kaouther Ben Hania

La belle et la meute - Kaouther Ben HaniaSéance ciné aujourd’hui pour voir ce film inspiré d’un fait réel, et raconté dans le livre Coupable d’avoir été violée par Meriem Ben Mohamed (c’est un pseudo, et c’est déjà révélateur !).

Cette jeune tunisienne de 27 ans a été violée le 03 septembre 2012 par deux policiers. Elle a porté plainte, et c’est le sujet de ce film, même s’il n’est pas fidèle aux faits qui se sont réellement passés. Comme on peut l’imaginer, ce n’est pas simple de vouloir porter plainte pour un viol, qui plus est en Tunisie, et pire encore d’accuser la police de ce viol.

C’est ce chemin de croix que raconte le film, en neuf plans séquences d’intensité inégales, mais qui nous emmène dans le cauchemar que va devoir vivre la jeune fille.Car cette nuit-là, que ce soit à l’hôpital ou au commissariat, qu’elle se retrouve face à des femmes ou des hommes, il lui faudra une volonté farouche pour ne pas abandonner… L’omnipotence des hommes est terrible ! Les femmes au mieux compatissent, mais ne vont pas pour autant prendre parti.

Dommage que la réalisatrice n’ait pas choisi de raconter la vraie histoire, cela aurait donné au film encore plus de force je crois. Le film s’arrête d’ailleurs quand la jeune fille sort du commissariat, au petit matin, libre d’aller voir le procureur de la République pour enfin pouvoir porter plainte. Rien n’est encore fait !

Dans la réalité, la jeune fille sera d’abord inculpée d’atteinte aux bonnes mœurs, mais cette inculpation se solde par un non-lieu en novembre 2012. Deux ans plus tard, les deux policiers ont été condamnés (en appel) à quinze ans de prison. Elle vit maintenant à Paris avec son compagnon, car la pression était trop forte en Tunisie : menaces de la famille des policiers, les amis qui ne vous parlent plus, peur de la police et des islamistes…

Blade Runner 2049 – Denis Villeneuve

Blade Runner 2049 - Denis Villeneuve Fan de Philip K. Dick, je ne risquais pas de louper ce film, d’autant qu’Arte avait eu la bonne idée de rediffuser le premier « Blade Runner » de Ridley Scott (1982), adaptation du roman de P.K. Dick : Les androids rêvent-ils de moutons électriques.

Et j’ai passé un bon moment, malgré quelques longueurs (2h44). Du côté positif, l’ambiance (décors, musique) qui sont assez fidèles à la première mouture, et où l’on plonge avec délice. Le scénario, sans être à la hauteur du premier film, est assez prenant pour vous accrocher un moment. Mais la sophistication et la lenteur de certaines scènes font que l’on s’ennuie tout de même un peu, pour être finalement déçu par le scénario.

Concernant ce dernier, je n’ai pas retrouvé la force du premier film, notamment avec la dernière scène, celle où Roy Batty, le Nexus-6, finit par sauver la vie du Blade Runner par pure empathie, ce sentiment qui est censé être la spécificité de l’âme humaine… C’est l’idée de base du roman de Philip K. Dick, d’ailleurs : qu’est-ce que c’est qu’être humain, qu’est-ce qui nous différencie d’une machine sophistiquée ?

Dans ce nouveau film, la clef du scénario est la capacité d’enfanter des réplicants. Car leur fabrication est limitée, or les humains en ont de plus en plus besoin (comme main d’œuvre) ; s’ils pouvaient donc se reproduire tout seuls, cela résoudrait le problème. Or nous apprenons que la Tyrell Corporation du premier film savait le faire, mais hélas, le savoir a été depuis perdu… Et comme Harrison Ford et la belle Rachel étaient amoureux, un enfant était né de cet amour !

Personnellement, j’ai tout de même passé un bon moment. Le premier film durait deux heures, et est considéré comme un film culte. Pas besoin de faire plus long…

Le jeune Karl Marx – Raoul Peck

Le jeune Karl Marx - Raoul Peck J’avais envie de voir ce film pour mieux connaître le personnage qui encore aujourd’hui est souvent mentionné dès que l’on parle de crise économique (du capitalisme). J’en suis ressorti un peu sur ma faim, mais bon, pas facile non plus de faire mieux je pense. Les deux premières scènes du film sont très explicites :

La première nous montre des pauvres ramassant du bois mort dans une forêt. Une voix off nous explique la différence entre la branche valide d’un arbre, et une branche morte, se demandant si la branche morte appartient toujours à l’arbre, et accessoirement à son propriétaire… Puis des hommes à cheval arrivent en chargeant, frappant sans retenue les gueux qui ont osé ramasser le bois mort.

La deuxième scène se passe dans une usine, où l’on voit des hommes, des femmes et des enfants travailler sur des machines. Apparemment, pas grand chose ne les distingue des gueux de la première scène (travailleurs pauvres). Arrive le patron qui fait un beau discours menaçant (je ne sais plus trop pourquoi), ce à quoi une ouvrière se rebelle et se fait virer sur le champ. Le fils du patron n’est autre que Friedrich Engels, qui va suivre l’ouvrière qui deviendra sa femme.

Le décor est installé, celui d’une classe ouvrière à l’aube de l’ère industrielle, qui n’a pas grand chose à envier aux esclaves. Le besoin de changer ce monde, et le sentiment de révolte qui va avec, n’est pas bien compliqué à comprendre et à accepter.

Nous retrouvons ensuite Karl Marx, alors journaliste en Allemagne, qui se fait expulser et se réfugie en France. Il assiste aux discours de Proudhon, auteur du célèbre : « La propriété, c’est le vol ». Ils se rencontrent à plusieurs reprises, mais sans être vraiment en accord sur leurs idées, Marx lui reprochant d’être trop théorique, trop abstrait. Quand un peu plus tard Proudhon publiera sa « Philosophie de la misère », Marx en fera une critique très sévère appelée « Misère de la philosophie » ! On imagine le personnage…

Engels viendra rencontrer Marx, et ils vont devenir inséparables. Engels connaît le monde des nantis, et celui des ouvriers, et il ne manque pas d’argent ; Marx est un penseur du matérialiste historique, assez redoutable quand il s’agit d’apporter la contradiction, mais peu doué pour les concessions, comme on l’a vu avec Proudhon. Il ne partage pas non plus les thèses de l’anarchie chères à Bakounine. Financièrement, il est fauché.

Avec Engels, ils vont approcher un mouvement clandestin appelé La ligue des justes, créé à Paris par des ouvriers allemands, et s’approchant du socialisme utopique. Les deux compères prétendront avoir Proudhon comme ami pour être crédible ! La Ligue des justes deviendra bientôt la Ligue des communistes, et Karl Marx publiera son Manifeste du Parti Communiste.

Voilà, ce sont les cinq années de la vie de Karl Marx qu’a choisi le réalisateur de montrer. Je suis resté sur ma faim car les échanges de dialectique politique sont un peu trop rapides à mon goût, on survole vraiment beaucoup de choses en très peu de temps, alors que certaines scènes de la vie familiale de Marx ou de Engels m’ont paru de peu d’intérêt. Mais il s’agissait sans doute d’un besoin d’équilibre afin que le film ne soit pas trop ardu, et cela a aussi le mérite de rendre Marx un peu plus humain.

Cela n’en reste pas moins un très bon film, d’une réalisation très classique, décrivant un moment crucial de la moitié du XIXème siècle, quand on sait tout ce qui va suivre. Ne pas confondre pour autant le Manifeste du Parti communiste de Karl Marx avec ce qu’en ont fait les différents Partis communistes de la planète ! 😉 D’ailleurs, à l’époque, aucun Parti communiste n’existait, et l’ouvrage fut par la suite republié sous le titre Manifeste communiste).

Gabriel et la montagne – Fellipe Barbosa

Gabriel et la montagne - Fellipe BarbosaJe croyais avoir loupé ce film dont j’avais entendu parlé en bien à la radio ; et puis non, il passait encore hier au TNB de Rennes. J’y suis donc allé, sans savoir grand chose du film si ce n’est que c’était à propos d’un voyage ; en fait, nous sommes à mi-chemin entre le film et le documentaire.

Je ne savais donc pas que c’était une histoire vraie, et ne l’ai appris qu’à la fin du film, quand de vraies photos de Gabriel passent en diaporama, et où l’on reconnaît sans hésitation certaines scènes du film, ainsi que les personnages que Gabriel a rencontré. Car si Gabriel, sa copine et les autres touristes sont des acteurs professionnels, les autres sont les vrais protagonistes de l’histoire, ceux que Gabriel a vraiment rencontré !

Gabriel est donc un jeune brésilien qui termine son tour du monde d’un an par l’Afrique. Nous le suivons du Kenya au Malawi, voyageant sans grand budget, sac au dos, façon routard. Il tient à vivre comme les locaux, à faire de vraies rencontres… et se considère comme un voyageur et pas comme un simple touriste. Le personnage est très sympathique, et l’acteur qui l’interprète (João Pedro Zappa) excellent.

Hélas, l’histoire va tourner au drame, je ne dévoile rien, on est averti dès le début du film : Gabriel va trouver la mort à quelques jours de son retour au Brésil. La suite est un long flash-back où l’on revoit tout son parcours africain, et donc les personnes qu’il a rencontré, ce qu’il a fait, comment il voyageait…

La fin est tragique, mais Gabriel commet une grave erreur ; il a pourtant fait le tour du monde, et a du s’aguerrir pendant ce voyage d’un an. Et pourtant, refusant d’écouter les conseils de prudence de son guide, il choisit de partir seul dans la montagne pour une histoire d’expiration de visa, voulant faire en une journée ce qui en demande plusieurs, sous-estimant les dangers ou se sur-estimant lui-même. Un problème assez typique de certains occidentaux.

Un très bon film, j’ai beaucoup aimé, cela donne envie de prendre son sac à dos et de partir à l’aventure ! La seule et vraie manière de voyager…

Le Caire confidentiel – Tarik Saleh

Le Caire confidentiel - Tarik Saleh Avec un titre pareil, faisant référence à « L.A. Confidential », le roman de James Elroy (admirablement adapté à l’écran par Curtis Hanson), je n’ai pas trop hésité pour aller voir ce film, d’autant que les critiques étaient plutôt bonnes dans l’ensemble.

Franchement j’ai bien aimé, pas tant pour l’intrigue elle-même que pour l’ambiance globale du film, la manière dont la ville du Caire est rendue. Car après le policier assez mutique, le personnage principal de ce film est sans conteste la ville du Caire, admirablement rendue, aussi bien visuellement (les déplacements des flics en voiture) que musicalement (la bande son retranscrit bien l’ambiance).

De tout cela ressort une peinture sociale très réaliste, oscillant entre une pauvreté sans espoir et une extrême richesse qui permet tout. Quant à l’intrigue, assez classique, réserve principalement comme surprise la corruption omniprésente à tous les étages ! Même ceux qui luttent contre la corruption ne cherchent en fait qu’à avoir leur part du gâteau.

La dernière scène est assez terrible, avec le policier qui se fait tabasser par les manifestants de ce qui sera « printemps arabe » égyptien, permettant à son oncle, grand maître de la corruption, de s’échapper. Quand on sait ce qu’il est advenu dudit printemps arabe en Égypte, la corruption n’a pas du s’arranger depuis…

Lou Andreas-Salomé – Cordula Kablitz-Post

Lou Andreas-Salomé - Cordula Kablitz-Post Lou Andreas-Salomé a été une femme exceptionnelle  : belle, grande intellectuelle, philosophe, psychanalyste… Très attachée à son indépendance, et capable de rendre fou amoureux des hommes comme Nietzsche (sans espoir) ou Rilke (avec succès), ou de se faire respecter par Freud lui-me qui l’appelait la « Compreneuse ».

J’avais fait un article sur un petit livre L’école de la vie, une sélection de textes de Lou Andreas-Salomé rassemblés par Élisabeth Barillé : j’avais trouvé le niveau intellectuel de ses textes plutôt élevé, et leur lecture peu aisée !

Ce biopic retrace les grandes étapes de sa vie, sous une forme classique, faite de flashbacks sur les étapes marquantes de sa vie, alors que très vieille et malade, elle écrit ses mémoires. Mais on retrouve pas le personnage brillant intellectuellement que l’on peut imaginer, le film se limite presque exclusivement à ses rapports avec les hommes qu’elle croise dans sa vie.

Difficile peut-être de rendre compte du niveau intellectuel de la dame, sans faire un film indigeste, en tout cas au grand public… On se contentera donc de son désir d’indépendance et de la difficulté qu’elle aura à vouloir vivre en pure amitié intellectuelle avec les hommes qu’elle rencontrera, et de sa facilité à les quitter dans ce cas.

Comme le montre le film, à la fin de sa vie Lou va brûler pas mal de documents, les jugeant trop personnels, ne regardant qu’elle ; d’autant que les nazis sont susceptibles de venir perquisitionner à tout moment ! On ne sait donc pas tout sur sa vie, loin de là, et ce biopic n’a manifestement pas l’intention de s’attaquer aux zones d’ombre de Lou. D’autres hypothèses ont été faites, comme l’essai de Françoise Giroud (lire ce résumé ici) où le personnage décrit est très différent et beaucoup plus complexe.

À partir de là, difficile de faire un film complet et objectif, parce que tout simplement on ne sait pas ! Lou Andreas-Salomé a volontairement effacé les traces, et comme c’était apparemment une personne très individualiste, le mystère risque de durer encore longtemps !

Dans ce film, encore adolescente, le pasteur Heinrich Gillot lui enseigne théologie, philosophie, littérature… et finit par la demander en mariage (en lui sautant littéralement dessus), alors qu’il est nettement plus âgé qu’elle (et marié de surcroît). Elle est assez choquée, et refuse bien entendu… Cela semble être le point de départ de son aversion pour le mariage (comme le présente le film donc).

Elle qui veut vivre libre, sans se retrouver liée à quiconque par un contrat de mariage qui immanquablement restreindrait sa liberté (à cette époque, on ne peut que la louer), se voit sans cesse demander en mariage par ceux qu’elle considère comme ses amis intellectuels : Paul Rée, Friedrich Nietzsche, Friedrich Carl Andreas, Rainer Maria Rilke. Elle finira par céder et se marier avec Friedrich Carl Andreas (il menace de se suicider), mais avec la promesse de ne jamais le consommer sexuellement.

L’amour sexuel, elle le connaîtra (à 36 ans) pour la première fois avec Rilke, avec qui elle restera toujours très liée : le film l’affirme, la fiche wikipedia indique « probablement »… et je ne parle pas de ce que propose Françoise Giroud !

Pour conclure, un film sans doute incomplet, taillé pour ne pas choquer le grand public, laissant dans l’ombre la sexualité de Lou Andreas-Salomé, ne montrant pas vraiment sa grande vivacité intellectuelle (qui séduisit Freud lui-même). Globalement, la deuxième partie de sa vie et d’ailleurs très peu traitée, celle où elle devient psychanalyste, et où pourtant elle trouvera sa voie.

Alien : Covenant – Ridley Scott

Alien : Covenant - Ridley Scott Je ne suis pas un grand fan des films d’horreur, plutôt de SF, et ici on parle de « science-fiction horrifique » ! Mais je me souviens encore de la sortie du premier Alien (1979) avec Sigourney Weaver, et cette phrase sur l’affiche « Dans l’espace, personne ne vous entend pas crier »… À l’époque, c’était pas mal.

Bref, j’avais une place gratuite au Gaumont, je suis allé voir ce nouvel opus, censé se placer chronologiquement entre Prometheus et ce premier Alien. Il y a déjà une suite de prévue, et peut-être d’autres encore si cela marche bien.

Personnellement, je n’ai pas vraiment accroché. Le scénario a du mal à tenir la route, tout comme les personnages. Mention spécial à l’équipage du vaisseau, qui peut se résumer à une bande d’abrutis irresponsables, toujours prêts à prendre systématiquement la mauvaise décision… Pas étonnant que la catastrophe arrive, et tant pis pour le suspens !

Du coup, la partie « SF » vole en éclat. Il y a bien une brève explication pour faire le lien avec le film Prometheus, mais juste le minimum, hein, afin de pouvoir faire encore plein de films pour arriver à Alien. Ça va coûter un bras, à ce rythme là !

Il ne reste donc que la partie « horreur ». Et on tombe dans du déjà vu mille fois, avec le monstre hideux qui surgit au milieu de l’écran avec un hurlement monstrueux (forcément), ou qui sort de la poitrine du pauvre membre de l’équipage dans un bain de sang, car il ne faudrait tout de même pas lésiner sur l’hémoglobine !

Comme je l’ai lu quelque part : « Ridley, dans l’espace, personne ne t’entend merder ! »

The lost city of Z – James Gray

The lost city of Z - James Gray C’était le mois dernier, à Toulon, je suis allé voir ce film avec ma sœur et mon neveu au cinéma Le Royal, petit cinéma classé Art et Essai. Auparavant, Pierre, mon neveu, nous avait fait visiter la basse ville, en pleine rénovation : ce quartier plein de rues piétonnes et de places se succédant les unes aux autres est en train de devenir un lieu très attractif, grâce à un plan de rénovation urbain plutôt bien pensé. Il n’y a pas si longtemps, c’était plutôt mal famé !

Mais revenons à la cité perdue de Z ! Je ne savais rien de ce film avant d’y aller, et ma foi, on y retrouve le charme des films d’explorateurs, aventuriers au milieu de la jungle hostile, à la recherche d’une civilisation inconnue, au moins dans la première partie.

L’histoire est inspirée de la vie de Percy Fawcett, explorateur britannique. Ce dernier est d’abord envoyé à la frontière de la Bolivie et du Brésil pour y tracer la frontière officielle : les deux pays se disputant à ce sujet pour des intérêts commerciaux ont décidé de faire appel à l’Angleterre pour jouer le rôle d’arbitre.

Ce faisant, il y découvre des restes d’une civilisation inconnue, et ne pense plus qu’à une chose, y retourner, et s’efforce de convaincre la Royal Geographical Society de Londres… La chose est entre autres rendue difficile pour des problèmes de classes, Percy étant un militaire talentueux mais sans origines nobles. Jusque là, le film est assez intéressant, et la première expédition assez bien rendue.

Percy réussira à repartir deux fois en expédition. La première échouera lamentablement, puis viendra la seconde guerre mondiale qui mettra son rêve entre parenthèses. Il ne reviendra pas de la seconde expédition, et le mystère perdurera : est-il mort, ou bien a-t-il décidé de rester vivre dans cette civilisation qu’il a cherché toute sa vie ? Le film laisse croire que c’est peut-être la seconde proposition qui est la vraie (la boussole qu’un brésilien rapporte à sa femme), quand la réalité laisse supposer sans grand doute que c’est la première !

Toujours est-il que ces deux dernières explorations sont assez mal filmées, et de manière assez brève, me laissant largement sur ma faim. Ses discussions avec la RGS sont assez classiques, et vite ennuyeuses, comme le reste des moments passés en Angleterre. Seul reste le sourire magnifique de sa femme, jouée par Sienna Miller : les petites fossettes au coin des lèvres sont charmantes !

Chez nous – Lucas Belvaux

Chez nous - Lucas Belvaux En allant voir ce film, je m’attendais à une histoire qui démonte la mécanique populiste d’un parti populiste d’extrême-droite. Et puis le cinéma belge nous offre souvent de bonnes surprises… Ce ne fût pas le cas cette fois, et je suis ressorti très déçu de la salle.

Les responsables du FN avaient hurlé au loup avant même la sortie du film : j’imagine qu’ils ne disent plus rien après l’avoir visionné ! La seule chose que le film montre à charge sur ce parti, c’est le lien entre la façade républicaine proprette, et les fascistes tendance para-militaire, qui sont toujours présents, mais plus discrets.

Et encore : la jeune infirmière dévouée qui va se présenter sous cette étiquette (on ne sait trop pourquoi, elle non plus manifestement), va tomber amoureuse de Stéphane, fasciste plus ou moins repenti, personnage qui est présenté sous un angle plutôt sympathique. Pour le reste, le parti en question fait de la politique comme les autres, aucune réflexion sur les thèmes populistes et leur inanité.

En résumé une histoire un peu à l’eau de rose, une brave fille dévouée, père communiste, qui se fait manipuler par un notable local, se retrouve candidate d’un parti d’extrême droite sans même avoir lu le programme, qui tombe amoureuse d’un copain d’enfance qui se révèle être un ancien militariste fasciste, mais sympa malgré tout (quand on aime…). Débrouillez-vous avec ça pour vous faire une opinion sur le problème.

Le film ne dénonce rien, le réalisateur Lucas Belvaux explique que si son film est « un film engagé », ce n’est pas un « film militant », que « ce n’est pas tant un film anti-FN qu’un film sur le discours populiste.

Silence – Martin Scorsese

Silence - Martin Scorsese Je savais que le Japon avait été très réticent à s’ouvrir sur le monde extérieur. Je ne sais plus qui disait que d’abord ils se sont crus seuls au monde, puis ont regretté de ne pas l’être… Concernant le christianisme, il avait été déclaré illégal, et les adeptes sévèrement punis (la mort) s’ils ne reniaient pas leur foi.

Ce film raconte donc la tentative de deux prêtres jésuites portugais, Sebastião Rodrigues et Francisco Garupe, de retrouver leur mentor, le père Ferreira, que l’on dit disparu au Japon après avoir abjuré sa foi. C’est l’adaptation d’un roman de Shūsaku Endō, un écrivain catholique japonais. Le « Silence » du titre évoquant le silence de Dieu face aux souffrances vécues en son nom.

Nous sommes au XVIIème siècle, et les conditions de vie sont très précaires, surtout quand on est sur une île étrangère dont on ne parle pas la langue, réduits à faire confiance à un interprète dont on doute avec raison de l’honnêteté, et que l’on doit se cacher des autorités qui vous recherchent.

Après un début que j’ai trouvé assez lent, et qui décrit cette situation, le film devient assez passionnant quand les autorités japonaises vont se mettre à vouloir faire renier leur foi (apostasie) aux deux missionnaires usant de toute leur sophistication légendaire, et ceci en leur faisant marcher sur une image religieuse, signe de reniement. Rodrigues bénéficiera d’un traitement spécial, voyant son compagnon mourir sous ses yeux, puis sera amené à rencontrer le père Ferreira qui lui confirme qu’il a abjuré sa foi, et que la foi catholique ne peut s’installer au Japon, les différence culturelles étant trop importantes.

Rodrigues reniera sa foi pour sauver de la torture d’autres chrétiens, marchant sur l’icône mais après avoir entendu la voix de Dieu qui le lui autorise. Puis il suivra le même destin que Ferreira, se mariant à une veuve, et travaillant pour le gouvernement en fouillant les cargaisons des navires étrangers à la recherche de tout objet évoquant le christianisme. Il est également appelé à renier sa foi régulièrement. Au moment de sa mort, selon les rites japonais, la dernière image du film nous montre un minuscule crucifix tenu dans sa main : il n’aurait donc renier sa foi qu’aux yeux des autres…

Très beau film malgré un début un peu lent : le film dure 2h42, la première heure parait un peu longue… Mais il vaut le détour, pour l’histoire d’abord, puis la réalisation sans faute, très soignée, la reconstitution de l’époque, les paysages, les acteurs impliqués, etc… Pour le reste, à chacun sa morale : en ce qui me concerne, je me demande lesquels étaient les plus allumés de l’histoire.